Les loisirs de son temps, 1896-1919
Michèle Dagenais, Université de Montréal



Au début du XXe siècle, l'idéal des loisirs pour tous gagne du terrain. Se récréer n'est plus considéré comme un luxe. Les élites qui animent les mouvements de réforme, très actifs durant la période, veulent élargir l'accès aux temps libres. Les réformistes qui militent en faveur du développement des activités récréatives, en particulier pour les enfants, y voient le moyen de résoudre les tensions sociales, d'assainir les moeurs et les milieux de vie, d'embellir les villes. Jardins, parcs, terrains de jeux, bibliothèques et bains publics sont aménagés afin de fournir aux populations urbaines, toujours plus nombreuses et diversifiées, des lieux de détente et de ressourcement.

C'est la période de la « Belle Époque », caractérisée par un grand optimisme. L'économie canadienne est florissante, et la population du pays connaît une croissance sans précédent. La Belle Époque, c'est aussi une période de paradoxes : la richesse et l'opulence des élites côtoient la misère et les dures conditions de vie des moins nantis. La morale victorienne et la séparation stricte des rôles masculins et féminins se heurtent à des réalités plus modernes où les occasions de rencontre entre hommes et femmes se multiplient.

C'est dans l'univers des loisirs que l'évolution des moeurs et les changements dans les rapports entre hommes et femmes sont les plus visibles. Les nouveaux divertissements, tels les parcs d'amusement, les cinémas ou les salles de danse, représentent autant d'endroits propices aux rencontres. Ces loisirs attirent plus particulièrement les jeunes qui cherchent à s'affranchir de l'autorité parentale et qui profitent de ces lieux de récréation pour vivre leurs propres expériences.

En ce début d'un siècle nouveau, les loisirs sont en bonne partie délestés de connotations morales. Le jeu est considéré comme une activité dont les bienfaits sont célébrés pour eux-mêmes. Quelles sont alors les activités les plus populaires- À quoi joue-t-on dans les parcs et les terrains de jeux- Trouve-t-on, à cette époque, davantage le temps de s'amuser- Bien que les loisirs soient désormais partie intégrante de la vie quotidienne, les possibilités de divertissement demeurent, somme toute, encore et toujours limitées par des contraintes de temps et d'argent.