Apprendre, obéir, aimer : Être une jeune fille des Maritimes à la fin du XIXe siècle
Janet Guildford, Mount St. Vincent University



Anne aux pignons verts, la plus célèbre fille des Maritimes, était une jeune rousse aventureuse et indépendante dont la vie était faite de plaisir et de liberté. Cependant son histoire est fictive; en effet, elle est le personnage principal d'une suite de romans de l'auteure Lucy Maude Montgomery, de l'Île-du-Prince-Édouard. Mais pour les fillettes des familles prospères et respectables des Maritimes, grandir à la fin du 19e siècle voulait dire accepter les limites qu'on leur imposait à la maison, à l'école et à l'église : elles se faisaient dire que leur rôle dans la société était de devenir épouses et mères, et elles devaient accepter de laisser aux hommes les décisions par rapport à la vie publique.

Vers le milieu du 19e siècle, les filles fréquentaient l'école, comme les garçons, mais elles étaient regroupées dans des écoles ou des classes de filles; et au moment où elles atteignaient l'adolescence, les sujets «artistiques» comme la musique, les beaux-arts et la couture devenaient plus importants que les matières scolaires de base. Les filles des classes moyennes des Maritimes ont dû attendre les années 1870 et 1880 avant de pouvoir étudier au collège ou à l'université. Mais nombreuses ont été celles qui ont plutôt opté pour l'École normale. Elles pouvaient y apprendre le métier d'enseignante, un des seuls emplois acceptables pour les femmes des classes moyennes.

Toutefois, tout le monde s'entendait sur le fait que le «véritable» travail des femmes était de se marier et de mettre des enfants au monde. Le choix d'un mari était important, et la plupart des romans offerts aux jeunes femmes donnaient des conseils pour trouver l'homme idéal.

Après le mariage, les femmes devaient abandonner leur travail et se consacrer entièrement à leur mari, aux enfants et à la maison. Selon les coutumes et la loi, les hommes s'occupaient des affaires de la famille et géraient même la dot de leur épouse. Dans les années 1880, néanmoins, de nombreuses femmes instruites des Maritimes commencent à se plaindre du peu de pouvoir qu'elles détiennent et prennent la tête d'un nouveau mouvement qu'on qualifie aujourd'hui de « première vague de féminisme ».