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Montréal, ville industrielle, 1850-1896

Paul-André Linteau, Université du Québec à Montréal

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Introduction:

Vers 1850, Montréal a déjà deux siècles d'existence. Métropole commerciale et important port de mer, la ville est la plus peuplée de l'Amérique du Nord britannique. Montréal amorce alors une nouvelle phase de son histoire, qui fera d'elle le plus grand centre industriel du nouveau Canada. Sa population et son paysage seront transformés de manière durable par les forces que déclenche le processus d'industrialisation.

NOTE : Le texte de base de ce circuit est une version quelque peu modifiée du chapitre 7 de Paul-André Linteau, Brève histoire de Montréal, Montréal, Boréal, 1992, p. 75-87.


MP-0000.1452.1
© Musée McCord
Photographie
Vue depuis le mont Royal, Montréal, QC, vers 1870
Alexander Henderson
Vers 1870, 19e siècle
Sels d'argent sur papier monté sur carton - Papier albuminé
23.5 x 33.5 cm
Don de Miss E. Dorothy Benson
MP-0000.1452.1
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Une grande ville

À compter de 1850, Montréal prend l'allure d'une très grande ville. Sa population, qui s'élève à 58 000 habitants en 1852, dépasse les 267 000 âmes en 1901 ; avec la banlieue, ce nombre atteint presque les 325 000. C'est un changement d'échelle appréciable.

Une telle croissance ne se fait pas de façon continue. Après une forte poussée dans les années 1850, suivie d'un ralentissement pendant les deux décennies suivantes, elle fait de nouveaux bonds à l'aube des années 1880, puis à la toute fin du siècle.

Vers 1850, l'immigration est encore forte, alimentée par la puissante vague irlandaise, qui tire toutefois à sa fin. L'exode rural prend la relève pour alimenter la population montréalaise. Dans les dernières décennies du XIXe siècle, des milliers de personnes quittent la campagne, qui a peu à leur offrir, dans l'espoir d'améliorer leur sort. Des anglophones des Cantons de l'Est, de l'Ontario et des provinces Maritimes et surtout beaucoup de francophones du Québec aboutissent à Montréal.

Quoi:

La vue montre l'essentiel de l'espace urbain vers 1870. Au loin, les deux tours de l'église Notre-Dame dominent le paysage. À l'avant-plan, on aperçoit le quartier Saint-Antoine, nouveau lieu de résidence des Montréalais les mieux nantis.

Où:

La photographie est prise depuis le sommet du mont Royal, une colline de 230 mètres de hauteur. Les peintres et les photographes affectionnent cet endroit, d'où ils peuvent capter le paysage montréalais. Le sommet du mont Royal n'est pas encore un parc public (il le deviendra en 1874).

Quand:

Trois ans après la Confédération, le nouveau pays appelé Canada est déjà l'un des plus vastes du monde. Montréal en est la métropole économique.

Qui:

En 1871, Montréal compte 107 225 habitants. Parmi eux, 53 % sont d'origine française, 45 % d'origine britannique et seulement 2 % d'origines autres.

M19761
© Musée McCord
Carte
Carte de la ville de Montréal et des alentours
Octobre 1890, 19e siècle
Encre sur papier - Lithographie
62.3 x 93.3 cm
Don de la succession de Miss Dorothy Coles
M19761
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Pour loger toute cette population nouvelle qui afflue en ville, ainsi que les enfants des Montréalais déjà établis, il faut construire un grand nombre de nouveaux logements, ce qui entraîne une expansion du territoire urbanisé. Au début, la ville peut accueillir les nouveaux venus à l'intérieur de ses limites, mais à partir des années 1870, le peuplement déborde vers de nouvelles municipalités de banlieue. À l'est se trouve Hochelaga, au nord, Saint-Jean-Baptiste, au sud-ouest, Saint-Gabriel, Sainte-Cunégonde et Saint-Henri ; d'autres villes viendront s'ajouter par la suite. En 1891, on compte déjà près de 70 000 personnes dans ces nouveaux territoires qui entourent la ville initiale. Montréal commence d'ailleurs à vouloir intégrer ces municipalités qui se greffent sur ses flancs ; entre 1883 et 1893, elle procède à l'annexion de quatre d'entre elles.

Quoi:

La carte indique le tracé des anciennes limites de la Ville de Montréal, établies en 1792. Elle montre aussi le territoire des principales municipalités de la banlieue.

Où:

La flèche indiquant le nord pointe vers la droite. Pourtant, les Montréalais appellent cette partie de la ville l'est. La géographie populaire et courante n'est donc pas conforme aux véritables points cardinaux.

Quand:

Cette carte de 1890 a été dessinée après les premières annexions. D'anciennes municipalités sont devenues des quartiers (ward) : Hochelaga (1883), Saint-Jean-Baptiste (1886) et Saint-Gabriel (1887).

Qui:

C'est l'ingénieur Charles Edward Goad qui a signé cette carte. Son bureau réalise aussi des plans de la ville, très détaillés et en couleurs, qui indiquent chaque terrain et chaque immeuble.

II-146359
© Musée McCord
Photographie
Maisons photographiées pour M. Meredith, Montréal, QC, 1903
Wm. Notman & Son
1903, 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
20 x 25 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
II-146359
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

L'expansion territoriale s'accompagne d'une mutation en profondeur de l'architecture résidentielle. Après avoir régné en maître à Montréal pendant deux siècles, le modèle traditionnel de la maison de bois ou de pierre avec toit en pignon (représenté ici) est carrément abandonné au profit de nouvelles formes. Le toit plat devient partout la norme, et l'usage de la brique se généralise. Un nouveau type de maisons en rangée, avec une ruelle à l'arrière des lots, fait son apparition dans les quartiers huppés : il s'agit de la terrace house d'inspiration britannique.

Quoi:

Cette maison en bois, avec toit en pignon et lucarne, est typique de l'habitat populaire ancien de Montréal. Les trottoirs sont en bois et la rue n'est pas pavée.

Où:

L'adresse est le 109, mais le nom de la rue est inconnu. La maison est probablement située dans un des vieux quartiers de la ville. Elle se trouve à proximité d'un immeuble plus moderne, peut-être une usine, qui apparaît au fond, à droite.

Quand:

La date de construction de la maison est inconnue, mais elle pourrait remonter à plus d'un demi-siècle au moment de la prise de cette photo. En effet, la Ville avait interdit la construction en bois après le grand incendie de 1852.

Qui:

Cette maison est probablement habitée par une famille ouvrière aux revenus très modestes ou par une famille démunie.

II-146724
© Musée McCord
Photographie
Arrière de l'épicerie Joseph Bastien, rue Barré angle de la ruelle Gareau, Montréal, QC, 1903
Wm. Notman & Son
1903, 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
20 x 25 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
II-146724
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Dans les quartiers ouvriers, la grande nouveauté est le duplex, qui comprend deux logements superposés. Il se répand comme une traînée de poudre à partir des années 1860 et devient le modèle de base de la maison montréalaise. Du duplex, on évolue vers le triplex et ses variantes, pouvant comprendre jusqu'à cinq ou six logements. Ces nouveaux modèles répondent bien aux besoins d'une population en pleine croissance, massivement locataire et disposant de faibles revenus, qui cherche à se loger à prix raisonnable. Les nouveautés architecturales ne touchent d'ailleurs pas que le secteur résidentiel. La façon de construire les immeubles commerciaux se transforme en profondeur : le plan libre, les structures de fer ou d'acier et les ascenseurs permettent d'ériger des bâtiments plus vastes et plus hauts. Les styles propres à l'architecture victorienne s'expriment avec vigueur, comme en témoigne le Vieux-Montréal, où les nouveaux entrepôts et immeubles à bureaux se multiplient, faisant du même coup disparaître une grande partie de l'héritage français de la ville.

Quoi:

Nous voyons ici une rangée de duplex recouverts de briques. Elle est en bordure du trottoir, et les escaliers sont à l'intérieur. Dans les années 1880, on commencera à construire en retrait du trottoir, ce qui permettra l'aménagement d'escaliers extérieurs.

Où:

Des duplex sont construits dans toutes les parties de la ville. Ils sont plus modestes dans les quartiers ouvriers, plus élaborés dans les quartiers huppés.

Quand:

Les premiers duplex apparaissent vers la fin des années 1850 et, depuis cette date, les Montréalais n'ont jamais cessé d'en construire. Le style et la forme ont cependant évolué d'une époque à l'autre.

Qui:

Les duplex comme ceux-ci sont d'abord destinés à une population de locataires qui n'ont pas les moyens d'accéder à la propriété.

VIEW-2404
© Musée McCord
Photographie
Ballade en tandem, Montréal, QC, 1889
Wm. Notman & Son
1889, 19e siècle
Plaque sèche à la gélatine
20 x 25 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
VIEW-2404
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

La croissance démographique et territoriale rend nécessaire la mise en place de réseaux modernes de services publics. L'inauguration du nouvel aqueduc, en 1856, permet d'assurer un approvisionnement d'eau efficace, capable d'alimenter toute la ville. S'y ajoute un réseau d'égouts souterrains qui contribue à assainir l'espace urbain. Le Service des incendies est créé en 1863, le Bureau de santé en 1865. La municipalité gère aussi d'autres services, tels l'inspection des bâtiments, la police, les marchés, les parcs.

Le premier grand parc de Montréal, celui du Mont-Royal, est créé en 1874. Pour l'aménager, on fait appel au plus célèbre architecte paysagiste de l'époque, l'Américain Frederick Law Olmsted (1822-1903), qui avait conçu le Central Park de New York en 1858. Par la suite, la Ville aménage le parc La Fontaine et celui de l'île Sainte-Hélène, tous deux obtenus quelques années auparavant du gouvernement fédéral.

Quoi:

Le tandem est une voiture découverte (un cabriolet) à deux roues, tirée par deux chevaux attelés l'un derrière l'autre. À Montréal, en hiver, la voiture sur patins remplace celle à deux roues.

Où:

Le parc du Mont-Royal est aménagé dans le but de préserver, pour les générations futures, le lieu le plus élevé de l'île de Montréal. Il offre des espaces de promenade et des vues spectaculaires de la ville et de sa région.

Quand:

En hiver, le parc du Mont-Royal attire de nombreux amateurs de sport. Les clubs de raquetteurs y font régulièrement des excursions. Le parc se prête aussi à la promenade à pied ou en traîneau.

Qui:

Le parc du Mont-Royal attire surtout la population aisée qui habite le quartier Saint-Antoine. Les tramways n'y ont pas encore accès, mais un funiculaire permet d'atteindre directement le sommet.

MP-1980.394.103
© Musée McCord
Photographie
Tramway dans la rue Sainte-Catherine, Montréal, QC, 1893-1894
Anonyme - Anonymous
1893-1894, 19e siècle
Sels d'argent sur papier monté sur papier - Plaque sèche à la gélatine
8 x 10 cm
Don de Mr. Robert Riley
MP-1980.394.103
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Certains services publics, tel le transport en commun, sont gérés par l'entreprise privée. Le service de tramways est inauguré à Montréal en 1861. Tirées par des chevaux, les voitures roulent sur des rails en été et sont munies de patins en hiver. Le réseau s'étend graduellement, mais son expansion prendra une ampleur considérable à partir de 1892. Cette année-là, on adopte le tramway électrique, plus rapide et plus efficace, qui inaugure véritablement le transport de masse. Il vient appuyer l'expansion urbaine en facilitant les déplacements d'un bout à l'autre du territoire.

D'autres services relèvent aussi de l'entreprise privée. Celui du gaz fonctionne depuis 1836. L'électricité, dont l'industriel canadien-français J.-A.-I. Craig fait une première démonstration publique en 1879, devient un service public au cours des années 1880 et commence même à remplacer le gaz pour l'éclairage des rues. Quant au téléphone, il apparaît dans la ville à compter de 1877.

Quoi:

Un tramway électrique est accouplé à une ancienne voiture hippomobile. En été, plusieurs des voitures utilisées à Montréal sont ouvertes, et il faut les convertir à un usage hivernal lors du changement de saison.

Où:

Vers 1893, la rue Sainte-Catherine amorce déjà sa nouvelle vocation de principale artère commerciale de la ville. Le tramway contribue à renforcer cette orientation en permettant le transport d'une clientèle plus éloignée.

Quand:

Après de nombreux essais, l'ère du tramway électrique commence vraiment en 1888, à Richmond, en Virginie. En adoptant cette nouveauté dès 1892, Montréal se propulse à la fine pointe du progrès.

Qui:

Le financier Louis-Joseph Forget (1853-1911), devenu président de la compagnie de tramways en 1892, est le grand responsable de l'électrification du transport en commun.

VIEW-1485.1
© Musée McCord
Photographie
Jour de marché, place Jacques-Cartier, Montréal, QC, 1884-1885
Wm. Notman & Son
1884-1885, 19e siècle
Sels d'argent sur papier monté sur papier - Papier albuminé
20 x 25 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
VIEW-1485.1
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

À la fin du XIXe siècle, Montréal a acquis toutes les caractéristiques d'une grande ville moderne. Les nouvelles inventions, de l'ascenseur au tramway électrique, s'y implantent rapidement. La ville possède d'ailleurs un grand nombre de journaux qui publient, soit en français, soit en anglais, de l'information locale et étrangère. Ils mettent les Montréalais en contact avec le monde qui les entoure. Aux plus anciens, tels la Gazette (1778), le Herald (1811) et La Minerve (1826), s'ajoutent de nouveaux titres tels le Star (1869), La Presse (1884) et La Patrie (1879).

Quoi:

Les bureaux du journal La Minerve, organe du Parti conservateur, sont situés sur la place Jacques-Cartier. C'est le plus ancien quotidien francophone de la ville.

Où:

La place Jacques-Cartier a été aménagée au début du XIXe siècle pour accueillir un marché public. Elle est au coeur du centre-ville, à proximité de l'hôtel de ville.

Quand:

Fondé en 1826, le journal La Minerve disparaîtra en 1899, victime de l'émergence du journal de masse.

Qui:

La place Jacques-Cartier est surtout fréquentée par des agriculteurs des environs de Montréal, qui viennent vendre leurs produits à une clientèle urbaine.

M977X.56
© Musée McCord
Affiche
Grande Exposition Agricole et Industrielle de la Puissance
Anonyme - Anonymous
1884, 19e siècle
219 x 106 cm
M977X.56
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

L'impact de l'industrie

L'expansion de Montréal pendant la seconde moitié du XIXe siècle découle principalement de l'implantation de l'industrie manufacturière. Le Canada connaît en effet une première vague d'industrialisation à partir des années 1840, puis une seconde dans les années 1880. Après l'union du Haut et du Bas-Canada, en 1840, le marché intérieur canadien atteint une taille suffisante pour soutenir une production manufacturière autonome dans certains secteurs et se libérer ainsi des importations. Ce marché s'agrandit encore en 1867, grâce à la Confédération, puis au cours des années suivantes au lendemain de l'acquisition des Territoires du Nord-Ouest et de l'intégration de la Colombie-Britannique. Il est tout naturel qu'une partie importante de cette nouvelle activité de production se concentre dans la ville qui se trouve au coeur même des réseaux de transport, de commerce et de finance du pays.

Quoi:

L'affiche de l'Exposition de Montréal met en évidence le rôle de métropole de la ville. Elle évoque la puissance, traduction française du mot dominion, choisi pour désigner le Canada.

Où:

L'Exposition a lieu en périphérie de la ville, dans la partie nord du parc Jeanne-Mance actuel, et de l'autre côté de l'avenue du Mont-Royal.

Quand:

En 1884, Montréal connaît une phase d'expansion et de prospérité, après les difficultés causées par la grande crise des années 1870. La construction du Canadien Pacifique s'achève, et la ligne ferroviaire est inaugurée l'année suivante.

Qui:

Les manufacturiers de Montréal sont parmi les vedettes de l'Exposition. Ils y exposent leurs produits, fabriqués dans les usines de la ville et de la banlieue.

VIEW-809.1
© Musée McCord
Photographie
Banque de Montréal, Montréal, QC, 1878-1880
Notman & Sandham
1878-1880, 19e siècle
Sels d'argent sur papier monté sur papier - Papier albuminé
10 x 8 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
VIEW-809.1
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Les réseaux mis en place par les hommes d'affaires de Montréal avant 1850 continuent à se développer. Les grossistes montréalais, qui se distinguent de plus en plus des détaillants, servent une vaste clientèle de marchands établis dans les petites villes, les villages et les campagnes. Les banques montréalaises se multiplient et étendent leurs réseaux de succursales. Parmi elles, la Banque de Montréal reste la plus importante du pays, mais d'autres s'affirment de plus en plus, telles la Banque des Marchands et la Banque Molson. Plus modestes, les banques francophones (Banque d'Hochelaga et Banque Jacques-Cartier) arrivent néanmoins à se tailler une place.

Quoi:

Le siège social de la Banque de Montréal est construit entre 1845 et 1847 ; en 1859, on procède à des travaux de surélévation des murs. Son architecture est inspirée de celle de la Commercial Bank, située à Édimbourg, en Écosse.

Où:

L'immeuble est situé du côté nord de la Place d'Armes, face à l'église Notre-Dame et au Séminaire de Saint-Sulpice. Ainsi, le symbole de la puissance économique de la bourgeoisie anglophone répond au symbole de la puissance économique et religieuse de l'Église catholique francophone.

Quand:

La photo est prise peu de temps après la plus grande crise économique de l'époque. Cette crise, qui dure de 1874 à 1878, ébranle profondément de nombreuses entreprises montréalaises.

Qui:

Le président de la Banque de Montréal est alors George Stephen (plus tard Lord Mount Stephen) (1829-1921), riche homme d'affaires d'origine écossaise. Peu de temps après, il deviendra président du Canadien Pacifique, poste qu'il occupera pendant toute la période de construction du chemin de fer.

II-116749
© Musée McCord
Photographie
Déchargement du vapeur « Durham City », Montréal, QC, 1896
Wm. Notman & Son
1896, 19e siècle
Plaque sèche à la gélatine
20 x 25 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
II-116749
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Le principal avantage de Montréal est sa position stratégique au coeur des systèmes de transport. Son port est le plus achalandé du Canada : chaque été, on y observe une véritable forêt de mâts de navires. La Commission du port améliore les installations et, sous l'impulsion de son président, John Young (1811-1878), elle fait creuser, à partir de 1850, un chenal dans le fleuve entre Québec et Montréal. De plus gros océaniques peuvent ainsi se rendre jusqu'à la métropole. Les frères Hugh et Andrew Allan mettent sur pied l'une des lignes transatlantiques les plus importantes de l'histoire du Canada et sont fort actifs dans de nombreuses autres entreprises montréalaises.

Quoi:

Les marchandises apportées par le cargo Durham City sont déchargées sur les quais du port de Montréal et attendent d'être expédiées vers leur destination ultime.

Où:

Les quais du port offrent un lien facile avec les chemins de fer, comme le montrent les wagons, à gauche. L'espace est cependant fort encombré, et des travaux d'agrandissement sont nécessaires.

Quand:

En 1896, la Commission du havre amorce d'importants travaux de modernisation du port de Montréal. Ceux-ci comprennent notamment la construction de nouveaux quais surélevés ainsi que l'érection de hangars à marchandises et d'élévateurs à grain.

Qui:

Les débardeurs, qui chargent et déchargent les navires, forment le gros de la main-d'oeuvre du port. Leur travail est exigeant physiquement. Au plus fort de la saison, ils doivent travailler de très longues heures, mais en hiver, alors que la navigation est interrompue, ils sont en chômage pendant cinq mois.

VIEW-1948.0
© Musée McCord
Photographie
Gare du CP, Montréal, QC, 1889
Wm. Notman & Son
1885-1915, 19e siècle ou 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
20 x 25 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
VIEW-1948.0
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Chef de file dans le secteur maritime, Montréal domine également dans le secteur ferroviaire, qui joue un rôle essentiel dans la distribution des produits manufacturés. Deux grands réseaux de chemins de fer sont mis en place au Canada : celui du Grand Tronc couvre le sud du Québec et de l'Ontario à partir de 1854, tandis que celui du Canadien Pacifique traverse le pays et atteint la région de Vancouver en 1886. Or, tous deux installent à Montréal le siège de leurs activités ainsi que leurs principaux ateliers de construction et d'entretien du matériel roulant. L'impact de leur présence sur l'économie de la métropole est considérable.

Quoi:

Cet immeuble a été construit pour abriter le siège social de la compagnie de chemin de fer Canadien Pacifique ainsi que sa principale gare à Montréal, la gare Windsor.

Où:

L'immeuble se trouve à l'angle sud-ouest du square Dominion (aujourd'hui place du Canada), l'un des lieux les plus prestigieux de Montréal à la fin du XIXe siècle. Situé au coeur du très huppé quartier Saint-Antoine, il est aussi à proximité de la gare Bonaventure du Grand Tronc.

Quand:

L'immeuble est mis en chantier en 1887 et inauguré le 1er février 1889. Par la suite, on y fera deux ajouts d'importance, l'un en 1900, l'autre entre 1910 et 1912.

Qui:

La conception de l'immeuble est confiée à l'architecte américain Bruce Price (1845-1903). Celui-ci fera sa marque au Canada en construisant d'autres immeubles, dont le célèbre Château Frontenac, à Québec, et la gare-hôtel Viger, dans l'est de Montréal. Price illustre bien l'influence croissante des architectes américains à Montréal à partir de la fin du XIXe siècle.

M930.50.5.587
© Musée McCord
Gravure
Ames Holden & Co.
John Henry Walker (1831-1899)
Vers 1880, 19e siècle
Encre sur papier - Gravure sur bois
7.3 x 8.5 cm
Don de Mr. David Ross McCord
M930.50.5.587
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

L'industrie manufacturière montréalaise, dont les activités de production se concentrent dans de grandes usines mécanisées, émerge vraiment à partir des années 1840. Elle s'organise autour de deux pôles : l'industrie légère et l'industrie lourde. À l'opposé de l'industrie lourde, l'industrie légère repose sur l'emploi d'une main-d'oeuvre abondante, peu qualifiée et faiblement payée, parmi laquelle on trouve surtout des Canadiens français venus du monde rural. Elle comprend plusieurs industries distinctes. La chaussure, vieille spécialité montréalaise, occupe le premier rang de l'industrie de la ville en 1870. Grâce à la technologie importée des États-Unis, la production de chaussures devient hautement mécanisée au cours de cette période.

Quoi:

L'usine de Ames, Holden & Co., vers 1880. À l'époque de la Confédération, cette entreprise possédait déjà la plus importante usine de fabrication de chaussures à Montréal.

Où:

L'usine est située square Victoria, à l'ouest du Vieux-Montréal. Ce secteur de la ville abrite plusieurs des premières manufactures de chaussures. Vers la fin du XIXe siècle, l'industrie de la chaussure se déplace vers l'est, dans le quartier Sainte-Marie, puis dans la ville de banlieue de Maisonneuve.

Quand:

Fondée sous un nom différent en 1853, l'entreprise devient Ames, Holden & Co. en 1871. Elle occupe divers emplacements au cours de son histoire et installe son usine square Victoria en 1879 ou 1880.

Qui:

L'un des fondateurs de l'entreprise, Evan Fisher Ames, est un immigrant américain qui contribue au transfert de technologie des États-Unis vers le Canada. Son fils, Herbert Brown Ames (1863-1954), devient le chef de file du mouvement réformiste qui émerge sur la scène municipale à la fin du XIXe et au début du XXe siècle.

MP-1985.31.180
© Musée McCord
Photographie
Femme repassant des cols empesés, M. T. S., QC, vers 1901
N. M. Hinshelwood
Vers 1901, 19e siècle ou 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
16 x 21 cm
Don d'un donateur anonyme
MP-1985.31.180
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

À l'instar de la fabrication de chaussures, le secteur de la confection de vêtements prend aussi une grande importance dans l'industrie manufacturière montréalaise. Cette production est dispersée dans de nombreux petits ateliers situés à proximité du centre-ville. De son côté, le textile s'implante en banlieue, où sont érigées de grandes usines dont celle de Victor Hudon (1812-1897), à Hochelaga. Ces usines sont spécialisées dans la fabrication de tissus de coton. À cette même époque, Montréal devient aussi le plus important centre canadien de transformation du tabac. Enfin, dans le vaste secteur de la production alimentaire, la ville attire de nombreuses industries : minoteries, raffineries de sucre, brasseries, distilleries, salaisons, fabriques de biscuits, etc.

Quoi:

Les initiales M. T. S. renvoient probablement à Montreal Toilet Supply Co. Ltd. La scène est donc plus représentative de la blanchisserie industrielle (une activité de service) que de la fabrication de vêtement.

Où:

L'entreprise est répertoriée au 589, rue Dorchester, à proximité du centre-ville. Elle a aussi une succursale dans l'ouest de la ville, au 4228, rue Sainte-Catherine.

Quand:

L'entreprise apparaît dans l'annuaire Lovell à partir de 1897-1898, mais elle n'y figure plus à compter de l'édition de 1901-1902.

Qui:

N. M. Hinshelwood est un photographe établi à Montréal qui se spécialise dans la photographie de sites industriels et de machinerie. Il réalise aussi des brochures touristiques, dont Montreal and Vicinity.

M930.50.7.92
© Musée McCord
Gravure
Campbell & Jones, Canal Basin Saw Works (usine de fabrication de scies)
John Henry Walker (1831-1899)
1858, 19e siècle
Encre sur papier - Gravure sur bois
13.8 x 22 cm
Don de Mr. David Ross McCord
M930.50.7.92
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Avec l'industrie légère, l'industrie lourde constitue l'un des deux grands pôles manufacturiers à Montréal. Elle fait appel à une main-d'oeuvre beaucoup plus qualifiée, donc mieux payée, qui est majoritairement d'origine britannique. On y distingue deux grands secteurs. Le premier est celui des produits du fer et de l'acier, qui permet la fabrication de moteurs, de rails et de tuyaux, mais aussi de poêles, d'ustensiles, d'outils et de quincaillerie. Le second secteur est celui du matériel ferroviaire.

Quoi:

Cette usine de fabrication de scies est représentative des entreprises de transformation du fer et de l'acier qui se multiplient à Montréal dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Où:

L'usine est située le long du canal de Lachine, côté sud, à la hauteur de l'écluse Saint-Gabriel. Ce secteur de la ville est considéré comme le berceau de l'industrie montréalaise.

Quand:

L'entreprise est répertoriée dans l'annuaire Lovell en 1855-1856 et n'y figure plus en 1861-1862. Elle est donc issue de la première vague d'industrialisation de la ville, celle du milieu du XIXe siècle.

Qui:

Les propriétaires de l'entreprise sont John Campbell et E. T. Jones, qui habitent tous deux à proximité de l'usine.

VIEW-20587.0
© Musée McCord
Photographie composite
Personnel du service d'ingénierie, chemin de fer du Grand Tronc, photographie composite, 1896, copie réalisée vers 1922
Wm. Notman & Son
1922, 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
20 x 25 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
VIEW-20587.0
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

L'existence du secteur du matériel ferroviaire est liée à la présence des deux grandes entreprises de chemins de fer, le Grand Tronc et le Canadien Pacifique. Autour d'elles gravitent de nombreux fournisseurs. Les entreprises montréalaises du secteur produisent des locomotives et des wagons ainsi que les pièces qui entrent dans leur fabrication. Ce qui frappe déjà à cette époque, c'est la diversité de l'industrie montréalaise, où sont représentés la plupart des grands secteurs manufacturiers.

Quoi:

Le personnel du service d'ingénierie du Grand Tronc est ici réuni par la magie de la photo composite, une spécialité du studio montréalais William Notman & Son. Les personnes ont été photographiées individuellement, puis leurs portraits ont été collés sur le fond de scène.

Où:

Les ateliers du Grand Tronc sont situés à la Pointe Saint-Charles, dans le quartier Sainte-Anne. Ils représentent un des gros employeurs de la ville. Le Canadien Pacifique a ses ateliers dans l'est, à Hochelaga.

Quand:

En 1896, les compagnies ferroviaires occupent une place considérable dans l'économie de la ville. Elles sont à la veille d'entrer dans une nouvelle phase de développement afin de desservir les nouvelles régions de colonisation de l'Ouest canadien.

Qui:

Les ingénieurs comptent parmi les vedettes de l'économie industrielle. Ils représentent l'élite du personnel des grandes entreprises. Les sociétés ferroviaires embauchent beaucoup de personnel très qualifié, souvent recruté en Angleterre et en Écosse.

VIEW-2944
© Musée McCord
Photographie
Vue de Montréal depuis la cheminée de la centrale de la Montreal Street Railway, QC, 1896
Wm. Notman & Son
1896, 19e siècle
Plaque sèche à la gélatine
20 x 25 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
VIEW-2944
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

L'activité manufacturière fait naître au sein de la ville ce qu'on appelle un paysage industriel. Les usines ont tendance à s'installer près du port ou des voies ferrées. Autour d'elles s'agglutinent des résidences ouvrières. Aucune zone n'illustre mieux ce phénomène que celle du canal de Lachine, berceau de la grande industrie montréalaise. On y trouve, entre autres, les ateliers du Grand Tronc, des usines fabriquant de la machinerie et d'autres produits du fer et de l'acier, des filatures, la raffinerie de sucre Redpath ; les employés habitent les rues avoisinantes.

Quoi:

Vue partielle de la zone industrielle du canal de Lachine et des bassins qui le bordent, à la fin du XIXe siècle. Les usines les plus importantes sont situées le long du canal, tandis que les résidences de la population ouvrière sont visibles à droite de la photo.

Où:

La photo montre la partie ouest du canal, à proximité des écluses Saint-Gabriel. L'usine la plus considérable, à l'extrême gauche, est celle de la raffinerie de sucre Redpath, dont les cheminées dominent le paysage.

Quand:

La raffinerie de sucre ouvre ses portes en 1855. Ses installations s'agrandiront considérablement, par étapes, au cours des décennies qui suivront.

Qui:

John Redpath (1796-1869), né en Écosse, arrive au Canada à l'âge de 20 ans. Il fait d'abord fortune dans la construction, puis investit dans d'autres secteurs. En 1854, il entreprend la construction de la première raffinerie de sucre du Canada. Cela représente un investissement considérable, qui sera couronné de succès.

M4824
© Musée McCord
Carte
Ville de Montréal
Anonyme - Anonymous
1888, 19e siècle
Encre sur papier - Lithographie
55.8 x 91.4 cm
Don de Mr. David Ross McCord
M4824
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

En marge du canal de Lachine, une deuxième zone industrielle se dessine, cette fois-ci dans l'est de la ville, dans le quartier Sainte-Marie, puis dans celui d'Hochelaga. On y trouve en particulier de nombreuses entreprises de chaussures, des manufactures de produits alimentaires, dont la brasserie Molson et la biscuiterie Viau, et l'usine de tabac Macdonald. On y trouve aussi les ateliers du Canadien Pacifique et ceux de la compagnie de tramways. Au nord du centre-ville se développera une troisième zone, celle de l'industrie du vêtement.

Quoi:

Les vues à vol d'oiseau comme celle-ci sont populaires à la fin du XIXe siècle. Elles ne sont pas toujours rigoureusement exactes, car les artistes qui les dessinent ont tendance à exagérer certains traits ou à interpréter le paysage et l'architecture des immeubles. Elles sont tout de même utiles pour comprendre l'allure générale du paysage urbain.

Où:

Cette vue à vol d'oiseau permet de bien repérer les deux grandes zones industrielles, dont le caractère est accentué par des panaches de fumée. À gauche, on distingue nettement celle du canal de Lachine. Au loin à droite, un examen attentif permet de reconnaître la zone de l'est, dont les principales usines sont bien représentées.

Quand:

Cette image de 1888 permet de constater la situation qui prévaut à Montréal au lendemain de la deuxième vague d'industrialisation, survenue dans les années 1880.

Qui:

Cette vue de Montréal a été imprimée par une entreprise de Toronto. Il n'est pas rare de voir une entreprise spécialisée produire ainsi des vues de nombreuses villes autres que celle où elle est installée.

MP-1985.31.181
© Musée McCord
Photographie
Femmes empesant des cols et des poignets, M. T. S., QC, vers 1901
N. M. Hinshelwood
Vers 1901, 19e siècle ou 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
16 x 21 cm
Don d'un donateur anonyme
MP-1985.31.181
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Au début du siècle, une partie croissante de la main-d'oeuvre travaille en usine. Les conditions de travail y sont pénibles et les salaires très bas, en particulier pour les ouvriers peu qualifiés. La famille doit donc parfois combler le manque à gagner en envoyant des enfants et surtout des adolescents sur le marché du travail. Dans ce contexte, le niveau d'éducation reste assez bas. Les mères de famille doivent assurer une gestion serrée du budget familial, accepter des travaux à domicile ou prendre des pensionnaires. Le chômage est fréquent. Le syndicalisme, qui en est à ses débuts, touche surtout les travailleurs les plus qualifiés. La famille ouvrière moyenne vit donc dans un climat d'insécurité. La maladie est fréquente et la mortalité, surtout chez les nouveau-nés, très élevée. La population est constituée à 80 % de locataires, dont les maigres revenus ne leur permettent pas toujours d'avoir un logement adéquat.

Quoi:

Ces jeunes femmes travaillant dans une blanchisserie industrielle illustrent l'importance que prend la main-d'oeuvre féminine sur le marché du travail.

Où:

Autrefois surtout employées comme domestiques dans les maisons privées, les jeunes filles sont de plus en plus nombreuses à travailler en usine. Leur présence est particulièrement importante dans l'industrie du textile et dans celle de la confection de vêtements, mais on les retrouve aussi dans de nombreux autres secteurs manufacturiers et dans des entreprises de services.

Quand:

En usine, les femmes travaillent de 10 à 12 heures par jour. L'emploi est souvent irrégulier, car des arrêts de travail surviennent à l'occasion des changements de saisons ou des ralentissements de l'activité économique.

Qui:

Les ouvrières sont surtout des jeunes femmes célibataires. Certains parents préfèrent garder les jeunes filles à la maison afin qu'elles contribuent aux travaux domestiques. D'autres, de plus en plus nombreux, les envoient sur le marché du travail vers l'âge de 15 ans. Habituellement, elles y restent jusqu'au moment de leur mariage.

II-112762
© Musée McCord
Photographie
Salon, résidence de Mme Alex McDougall, Montréal, QC, 1895
Wm. Notman & Son
1895, 19e siècle
Plaque sèche à la gélatine
20 x 25 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
II-112762
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

La situation des chefs d'entreprise et de leurs cadres supérieurs est enviable et contraste fortement avec celle des ouvriers. Ils habitent des maisons spacieuses et bien éclairées, entourées de grands jardins. Ils ont de nombreux domestiques à leur service. Ils ont les moyens d'organiser thés, banquets et réceptions.

Les clivages sociaux deviennent de plus en plus marqués dans le Montréal de la seconde moitié du XIXe siècle.

Quoi:

Ce salon représente bien l'intérieur des maisons bourgeoises montréalaises de la fin du XIXe siècle. Le décor y est un peu chargé, comme en témoignent les nombreux bibelots, cadres et autres objets.

Où:

Cette résidence est située au 124, rue Mackay, angle Sainte-Catherine, dans le quartier Saint-Antoine. Elle se trouve donc dans la partie huppée de Montréal, qu'on désignera plus tard sous le nom de « Mille carré doré ».

Quand:

C'est à partir des années 1840 que les hommes d'affaires, surtout anglophones, quittent leur résidence du Vieux-Montréal pour s'installer dans le quartier Saint-Antoine. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, ce quartier est le plus riche et le plus élégant de Montréal.

Qui:

Alex McDougall est le directeur général de l'entreprise Montreal Steam Elevating Co.

I-63541.1
© Musée McCord
Photographie
Sir Hugh Allan, Montréal, QC, 1871
William Notman (1826-1891)
1871, 19e siècle
Sels d'argent sur papier monté sur papier - Papier albuminé
17.8 x 12.7 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
I-63541.1
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Une ville Britannique où bat un coeur Français

En 1850, les Montréalais d'origine britannique forment encore la majorité de la population de la ville. Or, avec le ralentissement de l'immigration et l'accélération de l'exode rural, la situation se renverse : les Canadiens français redeviennent majoritaires vers 1865, et à la fin du siècle, constituent 60 % de la population. Malgré cela, la ville a une allure nettement britannique de par ses institutions, son architecture et le rôle prédominant de la langue anglaise.

Le poids et l'influence de la grande bourgeoisie anglo-écossaise se font particulièrement sentir. Les Molson, les frères Allan, George Stephen, Donald Smith et William Macdonald accumulent d'immenses fortunes en investissant dans plusieurs secteurs ; ils contrôlent des entreprises d'envergure pancanadienne et entretiennent d'étroites relations avec la Grande-Bretagne.

Quoi:

Sir Hugh Allan (1810-1882), armateur et financier, est l'un des plus puissants hommes d'affaires de Montréal dans la seconde moitié du XIXe siècle. Il met sur pied la première ligne maritime assurant un service régulier entre Montréal et la Grande-Bretagne.

Où:

Né en Écosse, Hugh Allan passe la plus grande partie de sa vie à Montréal. Avec ses nombreuses entreprises, il contribue à renforcer la domination de la métropole montréalaise au Canada. Il investit dans la navigation, les chemins de fer, la télégraphie, le secteur bancaire, l'assurance et l'industrie manufacturière.

Quand:

En 1871, Hugh Allan, âgé de 61 ans, est probablement au sommet de sa puissance. Il habite la somptueuse résidence, baptisée Ravenscrag, qu'il a fait bâtir entre 1861 et 1864 sur les flancs du mont Royal.

Qui:

Hugh Allan est lui-même le fils d'un armateur écossais. L'un de ses frères, Andrew, le rejoint à Montréal, mais les autres restent en Écosse. L'entreprise de navigation de Hugh Allan est une affaire à laquelle participent les membres de la famille, des deux côtés de l'Atlantique.

II-116161
© Musée McCord
Photographie
Résidence et jardin de W. R. Miller, rue Stanley, Montréal, QC, 1896
Wm. Notman & Son
1896, 19e siècle
Plaque sèche à la gélatine
12 x 20 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
II-116161
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Les membres de la bourgeoisie anglo-écossaise habitent des résidences cossues, au pied de la montagne, dans le quartier Saint-Antoine. Ils fréquentent des clubs huppés, au recrutement sélectif. Ils contribuent généreusement au financement des institutions anglo-protestantes, en particulier l'Université McGill et le Montreal General Hospital. Le Board of Trade est le porte-parole très écouté de cette classe dominante.

Quoi:

Une grande villa entourée de jardins : tel est le type de décor dans lequel vit l'élite du monde des affaires montréalais à la fin du XIXe siècle.

Où:

La maison de W. R. Miller est située au 308, rue Stanley, près de la rue Sherbrooke.

Quand:

La maison est construite vers 1896, selon les plans de l'architecte Robert Findlay.

Qui:

W. R. Miller est un courtier en valeurs mobilières, actif à la Bourse. Son entreprise est la Robert Moat & Co.

M930.50.7.335
© Musée McCord
Gravure
J. B. Rolland
John Henry Walker (1831-1899)
1850-1885, 19e siècle
Encre sur papier - Gravure sur bois
10.6 x 8 cm
Don de Mr. David Ross McCord
M930.50.7.335
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

À l'instar des anglophones, les Canadiens français veulent se tailler une place dans cette ville qui est aussi la leur. On assiste d'ailleurs à l'émergence d'une nouvelle bourgeoisie francophone qui s'active principalement dans le commerce en gros et dans certaines industries manufacturières. Les Rodier, Hudon, Barsalou, Rolland et Viau sont quelques-unes des vedettes de l'entrepreneurship francophone. Ils n'ont pas la puissance de leurs homologues anglophones, mais ils mettent sur pied des entreprises importantes à l'échelle montréalaise. De nouvelles institutions financières canadiennes-françaises viennent seconder leurs efforts, notamment la Banque Jacques-Cartier (1861) et la Banque d'Hochelaga (1874). Les hommes d'affaires francophones créent, en 1887, la Chambre de commerce du district de Montréal afin de défendre leurs intérêts, mal représentés au Board of Trade.

Quoi:

Cette oeuvre de John Henry Walker représente l'immeuble que Jean-Baptiste Rolland fait construire en 1855 pour loger son commerce de librairie.

Où:

L'immeuble de Rolland est situé au 12-14, rue Saint-Vincent, dans le Vieux-Montéal. La rue Saint-Vincent est alors un des centres de la vie intellectuelle, car plusieurs libraires et éditeurs y sont installés.

Quand:

D'abord imprimeur, Jean-Baptiste Rolland fonde en 1842 sa librairie, qui deviendra l'une des plus importantes à Montréal. Quarante ans plus tard, en 1882, il se lance dans la fabrication de papier fin.

Qui:

Jean-Baptiste Rolland (1815-1888) est l'un des plus importants hommes d'affaires canadiens-français de la seconde moitié du XIXe siècle. D'origine modeste, il fait d'abord fortune dans l'imprimerie et la librairie, puis diversifie ses intérêts, pour s'orienter notamment dans la promotion foncière et dans l'industrie manufacturière.

M930.50.7.279
© Musée McCord
Gravure
Marché Bonsecours et hôtel de ville, Montréal
John Henry Walker (1831-1899)
1852, 19e siècle
Encre sur papier - Gravure sur bois
10.4 x 18.7 cm
Don de Mr. David Ross McCord
M930.50.7.279
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

En 1878, le nouvel hôtel de ville de Montréal remplace le marché Bonsecours en tant que symbole du pouvoir politique municipal. À peu près au même moment, les Canadiens français parviennent non seulement à mettre sur pied des entreprises importantes, mais effectuent aussi une percée en politique municipale. En 1882, ils obtiennent une majorité d'un siège au Conseil et, à compter de 1883, renforcent leur position grâce aux annexions. Dès lors, les choses ne seront plus les mêmes. Le conseiller municipal Raymond Préfontaine met en place une solide organisation politique qui s'appuie sur les masses francophones. Il prend le pouvoir à l'Hôtel de Ville, où il pratique une politique populiste visant à faire profiter les électeurs canadiens-français et l'est de la ville des retombées des importants travaux de voirie qu'il fait réaliser.

Quoi:

Le marché Bonsecours abrite un marché public pendant plus d'un siècle (1847-1964). Il sert aussi d'hôtel de ville à Montréal pendant un quart de siècle (1852-1878).

Où:

Le marché Bonsecours se trouve dans la partie est du Vieux-Montréal. L'une de ses façades donne sur la rue Saint-Paul, la plus ancienne artère de la ville. L'autre façade domine le port. L'immeuble établit ainsi une relation symbolique entre la ville et le fleuve.

Quand:

La construction du marché Bonsecours débute en 1844, et l'immeuble est inauguré en 1847. Il faut cependant attendre jusqu'en 1851 pour que l'aménagement intérieur soit terminé.

Qui:

Les membres du Conseil municipal siègent dans une salle aménagée à l'étage supérieur du bâtiment. Au rez-de-chaussée se trouvent les étals des bouchers, tandis que les cultivateurs qui viennent vendre leurs produits au marché s'installent tout autour de l'édifice.

M930.50.8.269
© Musée McCord
Gravure
Hôtel de ville, Montréal
John Henry Walker (1831-1899)
1850-1885, 19e siècle
Encre sur papier - Gravure sur bois
6.8 x 9.1 cm
Don de Mr. David Ross McCord
M930.50.8.269
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Les politiques populistes de Raymond Préfontaine, qui profitent aux électeurs canadiens-français, provoquent une levée de boucliers chez plusieurs conseillers anglophones, issus du milieu des grandes affaires. Sous une bannière réformiste, ces derniers dénoncent le patronage pratiqué par l'organisation de Préfontaine. Ils s'opposent aux dépenses élevées engendrées par ses grands projets de travaux publics. L'affrontement entre réformistes et populistes prend bientôt l'allure d'une lutte entre l'ouest et l'est, entre les possédants anglophones et les masses populaires francophones. Cette tension marquera la scène municipale pendant plusieurs décennies. Pour l'heure, les populistes canadiens-français sont maîtres du terrain.

Quoi:

Le nouvel hôtel de ville de Montréal remplace en 1878 le marché Bonsecours en tant que symbole du pouvoir politique municipal.

Où:

L'hôtel de ville est situé rue Notre-Dame, à l'un des endroits les plus élevés du Vieux-Montréal, et domine le Champ de Mars. Il est érigé sur un emplacement autrefois occupé par le couvent des jésuites, puis par la prison.

Quand:

La construction de l'hôtel de ville commence en 1872, et l'immeuble est inauguré le 11 mars 1878. En 1922, un incendie détruira l'édifice, ne laissant que les murs. À l'occasion de la reconstruction, achevée en 1926, on ajoutera un étage et on modifiera la partie supérieure de l'édifice.

Qui:

Les architectes de l'hôtel de ville sont Henri-Maurice Perrault (1828-1903) et Alexander Cowper Hutchison (1838-1922). Leurs plans s'inspirent fortement du Second Empire français et de nombreux hôtels de ville construits en France à cette époque.

II-85064
© Musée McCord
Photographie composite
Conseil municipal de Montréal, QC, photographie composite, 1885, copie réalisée en 1887
Wm. Notman & Son
1887, 19e siècle
Plaque sèche à la gélatine
20 x 25 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
II-85064
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

La tension interethnique est à son comble en 1885. Une épidémie de variole provoque alors de sérieux affrontements, allant jusqu'à l'émeute, autour de la question de la vaccination obligatoire. Une partie des élites, surtout anglophones, la réclame alors qu'une partie de la population francophone la rejette. La même année, la pendaison du chef métis Louis Riel suscite de fortes réactions au sein de la population canadienne-française.

Quoi:

Cette photo composite présente la trentaine de conseillers (à raison de trois par quartier) qui, avec le maire, forment le Conseil municipal de Montréal en 1885.

Où:

Les personnages sont placés dans le décor de la salle des délibérations du Conseil municipal, à l'hôtel de ville de la rue Notre-Dame.

Quand:

En 1885, le Conseil est composé en majorité de francophones. Cette année-là, son plus grand défi est de gérer la crise provoquée par l'épidémie de variole. Celle-ci fait 3 234 morts, dans une ville qui compte un peu moins de 200 000 habitants.

Qui:

Le maire de Montréal est alors Honoré Beaugrand (1848-1906), journaliste et propriétaire du quotidien La Patrie, qu'il a fondé en 1879. Libéral engagé, Beaugrand appartient au courant radical qui s'oppose aux ultramontains, ces catholiques traditionalistes qui croient à la supériorité de l'Église sur l'État.

I-4562.0.1
© Musée McCord
Photographie
Monseigneur Ignace Bourget, Montréal, QC, copie réalisée en 1862
William Notman (1826-1891)
1862, 19e siècle
Sels d'argent sur papier monté sur papier - Papier albuminé
8 x 5 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
I-4562.0.1
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

En général, les anglophones et les francophones de Montréal ont tendance à vivre à leur façon, avec des institutions qui leur sont propres. Chez les Montréalais francophones, l'Église catholique joue un rôle très important dans l'organisation sociale. Elle connaît d'ailleurs une véritable renaissance sous l'épiscopat de Mgr Bourget. S'appuyant sur un clergé plus nombreux et mieux formé, l'évêque peut encadrer plus étroitement ses fidèles. Au bout d'une longue lutte avec les sulpiciens, il obtient de Rome, en 1865, le démembrement de la paroisse Notre-Dame, ce qui lui permet de multiplier les paroisses sur le territoire.

Quoi:

Ignace Bourget est l'évêque de Montréal, mais son diocèse comprend un territoire très vaste, dont la ville de Montréal ne constitue qu'une petite partie. Graduellement, ce territoire sera réduit par la création de nouveaux diocèses, dont ceux de Saint-Hyacinthe en 1852 et de Valleyfield en 1893.

Où:

C'est à Rome que Bourget prend son inspiration pour renforcer la discipline dans l'Église. Il s'identifie aux ultramontains. Il fera même construire sa nouvelle cathédrale sur le modèle de Saint-Pierre-de-Rome.

Quand:

Ignace Bourget devient évêque de Montréal en 1840, au décès de son prédécesseur, Mgr Jean-Jacques Lartigue (1777-1840). Il démissionne en 1876 en raison des conflits qui divisent l'Église au Québec.

Qui:

Ignace Bourget (1799-1885) naît dans une famille de cultivateurs à Lauzon, près de Québec. Il fait ses études au séminaire de Nicolet, puis devient secrétaire de Mgr Jean-Jacques Lartigue en 1821. C'est ce dernier qui choisit Bourget pour lui succéder et qui fait accepter ce choix par le pape.

MP-0000.2821
© Musée McCord
Photographie
Vieux réfectoire des hommes, couvent des Soeurs Grises, Montréal, QC, vers 1890
James George Parks
1889-1894, 19e siècle
Sels d'argent sur papier monté sur carton - Papier albuminé
7 x 14 cm
Don de Mrs. J. B. Learmont
MP-0000.2821
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Alors qu'il est évêque de Montréal, Mgr Bourget renforce l'emprise du clergé en faisant venir plusieurs communautés religieuses de France et en favorisant la croissance de celles qui sont déjà établies à Montréal. Les communautés de femmes jouent un rôle particulièrement important dans ce processus. Elles gèrent des hôpitaux, s'occupent de services sociaux et d'éducation.

Quoi:

L'un des services sociaux assurés par les soeurs est l'hébergement des personnes âgées, dans des établissements appelés hospices. Cette photographie de Parks représente un hospice pour les hommes, dirigé par les soeurs Grises. Les repas se prennent dans une salle commune appelée réfectoire.

Où:

La communauté des soeurs Grises (ou soeurs de la Charité) a été fondée à Montréal même, au XVIIIe siècle.

Quand:

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les communautés de femmes connaissent une expansion considérable au Québec. Leurs effectifs se multiplient alors par dix.

Qui:

La communauté des soeurs Grises a été fondée par Marie-Marguerite Dufrost de Lajemmerais (1701-1771), veuve d'Youville, connue sous le nom de Mère d'Youville.

MP-0000.840.14
© Musée McCord
Impression
La rue Saint-Denis montrant l'Université Laval, Montréal, QC, vers 1910
Anonyme - Anonymous
Vers 1910, 20e siècle
Encre de couleur sur papier monté sur carton - Photolithographie
8 x 13 cm
Don de Mr. Stanley G. Triggs
MP-0000.840.14
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

L'évêque de Montréal, Mgr Bourget, bataille longuement pour obtenir une université catholique dans la ville. Rome résiste et finit par accorder à Montréal l'ouverture d'une simple succursale de l'Université Laval. Inaugurée officiellement le 8 janvier 1878 et logée au Château Ramezay, l'Université Laval à Montréal connaît des débuts très modestes. Son pendant anglophone, l'Université McGill, est beaucoup mieux pourvue et d'une envergure supérieure.

Il y a donc à Montréal deux univers distincts, séparés par la langue et la religion : celui des franco-catholiques et celui des anglo-protestants. Chacun possède ses églises, son système scolaire allant jusqu'à l'université, ses hôpitaux, ses services sociaux, ses institutions sociales et culturelles, ses journaux. Chacun occupe des zones distinctes dans l'espace montréalais.

Quoi:

Premier immeuble construit spécifiquement pour loger l'Université Laval à Montréal, cet édifice abrite les facultés de droit et de médecine, les deux seules qui comptent. La faculté de théologie se trouve dans l'ouest de la ville, au Grand séminaire.

Où:

L'immeuble de l'Université Laval est situé rue Saint-Denis, au sud de la rue Sainte-Catherine, là où se trouve aujourd'hui le pavillon Hubert-Aquin de l'UQAM. L'université est installée au coeur du quartier bourgeois francophone, concentré entre le square Viger et le square Saint-Louis.

Quand:

Lancé en 1893, le concours d'architecture est remporté par l'agence Perrault, Mesnard et Venne. L'inauguration officielle de l'immeuble de l'Université Laval a lieu le 8 octobre 1895.

Qui:

Les étudiants qui fréquentent l'Université Laval à Montréal à la fin du XIXe siècle sont uniquement de sexe masculin. Ce sont surtout les fils des notables canadiens-français qui étudient le droit et la médecine. Leurs sorties parfois tapageuses donnent un air de fête au Quartier latin.

M985.230.5356
© Musée McCord
Impression
Montréal - Les inondations printanières - La crue des eaux, esquisse réalisée à Griffintown
Edward Jump
1873, 19e siècle
Encre sur papier - Photolithographie
40.5 x 27.5 cm
Don de Mr. Colin McMichael
M985.230.5356
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Entre les communautés franco-catholique et anglo-protestante s'insère la communauté irlandaise, qui a un pied dans le monde anglophone et un autre dans l'univers catholique ; son importance est cependant en déclin. La petite communauté juive, qui se distingue elle aussi par sa langue et sa religion, constitue également un groupe spécifique, qui s'agrandira lors de l'arrivée d'une première vague d'immigrants en provenance d'Europe de l'Est dans les années 1880.

Malgré ce cloisonnement ethnique et religieux qui paraît étanche, les groupes et les individus sont en interaction constante dans la ville - dans les lieux de travail, les magasins, la rue et les espaces publics - et les échanges sont nombreux. La coexistence en milieu urbain est un processus dynamique. Les clivages sociaux ajoutent à la diversité, chaque groupe ayant ses bourgeois et ses travailleurs, ses élites et sa masse. À certains moments, ce sont les solidarités ethniques ou religieuses qui priment, tandis qu'à d'autres, les solidarités sociales prennent le dessus.

Quoi:

Cette caricature décrit certains effets désagréables des inondations printanières dans un quartier populaire de Montréal. Elle transmet aussi certains stéréotypes à propos de la population irlandaise qui habite ce quartier.

Où:

Griffintown est une zone industrielle et ouvrière située à l'ouest du Vieux-Montréal, dans le quartier Sainte-Anne. La majorité de la population y est d'origine irlandaise.

Quand:

Au printemps, le Saint-Laurent déborde souvent et inonde les parties basses de la ville en bordure du fleuve, comme Griffintown. La crue la plus élevée survient en 1886. Le problème des inondations ne sera réglé qu'au début du XXe siècle.

Qui:

En 1871, Montréal compte 25 376 personnes d'origine irlandaise, soit près du quart de la population. Les Irlandais sont même plus nombreux que les Anglais et les Écossais réunis.

Conclusion:

La société montréalaise de la fin du XIXe siècle constitue un ensemble complexe, une juxtaposition d'univers distincts en interaction constante. Ces univers eux-mêmes sont le fruit de nombreuses transformations survenues en l'espace d'un demi-siècle.

L'industrialisation joue un rôle particulièrement important dans ces transformations. Elle façonne un nouveau paysage urbain et tisse un nouveau tissu social. Elle bouleverse les façons de produire, mais aussi les manières de consommer. Elle accentue les écarts entre les possédants et les démunis.

Malgré leurs différences, les Montréalais et les Montréalaises partagent tout de même un sentiment d'appartenance à une ville, leur ville.


© Musée McCord Museum