Meubler son intérieur
Jane Cook, Université McGill



Dans la période qui suit la Confédération, les intérieurs domestiques de l'est du Canada se distinguent par leurs pièces encombrées. Mais de toutes les pièces de la maison, le salon est le plus surchargé. Du plancher au plafond, et d'un mur à l'autre, tous les coins et recoins sont occupés. Dans cet espace domestique, les détails d'architecture et les meubles stimulent tous les sens.

À cette époque, les progrès de la science révolutionnent l'aspect et le contenu des intérieurs domestiques. La découverte de nouvelles plantes, d'animaux, et de ressources naturelles au pays et à l'étranger nécessitent la classification d'une multitude d'objets et de nouvelles façons de les exposer. Les manteaux de cheminée, les guéridons et les étagères d'angle débordent d'objets curieux. De fragiles papillons sont suspendus aux écrans de verre et des oiseaux exotiques sont exposés dans des cages. Les innovations scientifiques transforment ce que l'on voit et entend. L'éclairage à l'électricité et au gaz s'ajoute aux lampes à l'huile, et les phonographes font concurrence aux pianos à queue. Même la « Nature » entre dans les foyers par le biais de tissus et de papiers peints aux motifs floraux produits en série. Les fleurs sculptées sur les dossiers de chaises, les vignes en relief sur les bols en verre, les incrustations de nacre sur les tables de jeux et les assiettes aux images de castor imprimées par transfert, toutes témoignent de cet intérêt pour la flore et la faune. Tous les objets qui meublent l'intérieur célèbrent la vie.

Au fait des toutes dernières inventions, les propriétaires des foyers les mieux nantis collectionnent et exposent leurs possessions en signe de statut et d'appartenance à une classe sociale. Les ménagères éduquées, membres de sociétés d'art et abonnées aux magazines féminins, recherchent les nouveautés. Il leur faut les nouveaux gadgets, et elles se divertissent en créant des oeuvres d'art et des bracelets tissés avec des cheveux. Les relations familiales et sociales sont en outre immortalisées sur la pellicule au studio du photographe. Les albums de photos sont remplis de souvenirs de jubilés et de parades. Noël, le Nouvel An, les anniversaires de naissance, les noces et les anniversaires de mariage occasionnent d'autres échanges de cadeaux. On acquiert des souvenirs de ses voyages à l'étranger. En fait, le foyer devient la vitrine d'un monde extérieur exotique où abondent les objets les plus éclectiques, des meubles orientaux aux sacs perlés des Premières nations. Avec l'augmentation de la population, un marché plus vaste s'ouvre aux objets dernier cri. Refuge douillet offrant un répit au tumulte du monde des affaires, le foyer devient un coffre aux trésors recelant les richesses de l'après-Confédération.