Splendeurs et misères de la vie urbaine




L'urbanisation s'intensifie à partir de la fin du 19e siècle. Les villes et leurs industries attirent comme des aimants les populations rurales qui ne parviennent plus à assurer leur subsistance par le travail de la terre. Des immigrants de partout, anxieux de s'y refaire une vie, affluent vers le Canada.

La convergence des populations vers les villes se produit dans des milieux qui ne sont pas prêts à les recevoir, ni adaptés à l'accroissement des activités industrielles et commerciales. Il s'ensuit une dégradation des lieux et des conditions de vie, caractérisée par un taux de mortalité élevé. Les populations s'entassent dans des logements insalubres et dans des quartiers pollués par les industries. À cela s'ajoutent des problèmes de santé provoqués par la piètre qualité de l'eau et du lait consommés et l'éclosion d'épidémies.

Nombreux sont les témoignages qui, comme le célèbre rapport d'enquête du réformiste montréalais Sir H. B. Ames, The city below the hill, dépeignent en des termes dramatiques cette dégradation des milieux urbains et les dangers, réels ou imaginés, qui leur sont associés. Le ton alarmiste tout comme les images apocalyptiques employés pour décrire Montréal et les conditions d'existence difficiles attestent de l'ampleur des changements provoqués par l'avènement d'une société urbaine et industrielle. La critique impitoyable des observateurs de l'époque vise aussi à faire pression sur les autorités municipales pour qu'elles assainissent les quartiers populaires autant que les modes de vie de leurs habitants.

Les mesures adoptées foisonnent. Elles sont dirigées vers l'organisation de voies de communication et de transports publics, l'aménagement de systèmes d'approvisionnement en eau potable et d'évacuation des eaux usées, l'adoption de nouvelles normes de construction, l'amélioration des conditions sanitaires et l'introduction de la vaccination. Aussi, dans un contexte où les villes sont diabolisées pour leur laideur et leur insalubrité, le désir d'aménager des lieux propices à la communion avec la nature s'exprime. À Montréal, des squares, des jardins et des parcs font leur apparition, bientôt suivis de terrains de jeux. Les uns et les autres sont établis aux fins d'embellir la ville et de fournir à la population des espaces de détente et de loisirs.

L'adaptation au mode de vie urbain n'est pas facile pour les nouveaux citadins de l'époque. Toutefois, ils bénéficient des nombreuses transformations apportées au cadre urbain, sur le plan des infrastructures et des services publics. Celles-ci modifient substantiellement l'apparence et l'organisation des villes canadiennes.