Recherchés! 500 000 Canadiens pour la Grande Guerre
Desmond Morton, Université McGill



Cela peut sembler curieux, mais lors de la Première Guerre mondiale, l'enrôlement se fait en grande partie de façon spontanée au Canada. Près d'un million de Canadiens se portent volontaires, certains à plusieurs reprises. Les régiments locaux rivalisent de zèle en mettant sur pied des bataillons d'environ mille hommes. Les villes et les comtés recueillent des fonds pour financer l'effort de guerre. Aux yeux du ministre de la Milice et de la Défense Sam Hughes, entièrement dévoué à l'empire britannique, cet enthousiasme va de soi dans un pays comme le Canada. Ce n'est qu'en 1916 qu'Ottawa se met à consacrer de l'argent au recrutement, et ce, seulement au Québec, où les volontaires se font plus rares. Le colonel Arthur Mignault, qui avait participé à l'organisation du célèbre 22e Bataillon canadien-français, devient directeur du recrutement au Québec.

Pourquoi les hommes joignent-ils les rangs du Corps expéditionnaire canadien - ou avec quels arguments les recruteurs croient-ils pouvoir les convaincre- De nombreuses affiches sont importées d'Angleterre. Ainsi, les Canadiens ont droit à la fameuse illustration montrant le visage de Lord Kitchener, ministre de la Guerre de Grande-Bretagne, le doigt pointé directement vers VOUS ! et à la tout aussi célèbre affiche où on voit une enfant poser à son père, de toute évidence en parfaite santé, la question suivante : « Papa, qu'as-tu fait pendant la Grande Guerre- »

Au lendemain de la bataille d'Ypres d'avril 1915, où 6 000 Canadiens sont tués ou blessés, personne ne peut plus prétendre que la guerre ne sera qu'une formalité. Au cours des 12 mois suivants, près de 350 000 Canadiens (sur une population d'environ quatre millions d'hommes) partent à la guerre. Une judicieuse propagande canadienne arrive à persuader tant les contemporains que les générations suivantes que les soldats canadiens combattent vaillamment et efficacement. La vérité est cependant plus complexe.

Toutefois, les tensions qui marquent la première année du conflit sont largement surpassées par celles des années suivantes. Au sortir de la Grande Guerre, le Canada affiche un bilan de 60 000 morts et autant de blessés, aux prises avec des séquelles, tant psychologiques que physiques. Des dizaines de milliers de personnes sont dorénavant veuves ou orphelines. Le Canada frôle la faillite financière. Le fragile partenariat entre les Canadiens français et anglais en vient presque à s'effondrer. Les grands élans patriotiques de 1914 cèdent la place à la douleur, à l'amertume et à la désillusion. Comment tant d'héroïsme et de sacrifices ont-ils pu mener à un si triste dénouement-