Du pemmican à la poutine : la culture alimentaire au Canada
Pauline Morel, sous la direction de Nathalie Cooke, Université McGill



L'histoire de l'alimentation au Canada est aussi unique que fascinante. Elle débute avec les Premières nations et toutes les richesses que leur offre la terre. Les peuples autochtones offrent des leçons de survie aux nouveaux arrivants en leur montrant comment préparer le pemmican et la banique qui deviendront des aliments essentiels aux marchands de fourrure, aux employés des chemins de fer, aux équipes d'arpenteurs, aux bûcherons et aux mineurs.

Avec chaque nouvelle vague d'immigration, les nouveaux venus, attirés par le « grenier de la terre », apportent avec eux leurs propres aliments, dont certains sont rejetés d'emblée parce que trop « exotiques » ou « inconnus », alors que d'autres, comme le smoked meat, le chop suey et les baguels, sont rapidement adoptés. Les pionniers et les ouvriers adaptent leurs cuisines rudimentaires au paysage avec les chuck wagons ou cantines de campements et les fours en plein air. D'un autre côté, les classes moyenne et supérieure continuent de poursuivre les idéaux victoriens axés sur les loisirs et les plaisirs domestiques.

Au début du 20e siècle, la nutrition est de plus en plus au coeur des préoccupations. Adelaide Hoodless (1857-1910), une importante réformatrice sociale, fait campagne en faveur de la pasteurisation du lait et de l'enseignement des « sciences ménagères » aux femmes. Un réseau de dispensaires, appelés « Gouttes de lait », est mis sur pied en 1911 à Montréal dans le but d'offrir aux familles des rations de lait stérilisé, des conseils sur les soins aux enfants et des services médicaux. De nouveaux organismes comme les Women's Institutes (1897) et les Cercles des fermières (1915) au Québec ont pour mission de promouvoir l'économie domestique et de valoriser le travail des femmes auprès du public. Au début des années 1900, d'importants progrès technologiques - cuisinières au gaz et électriques, réfrigérateurs électriques et marchandises emballées - augmentent les attentes à l'égard de la ménagère et semblent, ironiquement, complexifier son fardeau plutôt que de le simplifier.

Comment la culture alimentaire canadienne évolue-t-elle au sein de l'économie mondiale? Quelles seront les conséquences à long terme des habitudes alimentaires qui depuis la seconde moitié du 20e siècle accordent de plus en plus de place aux aliments industriels standardisés et bon marché? Les choix alimentaires qui n'étaient pas offerts aux premiers habitants du Canada constituent à la fois un défi et un atout pour les Canadiens d'aujourd'hui.