Paroles vivantes : diplomates autochtones au 18e siècle

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Introduction

Moira McCaffrey, Musée McCord, 2007

En 2001, Montréal commémorait le 300e anniversaire de la « Grande Paix », une entente qui mettait fin à des décennies de guerre entre les Français, les Iroquois et près de quarante autres nations autochtones. Pour la signature du traité, plus de deux mille personnes se sont réunies à Montréal pour fumer le calumet, festoyer, danser et pour écouter les discours des diplomates autochtones et français.

La pratique de la diplomatie chez les Européens du 18e siècle était façonnée par des traditions sociales et politiques très éloignées de celles des nations autochtones. Ainsi, les représentants français se considéraient comme des dirigeants et associaient le pouvoir à la coercition. Ils ont dépêché des soldats pour assujettir les peuples autochtones et des missionnaires pour les instruire. Mais les Français eurent tôt fait de réaliser que la survie de leur colonie dépendait des partenariats commerciaux et des alliances avec les nations autochtones. Cela impliquait un processus créatif d'accommodements et d'échanges culturels réunissant deux univers, européen et autochtone, sur une sorte de « terrain d'entente ».

Excellents orateurs, les diplomates amérindiens étaient passés maîtres dans l'art d'utiliser la métaphore. Ils étaient aussi très habiles pour créer des liens de parenté symboliques grâce à l'échange de présents. En présentant une pipe, ou calumet de paix, un diplomate pouvait marcher sans crainte parmi les ennemis, et lorsque les négociations étaient fructueuses, une grande cérémonie du calumet ratifiait la paix. Enfin,
des ceintures de wampum étaient échangées pour confirmer et conserver les paroles prononcées lors des rencontres importantes.

Les diplomates autochtones exprimaient leurs valeurs et leur statut en marquant leurs corps, en portant des vêtements qui les distinguaient et en transportant des objets uniques ou d'une grande beauté. Les femmes fabriquaient la majorité des vêtements et des accessoires - peignant et cousant sur ces derniers des motifs cosmologiques puissants. Cette vision du monde reposait essentiellement sur la croyance que le monde naturel est animé par une multitude d'esprits appelés manitos. Dans cet univers autochtone distinctif, les matières européennes comme les tissus et les perles de verre revêtaient une signification et une fonction nouvelles.

Très peu d'objets autochtones du 18e siècle ont survécu jusqu'à nos jours. Ainsi, la plupart des objets présentés ici datent du 19e ou du début du 20e siècle. En fait, plusieurs éléments du protocole, comme l'usage de la métaphore, les ceintures de wampum, les pipes et les vêtements élaborés, sont encore très représentatifs de la diplomatie autochtone d'aujourd'hui.