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Grandir en santé au 20e siècle

Nathalie Lampron

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Introduction:

Nathalie Lampron, 2005

Au tournant du 20e siècle, un enfant sur quatre meurt au Québec avant l'âge de un an; c'est plus que partout ailleurs au Canada et même en Amérique du Nord . Le développement des villes, amorcé à la fin du siècle précédent, s'accélère. Les quartiers ouvriers, de plus en plus populeux, comptent de nombreux logements insalubres. Dans ce contexte urbain où se mêlent promiscuité, hygiène déficiente, air vicié, eau et lait de qualité douteuse, les tout-petits meurent de la diarrhée ou de maladies contagieuses, surtout lété . Il faut agir !

Diverses mesures visant à enrayer ce fléau sont donc adoptées. Dans le premier quart du 20e siècle, des campagnes de sensibilisation à l'hygiène publique incitent les mères à assainir le milieu de vie des enfants . On insiste alors sur deux éléments essentiels : propreté et grand air. La qualité douteuse de l'eau et du lait est également sur la sellette. Le filtrage et le traitement de l'eau de même que la pasteurisation du lait sont parmi les mesures instaurées. Celles-ci contribueront directement à réduire le taux de mortalité infantile durant les trente premières années du siècle.

C'est à la fin du 19e siècle et surtout au début du 20e qu'apparaissent les premiers hôpitaux se spécialisant dans les soins aux enfants . La médecine pédiatrique s'affirme peu à peu et se spécialise. La prévention occupe une place importante dans les soins aux enfants : les programmes de vaccination permettent de réduire considérablement l'incidence de maladies contagieuses comme la variole, la tuberculose et la poliomyélite. La santé des enfants préoccupe désormais grandement les scientifiques qui étudient le développement physiologique et psychologique des jeunes. Ces nouvelles connaissances donneront lieu à la création de programmes de stimulation précoce et de jeux et de jouets éducatifs, des nouveautés rendues possibles par une technologie qui évolue rapidement, particulièrement après la Deuxième Guerre mondiale. En somme, l'amélioration de l'hygiène publique, l'avancement des technologies et les progrès de la science, ceux de la médecine en particulier, auront une incidence majeure sur la santé et le développement des enfants.


MP-1977.76.163
© Musée McCord
Photographie
Enfants sur un banc de parc, 254, avenue Olivier, Westmount, QC, 1913
Alfred Walter Roper
1913, 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
10 x 12 cm
Don de Mr. Vennor Roper
MP-1977.76.163
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Le début du 20e siècle constitue le point culminant d'une ère d'industrialisation et d'urbanisation qui se poursuivra jusque dans les années 1920. De nombreuses familles quittent la campagne pour s'établir dans les grandes villes canadiennes. Elles viennent chercher du travail dans les grandes usines installées en milieu urbain. En 1901, l'île de Montréal regroupe déjà plus de 345 000 habitants. Dans la ville industrielle, cependant, on observe un clivage entre les différents groupes sociaux : les niveaux de richesse marquent le paysage urbain. La bourgeoisie se regroupe dans certains quartiers, souvent à flanc de montagne, et les ouvriers s'installent à proximité des usines dans des logements plus ou moins salubres. Les conditions de vie des enfants de cette époque varient ainsi sensiblement d'un quartier à l'autre.

Quoi:

Cette photo fait partie de l'album de la famille Roper de Westmount. Alfred Walter Roper a ainsi capté la vie quotidienne de sa famille, d'abord à Cobourg, en Ontario, où il est né, puis à Montréal, où il s'est installé.

Où:

Au début du 20e siècle, Westmount fait partie, de même que le Mille carré doré et Outremont, des quartiers qui regroupent des familles plus aisées sur les pentes du mont Royal. Dans l'est, la bourgeoisie s'installe autour du carré Saint-Louis.

Quand:

En 1913, la ville de Montréal et ses banlieues comptent un demi-million d'habitants. Dès les années 1930, la métropole regroupe plus d'un million de personnes, soit plus de 60 % de la population urbaine du Québec.

Qui:

En plus de travailler comme directeur de banque, Alfred Walter Roper (1869-1955) est photographe amateur. Il capte des scènes de rue, des bâtiments et des paysages de Montréal, de Québec et des Cantons de l'Est, ainsi que des scènes de la vie de famille. Le fils de M. Roper a fait don de la collection de photographies familiale au Musée McCord.

VIEW-2943
© Musée McCord
Photographie
Vue de Montréal depuis la cheminée de la centrale de la Montreal Street Railway, QC, 1896
Wm. Notman & Son
1896, 19e siècle
Plaque sèche à la gélatine
20 x 25 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
VIEW-2943
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Le secteur du canal de Lachine qu'on voit sur cette photographie avec les quartiers limitrophes de Saint-Henri, Sainte-Cunégonde et Pointe-Saint-Charles, regroupe une large part de la main-d'oeuvre industrielle de Montréal . Journaliers et manoeuvres s'établissent avec leurs familles près des scieries, des minoteries, des raffineries, des ateliers ferroviaires du Grand-Tronc ou à proximité du chantier naval de la Montreal Marine Works. Le trajet n'est pas bien long entre la maison et le lieu de travail, cependant, la proximité des industries amène sa part de bruit et de fumée. Les femmes hésitent même à ouvrir les fenêtres de leurs sombres logis de peur de laisser entrer la poussière.

Quoi:

Cette photographie fait partie d'un ensemble remarquable constitué de plusieurs vues montrant les quartiers de la ville entourant le bâtiment de la Montreal Street Railway.

Où:

Le canal de Lachine constitue une importante zone industrielle de Montréal, tout comme le secteur situé dans l'est de la ville près du port. L'industrie légère (textile, vêtement, chaussure, imprimerie) quant à elle s'installe surtout au centre-ville.

Quand:

L'industrie montréalaise rassemble une large part de la main-d'oeuvre : 33 % en 1911, près de 40 % en 1941.

Qui:

Dans l'axe du canal de Lachine, on trouve notamment les minoteries Ogilvie et Robin Hood, la raffinerie de sucre Canada Sugar Company et les usines de métallurgie Stelco, Canadian Car and Foundry et Dominion Bridge.

VIEW-23307
© Musée McCord
Photographie
Nouveau triplex, Montréal, QC, 1925
Wm. Notman & Son
1925, 20e siècle
Gélatine argentique
20 x 25 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
VIEW-23307
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Au début du 20e siècle, trouver un toit pour sa famille peut représenter tout un défi dans une ville en pleine croissance comme Montréal. Pour répondre rapidement aux besoins des nouveaux habitants que la ville accueille en grand nombre dans les 30 premières années du siècle, on construit des bâtiments à logements multiples en série. La pénurie de logis à prix raisonnable se fera de nouveau sentir entre 1940 et 1945, alors que 65 000 personnes viendront travailler à Montréal dans les usines de guerre.

L'augmentation accélérée de la population montréalaise, au tournant du 20e siècle, crée une promiscuité nouvelle dans la ville. Contrairement aux familles qui habitent la campagne, celles qui vivent en milieu urbain s'entassent parfois à plusieurs dans des logements sombres, mal aérés, sans accès direct à l'eau potable ni au réseau d'égout. Cette promiscuité, alliée au manque d'hygiène, augmente le risque de contagion et d'épidémie. La situation et les conséquences désastreuses qu'elle pourrait avoir sur la santé des Montréalais, particulièrement celle des enfants, préoccupent de nombreux responsables à l'époque.

Quoi:

La maison montréalaise typique de cette période est un immeuble de type « plex » - duplex ou triplex notamment - c'est-à-dire comptant de deux à cinq vastes logements tout en longueur répartis sur deux ou trois étages.

Où:

À Montréal, la construction domiciliaire se développe d'abord autour de la partie ancienne de la ville, puis le long du fleuve Saint-Laurent et ensuite vers le nord en suivant les rues Saint-Denis et Saint-Laurent.

Quand:

Après la Deuxième Guerre mondiale, certains quartiers montréalais comme Ville-Émard et Notre-Dame-de-Grâce, ainsi que les secteurs au nord de Villeray et le long de la rivière des Prairies se développent. On assiste à un déplacement graduel de la population du centre de la ville vers les banlieues.

Qui:

Montréal compte de nombreux de locataires. Comparativement à d'autres villes canadiennes, Montréal dispose en effet d'un bassin important de logements locatifs, dans les duplex, triplex et autres immeubles à logements multiples.

M22458
© Musée McCord
Chaise percée
Vers 1920, 20e siècle
Bois
76.8 x 35.3 x 32.7 cm
Achat du Musée McCord
M22458
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Durant le premier quart du 20e siècle, grâce aux médecins et aux différents organismes qui en font leur cheval de bataille, l'hygiène prend une importance renouvelée. C'est à cette époque qu'on commence à doter les maisons d'ouvriers de salles de bains, de toilettes et, dans une moindre mesure, de baignoires . Toutefois, les logements doivent d'abord avoir accès à l'eau courante et être raccordés aux égouts municipaux pour que cela soit possible. Les médecins hygiénistes font pression auprès des autorités depuis la fin du siècle précédent pour améliorer les conditions sanitaires des quartiers pauvres. Les constructeurs d'immeubles de logements doivent respecter des normes de plus en plus strictes quant à la ventilation, aux conduites d'eau potable et à l'évacuation des eaux usées.

Quoi:

Ce type de chaise permet d'éduquer les enfants à la propreté très tôt, à une époque où les détergents, désinfectants et machines à laver n'ont pas la même efficacité qu'aujourd'hui. Au fil du 20e siècle, ces chaises seront remplacées par de simples pots, d'abord en céramique puis en plastique coloré.

Où:

Dans certains secteurs des quartiers ouvriers du tournant du 20e siècle, les toilettes ne sont qu'une petite cabane munie d'un trou dans le sol située dans l'arrière-cour. Cependant, au cours des vingt premières années du 20e siècle, les villes s'équipent de systèmes d'égout qui entraînent la réduction et, ultimement, la suppression des fosses d'aisance.

Quand:

La toilette avec chasse d'eau est inventée dès 1596 . Cependant, pour qu'elle soit fonctionnelle, il faut que la maison soit reliée à un système d'égout et d'aqueduc. À Montréal, c'est surtout entre 1890 et 1920 que ces réseaux sont aménagés.

Qui:

C'est le Conseil d'hygiène de la Province de Québec qui, à partir de 1888, établit les règlements d'hygiène publique et en supervise l'application dans les municipalités de la province. Il sera remplacé par le Service provincial d'hygiène en 1922.

N-0000.72
© Musée McCord
Photographie
La famille de Philip Simpson Ross, Montréal, QC, photographie composite, 1904
William Notman (1826-1891)
1904, 20e siècle
Gélatine argentique
40 x 50 cm
N-0000.72
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Différentes générations de la famille Ross posent ici pour une photographie composite réalisée en studio. Dans chacun des ménages rassemblés sur l'image, il semble y avoir un enfant ou deux. Jusqu'en 1870, les enfants canadiens, particulièrement canadiens-français, ont en moyenne sept ou huit frères et soeurs. Bien que certaines familles comptent jusqu'à douze rejetons, d'autres en ont beaucoup moins. Puis, le taux de natalité au pays et dans le monde occidental en général commence à décliner. Cependant, le Québec connaît un baby boom entre 1945 et 1960; les femmes font en général moins d'enfants, mais elles sont plus nombreuses à en avoir. Ainsi, au début du siècle, on dénombre annuellement près de 60 000 naissances dans la province, alors qu'à la fin des années 1950, on en enregistre près de 145 000. Par la suite, le nombre de naissances reprend sa tendance inexorable à la baisse.

Quoi:

Il s'agit d'une photographie composite, c'est-à-dire composée de photographies individuelles, découpées et collées pour faire une seule image .

Où:

La scène a pour cadre le salon de la maison de Philip Simpson Ross, située au coin des rues Cathcart et University à Montréal .

Quand:

Le studio de photographie de William C. Notman produit sa première photographie composite d'envergure en février 1870. Elle présente un grand carnaval de patinage réunissant 150 personnes costumées .

Qui:

Philip Simpson Ross (1859-1907) quitte l'Écosse pour s'établir à Montréal en 1853. Père de cinq fils et de trois filles, il dirige une prospère entreprise familiale de comptabilité.

M981.52.1
© Musée McCord
Berceau d'osier
Vers 1925, 20e siècle
Don de Mrs. Murray A. Vaughan
M981.52.1
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Au tournant du 20e siècle, naître dans un quartier aisé ou dans un quartier ouvrier modifie nettement les chances de survie d'un enfant. Montréal présente alors un taux de mortalité infantile saisissant : entre 200 et 290 bébés sur 1 000 meurent avant d'avoir atteint un an. En comparaison, Toronto, à la même période, présente des taux de mortalité annuels d'environ 160 pour 1000, comparables à ceux des grandes villes industrielles occidentales. Ce que révèle l'examen attentif de ces statistiques, c'est que ces décès frappent plus durement les quartiers défavorisés de Montréal comme Sainte-Marie et Pointe-Saint-Charles. Plus de 15 000 enfants meurent chaque année à cette époque. Plus de la moitié de ces décès sont dus à une maladie intestinale dont on peut relier la cause à des questions d'hygiène publique et de pauvreté : entassement, insalubrité, malnutrition, consommation d'eau et de lait malsains.

Quoi:

Les petits lits d'enfant suspendus entre deux poteaux comme celui-ci permettent un mouvement de balancement qui contribue à endormir le bébé .

Où:

Au début du 20e siècle, les familles bourgeoises, particulièrement en milieu anglophone, réservent un espace de la maison aux enfants et à la gouvernante; cette dernière veille sur les petits et dort souvent dans la même pièce.

Quand:

Les berceaux font partie du mobilier de maison dès l'époque de la Nouvelle-France .

Qui:

On remarque que la mortalité infantile est plus élevée au début du 20e siècle dans les familles canadiennes-françaises catholiques que chez les protestants ou les catholiques anglophones. Plusieurs médecins de l'époque en attribuent principalement la cause à la pauvreté et au sevrage précoce des enfants .

MP-0000.589.392
© Musée McCord
Photographie
Enfant à la pompe à eau avec un baril, Saint-Jovite (?), QC, vers 1915
Anonyme - Anonymous
Vers 1915, 20e siècle
Gélatine argentique
5 x 8 cm
Don de Mrs. I. M. B. Dobell
MP-0000.589.392
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

L'amélioration de la qualité de l'eau de consommation constitue au tournant du 20e siècle l'un des grands défis de santé publique. Grâce aux découvertes de Louis Pasteur, on cerne mieux les facteurs de propagation des maladies et on établit le lien entre les eaux usées et le développement de certains germes, dont ceux de la fièvre typhoïde et du choléra . L'aménagement d'un réseau d'égout et d'un système de distribution de l'eau potable aux maisons, puis la filtration de celle-ci et sa chloration vont enrayer la propagation des bactéries. Comme on peut désormais établir la composition chimique de l'eau, les municipalités produisent, dès 1914, une analyse quotidienne de la qualité de leur eau potable. Toutes ces mesures auront une incidence directe sur la baisse du taux de mortalité par diarrhée des enfants de moins de un an.

Quoi:

Cet enfant pose à côté d'un puits extérieur qui approvisionne une maisonnée en eau potable à l'aide d'une pompe. En 1880, il n'y avait au Québec que dix systèmes municipaux de distribution d'eau potable; ce nombre passe à 177 en 1915.

Où:

Lorsqu'ils ne disposent pas d'eau courante à la maison, les gens s'approvisionnent aux puits ou dans les cours d'eau. Des charretiers vont alors chercher l'eau du fleuve ou des rivières et la distribuent dans les foyers.

Quand:

Dans les années 1910, la plupart des villes du Québec possédant un réseau de distribution de l'eau s'équipent d'un système de filtration ou de chloration. Montréal commence dès 1910 à chlorer son eau.

Qui:

Au tournant du 20e siècle, le Conseil d'hygiène de la Province de Québec est l'organisme qui établit les normes de qualité de l'eau et qui, à partir de 1915, incite les municipalités à se doter de systèmes d'approvisionnement adéquats.

M2000.41.60
© Musée McCord
Masque pour le visage
1940-1950, 20e siècle
Coton
16 x 15 cm
Don de Mme Louise Hurtubise Bousquet
M2000.41.60
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Après avoir exercé des pressions auprès des autorités pour qu'elles instaurent de meilleures conditions sanitaires dans les quartiers de la ville, les médecins hygiénistes se lancent dans des campagnes d'éducation populaires. Ils s'adressent spécialement aux mères. Une de leurs motivations est de réduire le taux effarant de mortalité infantile en valorisant les comportements sécuritaires, notamment à l'égard des nouveau-nés, qui sont particulièrement vulnérables aux virus. Les médecins hygiénistes investissent ainsi de nombreux secteurs de la vie quotidienne, des soins aux nourrissons jusqu'à l'habillement, de la propreté domestique jusqu'au choix des aliments et à leur conservation. Dans la foulée des travaux du Français Louis Pasteur, on comprend maintenant que les virus se transmettent par les gouttelettes de salive qui sont projetées lorsqu'on éternue ou que l'on tousse. Les médecins font la promotion d'habitudes d'hygiène domestique qui vont permettre de freiner la propagation des maladies.

Quoi:

Ce masque en coton matelassé est porté par la mère désireuse d'éviter de transmettre à son enfant des germes de maladies contagieuses comme le rhume, la grippe ou la tuberculose.

Où:

En 1918-1919, une pandémie mondiale d'influenza (grippe espagnole) frappe le monde entier. Au Canada, on compte de très nombreuses victimes. Au Québec, la province la plus touchée, on dénombre 13 800 décès.

Quand:

En 1938, le Dr Armand Frappier crée l'Institut de microbiologie et d'hygiène à l'Université de Montréal. Cet institut fait de la recherche et produit également des vaccins.

Qui:

En naissant, l'enfant dispose d'une certaine immunité contre les infections qui lui est transmise par la mère. Par la suite, le bébé doit développer son propre système de défense; il est donc vulnérable pendant la période où il construit cette immunité.

M998.14.5.3
© Musée McCord
Crachoir
1890-1910, 19e siècle ou 20e siècle
14 cm
Don de Dr. Huguette Rémy
M998.14.5.3
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Au tournant du 20e siècle, une grave maladie frappe particulièrement la population des villes : la tuberculose. L'un des symptômes de cette maladie bactérienne qui affecte autant les enfants que les adultes est une toux douloureuse provoquant beaucoup d'expectorations. De nombreux termes servent à désigner la tuberculose : phtisie, mal de poitrine, maladie du peuple, consomption. Dans la brochure gouvernementale intitulée Principes d'hygiène, publiée en 1923, on donne les conseils suivants pour protéger bébé contre la tuberculose et contre la maladie en général : « Ne jamais embrasser un enfant sur la bouche. Ne jamais cracher par terre. Ne jamais lui donner de lait malpropre - le lait doit être pasteurisé ou bouilli. Ne jamais soulever la poussière. » À compter de 1953, la prévention de la tuberculose passe également par une campagne de vaccination dans les écoles québécoises qui contribue à réduire l'incidence de la maladie.

Quoi:

Avec l'incidence élevée de tuberculose, on assiste à une multiplication des crachoirs décoratifs, objets à la fois utilitaires et esthétiques.

Où:

C'est essentiellement dans les sanatoriums qu'on soigne les tuberculeux, par le repos, l'air pur et une alimentation contrôlée. Les antibiotiques et les vaccins préventifs ne seront introduits qu'après la Deuxième Guerre mondiale.

Quand:

En 1923, le Service provincial d'hygiène met en place un vaste programme d'éducation, de dépistage et de traitement visant à enrayer la tuberculose au Québec .

Qui:

Le médecin et microbiologiste Armand Frappier (1904-1991) est un expert canadien réputé du traitement de la tuberculose. Il mène notamment des recherches sur l'utilisation du vaccin BCG (bacille Calmette-Guérin), mis au point en France en 1922 afin de prévenir la maladie.

MP-1991.40.2
© Musée McCord
Photographie
Chariot de livraison no 36 de la Guaranteed Pure Milk Company, Montréal, QC, vers 1910
Anonyme - Anonymous
Vers 1910, 20e siècle
Sels d'argent sur papier monté sur papier - Gélatine argentique
12.7 x 17.8 cm
Don de la Guaranteed Pure Milk Co.
MP-1991.40.2
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

En 1914, seulement le quart du lait consommé à Montréal est pasteurisé, c'est-à-dire chauffé à une température suffisante pour détruire les bacilles du choléra, de la tuberculose et de la typhoïde qu'il pourrait notamment contenir. À cette époque, seuls les quartiers aisés de l'ouest de la ville ont accès au lait pasteurisé, qui est livré sur des chariots comme celui-ci. La pasteurisation du lait a pourtant une incidence majeure sur la réduction de la mortalité infantile causée par la diarrhée. Dans les quartiers défavorisés de Montréal, on implante dès 1910 des Gouttes de lait, véritables centres de puériculture où les mères obtiennent gratuitement pour leurs poupons du lait pur ainsi qu'un suivi médical et des conseils d'hygiène. C'est en 1925 que Montréal rend obligatoire la pasteurisation du lait et mandate des inspecteurs pour voir au respect de ces normes.

Quoi:

Un laitier de la Guaranteed Pure Milk Company est photographié avec son cheval et sa voiture devant le siège social et l'usine de la compagnie, situés rue Sainte-Catherine Ouest .

Où:

Établie dans l'ouest de la ville de Montréal, la Guaranteed Pure Milk distribue son lait dans le chic quartier du Mille carré doré.

Quand:

La Guaranteed Pure Milk est fondée en 1900. En 1910, elle est l'une des laiteries les plus modernes de la métropole.

Qui:

En 1910, Montréal compte des centaines de laitiers. La plupart sont des commerçants indépendants exploitant leur route de lait en exclusivité.

M975.64.3
© Musée McCord
Biberon
1880-1885, 19e siècle
Verre
15.2 cm
Achat de Mrs. Nettie M. Sharpe
M975.64.3
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Les campagnes d'éducation menées auprès des mères afin de réduire la mortalité infantile mettent l'accent sur l'allaitement maternel, le meilleur choix pour la santé de l'enfant. Cependant, dès la fin du 19e siècle, les mères qui ne peuvent ou ne veulent pas allaiter peuvent avoir recours à des préparations de lait pour enfant faites d'un mélange de céréales, de lait de vache en poudre et de sucre. On trouve aussi en magasin des biberons plus hygiéniques et faciles à nettoyer comme celui-ci. C'est toutefois à partir de 1915, quand on met au point le SMA (Synthetic Milk Adapted) que ces formules se raffinent véritablement en se rapprochant encore plus du lait maternel. Parallèlement, la stérilisation des biberons ainsi que l'habitude de faire bouillir l'eau ou le lait donnés aux poupons afin d'en éradiquer les bactéries nocives se répandent dans la population.

Quoi:

Ce type de biberon de verre, sur lequel on fixe une tétine, fait son apparition au 19e siècle. Certains modèles, différents de celui-ci, possèdent en plus une ouverture sur le dessus de la panse pour y verser le lait et pour contrôler le débit du liquide.

Où:

La compagnie Excelsior Glass s'établit à Montréal et à Saint-Jean-sur-Richelieu en 1878. Elle fermera ses portes en 1885.

Quand:

Les biberons à large col ne font pas leur apparition avant les années 1950; à ce moment, on trouve également sur le marché des liquides et des accessoires pour stériliser adéquatement les bouteilles ainsi que des formules améliorées de lait pour nourrissons.

Qui:

Le Québécois Jean St-Germain invente en 1953, à l'âge de seize ans, le sac jetable pour biberon. Préstérilisé, le sac s'affaisse et se contracte au fur et à mesure que le bébé tète, réduisant ainsi la quantité d'air avalé, souvent cause des coliques.

M2000.41.144
© Musée McCord
Bol pour bébé
Vers 1930, 20e siècle
Poterie
6 x 15 cm
Don de Mme Louise Hurtubise Bousquet
M2000.41.144
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Un enfant des années 1930 aurait vraisemblablement trouvé dans un bol de ce genre des céréales Pablum, une innovation canadienne remarquable. Mises au point par trois médecins de l'Hospital for Sick Children de Toronto, ces céréales contiennent les nutriments essentiels à la bonne croissance de l'enfant, soit des minéraux et les vitamines A, B1, B2, D et E. Elles contribuent également à réduire l'incidence de rachitisme nutritionnel, une maladie grave, fort répandue au début du siècle, qui cause le ramollissement des os. En 1961, le Dr Charles Scriver, pionnier de la recherche à l'Hôpital de Montréal pour enfants, établira un lien entre le rachitisme et la carence en vitamine D. Cette découverte entraînera l'ajout systématique de vitamine D au lait en bouteille, ce qui contribuera à enrayer le rachitisme chez les enfants canadiens.

Quoi:

Ce bol est muni d'une paroi que l'on peut remplir d'eau chaude pour garder la nourriture tiède, un peu comme dans un thermos .

Où:

La région du Straffordshire, en Angleterre, où est installée la compagnie Sampson Bridgwood and Son, est réputée dans le monde pour la qualité de sa céramique.

Quand:

Dès le 19e siècle, les potiers du Straffordshire, en Angleterre, produisent de la vaisselle pour enfants ornée de motifs. On dit alors que les moindres aspects de la vie quotidienne offrent une occasion d'éduquer les enfants.

Qui:

Frederick Tisdall (1893-1951), Theodore Drake (1891-1959) et Alan Brown (1887-1960) sont les trois pédiatres de l'Hospital for Sick Children de Toronto qui ont mis au point les céréales Pablum de même que les biscuits vitaminés pour nourrissons Sunwheat au début des années 1930.

M2004.68.1
© Musée McCord
Landau
1938, 20e siècle
96.5 x 71 x 128 cm
Don de Mrs. Bernard Lande
M2004.68.1
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

En 1923, le Service provincial d'hygiène publie une brochure, Principes d'hygiène, qui vise à promouvoir des comportements sains pour la santé des familles. On y fait valoir la propreté, pour garder le milieu de vie salubre, et le grand air, pour revigorer le corps des enfants - qui vivent parfois dans des logements malsains. « Pour que Bébé ait de la résistance contre la Tuberculose et les autres maladies il a besoin de : sommeil en plein air, exercice en plein air. » Les landaus comme celui-ci sont des outils précieux pour réaliser ce programme. Une autre publication, celle-là du gouvernement canadien, Le livre des mères canadiennes, qui paraît en 1930, invite à placer régulièrement le bébé bien emmitouflé dans un landau devant une fenêtre ouverte afin de lui faire respirer de l'air frais. Les promenades à l'extérieur sont également recommandées.

Quoi:

Alors qu'au début du 20e siècle, les landaus sont conçus de telle manière que le bébé tourne le dos à la personne qui le pousse, à compter des années 1930, ils permettent au petit d'apercevoir le visage familier de la personne qui s'occupe de lui.

Où:

Tout au long du siècle, on aperçoit dans plusieurs parcs et squares de Montréal les landaus qui défilent à l'air frais et au soleil. C'est le cas notamment au parc LaFontaine, au parc du Mont-Royal, à l'île Sainte-Hélène et, à partir des années 1930, au jardin botanique.

Quand:

Dans les années 1920, les landaus sont très profonds pour protéger le bébé des chutes. Dix ans plus tard, on considère ces landaus malsains car ils privent le bambin d'air frais .

Qui:

Les nannies, ces bonnes d'enfants des milieux aisés, promènent chaque jour en landau les enfants dont elles ont la charge dans les parcs de la ville.

M995.47.2.1-3
© Musée McCord
Jeu de construction
1905-1910, 20e siècle
8 x 26 x 39.5 cm
Don de Mlle Louise Desforges
M995.47.2.1-3
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

La médecine fait des percées importantes au début du 20e siècle sur le plan de la santé infantile, mais d'autres sciences, la psychologie notamment, contribuent également à une meilleure connaissance du développement de l'enfant. Les recherches menées par des éducateurs et des psychologues comme le Suisse Jean Piaget, par exemple, permettent de comprendre comment se fait l'apprentissage chez l'enfant et mènent entre autres à l'élaboration de programmes d'éducation adaptés en fonction de l'âge.

D'un point de vue technologique, les jouets connaissent au 20e siècle un développement fulgurant. Ainsi, les blocs de construction fabriqués en bois ou en métal cèdent progressivement la place, à partir des années 1940, aux blocs en plastique de couleurs vives. Reflets de leur siècle, les jouets suivent aussi les grands changements scientifiques et technologiques : on passe du train à l'automobile, puis à l'avion et aux à la fusée !

Quoi:

Cet ensemble de blocs de construction Globe Building Stone comprend 292 pièces. Les jeux et les jouets reflètent les valeurs et les tendances sociales. Ainsi, pendant longtemps, des jeux de construction comme celui-ci susciteront surtout l'intérêt des garçons .

Où:

Dans les années 1920, l'industrie canadienne du jouet, qui est surtout concentrée en Ontario et au Québec, compte une dizaine d'entreprises spécialisées dans la fabrication. La Dominion Toy Manufacturing de Toronto produit des poupées et des animaux en peluche, alors que la Thomas Davidson Manufacturing Co. de Montréal fabrique de la vaisselle en miniature.

Quand:

C'est à la fin du 19e siècle et au 20e siècle qu'on reconnaît dans le jeu et les jouets une façon pour l'enfant de développer ses facultés, sa perception du monde et ses liens sociaux.

Qui:

Le psychologue suisse Jean Piaget (1896-1980) consacre ses recherches au développement de l'intelligence de l'enfant. Il définit les principales étapes dans la construction du raisonnement logique, depuis l'intelligence sensorielle et motrice qui permet au bébé de combler ses besoins primaires jusqu'à la pensée opérationnelle formelle par laquelle l'adolescent émet des hypothèses et élabore des concepts.

M965.134.18.1-2
© Musée McCord
Barboteuse
Vers 1930, 20e siècle
Coton
39 cm
Don de Mr. and Mrs. C. T. Taylor
M965.134.18.1-2
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

En s'inspirant de principes médicaux, des réformistes entreprennent de modifier la garde-robe des petits à la fin du 19e siècle. Ils veulent notamment libérer le corps des enfants de la tyrannie de certaines modes. L'importance du jeu et de la liberté de mouvement dans le développement de l'enfant étant maintenant reconnue, les vêtements conventionnels semblent désormais trop contraignants. Dans la brochure Principes d'hygiène, publiée en 1923 par le gouvernement du Québec, on exhorte les mères à supprimer « les vêtements trop serrés qui retardent la croissance ». Nouvelles et révolutionnaires, les barboteuses et les combinaisons de jeu deviennent populaires au cours des premières décennies du 20e siècle. Elles sont pratiques, fonctionnelles, confortables et permettent à l'enfant de bouger et d'explorer son environnement sans entraves.

Quoi:

Cette barboteuse pour petit garçon est faite en coton et s'attache à l'aide de dix boutons. Le coton, offert dans une grande variété d'épaisseur et de tissage, est le tissu le plus utilisé dans la confection des vêtements pour enfants au 19e et au 20e siècle.

Où:

Dans la première moitié du 20e siècle, trois types de vêtements composent la garde-robe plutôt restreinte de la plupart des enfants vivant en milieu urbain : les habits du « dimanche », les vêtements de jeu et les vêtements pour l'école .

Quand:

Les barboteuses pour bambins sont offertes pour la première fois dans le catalogue Sears en 1906.

Qui:

Au 20e siècle, la différence entre les vêtements des filles et ceux des garçons devient de plus en plus marquée. Dans les années 1920, on commence à associer le rose aux filles et le bleu aux garçons, une coutume qui prendra une trentaine d'années à s'implanter solidement .

MP-1977.76.138
© Musée McCord
Photographie
Garçons s'apprêtant à se coucher, Westmount, QC, 1906
Alfred Walter Roper
1906, 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
10 x 12 cm
Don de Mr. Vennor Roper
MP-1977.76.138
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Les enfants sont au coeur des préoccupations de nombreux scientifiques au tournant du 20e siècle. Ils représentent aussi l'un des sujets de prédilection de la photographie familiale. Cette dernière connaît au début du siècle un formidable essor, grâce notamment à l'introduction sur le marché d'appareils photographiques simples et portatifs.

C'est ainsi que les événements marquants de la vie, tout comme les activités du quotidien, sont enregistrés au moyen d'appareils tels que les Brownie et Folding Pocket commercialisés par la firme Kodak (Rochester, N.Y.). Des premiers appareils amateurs jusqu'à la technologie numérique, en passant par l'introduction de la pellicule 35 mm dans l'entre-deux-guerres ou l'invention des instantanés Polaroïd en 1947, la pratique de la photographie a suivi pas à pas l'évolution de l'enfance au 20e siècle.

Quoi:

L'essor de la photographie amateur (dont ce cliché est un exemple) a été rendu possible par l'Américain George Eastman (1854-1932). Il met au point en 1888 un appareil photo simple d'utilisation : les amateurs n'ont qu'à presser le bouton pour prendre une photo, puis à retourner l'appareil à la compagnie Eastman Kodak pour faire développer la pellicule.

Où:

Dans la première moitié du 20e siècle, il est courant pour un enfant de partager une chambre et même un lit avec ses frères et soeurs, comme cela semble être le cas des garçons sur la photographie. Après la Deuxième Guerre mondiale, une période d'essor économique permet à plusieurs familles d'emménager dans des maisons plus grandes et, ainsi, d'attribuer une chambre à chacun des enfants .

Quand:

Depuis 1971, à la suite de nombreux accidents tragiques, l'inflammabilité des vêtements de nuit pour enfants, comme ceux que portent ces deux garçons, fait l'objet d'une réglementation stricte concernant la coupe et les tissus employés .

Qui:

L'enfance est un thème inspirant pour les photographes amateurs. Ces derniers prennent des clichés lors d'occasions spéciales, comme la Première communion ou la fête de Noël, ou encore captent des scènes du quotidien, comme c'est le cas ici.

C117_C.03
© Musée McCord
Livre
An Alphabet of Birds
1921, 20e siècle
Encre sur papier
27 x 20 cm
C117_C.03
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Les abécédaires constituent les premiers exemples d'utilisation des images dans les livres pour enfants à vocation pédagogique, et ce, dès le 16e siècle en Europe. Au 20e siècle, les jeunes, de plus en plus alphabétisés, bénéficient d'un accès croissant à des livres aux contenus très variés. Au début du siècle, seules quelques publications jeunesse, souvent à caractère religieux ou didactique, sont disponibles. Toutefois, à compter des années 1940, le répertoire des livres destinés aux jeunes s'enrichit considérablement : biographies, romans, contes, livres d'aventure, encyclopédies, bandes dessinées. Le développement des techniques d'impression et, notamment, à partir des années 1950, celui des procédés d'impression photographique, rend désormais possible la production d'un grand nombre de livres de qualité, illustrés en couleurs, à des coûts raisonnables.

Quoi:

Toujours très populaires auprès des enfants, les histoires d'animaux offrent les premiers exemples de littérature enfantine publiée au Canada anglais .

Où:

Au début du 20e siècle, un grand nombre de livres pour enfants sont importés d'Angleterre, de France ou des États-Unis .

Quand:

Au 19e siècle, on assiste déjà à la création de toute une gamme de jeux pour enfants destinés à l'apprentissage des lettres, mais également des mathématiques ou des sciences .

Qui:

La Canada Games Co., filiale de la British Copp Clark Co., est fondée en 1886. Cette entreprise fabrique des livres et des jeux. Elle se distingue en créant des versions « canadiennes » de jeux populaires américains ou européens qui n'obtiennent toutefois qu'un succès mitigé.

M2001.49.6
© McCord Museum
Livre pour enfant
Tante Lucille raconte
Lucille Desparois
1944, 20e siècle
Encre sur papier
22.5 x 18 x 0.3 cm
Don de Mme Danielle Lamoureux
M2001.49.6
© McCord Museum

Clefs de l'histoire:

De 1944 à 1974, par le biais de l'imprimé, du disque et de la radio, Tante Lucille (de son vrai nom Lucille Desparois) racontera pendant plus de trente ans ses nombreuses histoires aux petits Canadiens de langue française. Ses contes moralistes et ses histoires merveilleuses sont des adaptations de contes et de légendes du pays ou d'auteurs renommés. Le 20e siècle connaîtra un formidable essor des moyens de communication, qui permettent dorénavant de s'adresser, comme le fait Tante Lucille, à des milliers de personnes à la fois. La radio, par exemple, d'abord réservée aux scientifiques, s'installe dans les maisons à partir des années 1920. Elle offre aux publics de tous âges des programmes d'information et de divertissement. Le monde entre ainsi dans les foyers par la voix de la radio puis, dans les années 1950, par les images que diffuse la télévision.

Quoi:

Il s'agit du premier recueil de contes pour enfants écrit par Lucille Desparois (sous le nom de plume de Tante Lucille) et publié par la Librairie Granger & Frères en 1944. Au cours de sa longue carrière, Tante Lucille publiera une quarantaine de livres et enregistrera une douzaine de disques de contes.

Où:

En 1954, la maison d'édition hollandaise Mulder & Zoon publie des traductions des contes de Tante Lucille en neuf langues. Les livres de la série « Albums du gai moulin » sont diffusés dans de nombreux pays.

Quand:

Les premiers livres de conte de Tante Lucille paraissent au Québec en 1944. Le 8 mai 1948, cette grande conteuse s'installe à la radio de Radio-Canada, à Montréal, le samedi matin : son émission pour les tout-petits sera diffusée pendant 27 ans, jusqu'au 31 mai 1974 .

Qui:

Lucille Desparois est née à Châteauguay, au Québec, en 1909. Tout au long de sa carrière de conteuse, elle se fait connaître sous le nom de Tante Lucille. Elle est décédée en 1996.

M974.81.60.1-4
© McCord Museum
Phonographe (jouet)
1930-1950, 20e siècle
44 x 45 x 34.8 cm
Don de Mrs. Nora Murchison
M974.81.60.1-4
© McCord Museum

Clefs de l'histoire:

Au tournant du 20e siècle, un mouvement pour l'éducation des enfants prend naissance aux États-Unis et atteint bientôt le monde scolaire canadien. Progressivement, les provinces adoptent des lois rendant obligatoire l'instruction scolaire (en Ontario en 1891, au Québec en 1943). Des réformistes valorisent une éducation centrée sur l'élève, où la motivation et l'épanouissement personnel sont au coeur des apprentissages. Ils se questionnent sur les approches pédagogiques, sur les aspects pratiques de la formation et sur le bien-être des enfants à l'école. Cette approche a une incidence sur l'enseignement de la musique en milieu scolaire au moment où se répandent de nouveaux outils de diffusion de la musique : la radio et le gramophone. Dans ce contexte, des compagnies de phonographe se lancent même dans la production de matériel pédagogique.

Quoi:

Ce phonographe permet de faire jouer des disques 78 tours, c'est-à-dire qui effectuent 78 tours par minute sur l'appareil. Ces premiers disques seront remplacés par des microsillons en vinyle de 45 ou de 33 tours par minute.

Où:

L'Allemand Émile Berliner (1851-1929), inventeur du gramophone et du disque plat, ouvre à Montréal en 1897 une usine de fabrication de disques, la Berliner Gramophone Company, puis un studio d'enregistrement rue Peel.

Quand:

En 1888, Émile Berliner invente le disque plat, support d'enregistrement qui remplace peu à peu les cylindres de cire et de métal sur lesquels on enregistrait la voix et la musique depuis 1877.

Qui:

Le Français Charles Cros (1842-1888) a l'idée d'un appareil d'enregistrement et de reproduction du son en 1877. La même année, l'Américain Thomas Edison (1847-1931) dépose le brevet du phonographe.

M994.31.1.1
© Musée McCord
Marionnette à gaine
Suzie
1959-1973, 20e siècle
56 x 16.5 cm
Don de Mme Hélène Baillargeon-Côté
M994.31.1.1
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Par l'entremise de jeux, d'histoires, de chansons, l'émission de télévision bilingue Chez Hélène permet aux tout-petits anglophones de niveau préscolaire d'apprendre le français. Dans les années 1950, un célèbre neurochirurgien de Montréal, le Dr Wilder Penfield (1891-1976), a en effet découvert que l'apprentissage d'une langue seconde se fait plus facilement entre trois et sept ans. La méthode pédagogique d'acquisition d'une langue seconde Tan-Gau, mise au point par Tan Gwan Leang et Robert Gauthier, est utilisée dans l'émission. Le personnage Hélène y parle presque exclusivement en français.

Par la suite, dans les années 1960, des chercheurs explorent des façons de profiter de la popularité de la télévision et du divertissement qu'elle offre pour améliorer l'alphabétisation chez les enfants et favoriser l'apprentissage .

Quoi:

Cette marionnette animée par Charlotte Fielder incarne la souris Suzie, l'un des personnages principaux de l'émission Chez Hélène, avec l'animatrice Hélène Baillargeon-Côté et sa jeune amie Louise, jouée par Madeleine Kronby.

Où:

L'émission Chez Hélène est d'abord diffusée l'après-midi à 14 h15 puis, à partir d'octobre 1963, les matins de semaine au réseau anglais de Radio-Canada, alors appelé CBMT.

Quand:

C'est en 1952 que la première émission de télévision canadienne est diffusée... en noir et blanc, bien entendu ! La couleur ne fera son apparition qu'en 1967.

Qui:

Hélène Baillargeon-Côté est née à Saint-Martin-de-Beauce, au Québec, en 1916. Folkloriste et chanteuse réputée, elle anime plusieurs émissions de radio et de télévision pour les réseaux français et anglais de Radio-Canada, dont celle qui porte son prénom, Chez Hélène.

M2004.65.3.1-2
© McCord Museum
Patins à glace
1900-1999, 20e siècle
4.9 x 4.5 x 19.5 cm
Don de Mrs. Ann Silverstone
M2004.65.3.1-2
© McCord Museum

Clefs de l'histoire:

Au début du 20e siècle, les médecins hygiénistes favorisent l'aménagement de parcs et de terrains de jeux pour les enfants afin que ces derniers occupent leurs loisirs sainement en faisant de l'exercice. À l'époque, toutefois, peu d'espaces sont aménagés pour les jeunes, qui se retrouvent souvent dans les rues ou les ruelles. Les parcs sont plutôt des espaces verts pour les promenades en famille. Il existe bien à Montréal des patinoires commerciales dès 1850 , mais c'est en 1900 que la Ville aménage pour la première fois des patinoires publiques dans cinq squares, à la demande de jeunes citoyens. Cependant, quelques organismes, dont la Ladies' Parks and Playgrounds Association, commencent à réclamer à la Ville la création de terrains de jeux spécifiquement destinés aux enfants. Ces derniers ont accès à un premier parc équipé d'appareils de jeux en 1913. À partir des années 1920, ces équipements récréatifs seront disséminés dans différents quartiers de la ville.

Quoi:

Ces patins équipés de deux lames permettent aux tout-petits d'apprendre à patiner tout en conservant plus facilement leur équilibre.

Où:

C'est à Québec, en 1852, qu'est aménagée la première patinoire couverte du monde.

Quand:

Pendant l'hiver 1911-1912, on aménage les premières patinoires canadiennes à glace artificielle, à Vancouver et à Victoria, en Colombie-Britannique. Après la guerre, les autres grandes villes du pays profiteront aussi de cette nouvelle technologie .

Qui:

Ce sont les soldats britanniques qui introduisent ici le patinage comme sport au milieu du 19e siècle. Cette activité gagne rapidement de nombreuses adeptes chez les femmes .

MP-1973.1.7
© Musée McCord
Photographie
Infirmières, berceaux et table roulante pour bébé, Montreal Maternity Hospital, Montréal, QC, 1925-1926
Blackburns
1925-1926, 20e siècle
Gélatine argentique
19 x 24 cm
Don de Miss Caroline Barrett
MP-1973.1.7
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

En 1900, la plupart des bébés naissent à la maison sous la surveillance d'une sage-femme ou d'un médecin. Cependant, on assiste, au 20e siècle, au développement rapide de la médecine moderne et à l'arrivée d'équipements scientifiques et techniques nouveaux dans les hôpitaux. Il se produit alors un processus de médicalisation de nombreux domaines de la vie privée comme l'accouchement, la maternité et le développement de l'enfant. Les mères sont désormais invitées à suivre les conseils des experts médicaux, infirmières et médecins, qui veillent au développement de l'enfant. On insiste sur les bienfaits des visites régulières à la clinique de puériculture, où les enfants sont examinés, pesés et vaccinés. Les médecins font valoir le contexte sécuritaire de l'accouchement à l'hôpital et les meilleures chances de survie que les conditions modernes du milieu hospitalier peuvent offrir à la mère et au bébé. De plus en plus de femmes décident donc d'accoucher à l'hôpital si bien que, dans les années 1960, l'accouchement à la maison est devenu une rareté.

Quoi:

Des infirmières entourent des nouveau-nés près d'un lit roulant de la maternité. On voit les couchettes des bébés disposées le long des murs de la salle.

Où:

Le Montreal Maternity Hospital est d'abord situé rue Saint-Urbain, au centre-ville de Montréal.

Quand:

Le Montreal Maternity Hospital est fondé en 1843. En 1923, il est intégré à l'hôpital Royal Victoria et relocalisé à flanc de montagne dans un nouveau pavillon qui ouvre ses portes le 1er juin 1926.

Qui:

Au tournant du 20e siècle, le développement des hôpitaux et la nécessité de disposer de personnel formé aux nouvelles exigences médicales suscitent la création d'écoles de soins infirmiers. On assiste alors à l'entrée d'infirmières laïques dans les centres de soins tenus jusqu'alors par des religieuses.

M2002.126.1.1-9
© McCord Museum
Trousse d'infirmière (jouet)
Vers 1950-1959, 20e siècle
Don de Mrs. Diane Nagy
M2002.126.1.1-9
© McCord Museum

Clefs de l'histoire:

Ce type de trousse de médecine jouet a permis - et permet encore - aux enfants d'apprivoiser le monde de la médecine. Le 20e siècle est en effet celui au cours duquel les liens entre la science médicale et l'enfance se sont véritablement noués. En 1880, le Dr Séverin Lachapelle déclare : « Il est une croyance bien grave qui est bien plus répandue et enracinée dans nos familles, qu'elle est partagée par beaucoup de médecins : on croit qu'il est absolument inutile de soigner les maladies des enfants. » Ces perceptions changent au début du 20e siècle. Le taux alarmant de mortalité infantile et un mouvement général en Occident pour la « sauvegarde de l'enfance », comme on l'appelle alors, incitent les médecins et d'autres réformistes à s'intéresser à la survie et à la santé des enfants.

La science pédiatrique évolue avec le 20e siècle. Les professionnels de la santé ont accès à une gamme de plus en plus étendue d'instruments et de technologies, qu'ils intègrent désormais dans leur pratique : stéthoscope, thermomètre, rayons X, entre autres. Les médecins se spécialisent et des infirmières diplômées se joignent aux équipes de soins dans les hôpitaux et les dispensaires.

Quoi:

Cette trousse de médecine jouet contient un stéthoscope, deux abaisse-langue, de petites bouteilles de « médicaments » ainsi qu'une coiffe et un tablier d'infirmière.

Où:

La première école d'infirmières au Québec est celle du Montreal General Hospital, ouverte le 1er avril 1890. Les besoins croissants en personnel infirmier entraînent la création de nombreuses autres écoles partout dans la province au cours des quatre décennies suivantes.

Quand:

La coiffe et le tablier blanc permettent de distinguer l'infirmière diplômée de la garde-malade sans formation à compter du dernier quart du 19e siècle. La coiffe, symbole de la profession, comme l'uniforme, disparaissent à partir des années 1970.

Qui:

Florence Nightingale (1820-1910), infirmière britannique, est le modèle d'un grand nombre de jeunes filles rêvant de la carrière d'infirmière. Elle conçoit un système de formation des infirmières qui est adopté au Canada et mis en oeuvre en 1874 à St. Catharines en Ontario.

VIEW-5025
© Musée McCord
Photographie
Children's Memorial Hospital, avenue Cedar, Montréal, QC, 1913
Wm. Notman & Son
1913, 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
20 x 25 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
VIEW-5025
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Le premier hôpital pour enfants du pays est fondé à Toronto en 1875 . C'est véritablement au début du 20e siècle que se développe la pédiatrie, la branche de la médecine spécialisée dans les maladies infantiles. À Montréal, on fonde dans la première décennie du siècle des hôpitaux qui se consacrent uniquement aux soins des jeunes. Ces hôpitaux s'améliorent énormément après la Deuxième Guerre mondiale, offrant aux enfants malades une expertise, de l'équipement, des médicaments et des traitements adaptés à leur condition. Les soins hospitaliers ne sont toutefois pas gratuits avant 1961. Quant aux consultations d'un médecin en clinique, elles ne le seront pas avant 1970 .

Quoi:

Le Children's Memorial Hospital, d'abord conçu pour accueillir les enfants handicapés, se transforme rapidement en un hôpital pédiatrique prodiguant l'ensemble des soins adaptés aux enfants. Son équivalent francophone à Montréal est l'hôpital Sainte-Justine.

Où:

Situé dans l'ouest de la ville, le Children's Memorial accueille une clientèle anglophone. D'abord établi temporairement rue Guy, il déménage avenue Cedar, dans l'immeuble que l'on voit sur la photo.

Quand:

Le Children's Memorial est créé en 1902, mais il ouvre officiellement ses portes le 30 janvier 1904. Son établissement de l'avenue Cedar est inauguré en 1909 et le bâtiment actuel, rue Tupper, en 1956. L'hôpital Sainte-Justine est fondé en 1907 et emménage en mai 1914 dans son immeuble de la rue Saint-Denis, où il restera jusqu'en 1957, avant de se fixer Côte-Sainte-Catherine.

Qui:

Le Dr Alexander Mackenzie Forbes est à l'origine de la fondation du Children's Memorial. Le projet de création de l'hôpital Sainte-Justine est lancé par la Dre Irma Levasseur (1878-1964), avec l'appui de Justine Lacoste-Beaubien (1877-1967), qui en sera l'âme dirigeante pendant 60 ans.

M2002.69.1733.1-2
© McCord Museum
Boîte pour sirop
1903-1968, 20e siècle
17 x 3 x 5.5 cm
Don de Mr. Eddy Echenberg
M2002.69.1733.1-2
© McCord Museum

Clefs de l'histoire:

Lorsqu'un enfant est malade, les parents cherchent avec anxiété un remède à ses maux. Au tournant du 20e siècle, la panoplie des médicaments offerts n'est pas encore très vaste. Il existe certains remèdes de longue tradition, comme le camphre, utilisé contre l'arthrite ou les rhumes et l'anti-douleur, un analgésique aux multiples usages. Les pharmaciens proposent des préparations spécifiques dont ils ont le secret. Dans les quartiers populaires, des charlatans font aussi le commerce de mixtures qu'ils fabriquent eux-mêmes.

Le vent tourne cependant au 20e siècle. Les découvertes scientifiques et médicales permettent de soigner le corps grâce à des connaissances plus approfondies et des outils plus performants. Au Québec, à partir de 1908, le gouvernement oblige notamment les fabricants à mentionner la liste des ingrédients de leurs produits. L'industrie pharmaceutique isole les principes actifs des plantes médicinales et met au point de nouveaux médicaments, ce qui transforme le rôle du pharmacien et impose de nouvelles normes de qualité et d'efficacité.

Quoi:

Ce sirop destiné aux tout-petits vise à atténuer certains symptômes du rhume comme la toux et l'enrouement. Ce type de sirop « calmant » pour enfant est décrié par le Service provincial d'hygiène dans les années 1920 car il contient souvent de la morphine.

Où:

Les médicaments sont fabriqués à base de plantes indigènes ou de plantes importées comme l'opium, qui vient de Perse - et dont on tire la morphine -, et l'ipecacuanha d'Amérique du Sud, un vomitif et un expectorant.

Quand:

Entre les années 1930 et 1950, les pharmaciens délaissent la préparation des médicaments, dont se charge désormais l'industrie pharmaceutique, pour se spécialiser dans la revente.

Qui:

Traditionnellement, le pharmacien, autrefois appelé apothicaire, est celui qui prépare les médicaments à base de substances végétales, animales ou minérales pour ensuite les vendre à la population.

II-93986
© Musée McCord
Photographie
Les enfants de Mme J. D. Miller, Montréal, QC, 1890
Wm. Notman & Son
1890, 19e siècle
Plaque sèche à la gélatine
12 x 17 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
II-93986
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Dans la foulée de la médicalisation des soins aux enfants qui s'accentue de plus en plus au 20e siècle, on accorde une importance grandissante au développement physique des petits. Dès le début du siècle, les bébés qui sont de petit poids à la naissance font l'objet d'une surveillance étroite de la part des médecins, car ils sont beaucoup moins résistants aux maladies. Lorsqu'on crée les Gouttes de lait, ces centres de distribution du lait pur qui sont aussi des cliniques de puériculture, la mesure et la pesée font systématiquement partie du déroulement de la visite. Par ailleurs, dès 1906, la Ville de Montréal implante un service d'inspection médicale dans les écoles. Au cours de ces inspections, les médecins prennent note des conditions sanitaires des locaux, examinent les jeunes et consignent leur taille et leur poids.

Quoi:

Cette photographie présente quatre membres d'une même fratrie placés par ordre de grandeur. Au tournant du 20e siècle, tous les bébés de moins de quatre ans portent la robe blanche, les garçons comme les filles.

Où:

Cette photographie a été prise au studio du photographe William Notman, situé rue Bleury à Montréal.

Quand:

Une publication parue en 1930, Le livre des mères canadiennes, suggère aux mères d'avoir chez elles une balance pour bébé et d'y peser le nourrisson quotidiennement le premier mois, puis régulièrement chaque semaine, le même jour, à la même heure et dans les mêmes vêtements.

Qui:

En 1910, 16 médecins inspecteurs examinent 175 000 élèves des écoles montréalaises au cours de l'année. Les médecins rapportent que 55 % des jeunes sont sains. Les principales causes de renvoi à la maison sont, dans l'ordre, la pédiculose (les poux), la rougeole, les dartres et l'impétigo (deux infections cutanées), et la varicelle.

M2002.69.534.1-2
© McCord Museum
Bouteille d'huile de foie de morue
1904-1971, 20e siècle
Verre
19 x 7.1 cm
Don de Mr. Eddy Echenberg
M2002.69.534.1-2
© McCord Museum

Clefs de l'histoire:

Pendant une grande partie du 20e siècle, de nombreux enfants, petits et grands, ont dû avaler des cuillérées d'huile de foie de morue au goût amer. Les médecins recommandent en effet la consommation de ce supplément vitaminique, particulièrement pour les enfants chez qui on redoute une carence . Aux mères qui fréquentent les Gouttes de lait, on remet parfois des échantillons gratuits de la précieuse huile pour leurs bambins. Car la médecine veille désormais de près sur ses petits patients. La diète, les carences, les excès, les comportements, les habitudes, tout ce qui touche à l'enfance passe désormais sous le regard critique du médecin : la nourriture elle-même fait maintenant partie de la science de l'enfance.

Quoi:

L'huile de foie de morue est l'une des meilleures sources naturelles de vitamines A et D . L'ajout de vitamines à certains aliments de base, dont le lait, et la mise au point de suppléments vitaminiques en capsules rendront peu à peu sa consommation désuète.

Où:

Avant les années 1920, on extrait l'huile de la morue de Norvège. En 1924, un rapport sur la qualité des morues de Terre-Neuve incite l'industrie pharmaceutique canadienne à s'approvisionner sur les Grands Bancs de cette province.

Quand:

C'est en 1929 que l'huile de foie de morue se vend pour la première fois en capsules au Canada et aux États-Unis.

Qui:

Selon les indications sur la bouteille, les enfants doivent prendre quotidiennement une ou deux cuillérées à thé d'huile de foie de morue et les adultes, deux 2 cuillérées à thé.

II-170640.1
© Musée McCord
Photographie
Dr Adami, Montréal, QC, 1908
Wm. Notman & Son
1908, 20e siècle
Sels d'argent sur papier monté sur papier - Papier albuminé
8 x 5 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
II-170640.1
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

John George Adami (1862-1926) appartient à une nouvelle génération de médecins formés à la fin du 19e siècle et profondément influencés par la révolution bactériologique. Ces médecins suivent des cours dans les institutions européennes, qui sont alors à l'avant-garde de l'enseignement des techniques d'analyse bactériologique. Revenus au Québec, ils contribuent à l'amélioration des soins cliniques en milieu hospitalier. Ils mettent aussi leur savoir au service du combat pour l'amélioration de la santé publique.

Il y a cent ans, les enfants mouraient surtout de maladies gastro-intestinales, de la pneumonie et de la grippe, sans oublier la diphtérie, les accidents, la rougeole et la scarlatine. Le progrès des sciences médicales, la vaccination de la population, l'amélioration de l'hygiène publique et l'éducation populaire ont contribué à enrayer presque complètement ces maladies. Après la Deuxième Guerre mondiale, ce sont plutôt les accidents, les anomalies congénitales et le cancer qui deviennent les principales causes de décès chez les jeunes.

Quoi:

Le Dr Adami est notamment coprésident d'une exposition portant sur le bien-être des enfants qui se déroule du 8 au 22 octobre 1912 au Manège militaire, rue Craig, à Montréal. Cette exposition fait la promotion de comportements sécuritaires pour la santé des petits.

Où:

John George Adami passe la plus grande partie de sa carrière professionnelle à Montréal. Il retourne en Grande-Bretagne au moment de la Première Guerre mondiale comme membre du Corps médical de l'armée canadienne. Après la guerre, il accepte le poste de vice-chancelier de l'Université de Liverpool.

Quand:

En 1908, John George Adami est professeur de pathologie et de bactériologie à la faculté de médecine de l'Université McGill; il occupe aussi le poste de pathologiste à l'hôpital Royal Victoria.

Qui:

Médecin, professeur et chercheur, John George Adami est aussi profondément engagé dans la vie publique. Pendant quelques années, il est président d'une importante association réformiste, la Ligue du progrès civique de Montréal.

M965.199.6054
© Musée McCord
Dessin, caricature
Dommage qu'il n'existe pas de vaccin pour cela
John Collins
Vers 1959, 20e siècle
Encre et mine de plomb sur papier
36.7 x 29.3 cm
Don de Mr. John Collins - The Gazette
M965.199.6054
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

La vaccination, dont les principes scientifiques ont été établis par le chimiste français Louis Pasteur à la fin du 19e siècle, permet d'enrayer de nombreuses maladies contagieuses au cours du 20e siècle. Parmi ces maladies figure la poliomyélite, qui attaque le système nerveux et qui peut entraîner la paralysie et la mort. Dans la première moitié du 20e siècle, la « polio » atteint des centaines d'enfants au pays, surtout ceux âgés entre cinq et dix ans. Des vaccins mis au point aux États-Unis dans les années 1950 contribueront à diminuer de façon remarquable l'incidence de cette maladie. La prévention et l'immunisation font partie des stratégies multiples qui ont permis qu'en 100 ans, au Québec, le taux de mortalité infantile soit passé de 250 pour 1 000 à 4,8 pour 1 000.

Quoi:

Cette caricature fait le lien entre la poliomyélite, qui a fait de nombreuses victimes au Québec et est enrayée dans les années 1950 par des campagnes de vaccination, et les accidents de la route, qui causent aussi beaucoup de décès.

Où:

Vers 1930, des maladies contagieuses comme la diphtérie, la scarlatine et la coqueluche font encore régulièrement plusieurs victimes chez les enfants, malgré les progrès de la médecine. De nos jours, ces maladies demeurent une menace pour les jeunes des pays pauvres.

Quand:

C'est surtout entre 1930 et 1970 que les pays occidentaux, dont le Canada, mettent sur pied de grandes campagnes de vaccination contre les maladies infantiles .

Qui:

Dans les années 1950, le médecin et épidémiologiste américain Jonas Salk (1914-1995) met au point un vaccin contre la poliomyélite à partir de virus inactivés. Presqu'à la même époque, le virologiste américain d'origine polonaise Albert Sabin (1906-1993) conçoit un vaccin avec le virus vivant atténué, qui peut être administré oralement.

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