Un vent de changement : Réformes et syndicats
Peter Bischoff, Université d'Ottawa



À la fin du XIXe siècle, le Canada entre dans une nouvelle ère. La révolution industrielle et l'expansion ferroviaire ont bouleversé les modes de vie. Maintenant que plus du tiers de la population vit en ville ou à proximité, le Canada avance sur la voie de l'urbanisation et l'industrialisation.

Le bois, le blé et les minéraux sont en grande demande sur les marchés internationaux. Les immigrants arrivent au pays par centaines de milliers, la plupart pour y rester et devenir fermiers, salariés ou petits commerçants. Avec l'ouverture de l'Ouest à l'agriculture d'exportation, la construction ferroviaire se poursuit fiévreusement et les carnets de commandes des usines de l'Est augmentent substantiellement. De nouvelles industries apparaissent.

Ces transformations, majeures et rapides, ont des effets sur les rapports sociaux. Ainsi, les changements techniques et la réorganisation du travail alimentent le mouvement ouvrier. Aux syndicats de métiers, s'ajoutent des syndicats industriels, créés pour défendre les intérêts des employés des industries de masse et des travailleurs engagés dans l'exploitation des mines, des forêts et des terres agricoles. Les organisations ouvrières demandent aux employeurs la reconnaissance syndicale, le droit à la négociation collective et la protection de leur pouvoir d'achat. Aux gouvernements, elles réclament, entre autres, des lois facilitant l'indemnisation de travailleurs victimes d'accidents de travail. Au Québec, l'Église intervient : c'est la naissance du syndicalisme catholique.

Certains problèmes sociaux comme l'alcoolisme, l'insalubrité des quartiers populaires, la mortalité infantile et la discrimination contre les femmes stimulent la mise sur pied d'organisations réformistes. Le mouvement pour la prohibition milite en faveur de l'interdiction de la production et de la consommation d'alcool. Des réformateurs urbains plaident pour un approvisionnement adéquat en eau potable et en lait qui ne soit pas porteur de germes. Les militantes féminines prennent conscience de l'importance d'obtenir le droit de vote pour influer sur les gouvernements. Profitant de l'élan patriotique suscité par la Première Guerre mondiale, les prohibitionnistes et les suffragettes obtiennent gain de cause. Le mouvement ouvrier, quant à lui, aura moins de succès. Gouvernements et employeurs font la sourde oreille à ses revendications en faveur de la reconnaissance syndicale et de l'ajustement des salaires par rapport à une inflation galopante. D'où le déclenchement du grand mouvement de grèves d'après-guerre, qui culminera en 1919 dans la grève générale de Winnipeg.