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Les pionniers de l'or blanc : l'exploitation de l'amiante

Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

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Introduction:

Musée minéralogique et minier de Thetford Mines, 2005

En 1876, alors que la révolution industrielle est sur le point d'entrer dans sa deuxième phase, on découvre la présence d'amiante dans la région de Thetford au Québec. Des promoteurs miniers achètent rapidement les terrains contenant ce précieux minéral qui résiste au feu et ils ouvrent des mines. À partir de 1896, les pays industrialisés connaissent une période de prospérité sans précédent : l'expansion de l'industrie de l'amiante, qui commence à se mécaniser, nécessite une main-d'oeuvre de plus en plus nombreuse. En cet âge d'or du capitalisme, le libéralisme économique triomphe. Selon cette idéologie, l'État doit intervenir le moins possible dans l'économie : le patron est entièrement libre d'organiser la production comme bon lui semble, le travail étant considéré comme une simple marchandise soumise aux lois de l'offre et de la demande.


1999.340.2
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
Canton de Coleraine, QC, vers 1880
Vers 1880, 19e siècle
Sels d'argent sur papier
14.2 x 18.8 cm
Don de la succession de Mr. Alfred Penhale
1999.340.2
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

Au cours de l'été 1876, dans le sud-ouest du canton de Thetford au Québec, le cultivateur Joseph Fecteau (1823-1889) et quatre de ses compagnons découvrent de l'amiante, mais ils n'en profiteront jamais : c'est Robert Grant Ward (1837- ?), détenteur d'une concession gouvernementale pour exploiter la forêt qui, en mai 1878, achète finalement le site de la découverte. Ward n'est cependant pas le premier à se lancer dans l'exploitation de l'amiante. Il a été devancé par les propriétaires de deux terrains voisins, les frères Johnson et les frères King. C'est le début d'une ruée vers l'« or blanc » : dès 1880, la mise en valeur des gisements d'amiante s'étend au canton voisin de Coleraine.

Quoi:

Il s'agit vraisemblablement d'un terrain amiantifère que l'on n'a pas encore défriché.

Où:

Ce site est probablement celui d'une des plus anciennes mines du canton de Coleraine, dans le centre du Québec. Cette mine sera achetée en 1886 par la Scottish Canadian Asbestos.

Quand:

Cette photo peut avoir été prise dans les années 1880, à l'époque où les promoteurs se précipitent pour acquérir des concessions minières sur les terrains amiantifères encore disponibles.

Qui:

Avant que la mine ne soit achetée par la Scottish Canadian Asbestos, le terrain a appartenu successivement à N. Noël (1881-1883) et Charles Lionais (1884-1886). Peut-être un de ces deux hommes se trouve-t-il sur cette photo.

1999.338.2
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
Mine d'amiante, Black Lake (?), QC, vers 1890
Vers 1890, 19e siècle
Sels d'argent sur papier
10.1 x 12.6 cm
Don de la succession de Mr. Alfred Penhale
1999.338.2
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

Dans les huit premières années d'exploitation des mines d'amiante dans le centre du Québec (1877-1885), la main-d'oeuvre est extrêmement mobile. La plupart des mineurs n'exercent ce métier que de façon occasionnelle : ils arrivent périodiquement des cantons voisins et campent à côté de la mine. Ces hommes travaillent de dix à douze heures par jour, six jours par semaine, ce qui est tout à fait courant à cette époque. Leur salaire hebdomadaire peut varier de 6 $ à 7 $, alors qu'il faut environ 9 $ par semaine pour faire vivre une famille au Québec.

Lorsque leurs services ne sont plus requis, ces apprentis mineurs repartent pour les districts agricoles ou vont travailler en forêt, selon la saison.

Quoi:

Voici des pionniers de l'exploitation dite « primitive » (antérieure aux débuts de la mécanisation) dans une mine d'amiante « à ciel ouvert ».

Où:

Ce lot peut être situé dans n'importe quel canton du centre du Québec où l'amiante était exploité, soit Thetford, Coleraine ou Broughton.

Quand:

Cette photo a probablement été prise dans les années 1880 ou au début des années 1890. À cette époque d'exploitation primitive, le travail s'effectue avec des outils fort simples comme des masses, des fleurets, des coins ou des pics.

Qui:

Ces premiers mineurs occasionnels sont probablement des ouvriers agricoles manquant de travail.

1999.348.4
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
Treuil à manège, mine Irvin & Hopper, Black Lake, QC, vers 1890
Vers 1890, 19e siècle
Sels d'argent sur papier
25.2 x 30.5 cm
Don de la succession de Mr. Alfred Penhale
1999.348.4
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

À partir de 1885, après une période d'incertitude, l'industrie de l'amiante au Québec connaît une première phase d'expansion. Cette année-là, sur les territoires des futures villes de Thetford Mines et de Black Lake, sept carrières d'extraction occupent déjà trois cents cinquante ouvriers.

En 1890, l'expansion est provisoirement freinée en raison d'une « crise de surproduction », mais des familles sédentaires sont déjà installées autour des mines. À Black Lake, on compte deux îlots d'habitations : dans la montagne se trouve le village Hopper, et près de la voie ferrée, le « village d'en bas ». Le village de Johnson s'y ajoutera en 1894.

La municipalité de la partie sud du canton de Thetford, fondée en 1885, sera officiellement scindée en deux pour donner naissance, en 1892, au village de Kingsville (la future Thetford Mines).

Quoi:

À mesure que les puits deviennent plus profonds, le travail des hommes est un peu facilité par des treuils « à manège » munis d'une vergue, qui permettent de hisser les bennes de bois remplies de minerai.

Où:

Il s'agit de la mine Irvin et Hopper, dans le bloc A du canton de Coleraine. La mise en valeur de ce gisement marque officiellement le début de l'exploitation minière à Black Lake.

Quand:

Cette photo a été prise au début des années 1890. À partir de 1895, les treuils à manège seront progressivement remplacés par des grues à câble aérien.

Qui:

Il y a peut-être, parmi ces travailleurs, des hommes qui commencent à faire du travail de mineur leur véritable métier. Cependant, la majorité d'entre eux sont probablement encore des ouvriers agricoles de passage.

1999.348.5
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
Mine Irvin & Hopper, Black Lake, QC, vers 1890
Vers 1890, 19e siècle
Sels d'argent sur papier
25 x 30.4 cm
Don de la succession de Mr. Alfred Penhale
1999.348.5
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

Au début des années 1880, pour sortir la pierre de la carrière, les pionniers de l'amiante doivent la charger dans des brouettes qu'ils poussent jusqu'à la surface ; ils la mettent parfois dans des chariots tirés par des chevaux. Bientôt, cependant, le travail des hommes et des animaux sera facilité par des rails en bois permettant l'utilisation de wagonnets. À partir de 1895, les chevaux deviendront moins nécessaires. On continuera néanmoins à les utiliser en surface pour transporter du mort-terrain (terre et pierres dites « stériles », parce qu'elles ne contiennent pas de fibres d'amiante), des rebuts ou différents matériaux de construction, et ce jusque dans les années 1950.

Quoi:

Ce wagonnet est utilisé pour sortir de la mine d'amiante la pierre qui sera ensuite chargée dans un chariot tiré par un cheval jusqu'à un atelier de traitement.

Où:

Cette mine exploitée à flanc de montagne est située à Black Lake. Il s'agit probablement de la mine Irvin et Hopper.

Quand:

Cette photo a peut-être été prise un peu avant 1895, à la toute fin de l'époque de l'exploitation primitive, juste avant que l'industrie de l'amiante ne s'engage dans la voie de la mécanisation.

Qui:

Un cheval et des hommes, dont la sueur fournit encore l'essentiel de l'énergie nécessaire à l'extraction de l'amiante.

1999.344.4
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
Mine d'amiante, Black Lake, QC, 1895
1895, 19e siècle
Sels d'argent sur papier
20.2 x 25.4 cm
Don de la succession de Mr. Alfred Penhale
1999.344.4
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

À l'époque « héroïque » de l'exploitation primitive, avant les débuts de la mécanisation, la région de Thetford, au centre du Québec, fait immanquablement penser au Far West américain. Un inspecteur des mines écrit en 1884 : « De nombreux débits de boisson se sont ouverts dans cette partie reculée de nos cantons où l'on est encore sous l'ombrage des forêts vierges et où l'on croit que la loi ne peut pénétrer. À plusieurs reprises depuis deux ans, des tapageurs pris d'ivresse y ont commis de graves désordres, ont été jusqu'à arrêter des trains du chemin de fer Le Québec Central. »

Quoi:

Pour transporter l'amiante hors d'un puits, deux systèmes sont concurremment utilisés : des wagonnets circulant sur des rails de bois franc, maintenant recouverts de lames d'acier, et des boîtes manoeuvrées par des treuils à manège et à vergue.

Où:

Ces travailleurs se trouvent au fond d'un puits situé à Black Lake dans le canton de Coleraine, près de la limite séparant les exploitations de la United Asbestos of London et de l'Anglo-Canadian Asbestos Co.

Quand:

Cette photo a été prise en 1895. Dans les années 1890, l'octroi de permis pour la vente de boissons alcoolisées suscite encore de vives discussions entre curés, inspecteurs des mines et élus municipaux.

Qui:

Ces travailleurs qui ressemblent à des cow-boys ou à des chercheurs d'or américains sont en grande majorité des Canadiens français.

1999.344.3
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
Mine d'amiante, Black Lake, QC, 1895
1895, 19e siècle
Sels d'argent sur papier
20.2 x 25.3 cm
Don de la succession de Mr. Alfred Penhale
1999.344.3
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

Les Archives nationales du Québec conservent aujourd'hui un document rédigé à Montmagny le 15 août 1881 et intitulé Rapport de A. Montpetit sur les mines d'amianthe [sic] de Thetford et de Colraine [sic]. André-Napoléon Montpetit était journaliste de son métier.

En cette année 1895, les observations faites en 1881 sont encore d'actualité :


« Les mineurs sont en grande partie des Canadiens français, colons des
cantons voisins, heureux de gagner quelques dollars pendant les mortes
saisons : les ingénieurs, surintendants et contre-maîtres [sic] appartiennent tous à d'autres origines. Ce n'est pas que les propriétaires y mettent des préjugés ou fassent des préférences de race. C'est plutôt parce que les Canadiens français dans les campagnes manquent d'éducation pratique. »

Quoi:

L'extraction de l'amiante est effectuée au moyen d'outils encore fort simples : des masses, des fleurets (tiges d'acier à bouts pointus pour percer les roches), des pics et des coins (pièces de fer en forme de prisme triangulaire dont on se sert pour fendre les pierres en les enfonçant à coup de maillet ou de masse).

Où:

Cette photo a été prise dans le canton de Coleraine, dans le puits numéro 2, exploité par la United Asbestos of London (Black Lake).

Quand:

En 1891, il y avait quelques travailleurs allemands dans les mines d'amiante, mais ceux que nous voyons ici sont probablement tous des francophones de la province de Québec. Cette photo a été prise en 1895.

Qui:

À partir de 1891, quelques Canadiens français parviennent à se hisser jusqu'au poste de contremaître, mais la plupart de ceux qui occupent cette fonction sont généralement irlandais ou écossais. Parmi les travailleurs, il y a des vieillards car à cette époque, très rares sont les cultivateurs ou les ouvriers qui peuvent s'offrir une retraite.

1999.343.1
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
Mine d'amiante, région de Thetford Mines, QC, vers 1880
Vers 1880, 19e siècle
Sels d'argent sur papier
16 x 24.2 cm
Don de la succession de Mr. Alfred Penhale
1999.343.1
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

Il n'est pas rare, au 19e siècle, de trouver des enfants dans les usines et dans les mines. Au Québec, la Loi des manufactures de 1885 interdit aux patrons d'employer des garçons de moins de douze ans, mais cette loi ne s'applique que dans les usines. La Loi des mines de 1892, quant à elle, se contente d'interdire l'embauche de garçons de moins de quinze ans dans les travaux souterrains : cette disposition ne touche donc pas les mines d'amiante, qui sont pratiquement toutes à ciel ouvert.

L'inspecteur des mines écrit en 1894 :

« J'ai déjà mentionnés [sic] que de jeunes enfants de huit à dix ans sont employés au triage de certains minerais notamment de l'amiante, mais je me suis assuré qu'ils travaillaient avec leurs frères, seulement pendant les vacances et dans la mesure de leurs forces. Il n'y a d'ailleurs rien de contraire à la loi des Mines ni de préjudiciable à la santé de ces enfants. »

Quoi:

On trouve des travailleurs de tout âge dans une mine à ciel ouvert. Dans un texte datant de 1881, le journaliste André-Napoléon Montpetit signalait déjà la présence de très jeunes travailleurs dans les exploitations minières :
« ...la ruche humaine [...] bourdonne de plus belle, avec une recrudescence d'ambition et d'activité. On n'entend, de tous les côtés, que le choc des marteaux, des pics, des pinces, sur le roc vif ou les moellons, le bruit, à la fois grinçant et argentin des ciseaux à froid, maniés par des enfants qui déchiquètent [sic] les petites veines, les commandements des chefs d'équipe... »

Où:

Cette exploitation est située à Black Lake. Il s'agit du puits de la United Asbestos (ancêtre de la British Canadian).

Quand:

Cette photo a pu être prise dans les années 1880. À cette époque, au Québec comme dans la plupart des pays en cours d'industrialisation, l'exploitation du travail des enfants est chose courante. Un chef de ménage ne peut généralement pas faire vivre sa famille avec son seul salaire, ce qui explique que des enfants très jeunes travaillent dans les mines.

Qui:

L'homme portant chapeau melon et veston est peut-être l'ingénieur John J. Penhale (1865-1926). Un des manieurs de marteau assis à droite ne semble pas très âgé...

1999.295.3
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
Région de Thetford Mines, QC, vers 1890
Vers 1890, 19e siècle
Sels d'argent sur papier
11.4 x 17.8 cm
Don de la succession de Mr. Alfred Penhale
1999.295.3
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

Dans les années 1890, les puits des mines d'amiante ont déjà atteint une profondeur respectable, mais ils demeurent encore à échelle humaine. En 1906, cependant, ils inspireront à un journaliste du Soleil une description « à sensation » :
« Des [excavations] ont deux ou trois cents pieds de profondeur, et les hommes que l'on voit ainsi travailler en bas n'ont pas l'air plus gros que des rats. Impossible de distinguer leurs traits, on voit seulement des êtres qui se meuvent, qui vont et viennent, et qui paraissent habiter un autre monde. [...] ces pauvres ouvriers descendent là le matin et en remontent le soir. [...] on aperçoit de place en place, de corniche en corniche, tantôt des escaliers branlants, tantôt des échelles, tantôt des marches entaillées [...] on est terrifié de penser que des êtres humains puissent être ainsi condamnés à faire cette descente et cette ascension perpétuelle. »

On peut penser que dans l'ensemble, malgré une certaine exagération romanesque, cette description reflétait la réalité.

Quoi:

À droite, un ouvrier remonte du fond d'une carrière à ciel ouvert.

Où:

Les ouvriers n'ont pas à aller loin lorsque leur journée de travail est terminée. S'ils n'habitent pas avec leur famille dans un des petits villages qui se développent autour des mines, ils sont logés dans des baraquements situés à proximité des excavations.

Quand:

Cette photo a été prise dans la première moitié des années 1890, alors que la dimension des puits permettait encore l'utilisation des treuils à manège.

Qui:

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, l'article du Soleil, qui n'est pas signé, n'avait pas pour but de dénoncer les conditions de travail dans les mines. Il accompagnait en fait un texte publicitaire. Un ouvrier de Thetford Mines, Pamphile Couture, aurait en effet écrit une lettre de remerciements à la Compagnie Médicale Moro (272, rue Saint-Denis, Montréal) :
« ...Je croyais bien qu'un jour on me retirerait mort de la mine, et tous les jours je me demandais si j'aurais jamais le courage de remonter. Quand j'arrivais au haut des escaliers, le coeur me manquait, je ne pouvais plus respirer. Et ces douleurs insurmontables dans les reins, ces éruptions de [...] furoncles. Tout cela est disparu maintenant, grâce à vos bonnes pilules Moro... »

Il est permis de mettre en doute les vertus miraculeuses des pilules en question...

1999.346
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
John Penhale et ses employés de l'Asbestos Corporation Limited, Black Lake (?), QC, vers 1900
Vers 1900, 19e siècle ou 20e siècle
Sels d'argent sur papier
23.5 x 26.2 cm
Don de la succession de Mr. Alfred Penhale
1999.346
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

À la fin du 19e siècle à Thetford Mines, les rapports peuvent être assez cordiaux entre ouvriers et patrons. Bien que ces derniers soient anglophones et presque toujours protestants, le clergé catholique les présente comme de « généreux bienfaiteurs, indispensables pourvoyeurs d'emplois et de dons ». Bien sûr, les employés de certaines mines sont fortement incités à dépenser ce qu'ils ont gagné dans les magasins des compagnies...

Depuis 1872 au Canada, il est légal de se syndiquer. Personne cependant n'a encore eu l'idée de fonder un syndicat dans la région de l'amiante.

Quoi:

Les travailleurs, dont les noms sont presque tous inscrits au bas de la photo, posent probablement devant un atelier de traitement du minerai de Black Lake.

Où:

C'est dans les mines de la Scottish Canadian Asbestos et de l'American Asbestos de Black Lake que l'ingénieur John J. Penhale met au point la technique d'usinage de l'amiante, en 1888.

Quand:

John J. Penhale est lié à l'exploitation de l'amiante dans la région de Black Lake dès les années 1880. Cette photo a été prise au tournant du 20e siècle.

Qui:

On remarque, à l'extrême gauche, l'ingénieur John J. Penhale. Ce conseiller très recherché dans l'industrie de l'amiante aura une vie particulièrement mouvementée. Il sera, entre autres choses, gérant de la Ling Asbestos d'East Broughton avant de devenir lieutenant-colonel pendant la Première Guerre mondiale. De retour dans l'industrie minière, il mourra en 1926 à l'âge de 61 ans, alors qu'il occupe le poste de gérant adjoint pour l'Asbestos Corporation of Canada.

1999.340.3
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
Mine Jonhson, Black Lake, QC, vers 1900
Vers 1900, 19e siècle ou 20e siècle
Sels d'argent sur papier
13.7 x 20.8 cm
Don de la succession de Mr. Alfred Penhale
1999.340.3
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

Au cours de l'été 1895, au moment où l'industrie de l'amiante commence à se mécaniser, les femmes font leur entrée dans l'univers des mines. Comme dans toutes les autres industries, elles reçoivent des salaires moindres que ceux des hommes. La Loi des manufactures de 1885 interdit le travail des filles de moins de quatorze ans, mais elle ne s'applique pas à l'industrie minière. Le recensement de 1911 signalera encore trois ouvrières en amiante âgées de dix à quatorze ans.

Quoi:

Cette photo montre des bâtiments destinés à l'entreposage du minerai ou du matériel d'exploitation. Celui de droite est sans doute l'atelier de scheidage ou, dans le langage populaire, de « gobage » (cobbing shed ou « shed à gober ») où on sépare manuellement la fibre d'amiante de la roche au moyen de marteaux.

Où:

Ces bâtiments se trouvent autour du puits de la mine exploitée par la Johnson Asbestos à Black Lake.

Quand:

Cette photo a probablement été prise vers 1900.

Qui:

Les deux femmes que l'on aperçoit devant la porte du bâtiment de droite (« shed à gober ») sont des « gobeuses ».

1977.129
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
Atelier de gobage, mine Johnson, Thetford Mines, Qc, début du 20e siècle
1900, 20e siècle
Sels d'argent sur papier
28 x 35 cm
Achat aux Ateliers Irénée
1977.129
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

Le scheidage, opération qui consiste à trier le minerai à la main et à séparer la fibre de la roche à l'aide d'un marteau, est désigné en anglais sous le terme de cobbing. Avant 1895, cette opération était presque entièrement effectuée par des garçons mais, à partir de cette année-là, les plus jeunes d'entre eux sont progressivement remplacés par des femmes. Dans l'ensemble du Québec, celles-ci commencent à être plus nombreuses sur le marché du travail. En 1891, elles constituent 20 % de la main-d'oeuvre manufacturière ; en 1911, ce sera 27 %. À mesure que leur nombre augmentera, dans l'industrie de l'amiante, les ouvrières employées au cobbing, les cobbers féminins, finiront par être baptisées « gobeuses » dans le langage populaire.

Quoi:

Un bref moment de répit pour « prendre la pose » au coeur d'une journée de dix heures de travail, scandée par le bruit d'une trentaine de marteaux.

Où:

Ces virtuoses du marteau se trouvent dans l'atelier de la compagnie Johnson à Thetford Mines (appelée Kingsville jusqu'en 1905).

Quand:

Cette photo aurait été prise vers 1900. Au tournant du 20e siècle, la compagnie Johnson n'est pas la seule à employer des femmes. La Bell Asbestos Co. avait engagé les premières ouvrières thetfordoises au cours de l'été 1895.

Qui:

Il est possible qu'il y ait dans cet atelier quelques travailleuses de moins de 14 ans. Ce qui est certain, c'est qu'elles ont pratiquement toutes moins de vingt-cinq ans. À cette époque, on n'exerce généralement le métier de « gobeuse » qu'en attendant de se marier et il vaut mieux se trouver un époux avant l'âge de vingt-cinq ans, sinon on risque de « coiffer sainte Catherine », c'est-à-dire de rester « vieille fille ».

1977.134
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
Mine British Canadian (?), Black Lake, Qc, vers 1900
Vers 1900, 19e siècle ou 20e siècle
Sels d'argent sur papier
35.5 x 40.6 cm
Achat aux Ateliers Irénée
1977.134
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

À l'orée du 20e siècle, les pays industrialisés entrent dans une phase de prospérité sans précédent. C'est l'âge d'or du capitalisme : les prix et les profits suivront jusqu'en 1929 une tendance à la hausse. Malgré quelques crises de surproduction passagères, le tournant du 20e siècle constitue une période faste pour l'industrie de l'amiante au Québec, car on trouve pour ce minéral des utilisations de plus en plus variées : fabrication de papier (avant 1895), plâtrage intérieur des appartements (avant 1899), imitations de bois (avant 1905) et surtout fabrication de bardeaux (avant 1908).

Quoi:

La « photo de famille » des employés d'une mine d'amiante.

Où:

Il s'agit probablement de la mine British Canadian de Black Lake.

Quand:

En 1897, l'industrie de l'amiante n'occupait en moyenne que 400 personnes. En 1910, elle en emploiera plus de 3 000. Des familles entières s'installent à demeure dans la région de l'amiante. En 1905, le village de Kingsville devient la ville de Thetford Mines, qui comptera 7 261 habitants en 1911. Le village de Black Lake, érigé officiellement en 1906, obtiendra le statut de ville en 1908 et comptera 2 645 habitants en 1911.

Cette photo a été prise dans la première décennie du 20e siècle, probablement à la fin du printemps 1910. À ce moment, pour reprendre les mots du surintendant des mines du Québec, « les mines travaillaient jour et nuit et les ateliers de préparation donnaient le maximum de leur rendement ».

Qui:

Au premier plan, des hommes et des jeunes garçons ; à l'arrière-plan, des femmes et des fillettes. Si la photo a été prise en 1910, il y a probablement des Ukrainiens parmi les hommes. Cette année-là, en effet, pour répondre aux besoins de main-d'oeuvre des mines Standard et Dominion à Black Lake, on y accueille près de 200 travailleurs immigrants, en majorité ukrainiens.

1999.318.61
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
Forage, région de Thetford Mines, QC, vers 1910
Vers 1910, 20e siècle
Sels d'argent sur papier
13.8 x 9.5 cm
Don de la succession de Mr. Alfred Penhale
1999.318.61
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

Dans la première décennie du 20e siècle, la mécanisation de l'industrie de l'amiante n'en est qu'à ses débuts, mais elle a déjà pour effet d'accroître la productivité des ouvriers qui reçoivent des salaires plus élevés qu'au 19e siècle. En 1907, les mineurs non qualifiés peuvent recevoir 1,75 $ par jour et les hommes de métier empochent souvent plus de 2 $. Ce sont de bons salaires pour la région : ils représentent pour les mineurs une augmentation d'environ 19 % de leur pouvoir d'achat par rapport à 1896.

Quoi:

À partir de 1887, on commence à utiliser des foreuses à air comprimé. Au tournant du siècle, celles-ci remplacent les foreuses à vapeur.

Où:

Cette photo a été prise à la mine British Canadian de Black Lake, propriété de l'Asbestos Corporation Ltd.

Quand:

Bien que prise en 1938, cette photo peut illustrer ce qu'était le forage dans les années 1900 ou 1910. L'habillement des travailleurs en surface n'a pratiquement pas changé au cours de la première moitié du 20e siècle. Au milieu des années 1940, ils ne portent toujours pas de casques de sécurité pouvant les protéger des éboulis ou des éclats de pierres.

Qui:

Ce mineur, surnommé « catineur », est chargé de réduire, à l'aide d'une foreuse, les blocs de minerai n'ayant pas été suffisamment fragmentés par le dynamitage. Cette technique sera employée jusqu'en 1965, soit jusqu'à l'apparition des brise-roches (engins motorisés avec marteau perforateur).

1999.326.5
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
Mine Jacobs (?), Thetford Mines, QC, vers 1930
Vers 1930, 20e siècle
Sels d'argent sur papier
19.2 x 24 cm
Don de la succession de Mr. Alfred Penhale
1999.326.5
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

Au tournant du 20e siècle, à mesure que les puits d'extraction de l'amiante deviennent plus profonds, le système des treuils à manège est supplanté par celui des grues à câble aérien : des câbles montés sur poulies et reliés à des tours (ou derricks) situées de chaque côté du puits permettent de hisser à la surface des bennes en bois.

Ces grues à câble facilitent grandement la tâche des mineurs, mais elles constituent aussi une source de danger. Des bennes passent régulièrement au-dessus des travailleurs et il n'est pas rare que des pierres s'en échappent. Parfois aussi, le câble de suspension se rompt. Le chargement des bennes au fond de l'excavation ou leur déchargement à la surface occasionnent également de nombreuses blessures. Il arrive, entre autres, qu'à la suite de fausses manoeuvres, les bennes redescendent trop vite et écrasent les ouvriers restés dessous.

Quoi:

Des bennes sont acheminées vers un puits à l'aide de grues à câble. Elles en remonteront débordantes de pierres qui seront déchargées dans des wagonnets, comme celui qu'on entrevoit à gauche.

Où:

Le système des grues à câble a été utilisé dans toutes les mines d'amiante à partir de la fin du 19e siècle et jusque dans les années 1930. Ces derricks et ces bennes ressemblent beaucoup à ceux qui étaient utilisés à la mine Jacobs de Thetford Mines.

Quand:

Si cette photo a bel et bien été prise à la mine Jacobs, elle date probablement de 1911. Cette année-là, l'inspecteur des mines rapporte que cette carrière, ouverte depuis l'été 1909, compte « neuf derricks à cables (sic) mus chacun par un treuil électrique.»

Qui:

Pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918), les mécaniciens de grues à câble sont de plus en plus jeunes, même si la loi fixe à vingt ans l'âge minimum pour faire fonctionner ce genre de machines. Ce sont en outre des garçons de quatorze à seize ans qui servent d'intermédiaires entre ces « mécaniciens » et les hommes chargeant les bennes au fond des mines. Dans cette fonction, la moindre distraction peut entraîner une erreur de signal et provoquer une catastrophe...

1999.340.8
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
Mine Jeffrey, Asbestos, QC, vers 1899
1899, 19e siècle
Sels d'argent sur papier
13.9 x 18.9 cm
Don de la succession de Mr. Alfred Penhale
1999.340.8
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

Au tournant du 20e siècle, des bennes actionnées par des grues à câble sont utilisées pour remonter de la fosse le minerai et les rebuts stériles. Elles servent également au transport des mineurs. Ce système, particulièrement en vogue dans les années 1910, fera l'objet de quelques améliorations. En 1915, par exemple, les treize petits « câbles-grues » de la mine King à Thetford Mines seront remplacés par quatre autres beaucoup plus gros et plus puissants. Ce changement permettra d'extraire deux fois plus de minerai par jour, tout en réduisant le nombre de bennes voyageant au-dessus des travailleurs.

Quoi:

Des mineurs descendent au fond d'un puits à l'aide d'une benne actionnée par une grue à câble.

Où:

L'amiante est aussi exploité ailleurs que dans la région de Thetford Mines (cantons de Thetford, Coleraine, Broughton et Ireland). Dans le canton de Shipton, à Asbestos, la compagnie Asbestos and Asbestic exploite la mine Jeffrey que nous voyons ici.

Quand:

Cette photo date de la fin du 19e siècle. À partir des années 1930, le système des grues à câble sera de moins en moins utilisé et ne constituera plus vraiment un danger pour les travailleurs.

Qui:

Des mineurs anonymes, photographiés en 1899. Leurs enfants ou leurs petits-enfants participeront peut-être à la fameuse grève de l'amiante de 1949.

1999.318.139
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
Mine Bell (?), Thetford Mines, QC, début du 20e siècle
Vers 1910, 20e siècle
Sels d'argent sur papier
13.7 x 9.6 cm
Don de la succession de Mr. Alfred Penhale
1999.318.139
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

Dans la première décennie du 20e siècle, les gouvernements canadien et québécois parlent peu des accidents de travail dans leurs publications officielles. Ce sont souvent les journaux de l'époque qui nous renseignent le mieux sur la question, comme en témoigne cet article paru dans le Soleil du 13 juin 1904 :

« Un bien pénible accident est arrivé ici samedi. Un jeune homme du Sacré-Coeur de Jésus, de Beauce, Joseph Drouin, âgé de 16 ans, était venu chercher de l'emploi chez les MM. King Brothers, propriétaires de mines. Après avoir obtenu ce qu'il demandait, le jeune homme est allé marcher çà et là sur les terrains de la compagnie. Vers 9.30 heures, a.m., il a été vu sur la voie ferrée. À chaque instant passent sur cette voie des petits wagons chargés de pierres sorties de différents puits. Ces wagons et leur contenu représentent un poids approximatif de cinq à six tonnes. Le pauvre malheureux fut frappé par un de ces wagons et littéralement coupé en deux. Le Dr Lacerte fut appelé sur les lieux mais ne trouva plus qu'un cadavre. Le coroner a tenu une enquête et un verdict de mort accidentelle a été rendu. »

Quoi:

Le minerai est transporté du fond de la mine jusqu'à l'atelier de traitement par la méthode dite « du plan incliné » : quatre wagons d'une capacité de quatre tonnes chacun et réunis par un câble d'acier peuvent être hissés hors du puits au moyen d'un puissant treuil électrique.

Où:

Cette voie de roulage couverte, d'une pente de 20 %, est sans doute le tunnel numéro 8 de la mine Bell à Thetford Mines.

Quand:

C'est en 1908 qu'est inaugurée à la mine Bell la méthode d'extraction du plan incliné. La photo n'est donc pas antérieure à cette date. Elle ne peut d'autre part avoir été prise après 1922 car, cette année-là, les wagons de bois ont été remplacés par des wagons en métal.

Qui:

La compagnie américaine Keasbey & Mattison est devenue propriétaire de la mine Bell en 1906.

1999.342.5
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
Mine d'amiante, Black Lake (?), QC, vers 1915
Vers 1915, 20e siècle
Sels d'argent sur papier
17.7 x 22.8 cm
Don de la succession de Mr. Alfred Penhale
1999.342.5
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

Dans les trois premières décennies du 20e siècle, le transport du minerai est assuré par des wagons tirés par des locomotives à vapeur. L'industrie de l'amiante fonctionne elle aussi « à toute vapeur ». Malgré quelques ralentissements au début des années 1920 notamment, la demande est en général très forte.

Lorsque, pendant certaines saisons hivernales, les compagnies doivent ralentir un peu l'activité minière proprement dite, elles retiennent les services de leurs travailleurs en leur offrant de l'ouvrage dans des activités connexes : il peut s'agir de construire des bâtiments pour loger des mineurs ou pour remiser du matériel d'exploitation. Une partie de la main-d'oeuvre peut également être affectée à des travaux de réparation ou de défrichement.

Quoi:

Les bennes remplies au fond de la mine sont acheminées par câble aérien jusqu'à de petits convois. Le minerai est transféré dans les wagons que les locomotives à vapeur tirent jusqu'à l'atelier de traitement.

Où:

Il s'agit probablement de la mine Vimy à Vimy Ridge, près de Coleraine, dans le centre du Québec. La colline où on exploitait la mine fut surnommée, à partir de 1917, « crête de Vimy » en souvenir de la victoire canadienne en Europe en 1916. Depuis 1889, on exploite sporadiquement des gisements d'amiante à cet endroit.

Quand:

Entre 1895 et 1913, les compagnies d'amiante produisent généralement sans arrêt, souvent jour et nuit quelle que soit la saison. On compte sur les doigts d'une main les hivers où certaines d'entre elles ont dû fermer leurs mines et ateliers pendant quelques temps : 1902-1903, 1904-1905, 1908-1909, 1910-1911. Cette photo a été prise vers 1917.

Qui:

Ces ouvriers étaient peut-être des agriculteurs autrefois, mais à cette époque, on peut supposer que le travail des mines est devenu leur unique métier, puisque les compagnies d'amiante trouvent désormais à les employer hiver comme été.

1999.328.1
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
Mine, région de Thetford Mines, QC, 1916
13 cécembre 1916, 20e siècle
Sels d'argent sur papier
20.5 x 25.4 cm
Don de la succession de Mr. Alfred Penhale
1999.328.1
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

À partir de 1915, la Première Guerre mondiale, déclenchée l'année précédente, suscite une augmentation phénoménale de la production d'amiante : celui-ci entre désormais dans la fabrication d'articles aussi variés que des navires, des sous-marins ou de simples gants pour la manipulation des canons à tir rapide. Même la matière filtrante des masques à gaz est constituée de fibres d'amiante... Les compagnies ont besoin de main-d'oeuvre comme jamais auparavant. Les travailleurs de Thetford Mines prennent alors conscience de leur pouvoir et trouvent injuste que leurs salaires aient été diminués de 14 % l'année précédente. Le 18 octobre 1915, stimulés par deux ouvriers socialistes ukrainiens, ils déclenchent la première véritable grève de l'histoire de l'industrie de l'amiante. Près de 2 500 employés de mines y participent et les autres travailleurs de la ville s'apprêtent à les rejoindre. Dès le 20 octobre, les dirigeants de compagnies, « pour éviter un retard plus long dans cette affaire », cèdent aux exigences de la plupart de leurs employés, qui retrouvent leurs salaires d'août 1914.

Cette victoire entraîne presque aussitôt la formation de deux syndicats, l'un socialiste et l'autre catholique. Ces deux organisations sont très actives en 1916, mais elles consacrent l'essentiel de leur énergie à lutter l'une contre l'autre. Les socialistes rêvent souvent de bouleverser les institutions pour construire une société plus égalitaire et, en ce temps-là, les idées « révolutionnaires » inquiètent le clergé. Le syndicat catholique est donc beaucoup plus modéré dans ses revendications que son concurrent socialiste. Les dirigeants des mines profitent du désaccord entre les travailleurs pour ne reconnaître aucun des deux syndicats.

Quoi:

Vue d'une mine à ciel ouvert en hiver.

Où:

Ce cratère « lunaire » pourrait être celui de n'importe quelle mine de Thetford Mines ou de Black Lake.

Quand:

Comme l'indique l'inscription dans le coin inférieur droit de la photo, celle-ci date du 13 décembre 1916.

Qui:

Nous ne possédons aucune photo de la grève de 1915 ; aucune image n'a immortalisé les visages des grévistes pour les transmettre à la postérité. Les meneurs de la grève, qui ont par la suite incité les Thetfordois à se syndiquer, s'appelaient Nicolas Kachook et Ivan Chaprun. Nous ne savons pratiquement rien de ces deux mineurs socialistes ukrainiens.

1977.102
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
Convoyeur pour la sélection de la fibre brute, vers 1919
Vers 1919, 20e siècle
Sels d'argent sur papier
16.3 x 20.4 cm
Don de M. René Bureau
1977.102
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

Au cours de la Première Guerre mondiale, pendant que des hommes de Thetford Mines, de Black Lake ou d'Asbestos peinent dans les mines, d'autres s'enrôlent dans l'armée. L'industrie de l'amiante pallie leur absence en embauchant encore de très jeunes travailleurs. En 1915, un inspecteur rapporte qu'à Thetford Mines des enfants quittent l'école avant d'avoir quatorze ans pour entrer à l'atelier. Quoi d'étonnant ? Il ne sert pas à grand-chose d'interdire le travail des enfants si par ailleurs, on ne les oblige pas à aller à l'école. Or, il n'y aura pas de loi sur l'instruction obligatoire au Québec avant 1942 !

Quoi:

Des enfants sélectionnent la fibre brute qui défile sur un convoyeur.

Où:

Cet atelier se trouve probablement à Thetford Mines ou à Black Lake.

Quand:

Cette photo n'a pu être prise après 1919, puisqu'elle a été reproduite dans un ouvrage édité à New York cette année-là et intitulé Asbestos: From Mine to Finished Product.

Qui:

Il pourrait s'agir de fils d'immigrants ukrainiens, mais ce sont fort probablement de petits Canadiens français. Ceux-ci ont peut-être eu, malgré tout, la chance de s'instruire un peu avant d'entrer à l'atelier, car dans la région de Thetford Mines, ce ne sont pas les établissements scolaires qui manquent. Citons le Collège La Salle, dirigé par les Frères des Écoles chrétiennes, le Couvent Saint-Alphonse et l'école modèle mixte de Saint-Maurice, dirigés par les Soeurs de la Charité de Québec, sans parler de plusieurs petites écoles tenues par des « maîtresses » (institutrices laïques).

1996.335.47
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
Atelier de gobage, mine Johnson, Thetford Mines, QC, 1919
1919, 20e siècle
Gélatine argentique
10 x 13 cm
Don de Mr. Georges W. Smith
1996.335.47
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

Pendant la Première Guerre mondiale, les femmes d'Europe et d'Amérique envahissent les usines et les ateliers pour remplacer les hommes partis au combat. Même si les femmes constituent en quelque sorte une main-d'oeuvre bon marché, leur présence accrue sur le marché du travail leur apporte une certaine émancipation. Elles obtiendront le droit de vote dans plusieurs pays. Au Canada, ce droit leur est accordé dès 1917, pour les élections fédérales seulement... Les Québécoises n'obtiendront le droit de vote au niveau provincial qu'en 1940.

Quoi:

Le scheidage ou cobbing, opération qui consiste à trier le minerai à la main et à séparer la fibre de la roche à l'aide d'un marteau, est effectué par des cobbers féminins, que les francophones appellent « gobeuses ».

Où:

La compagnie Johnson à Thetford Mines est celle qui emploiera le plus longtemps des « gobeuses », soit jusqu'à la fermeture définitive de son atelier de scheidage en 1963.

Quand:

Cette photo n'a pu être prise après 1919 car elle figure dans un ouvrage édité à New York cette année-là par l'Asbestos and Mineral Corporation (connue au Canada sous le nom d'Asbestos Corporation of Canada Ltd.) qui exploite des mines à Thetford Mines, Black Lake, East Broughton et Robertsonville au Québec ainsi qu'en Afrique du Sud. L'ouvrage, tiré à 1 000 exemplaires, s'intitule Asbestos: from Mine to Finished Product.

Qui:

Il y a dans l'atelier une trentaine de « gobeuses ». La moitié d'entre elles ont dix-huit ou dix-neuf ans. Celles qui ont plus de vingt ans songent peut-être à la grève de 1915. Le 20 octobre, soit deux jours après les hommes, elles avaient décidé de cesser le travail elles aussi. Leur courage n'avait malheureusement pas été récompensé, les compagnies ayant rejeté leurs demandes sous prétexte que celles-ci avaient été présentées trop tard.

1999.347.1
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
Mine Bell (?), Thetford Mines, QC, vers 1910
Vers 1910, 20e siècle
Sels d'argent sur papier
24.5 x 29.8 cm
Don de la succession de Mr. Alfred Penhale
1999.347.1
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

On pourrait croire que les mineurs de 1920 vivent mieux que leurs prédécesseurs : ce n'est pas vraiment le cas. Entre octobre 1915 et mars 1920, les salaires passent de 1,75 $ à 4,25 $ par jour. Cette augmentation peut paraître énorme, mais elle est moins importante que celle du coût de la vie au cours de la même période, car la guerre a provoqué une inflation sans précédent. Le salaire réel d'un travailleur des mines en 1920 est en fait inférieur à celui de 1912. Cependant, avec une rémunération de 25,50 $ par semaine pour soixante heures de travail, il est encore possible de faire vivre convenablement une famille de cinq personnes. Des temps plus difficiles sont à venir.

Après la Première Guerre mondiale, l'industrie de l'amiante poursuit sa lente marche vers la mécanisation. Jusqu'en 1930, on continuera à charger manuellement l'amiante brut pour éviter qu'il ne soit altéré par le « brassage » dans les bennes ou les wagons. Il faudra attendre les années 1950 pour parler véritablement d'une industrie mécanisée. L'entretien des machines occupera alors plus de travailleurs que l'extraction et le traitement du minerai.

Quoi:

Une « grue-locomotive » à vapeur ou pelle excavatrice sur rails remplit un wagon de mort-terrain (terre et pierres stériles ne contenant pas de fibres d'amiante).

Où:

Cette scène se déroule probablement à la mine Bell à Thetford Mines.

Quand:

Cette photo a pu être prise dès 1910, année où ces grues-locomotives à vapeur sont entrées en fonction dans les mines. Elle est très certainement antérieure à 1922 car, cette année-là, on a commencé à remplacer les wagons de bois par des contenants en acier. Par ailleurs, l'usage des pelles à vapeur se déplaçant sur chenilles commencera à se répandre en 1925.

Qui:

Certaines « grues-locomotives » peuvent occuper une équipe de sept hommes : quatre aux leviers de commande, un chauffeur, un huileur et un opérateur.

1999.365.7
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
Poulie à gorge de chevalement de mine, Thetford Mines, QC, 1939
15 janvier 1939, 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
10.1 x 8.2 cm
Don de la succession de Mr. Alfred Penhale
1999.365.7
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

Entre 1912 et 1931, le nombre d'accidents augmente régulièrement dans l'industrie de l'amiante au Québec. Chaque année à Thetford Mines, le travail dans les mines cause en moyenne le décès de cinq personnes. À partir de 1918, on dénombre annuellement plus de 100 blessés. Les causes de ces accidents sont multiples : éboulements, fausses manoeuvres dans l'opération des grues à câble ou dans le maniement des explosifs, wagons mal contrôlés. Dans les ateliers mêmes, les ouvriers côtoient des engrenages, des poulies, des courroies ou des arbres de vitesse : le port de vêtements mal ajustés peut s'avérer fatal. Les poulies que nous voyons ici datent cependant de la fin des années 1930 et ne constituent pas véritablement une source de danger, malgré leur aspect impressionnant.

Quoi:

À l'époque de l'exploitation souterraine, d'autres systèmes sont conçus pour faire voyager minerai et mineurs entre sous-sol et surface. On installe des chevalements, assemblages de madriers et de poutres destinés à supporter le poids d'énormes rouets ou « poulies à gorge ». Dans chaque poulie passe un câble d'acier actionné par un treuil installé dans un autre bâtiment. L'un des câbles est relié à la cage-ascenseur des mineurs, l'autre à la benne qui remonte le minerai.

Où:

La photo montre l'intérieur du nouveau chevalement destiné à faciliter l'exploitation souterraine de la mine King à Thetford Mines.

Quand:

La mine King fut la première mine d'amiante à exploiter une véritable carrière souterraine dès 1930. Elle avait alors cessé le travail en surface. Cette image a été prise le 15 janvier 1939.

Qui:

Il ne s'agit pas de Charlie Chaplin dans une scène du film Les Temps modernes... Cette photo nous montre un ouvrier qui travaille à l'installation de deux poulies à gorge dans le haut du nouveau chevalement de la mine King. On aperçoit un second travailleur en arrière-plan.

1998.477
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
Arrêt de travail des employés de l'Asbestos Corporation, Thetford Mines,
QC, 1923

Georges Filion
1923, 20e siècle
Sels d'argent sur papier
8.1 x 13.8 cm
Don de M. Henri Auclair
1998.477
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

Au début des années 1920, le syndicalisme périclite à Thetford Mines. Cela n'empêche pas les ouvriers de s'unir spontanément lorsque le besoin s'en fait sentir. Ainsi, le 23 avril 1923, les travailleurs de l'Asbestos Corporation of Canada décident de se débarrasser de leur gérant adjoint, un dénommé C.-H. McNutt, qui a congédié sans motif valable deux vieux employés de la compagnie. Ils déclenchent donc une grève, s'emparent de McNutt et le forcent à monter dans le train pour Sherbrooke.


Deux jours plus tard, McNutt revient à Thetford Mines avec une escorte de quarante policiers en armes, mais les grévistes ne se laissent pas intimider. Il faut l'intervention du député provincial et de la police locale pour éviter que l'émeute ne dégénère. McNutt se voit forcé de remonter dans le train avec ses gardes du corps. Il ne reviendra plus.

Quoi:

Les travailleurs de l'Asbestos Corporation of Canada, sans aucune intervention syndicale, cessent le travail et se regroupent pour expulser le gérant adjoint C.-H. McNutt.

Où:

La scène se passe à la gare du Québec Central à Thetford Mines. La rue principale (Notre-Dame) est complètement envahie par les mineurs. En arrière-plan, on aperçoit le clocher de l'église Saint-Alphonse.

Quand:

Cette photo a été prise le 23 ou le 25 avril 1923.

Qui:

Ces travailleurs ont vu leur salaire réduit à 2,50 $ par jour au début des années 1920. Ils viennent d'être « augmentés » à 3,00 $, mais l'argent n'est pas leur seule préoccupation. Ils s'unissent pour soutenir deux des leurs, victimes d'une injustice.

1999.311
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
Équipe de hockey de l'Asbestos Corporation, 1934
1934, 20e siècle
Sels d'argent sur papier
6.3 x 17.7 cm
Don de la succession de Mr. Alfred Penhale
1999.311
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

Les rapports entre patrons et employés ne sont pas toujours tendus. Les mineurs ont parfois l'impression d'être les enfants de la « grande famille » de la compagnie qui les emploie. L'attitude paternaliste des dirigeants des mines y est sans doute pour quelque chose. En octobre 1915, par exemple, George Robert Smith (1860-1922), gérant de la Bell Asbestos Mines Inc. de Thetford Mines, déclare à un journaliste : « J'ai toujours traité mes hommes comme un père traite ses enfants. » En 1918 d'ailleurs, la compagnie donnera à chacun de ses employés la somme de 25 $ en guise de cadeau de Noël. Les compagnies minières patronnent par ailleurs les loisirs de leurs employés en finançant les différentes activités sportives, dont le baseball et le hockey.

Quoi:

L'Asbestos Corporation Limited et la compagnie Johnson ont leur propre équipe de hockey. La plupart des compagnies soutiennent financièrement les nombreux clubs de la région.

Où:

Cette patinoire extérieure est probablement située à Thetford Mines.

Quand:

Cette photo a été prise au cours de la saison de hockey 1933-1934.

Qui:

Il s'agit des joueurs de l'« Asbestos Corporation Limited Hockey Team ».

1999.318.52
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
Équipe de prévention en sécurité minière, Thetford Mines, QC, vers 1930
Vers 1930, 20e siècle
Sels d'argent sur papier
9.3 x 13.6 cm
Don de la succession de Mr. Alfred Penhale
1999.318.52
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

À partir des années 1920, l'État québécois commence à se préoccuper sérieusement de la sécurité des travailleurs. En 1928, il crée la Commission des accidents du travail (la CAT, ancêtre de la CSST) puis, en 1931, il promulgue la Loi des accidents du travail, qui établit le principe de la responsabilité collective des employeurs. Les compagnies se solidarisent donc pour lutter contre les accidents et forment en 1932 l'Association de sécurité des exploitants d'amiante du Québec. Dans les mines, on place des nécessaires de soins d'urgence et les endroits dangereux font l'objet d'une surveillance particulière. On uniformise les mesures d'éducation et les règlements de sécurité. Des cours de premiers soins sont donnés aux employés et des comités de sécurité sont mis en place. Le port des casques, des bottes de sécurité et des lampes se généralise pour les mineurs travaillant sous terre. En 1935, il n'y a aucune mort à déplorer dans les mines d'amiante.

Quoi:

Cette photo immortalise le passage à Thetford Mines du Gouverneur général du Canada Lord Tweedsmuir. De chaque côté de la porte, des panneaux rappellent aux mineurs l'importance de la sécurité. Le panneau en français, que nous voyons à gauche, se lit ainsi : « Prenez garde ! N'oubliez pas : la femme d'un ouvrier négligent est presque veuve ». Le panneau en anglais, qui se trouve à droite, est dissimulé par des dignitaires. On pouvait y lire « Safety First! The Best safety device is a safe worker ».

Où:

Cette photo a été prise à la mine King où des comités de sécurité ont été mis en place dès 1928. La mine Bell possédait le sien depuis 1927.

Quand:

Cette photo a été prise le 4 mars 1936, date de la visite du Gouverneur général du Canada à Thetford Mines.

Qui:

Le Gouverneur général du Canada et sa suite sont entourés de dirigeants de l'Asbestos Corporation. On retrouve sur cette photo : J.T. McCallum, George Dick, E.L. Rainboth, l'honorable Alastair Buchan, C.H. McNaughton, le Gouverneur général du Canada Lord Tweedsmuir et son épouse, R.W. Steels, le lieutenant Rivers Smith, A.D.C., le major Redfern, Sydney Bateman et George F. Jenkins. Le policier à l'arrière serait un certain Michel Côté.

1999.329.2
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
Mine Beaver, Thetford Mines, QC, vers 1930
Vers 1930, 20e siècle
Sels d'argent sur papier
25.7 x 20.2 cm
Don de la succession de Mr. Alfred Penhale
1999.329.2
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

Malgré les mesures de sécurité prises au cours des années 1930, il se produit encore des accidents mortels : en décembre 1938, un éboulement tue sept mineurs à la mine Bell de Thetford Mines. Mais les travailleurs ne sont pas les seuls à être menacés par les éboulements. Dans les années 1940, la méthode d'extraction souterraine « d'affaissement par blocs » risque de provoquer l'effondrement des voies de communications et des édifices situés trop près des puits.

Quoi:

Une pelle à vapeur sur chenilles charge des wagons au fond du puits. Depuis 1929, il y a également des pelles électriques dans les mines de la région de Thetford Mines. Les pelles à moteur diesel feront leur apparition dans les années 1940.

Où:

Il s'agit probablement du puits de la mine Beaver à Thetford Mines. Les cratères qui s'élargissent menaceront bientôt les habitations des mineurs dans les quartiers Mitchell et Saint-Maurice. Dès le 19e siècle, les mineurs avaient commencé à s'établir près de leurs lieux de travail. Au milieu du 20e siècle, l'expansion minière entrera en conflit avec le développement urbain.

Quand:

Cette photo a été prise en hiver dans les années 1930. À cette époque, l'usage des camions n'est pas encore répandu. Les fosses présentent de dangereuses pentes abruptes. À partir de 1948, les puits à gradins se généraliseront avec l'usage des camions qui remplaceront les locomotives et les wagons.

Qui:

Vu du haut du puits, les mineurs ressemblent de plus en plus à des fourmis. Remarquerait-on celui qui se trouve à côté de la pelle à vapeur si l'on n'avait pas pris soin de l'encercler sur la photo ?

1999.394.6
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
Mines Beaver, King, Bell et Jonhson, Thetford Mines, QC, vers 1940
Vers 1940, 20e siècle
Sels d'argent sur papier
15.1 x 23.4 cm
Don de la succession de Mr. Alfred Penhale
1999.394.6
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

À la fin des années 1950, des bâtiments et même des quartiers entiers de Thetford Mines seront menacés de disparaître. L'industrie de l'amiante a suscité leur construction ; elle entraînera bientôt leur destruction ou leur relocalisation.

Les compagnies minières contrôlent le sol et le sous-sol de la ville : des dispositions légales leur permettent de récupérer les terrains qu'elles ont loués lorsque l'expansion de leurs opérations le justifie. Les années cinquante, soixante et soixante-dix seront pour les Thetfordois l'époque des « grands dérangements » où plusieurs maisons et édifices seront relocalisés ou détruits.

Quoi:

Voici une vue aérienne de la ville de Thetford Mines avant l'époque des grands dérangements.

Où:

Le secteur touché par le premier grand dérangement sera celui de la rue Johnson (l'artère isolée entre les puits de mine au centre de la photo). Les édifices situés entre les puits des mines Bell (en haut à gauche) et Beaver (au centre, à droite) seront démolis et reconstruits ailleurs. Les résidences familiales seront pour la plupart relocalisées dans le quartier Saint-Maurice (en bas à gauche). Mais le quartier Saint-Maurice lui-même sera relocalisé lors du second grand dérangement.

Quand:

Cette photo a été prise avant 1953, année ou commence le premier grand dérangement qui durera pratiquement jusqu'en 1965. Le second grand dérangement aura lieu de 1970 à 1973.

Qui:

Pour procéder aux relocalisations, l'Asbestos Corporation of Canada fonde avec les compagnies Bell et Johnson une nouvelle société, la Relocations Limited. Cette société a pour mandat d'enlever tous les obstacles qui, à la surface, empêchent le développement de l'exploitation. Concrètement, cela implique le déménagement, « s'il y a lieu », des édifices concernés ou, dans le cas contraire, leur destruction.

1999.318.130
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
Déchargement de la roche stérile, région de Thetford Mines, QC, vers 1920
Vers 1920, 20e siècle
Sels d'argent sur papier
13.6 x 9.4 cm
Don de la succession de Mr. Alfred Penhale
1999.318.130
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

Le paysage des villes de la région de l'amiante se caractérise par les haldes, que les gens du coin appellent familièrement les dumps. Comme leur nom le suggère, ces collines sont formées par les résidus des mines que l'on a déversés (« dumpés ») au fil des ans.

À mesure que l'extraction minière progresse et que les puits deviennent des cratères profonds, les haldes se mettent à faire figure de montagnes. Le travail des mineurs a donc des répercussions directes sur leur milieu de vie.

Quoi:

Une locomotive à vapeur tire des wagons à bascule qui déversent les résidus d'une mine sur le dessus d'une halde. Poussière sur la ville ! Mais cette poussière-ci n'est pas vraiment dangereuse car elle ne contient pratiquement pas de fibres d'amiante.

Où:

Cette halde est celle de la mine King.

Quand:

Dans les années 1890, on a vu apparaître des wagons à bascule tirés par des locomotives à vapeur. Cette méthode de transport domine jusque dans les années 1940. Par la suite, les trains seront progressivement remplacés par des camions. Cette photo a été prise le 26 juin 1937.

Qui:

Si la foi peut transporter des montagnes, cette vertu ne fait certainement pas défaut aux compagnies minières : elles érigent sans répit d'imposantes collines, rejetant quotidiennement 90 % de ce qu'elles ont arraché aux entrailles de la terre.

1999.318.96
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
Atelier d'ensachage, mine King, Thetford Mines, QC, 1936
1936, 20e siècle
Sels d'argent sur papier
9.7 x 13.8 cm
Don de la succession de Mr. Alfred Penhale
1999.318.96
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

Le travail en atelier (soit le scheidage, qui consiste à trier le minerai à la main et à séparer la fibre de la roche avec un marteau, et surtout l'ensachage, qui consiste à mettre la fibre traitée manuellement ou mécaniquement dans des sacs de 100 livres [45 kg]) est sans doute celui qui expose le plus les travailleurs à respirer la poussière d'amiante. En 1922, un règlement adopté par la Ville de Thetford Mines oblige les exploitants à prendre des mesures pour éliminer la poussière qui s'échappe des ateliers. Ce règlement n'a cependant pas pour objet de préserver la santé des travailleurs : les conseillers municipaux désirent simplement améliorer l'apparence de la ville.

Quoi:

Il s'agit de l'intérieur d'un atelier où on procède à l'ensachage du minerai d'amiante.

Où:

Cet atelier est celui de la mine King.

Quand:

Cette photo a été prise en 1936. L'Asbestos Corporation of Canada est, avec la compagnie Keasbey & Mattison (mine Bell), la seule à avoir équipé ses ateliers d'un collecteur de poussière, et ce dès la première moitié des années 1920.

Qui:

Ces travailleurs respirent probablement moins de poussière que ceux de la grande majorité des autres ateliers.

1999.294.15
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines
Photographie
Mine King, Thetford Mines, QC, 1933
22 septembre 1933, 20e siècle
Sels d'argent sur papier
12.7 x 17.7 cm
Don de la succession de Mr. Alfred Penhale
1999.294.15
Cet artefact appartient au : © Musée minéralogique et minier de Thetford Mines

Clefs de l'histoire:

Jusqu'à la fin du 19e siècle, les mines d'amiante étaient toutes à ciel ouvert. Après quelques expériences souterraines sans lendemain à Broughton et à Black Lake, une première exploitation mixte (à ciel ouvert et par galeries) voit le jour à la mine Bell dès 1901. Cette méthode dite des glory holes a été adoptée dans la plupart des mines pour l'exploitation de plusieurs gros gisements à faible teneur en amiante. En 1930, l'Asbestos Corporation Limited inaugure la première véritable carrière d'exploitation souterraine dans l'industrie de l'amiante.

Quoi:

Dans cette mine souterraine, le bois ne constitue plus la base du système de soutènement. Pour la première fois, on utilise l'acier pour fabriquer les poutres de consolidation, les étançons, les cadres, les supports, les couloirs ainsi que le revêtement des passages pour les travailleurs. Ces dispositions, d'abord destinées à éliminer la présence de fibres ligneuses pouvant contaminer l'amiante, apportent sans doute une plus grande sécurité aux travailleurs du sous-sol.

Où:

Nous sommes au fond de la mine King, à Thetford Mines. Deux mineurs s'apprêtent à remonter à la surface.

Quand:

Cette photo a été prise le 22 septembre 1933.

Qui:

Nous voyons ici des muckers ou des grizzly-men. Les muckers, affectés au chargement du minerai, poussent des brouettes ou remplissent à la pelle des wagons de sept tonnes. Les grizzly-men, quant à eux, ont la responsabilité, après un dynamitage, de réduire au moyen de foreuses les roches trop grosses pour poursuivre leur chute à travers le système de grilles à barreaux (grizzlies). Ils sont exposés au bruit et à la poussière. Les travailleurs qui veulent se désaltérer doivent puiser dans une chaudière de zinc sans couvercle après avoir écarté tant bien que mal la poussière qui se dépose abondamment à la surface de l'eau.

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Conclusion:

À partir des années 1930, qui plongent le monde dans la grande dépression, on commence à dénoncer avec plus de vigueur les excès du capitalisme « libéral ». Les travailleurs de l'amiante seront représentés par des syndicats beaucoup plus dynamiques et revendicateurs, avec lesquels les compagnies et le gouvernement devront négocier, souvent à contrecoeur. Ces syndicats se regrouperont sous l'égide de la Fédération nationale des employés de l'industrie minière incorporée, elle-même chapeautée par la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (la future Confédération des syndicats nationaux).

En 1943, grâce à la Fédération, l'existence de l'amiantose, une grave maladie industrielle affectant les poumons, sera reconnue légalement. Cependant, peu de compagnies prendront des mesures concrètes pour réduire la concentration de poussière d'amiante sur les lieux de travail. L'élimination de cette poussière fera partie d'une série de revendications présentées aux compagnies en décembre 1948. Les syndicats réclament surtout une augmentation des salaires, davantage de congés payés et la retenue à la source des cotisations syndicales. Le rejet de ces revendications provoquera la fameuse grève de 1949, qui durera cinq mois et demi et mobilisera 5 000 mineurs d'Asbestos, de Thetford Mines, de Black Lake, de Coleraine et de Pontbriand. Les grévistes obtiendront l'appui d'une bonne partie de la population du Québec, mais peu de leurs revendications seront en fin de compte satisfaites à court terme. En ce qui a trait à l'élimination de la poussière, notamment, les travailleurs devront provisoirement s'en remettre à la « bonne volonté des compagnies ».

La grève de 1949 marquera cependant de façon durable la société québécoise dans son ensemble : elle renforcera la solidarité et l'esprit de contestation. Ce n'est sans doute pas sans raison que certains historiens voient en elle « l'acte de naissance de la Révolution tranquille ».

Bibliographie

Cinq-Mars, François (sous la dir. de). De la pierre à coton à la fibre de chrysotile : Plus de 120 ans d'évolution dans les mines d'amiante, Thetford Mines, Musée minéralogique et minier de Thetford Mines, 1999, 120 p.

Cinq-Mars, François et al. Les grandes mouvances : Recueil des textes, vignettes et illustrations de l'exposition, Thetford Mines, Musée minéralogique et minier de Thetford Mines, 2003, 44 p.

Cinq-Mars, François, Romain Dubé et al. Thetford Mines à ciel ouvert : Histoire d'une ville minière, Thetford Mines, La Ville de Thetford Mines, 1994, 596 p.

Fortier, Clément. Black Lake : Lac d'amiante, 1882-1982, t. I : Amiante et chrome dans les Appalaches : Cent ans d'histoire, [s.l.], Bibliothèque nationale du Québec - Bibliothèque nationale du Canada, 1983, 346 p.

Le collectif Clio. L'histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles, [s.l.], Éditions du Club Québec Loisirs inc., 1992, 646 p.

Linteau, Paul-André, René Durocher et Jean-Claude Robert. Histoire du Québec contemporain : De la Confédération à la crise, Montréal, Boréal Express, 1979, 658 p.

Rapport sur les opérations minières dans la province de Québec, Québec, ministère de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries, Service des Mines, rapports annuels consultés pour les années 1890 à 1931.


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