Mémoires instantanées
Vincent Lavoie, Musée McCord



La photographie, née en pleine révolution industrielle, est résolument identifiée au monde moderne. Comme lui, elle célèbre les vertus de la vitesse, de la précision et de la production en série. Mais plus que le simple reflet d'un monde en mutation, la photographie répond aux nouveaux besoins en images d'une société désormais orientée vers la communication et la consommation de masse.

La photographie est à l'origine d'une nouvelle culture de l'image qui continue de bouleverser notre conception du monde. C'est à l'aube du XXe siècle que ces bouleversements sont les plus manifestes. Tout devient matière à représentation : les biens de consommation, les situations et prouesses les plus étonnantes, les divertissements, le tourisme, les faits divers, les événements historiques, même les plus tragiques - pensons à la Première Guerre mondiale -, sont dans la mire des nombreux photographes de l'époque. De plus en plus, on observe le monde par le truchement des images. On achète des photographies - cartes postales, journaux illustrés, publicités - mais surtout des appareils photographiques qui permettent aux amateurs de produire les images qu'ils désirent.

La commercialisation à partir de 1888 des appareils Kodak contribuera largement à démocratiser la pratique de la photographie. Les activités domestiques, les festivités et les réjouissances sont ainsi l'occasion de clichés mémorables. Plus besoin de connaissance ou d'apprentissage particulier : « Vous appuyez sur le bouton, nous nous occupons du reste », voilà ce que promet la publicité de Kodak. Depuis, consommateurs et producteurs de photographies se confondent dans un monde où images et marchandises prolifèrent.