Le culte de la domesticité
Jennifer Salahub



Entre 1840 et 1867, le Canada de l'ère victorienne est sous l'influence d'une idéologique britannique qui érige la femme de la classe moyenne en symbole de pureté et en modèle des vertus domestiques. Cette vision idéalisée du foyer et de la famille se répand si largement que les historiens qualifieront le phénomène de « culte de la domesticité ». Les journaux, les romans et même les rapports gouvernementaux décrivent la femme à la maison comme la « reine » ou l'« ange » du foyer. Des sources littéraires nous apprennent également que les institutions canadiennes sanctionnaient ce modèle domestique importé de la Grande-Bretagne. On ignore cependant comment réagissait chaque femme individuellement. Les Montréalaises pensaient-elles vraiment que leur place était à la maison et que le bon goût était une nécessité domestique?

À cette époque, il était généralement admis que les lois naturelles et divines avaient imparti aux deux sexes des rôles distincts. Tandis que les hommes de la classe moyenne occupaient les sphères publiques des affaires, du commerce et de la politique, les femmes étaient résolument reléguées au domaine privé du foyer et de la famille, sous la protection constante de leur mari. Comme la plupart des femmes prévoyaient se marier et consacrer leur vie au foyer et aux enfants, cet idéal n'était pas entièrement déraisonnable. Néanmoins, à mesure que les apparences extérieures en viendront à incarner la réussite et à garantir l'approbation publique, nombre de femmes feront de ce modèle leur obsession. Apparences et biens matériels - le miroir des accomplissements du mari - jouent désormais un rôle prédominant dans la position sociale d'une famille.

Aujourd'hui, plus d'un siècle après la fin de l'époque victorienne, les attitudes ont-elles changé pour autant? Les magazines et émissions télévisées qui proposent des conseils de décoration comptent parmi les plus populaires. Le culte de la domesticité serait-il encore bien vivant au XXIe siècle?