Montréal, ville industrielle, 1850-1896
Paul-André Linteau, Université du Québec à Montréal
Vers 1850, Montréal compte un peu plus de 50 000 habitants. En un demi-siècle, ce nombre sera multiplié par six pour dépasser les 300 000 personnes. C'est surtout l'essor de l'industrie manufacturière qui explique une telle croissance. Dès le milieu du 19e siècle, on voit surgir des usines un peu partout en ville, surtout le long du canal de Lachine. Elles produisent des chaussures, des vêtements et d'autres biens de consommation, mais aussi des outils, des locomotives et divers biens durables. Leurs produits sont vendus dans un marché canadien en pleine croissance. L'industrialisation entraîne l'essor des transports, du commerce et des services.
Les nouvelles usines ont besoin d'ouvriers en grand nombre. Elles recrutent des travailleurs très qualifiés en Grande-Bretagne, mais leur main-d'oeuvre provient surtout de la campagne québécoise. Les salaires sont souvent très bas, de sorte que les conditions de vie sont difficiles et les ouvriers vivent dans des logements de mauvaise qualité. Quel contraste il y a entre la petite maison ouvrière et les élégantes villas des grands patrons!
Pour loger cette nouvelle population, il faut construire. Le territoire urbanisé s'étend et, bientôt, déborde les limites de la ville, en direction des petites villes de banlieue qui se multiplient. Il faut aussi organiser des services publics car les solutions individuelles ou l'entraide traditionnelle ne suffisent plus. À l'hôtel de ville, les hommes politiques créent des services municipaux, tandis que d'autres services, comme le transport en commun, relèvent de l'entreprise privée. Les organisations religieuses sont aussi appelées à jouer un rôle accru dans les services sociaux et hospitaliers.
Les clivages ethniques, linguistiques et religieux sont très importants, et chaque groupe met sur pied ses propres institutions. Vers 1850, les anglophones sont majoritaires à Montréal, mais une quinzaine d'années plus tard, les francophones reprennent le premier rang. Une nouvelle classe d'hommes d'affaires francophones commence à faire sa marque, même si l'économie reste dominée par les grands entrepreneurs de langue anglaise. Les divergences entre les groupes s'expriment aussi dans l'arène politique municipale, où les populistes s'opposent aux réformistes. Mais malgré les tensions occasionnelles, tous s'accordent pour vouloir faire de Montréal une grande ville dynamique, la métropole du Canada.
