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Lui, la mode au masculin

Gail Cariou

Voir le circuit

Introduction:

Gail Cariou, 2003

Redingote, jaquette, gilet, smoking... Tous ces vêtements font partie de la garde-robe de l'homme à la mode dans les années 1890. Seul le smoking (en vogue il y a 100 ans) est demeuré un symbole classique de l'élégant. Aujourd'hui, certains ne jurent que par Versace ou Parasuco, alors que d'autres sont attachés à un blouson de moto ou un chandail des Canadiens. Toutefois, peu d'hommes sont prêts à admettre qu'ils se soucient de la mode.

Au cours du 18e siècle, l'intérêt des hommes pour la mode est en plein essor. L'homme de goût expose sa richesse et sa classe sociale dans des vêtements extravagants et colorés. L'ornement des justaucorps et gilets pour hommes rivalise avec celui des robes des femmes.

Au début du 19e siècle, la mode est associée à l'univers féminin et ne constitue plus une préoccupation convenable pour un homme. En public, ce dernier doit exprimer son indifférence, mais il continue néanmoins d'exposer pouvoir, classe, richesse et personnalité par ses vêtements. Depuis deux cents ans, les couleurs sombres et les styles sobres, censés convenir à l'univers sérieux et « viril » des affaires et de la politique, dominent la garde-robe masculine. Démontrer trop d'intérêt pour les vêtements est considéré comme efféminé, mais les hommes trouvent néanmoins à exprimer leur originalité.

Le présent circuit décrit les vêtements portés à la fin du 19e siècle par les Montréalais élégants et prospères. Leur garde-robe est le reflet des nombreux changements d'attitudes qui ont influé sur les choix des hommes en matière de mode.

La définition de la masculinité a évolué, de même que la notion de bienséance. En ce début de 21e siècle, le rôle des hommes fluctue encore. Comment ces changements seront-ils reflétés dans les garde-robes masculines ? À partir d'où l'élégance est-elle exagérée-pour un homme ?


M972.51.1-2
© Musée McCord
Justaucorps et gilet
Vers 1775, 18e siècle
121 cm
Don de Mrs. Ludlow Haskell
M972.51.1-2
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Au 18e siècle, il est tout à fait légitime qu'un homme s'intéresse à la mode, en accord avec les notions de masculinité alors couramment admises. Les hommes de bien et d'influence accordent beaucoup d'attention à leurs tenues, tout autant que les femmes.

La mode vestimentaire de la noblesse à la cour de France domine l'Europe et, à un degré moindre, l'Angleterre. La soie, les dentelles et les broderies de prix sont non seulement à la mode pour les hommes, mais de rigueur. La mode privilégiée par l'élite masculine est progressivement adoptée par toutes les classes sociales. Les Canadiens élégants prennent comme modèles leurs homologues européens et anglais.

À la fin du 18e siècle, toutefois, cette mode masculine est en déclin. Moins d'un siècle plus tard, elle a pratiquement disparu.

Quoi:

Les justaucorps et les gilets en soie, ornés de broderies coordonnées à motifs floraux, sont portés avec des culottes en soie unie, habituellement du même tissu que le justaucorps.

Où:

Des justaucorps aussi ornés sont portés à la cour ou dans des dîners ou des bals officiels. Ce justaucorps est probablement d'origine européenne.

Quand:

Ces vêtements datent de 1770-1790, comme en témoignent le devant découpé et le gilet court.

Qui:

Au 18e siècle, les justaucorps et les gilets des hommes sont ornés de magnifiques motifs floraux brodés en soie par des maîtres de la broderie..

M2002X.6.1
© Musée McCord
Estampe
Journal des dames et des modes
1828, 19e siècle
Papier
19 x 13 cm
M2002X.6.1
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Vers le début du 19e siècle, en raison des pressions de la société pour séparer les univers masculin et féminin, la mode est graduellement réservée aux femmes. Un homme qui y porte un intérêt trop marqué est considéré comme efféminé.

Les vêtements masculins se différencient de plus en plus des vêtements féminins. Les couleurs sombres et les tenues sans ostentation, censées convenir au monde sérieux et « viril » des affaires et de la politique, dominent la garde-robe des hommes. Les couleurs et les étoffes autrefois de mise autant pour les hommes que pour les femmes deviennent associées uniquement à la féminité.

Quoi:

Cette gravure de mode du début du 19e siècle souligne l'opposition entre le costume de l'homme, sombre, mais élégant, et les tenues à volants de ses compagnes féminines.

Où:

Ce sont généralement des revues spécialisées pour les tailleurs qui présentent des planches illustrant la mode masculine, rarement la presse féminine. Toutefois, cette planche a paru dans le Journal des dames et des modes.

Quand:

Cette planche est datée de novembre 1828.

Qui:

Il est fréquent qu'un tailleur présente à son client des gravures illustrant la mode masculine. Cette planche-ci, publiée dans un journal féminin, a peut-être été portée à l'attention de l'homme chez lui, à la maison.

I-27904.1
© Musée McCord
Photographie
Le groupe du juge Monk, Montréal, QC, 1867
William Notman (1826-1891)
1867, 19e siècle
Sels d'argent sur papier monté sur papier - Papier albuminé
10.2 x 14 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
I-27904.1
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Suivant l'évolution de la notion de masculinité au cours du 19e siècle, les hommes se plient au modèle social dominant, selon lequel ils ne devraient pas se soucier de la mode. Les couleurs sombres et les styles discrets qui gagnent peu à peu en popularité deviennent incontournables au cours de la dernière moitié du siècle.

Selon un manuel d'étiquette des années 1860, « La tenue d'un gentleman devrait être de telle sorte qu'elle n'attire pas indûment les regards, à moins que ce ne soit au sujet de sa propreté et de son à-propos. Un soin particulier doit y être apporté afin d'éviter le moindre soupçon d'un désir d'attirer l'attention ».

Tenus d'éviter de démontrer un intérêt quelconque envers la mode, les hommes sont dorénavant contraints d'exprimer leur style de façon plus subtile.

References
Arthur Martine, Martine's Hand-Book of Etiquette, and Guide to True Politeness, New York, Dick and Fitzgerald, 1866, p. 48.

Quoi:

Les vêtements portés par ces hommes sont de bons exemples de la sobriété qui caractérise la mode masculine au cours de la deuxième moitié du 19e siècle.

Où:

Ces hommes, qui posent de façon officielle dans le studio d'un photographe professionnel, portent des vêtements décontractés.

Quand:

La prise de vue date de 1867, alors que la mode masculine est moins stricte que dans les décennies précédentes.

Qui:

Ce groupe d'hommes, d'âges très variés, démontrent un certain souci de style -- il n'y a qu'à voir la rayure contrastante sur le pantalon, les cravates soigneusement nouées et la canne, tenue négligemment.

M972.81.13
© Musée McCord
Estampe
La Vie de Jeune Homme
1840, 19e siècle
Don de Mr. Louis Mulligan
M972.81.13
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Malgré la désapprobation sociale, les hommes n'abandonnent pas tout goût pour la mode. Ils doivent néanmoins mesurer soigneusement leur intérêt. Un trop grand souci de l'apparence peut être interprété non seulement comme une preuve d'orgueil, mais aussi comme un manque de virilité. Mais trop peu d'attention n'est pas préférable. Quoi qu'il en soit, les hommes dont la conception de la mode ne correspond pas au modèle social dominant s'exposent au ridicule et à la moquerie.

Installé au cours de la première moitié du siècle, ce rapport difficile persiste, mais les hommes continuent à se vêtir de façon à exprimer leur pouvoir, leur classe, leur richesse et leur personnalité. Ils deviennent plus attentifs aux subtilités -- la coupe, l'ajustement et l'étoffe du vêtement -- et ils accordent plus d'attention à la forme physique et aux soins de toilette.

Quoi:

Cette gravure de deux jeunes élégants, dont l'un met la dernière touche à sa toilette, fait partie de la série La vie de jeune homme, de l'artiste français Paul Gavarni (1804-1866).

Où:

Le jeune homme est dans sa chambre ou dans son vestiaire, comme le démontrent les pantoufles à ses pieds et les vêtements rejetés empilés sur la chaise.

Quand:

La gravure est datée de 1840. L'homme dans le miroir, vêtu de sa redingote de jour, vient probablement de s'habiller pour sortir.

Qui:

Le jeune homme qui scrute attentivement son reflet dans le miroir et son ami à l'indifférence calculée illustrent le rapport difficile que les hommes ont avec la mode.

I-42589.1
© Musée McCord
Photographie
Dr William Bell Malloch, photographe, Montréal, QC, 1869-1870
William Notman (1826-1891)
Vers 1869-1870, 19e siècle
Sels d'argent sur papier monté sur papier - Papier albuminé
17 x 12 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
I-42589.1
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Au cours du 19e siècle, une prospérité croissante atténue peu à peu les distinctions frappantes entre les hommes de statuts social et économique différents.

Les Canadiens adoptent avec enthousiasme les symboles extérieurs de réussite, y compris les vêtements qui les présentent comme des gentlemen prospères plutôt que comme des ouvriers. L'offre grandissante de prêt-à-porter à prix avantageux contribue au nivellement des distinctions sociales. En 1865, un visiteur anglais, George Tuthill Borrett, observe avec surprise qu'au Canada « Uniformes, livrées et autres caprices d'une aristocratie pompeuse sont abandonnés. Le gardien de chemin de fer est habillé tout comme vous, les porteurs, mieux encore, quant au capitaine, aux conducteurs et aux grooms, ils sont vêtus comme tout gentleman qui se respecte ».

Le choix de vêtements devenant plus restreint, l'habillement finit par constituer un indicateur moins fiable de statut social et de richesse. De façon à conserver leur exclusivité, les hommes riches se distinguent en adhérant à un système complexe de règles de bienséance.

References
George Tuthill Borrett, Letters from Canada and the Colonies, Londres, J. E. Adlard, 1865.

Quoi:

Les vêtements de William Bell Malloch donnent peu d'indices sur sa profession et sa classe sociale. Industriel prospère ? Homme politique ? En réalité, il est médecin.

Où:

À la fin du 19e siècle, les Montréalais sont reconnus pour leur élégance ; ils adoptent les styles anglais et américain.

Quand:

Cette photographie du Dr William Bell Malloch a été prise vers 1870, alors que des améliorations rapides du prêt-à-porter en font un substitut intéressant aux vêtements sur mesure.

Qui:

William Bell Malloch est médecin à Moose Factory, un poste de traite dans la baie d'Hudson. Il est aussi photographe amateur.

M973.49.7
© Musée McCord
Redingote
1880-1890, 19e siècle
111.5 cm
Don de la succession de A. D. Savage
M973.49.7
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Les convenances imposent certains styles de vêtements en fonction de l'occasion, de l'activité, du degré de formalité et de l'heure de la journée. Les hommes fortunés, qui ont les moyens de se singulariser ainsi, peuvent conserver leur exclusivité en adoptant ces règles, qui évoluent constamment. Les ambitieux qui ne connaissent pas bien ces convenances peuvent consulter les nombreux guides qui se présentent comme l'autorité en matière de mode masculine.

Dans un manuel anglais, on avertit que si un homme « se rend à une fête champêtre en redingote et chapeau de paille, il sera plus mal jugé que s'il avait commis un crime. »

Tout manquement aux convenances isole les parvenus en un coup d'oeil. La redingote, par exemple, considérée d'abord comme appropriée à toute occasion avant dix-huit heures, devient graduellement, dans les années 1880, une tenue habillée réservée aux cérémonies de jour. Aucun homme élégant, même un effronté, n'oserait se présenter dans une soirée en redingote, fut-elle grise.

References
Mme Madge Humphry, Manners for Men, Londres, James Bowden, 1897) [on line]
http://www.bibliomania.com/2/1/324/2401/frameset.html

A New York Clubman, Hints about Men's Dress, New York, D. Appleton and Co., 1888.

Quoi:

Cette redingote grise a été portée par M. John George Savage, de Montréal, à la fin du 19e siècle

Où:

La redingote grise est appropriée à une promenade au parc. Le noir et le marine sont considérés comme convenables pour des activités plus officielles.

Quand:

En 1888, une source fiable sur le code vestimentaire soutient que « Il n'y a que quatre occasions... où les redingotes peuvent être portées avant midi. Il s'agit des mariages ou des funérailles qui ont lieu le matin, des services religieux du dimanche et devant les tribunaux supérieurs ».

Qui:

Seul un homme qui possède dans sa garde-robe l'obligatoire redingote noire ou marine peut se permettre d'en arborer une grise.

M973.49.11.1-3
© Musée McCord
Habit de soirée
George Dean
Vers 1911, 20e siècle
Don de la succession de A. D. Savage
M973.49.11.1-3
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

L'habit de soirée à basques longues et les normes qui en régissent le port ont peu changé depuis 150 ans.

Selon un guide des années 1880 sur la mode masculine, l'habit de soirée constitue « un des meilleurs investissements que puisse faire un jeune homme ambitieux. Quand il désire sortir le soir et qu'il porte un habit de soirée, une chemise bien ajustée, avec une cravate blanche en batiste et des chaussures soignées, il peut apprécier la sensation de savoir qu'il est convenablement vêtu aux yeux de toute société dans le monde ».

La prédominance de l'habit de soirée subit un recul avec l'introduction du smoking dans les années 1890. Depuis quelques années, les hommes défient le code du vêtement de soirée et portent, lors d'événements officiels, une jaquette ou un smoking avec un blue-jean et des baskets.

References
A New York Clubman, Hints about Men's Dress, New York, D. Appleton and Co., 1888.

Quoi:

Cet habit de soirée du début du 20e siècle est pratiquement identique à ceux qui étaient portés au cours du dernier tiers du 19e siècle.

Où:

La tenue de soirée est jugée essentielle lors des dîners, réceptions, bals et concerts officiels.

Quand:

La tenue de soirée est portée après 18 heures.

Qui:

L'habit de soirée constitue à la fin du 19e siècle une nécessité absolue pour un homme fortuné ou pour un élégant, ou pour celui qui désire atteindre l'échelon social supérieur.

II-100033
© Musée McCord
Photographie
Edward Maxwell, architecte, Montréal, QC, 1893
Wm. Notman & Son
1893, 19e siècle
Plaque sèche à la gélatine
17 x 12 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
II-100033
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Le veston de complet, l'ancêtre du veston moderne, est adopté à partir des années 1860. À l'origine un grand manteau mi-long, tout-aller, le veston devient plus moulant et raccourcit jusqu'aux hanches dans les années 1880. À la différence de la redingote et de la jaquette, il se porte généralement avec un pantalon et un gilet coordonnés. Le complet, ou tenue de ville, est souvent fait de lainage grossier et de tissu fantaisie, ou en lin pour l'été.

À la fin du 19e siècle, le complet est toujours un style tout-aller qui ne convient qu'à des activités de loisir comme le golf, la bicyclette ou le tennis, mais il prend rapidement la place de la jaquette et de la redingote. Les jeunes hommes, qui osent mettre en question la prépondérance de la jaquette et de la redingote, choisissent le complet comme tenue de ville. Dans les années 1890, le complet, très décontracté, est adopté comme vêtement de soirée. Connu sous le nom de smoking, il est porté dans des réceptions élégantes, mais informelles sans cérémonie.

Quoi:

Il existe des variantes chic du complet de base, comme on peut le voir dans cette photographie de la fin du 19e siècle, dont le veston Norfolk à plis et à poches porté pour faire de la bicyclette et le blazer à rayures pour jouer au tennis.

Où:

Même si le complet est encore décontracté en 1893, le jeune Montréalais Edward Maxwell, futur architecte, l'estime assez élégant pour figurer dans un portrait officiel fait dans le chic studio Notman.

Quand:

Cette photographie, prise en 1893, présente la façon décontractée de porter le complet selon la mode de l'époque.

Qui:

Les jeunes hommes qui, enfants dans les années 1860, ont porté le confortable complet, deviennent ses plus grands adeptes dans les années 1880.

M963.4.1.1-3
© Musée McCord
Tenue de cérémonie
Vers 1912, 20e siècle
Don de Mrs. Clement M. Badgley
M963.4.1.1-3
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

La jaquette à pans ouverts tire son origine des modèles sport portés au début du 19e siècle pour l'équitation et le tir. La jaquette, tout comme la redingote, perd peu à peu son lien avec le sport ; de vêtement tout-aller, elle devient à terme une tenue de cérémonie.

À la fin du 19e siècle, la jaquette constitue non seulement un vêtement qui convient aux affaires, elle est aussi un élégant substitut de jour à la redingote, qui à cette époque est réservée aux cérémonies officielles. Un homme portant une jaquette est vu comme « bien habillé pour un mariage, une réception ou un thé en après-midi, ou pour toute autre occasion où un habit de cérémonie ne convient pas. »

References
A New York Clubman, Hints about Men's Dress, New York, D. Appleton and Co., 1888.

Quoi:

Cette jaquette a été confectionnée pour M. C. M. Badgley en 1912 par l'atelier de confection Saint-Pierre, à Montréal.

Où:

La jaquette tout usage est portée autant au bureau que dans un thé dans les années 1890. Il arrive encore que des mariés portent la jaquette.

Quand:

À l'origine, la jaquette est portée jusqu'à midi, avant que celui qui la porte ne s'attaque aux vraies affaires de la journée. Plus tard, il est de mise de la porter toute la journée, mais jamais en soirée.

Qui:

Les hommes élégants à la garde-robe bien garnie jugent la jaquette essentielle. À la fin des années 1890, les hommes avisés, au budget plus limité, préfèrent la jaquette à la redingote.

M978.32
© Musée McCord
Habit de soirée, Montreal Hunt Club
H. Young
Vers 1880, 19e siècle
Don de Mrs. H. McEachran Young
M978.32
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Les vêtements spécialisés exigés pour participer aux activités de l'élite constituent des obstacles pour les parvenus et renforcent les hiérarchies sociales existantes. Tout homme peut acheter une redingote par correspondance ou s'en faire confectionner une sur mesure, et remettre le statu quo en question, mais seuls les hommes qui ont déjà leurs entrées dans les grands clubs sociaux portent les habits qui y sont associés.

Les uniformes et les tenues de cérémonie comme cet habit du Montreal Hunt Club jouent un double rôle. Non seulement ils renforcent la hiérarchie et l'appartenance au groupe, mais en outre ils permettent aux hommes de l'élite de faire montre d'un attrait pour la mode.

Quoi:

Les pans ouverts de cet habit du Montreal Hunt Club sont caractéristiques d'un vêtement de soirée, par opposition aux pans (ou basques) d'une seule pièce de la tenue de campagne.

Où:

Cet habit devait être porté lors de dîners, de réceptions et de bals officiels du Hunt Club.

Quand:

Le Montreal Hunt Club a été fondé en 1826. Cet habit a été porté au cours du dernier quart du 19e siècle.

Qui:

Parmi les membres influents du Montreal Hunt Club au 19e siècle, notons Hugh Montagu Allan (1860-1951), homme d'affaires et banquier de Montréal, sportif amateur convaincu, et Hugh Paton, recteur de l'université McGill de 1896 à 1899.

II-109450
© Musée McCord
Photographie
F. J. Francis et un ami, Montréal, QC, 1895
Wm. Notman & Son
1895, 19e siècle
Plaque sèche à la gélatine
21 x 16 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
II-109450
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Dans l'atmosphère de répression qui domine le 19e siècle, les hommes expriment leur personnalité par des accessoires luxueux et colorés. Même s'ils craignent en général de démontrer leur intérêt pour la mode, ils profitent des plaisirs qu'elle offre en changeant gilets, cravates, écharpes, gants et bijoux sans paraître vains, frivoles ou ridicules.

Tout de même, les hommes doivent être prudents dans le choix de leurs accessoires. Trop de couleurs ou d'ornements les exposent à des accusations de dandysme, de mauvais goût ou de manque de virilité. Les gilets très décorés, par exemple, apportent une touche de couleur dans des garde-robes plutôt sombres. Dans un océan de redingotes noires, les accessoires particularisent les hommes sans attirer indûment l'attention.

Quoi:

M. F. J. Francis et son ami sont habillés à la dernière mode de 1895; ils semblent avoir porté une attention spéciale à leurs hauts-de-forme lustrés, leurs cols immaculés et leurs cravates soigneusement nouées.

Où:

Cette photographie a été prise dans le studio montréalais de William Notman and Son.

Quand:

Cette photographie de M. F. J. Francis et de son ami a été prise en 1895. Le pantalon de l'homme de gauche porte des plis soigneusement pressés, ce qui constitue une nouveauté à l'époque.

Qui:

M. Francis et son ami, qui posent à l'intérieur, ont choisi d'être photographiés en vêtements d'extérieur, avec hauts-de-forme et pardessus élégants.

M987.48.1
© Musée McCord
Gilet
1860, 19e siècle
52 cm
Don de Mr. I. M. Drum
M987.48.1
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Le gilet est un élément essentiel de la garde-robe masculine au 19e siècle. Les étoffes, les motifs et les couleurs qui, avec le temps, sont jugés inconvenants pour d'autres pièces du costume masculin sont toujours utilisés pour les gilets, qui offrent d'intéressants contrastes sous un manteau de laine noir ou marine. Les broderies en fil de soie et les brocards aux couleurs vives, fréquents dans l'habillement des hommes des années 1800, sont réservés aux gilets à partir de la seconde moitié du 19e siècle. Ce goût diminue vers la fin du siècle, les gilets étant souvent cachés sous un manteau boutonné.

Quoi:

De nombreux gilets très décorés du 19e siècle sont conservés dans les musées, probablement en raison de leur beauté, qui leur a évité la mise au rebut.

Où:

Les gilets sont souvent brodés à la maison, puis confectionnés par un tailleur professionnel.

Quand:

Ce gilet a été porté vers 1860, alors que la mode des broderies raffinées était déjà dépassée. Les gilets fantaisie seront de nouveau en demande dans les années 1890.

Qui:

Ce gilet a été porté par Charles-Elzéar Mondelet, de Trois Rivières et Montréal, avocat et partisan de Louis-Joseph Papineau.

M18267
© Musée McCord
Cravate
1890-1900, 19e siècle
5.3 cm
Don de Miss J. F. Caverhill
M18267
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

La cravate, un des symboles les plus puissants de conformité au code vestimentaire masculin, est portée depuis plus de 300 ans. Tout au long de cette histoire, son aspect pratique ou son confort ont peu ou prou été remis en question.

Dans les années 1860, la cravate longue, comme on la connaît aujourd'hui, devient plus en vogue. L'encombrant col-cravate est abandonné en faveur de la cravate étroite portée avec un col replié et attachée avec un noeud coulant. Les cravates pré-nouées, pratiques et appréciées, sont néanmoins considérées comme fausses et, pour cette raison, rejetées. Les gentlemen sont priés de renoncer à la commodité qu'elles procurent selon le principe qu'une cravate ordinaire, même mal nouée, est préférable.

La société préconise le port de la cravate en dépit de son inconfort, mais les hommes peuvent choisir parmi de nombreux styles, tissus et couleurs. Certains styles sont baptisés d'après des célébrités ou des endroits chic. L'ascot, par exemple, tire son nom de la piste de chevaux fréquentée par la royauté anglaise.

Quoi:

Cette cravate en soie gaufrée, rembourrée, est du type pré-noué.

Où:

Les hommes peuvent acheter leurs cravates chez le chemisier, spécialiste en accessoires, et qui conseille ses clients en fonction de la dernière mode.

Quand:

Cette cravate date d'environ 1890.

Qui:

À la fin du 19e siècle, la cravate constitue un élément essentiel de toute garde-robe masculine, peu importe l'âge ou le statut de celui qui la porte.

M980.37.2
© Musée McCord
Haut-de-forme
1892, 19e siècle
15.5 cm
Don de Mrs. Mariette O'Shea et Mrs. Gabrielle O'Shea
M980.37.2
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Jusque tard dans le 20e siècle, la plupart des hommes portent un couvre-chef à l'extérieur, mais ce n'est pas uniquement pour se protéger. Le chapeau, peu importe son style, confère dignité et personnalité.

La façon correcte de porter le chapeau suit des règles strictes de bienséance et de conventions sociales. Ainsi, le haut-de-forme en soie est considéré comme indispensable avec un habit de soirée et une redingote, acceptable avec une jaquette et tout à fait inconvenant avec un complet. En signe de respect, le riche industriel incline ou soulève son haut-de-forme, et l'ouvrier fait de même avec sa casquette. Seul un homme très grossier porte un chapeau à l'intérieur.

En plus de ces règles, les chapeaux, comme les autres vêtements, sont soumis aux caprices de la mode. La courbure du bord, la hauteur de la calotte ou le ruban de couleur ornant un chapeau de paille particularisent les couvre-chefs masculins.

Quoi:

Ce haut-de-forme des années 1890, en délicate peluche de soie plutôt qu'en feutre de poil, exige des soins méticuleux pour conserver son lustre. Avec un entretien approprié, il peut durer de nombreuses années.

Où:

L'étiquette de la chapellerie Lorge and Co. est apposée à l'intérieur du chapeau, sur l'entrée de tête.

Quand:

Adopté un siècle plus tôt comme « casque protecteur » pour l'équitation, le haut-de-forme devient, à partir du milieu des années 1800, le couvre-chef le plus porté au cours de la journée. Après la Première Guerre mondiale, il est réservé presque exclusivement aux événements officiels ayant lieu durant la journée et aux soirées.

Qui:

Le haut-de-forme est indispensable à l'homme élégant. Aucun autre chapeau ne convient à l'habit de soirée.

MP-1978.82.151
© Musée McCord
Photographie
Charles Cassils, Temple et H. Haig-Sims sur la plage, île Cushing, Maine, 1901
Harold Haig-Sims
1901, 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
10 x 12 cm
Achat de Mr. I. Erlich
MP-1978.82.151
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Au cours des siècles, l'évolution des normes culturelles concernant la vie privée, la sexualité, la modestie et la vulgarité a amené des changements dans la mode masculine. La démarcation entre les vêtements qui conviennent en public et ceux que l'on porte en privé se modifie.

Les chemises, par exemple, sont encore considérées comme des sous-vêtements à la fin du 19e siècle et doivent être portées sous un manteau et un gilet. Aucun gentleman qui se respecte n'oserait se présenter en public en manches de chemise. La même situation prévaut pour le tee-shirt jusqu'à la fin du 20e siècle, alors qu'il devient enfin acceptable de le porter comme un vêtement à part entière.

L'histoire du maillot de bain pour homme témoigne de l'érosion des tabous liés aux manifestations publiques de sexualité. La robe de chambre pour homme, quant à elle, se trouve à mi-chemin entre les vêtements appropriés à la vie publique et ceux qui sont réservés à la vie privée.

Quoi:

Le jeune homme au maillot court joue les timides et fait mine de se cacher les jambes devant l'appareil-photo.

Où:

Cette photographie a été prise sur la plage de l'île Cushing, dans le Maine, une chic station estivale fondée au 19e siècle.

Quand:

La photographie a été prise en 1901, à l'époque où les maillots portés sur les plages publiques sont longs, en jersey de laine moulant, et sont pourvus de manches.

Qui:

Ce sont Charles Cassils, Temple et H. Haig-Sims qui font des grimaces à l'appareil-photo.

M998.23.1
© Musée McCord
Maillot de bain
1860-1870, 19e siècle
114 x 115 cm
Don de Howard et Valerie Smith
M998.23.1
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Au cours du 19e siècle, l'exercice vigoureux de la natation gagne en popularité aux dépens de la baignade thérapeutique, plus calme. Jusqu'à la fin du 19e siècle, il est d'usage que les hommes se baignent nus en compagnie d'autres hommes. Le débat concernant les costumes appropriés découle de la baignade mixte -- hommes et femmes ensemble. Les interdits sociaux concernant les manifestations publiques de sexualité forcent tout le monde à porter des maillots encombrants et peu révélateurs.

Dans les années 1860, les premiers maillots pour hommes sont informes et fait de laine rugueuse, s'ils sont décents, ils restent néanmoins inconfortables et peu appropriés à la natation.

Vers la fin du 19e siècle, les hommes se mettent à porter de longs maillots en jersey moulant, qui sont mieux adaptés à la natation, mais qui laissent bien peu de place à l'imagination. Toutefois, si les hommes peuvent désormais porter des maillots ajustés, les costumes de bain des femmes demeurent beaucoup plus pudiques.

Quoi:

Au 19e siècle, la laine grise, garnie de passementerie, est recommandée pour la confection de maillots. Ceux des hommes sont faits sur le modèle des sous-vêtements.

Où:

Ce maillot de bain provient de Georgeville, à proximité du lac Memphrémagog, une station estivale des Cantons-de-l'Est, au Québec, qui a connu une certaine affluence au siècle dernier.

Quand:

Le style de ce maillot de bain permet de croire qu'il date des années 1860. Les maillots moulants en tissu extensible ne sont apparus qu'à la fin du 19e siècle.

Qui:

On ne sait rien sur l'homme qui a porté ce maillot. Est-ce possible qu'il ait été un père de famille qui passait ses vacances d'été au lac Memphrémagog ?

M966.8.1
© Musée McCord
Robe de chambre
Vers 1832, 19e siècle
51 x 131.5 cm
Achat de Mrs. E. J. Matania
M966.8.1
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Malgré les interdits auxquels ils sont soumis dans la sphère publique, les hommes refusent de se priver entièrement du plaisir de se vêtir de tissus somptueux aux couleurs vibrantes. Ainsi, dans l'intimité de leur foyer, ils continuent de porter des vêtements faits des étoffes et ornés des couleurs qui étaient à la mode au 18e siècle, tout au long du 19e siècle et pendant une partie du 20e.

À la maison, les hommes apprécient le luxe, la beauté et le confort des robes de chambre et des vestons d'intérieur. Ces vêtements, qui sont confectionnés d'exotiques brocards et velours aux couleurs vives, auraient été, à la fin du 19e siècle, jugés tout à fait inconvenants en public, sauf en très petites touches sur une cravate, peut-être, ou un gilet. Les hommes peuvent recevoir des amis en robe de chambre, mais n'oseraient jamais paraître ainsi en public.

Quoi:

Cette robe de chambre des années 1880 est ornée d'un motif cachemire, semblable à celui des châles que les femmes portaient plus tôt dans le siècle.

Où:

Les hommes portent leur robe de chambre dans les endroits privés de la maison : la chambre, le cabinet, la salle à déjeuner, etc.

Quand:

L'homme porte la robe de chambre (à ne pas confondre avec la sortie de bain) le matin avant de s'habiller, ou par-dessus la chemise, le gilet et le pantalon quand il se détend à la maison.

Qui:

Ce sont les hommes des classes moyenne et supérieure qui portent des robes de chambre dans leurs moments de détente.

M978.113.1
© Musée McCord
Toque d'intérieur
1860-1890, 19e siècle
10.4 cm
Don de Mrs. Audrey Reekie
M978.113.1
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Au 19e siècle, les styles orientaux, qui ont influencé la mode vestimentaire masculine pendant des centaines d'années, continuent à alimenter l'imaginaire des hommes élégants. Cela se traduit par le port quotidien de vêtements fabriqués en drap de laine noir et en lin blanc.

Les vêtements d'intérieur des hommes s'inspirent parfois d'autres cultures. Ainsi, pour accompagner la robe de chambre, l'homme de goût porte la toque d'intérieur, inspirée du fez turc. Une toque décrite comme « grecque » ou « turque », par exemple, convient tout à fait à une robe de chambre de style « persan » ornée d'un motif cachemire multicolore.

References
Gene Borio, « Tobacco Timeline : The Nineteenth Century--The Age of the Cigar » [on line]
http://www.tobacco.org (repéré le 9 juin 2003).

Quoi:

Les fumeurs portent ces toques pour éviter d'avoir de la fumée de tabac dans les cheveux.

Où:

La toque d'intérieur est portée à la maison dans des salles spéciales pour fumeurs ou dans les clubs privés pour hommes.

Quand:

Le tabagisme se répand dans la seconde moitié du 19e siècle, après l'introduction des allumettes de sûreté, des cigarettes et du papier à cigarettes industriels.

Qui:

Même si les fabricants de cigarettes ont visé la clientèle féminine dès les années 1880, l'usage du tabac est surtout l'apanage des hommes. En outre, ce ne sont que les hommes qui portent des toques d'intérieur.

M973.49.5.1-2
© Musée McCord
Redingote et gilet
1875-1900, 19e siècle
Don de la succession A. D. Savage
M973.49.5.1-2
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Au début du 19e siècle, personne n'exerce autant d'influence sur les choix vestimentaires d'un homme que son tailleur. Ce dernier, dont c'est le métier d'habiller les hommes convenablement, apporte sa collaboration à ses clients en guidant leurs choix, en ajustant leurs vêtements et influençant leur style.

Bien que la confection de vêtements comme la redingote offre aux tailleurs des rentrées d'argent assez régulières, ces derniers s'assurent une clientèle fidèle en lui proposant périodiquement de nouveaux modèles. Les tailleurs canadiens se tiennent au fait des dernières tendances à Londres, Paris et New York et attirent leurs clients avec des gravures de mode publiées dans des illustrés spécialisés. Ils importent des tissus fins d'Angleterre et connaissent très bien les nouvelles méthodes de patronnage et d'ajustage.

L'influence du tailleur décline au cours du 19e siècle. La concurrence se fait plus forte avec les magasins de détail et les entreprises de vente par correspondance qui offrent du prêt-à-porter à la mode et moins cher.

Quoi:

La redingote mi-longue, aux devants droits, habituellement noire ou marine, a constitué le coeur de la garde-robe masculine pendant presque tout le 19e siècle. Elle est en général cousue à la machine et finie à la main.

Où:

Cette redingote et son gilet coordonné ont été confectionnés par Gibb and Co., un des ateliers de confection les plus distingués de Montréal. L'atelier a servi l'élite montréalaise pendant presque 200 ans, jusqu'en 1968.

Quand:

Cette redingote a été faite sur mesure à la fin du 19e siècle, quand la suprématie du tailleur est de plus en plus remise en question par le prêt-à-porter.

Qui:

Cette redingote et son gilet coordonné ont été confectionnés pour J. G. Savage (1840-1922), un important homme d'affaires montréalais.

M1351
© Musée McCord
Gilet
Franklin
Vers 1850, 19e siècle
Don de Mr. David Ross McCord
M1351
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Au cours du 19e siècle, les femmes de toutes les classes sociales consacrent de nombreuses heures à la fabrication de vêtements pour hommes. La confection d'articles utilitaires comme les chemises est considérée à la fois comme un devoir et une nécessité. La création de magnifiques articles décoratifs par les femmes de la classe moyenne constitue autant une démonstration de leur virtuosité à l'aiguille que l'expression de leur respect des exigences de la société.

Des modèles de broderie pour des gilets, des toques d'intérieur, des pantoufles et des bretelles pour hommes sont publiés dans les magazines féminins tout au long du 19e siècle. Le vêtement terminé, qui reprend souvent les techniques de broderie, les couleurs vives et les motifs floraux courants dans la garde-robe féminine, peut représenter autant les goûts de son propriétaire que ceux de sa couturière.

La production domestique décline à partir du moment où le prêt-à-porter entre en concurrence au point de vue de la mode, de la qualité et du prix. Alors que des contingents de plus en plus nombreux de femmes s'intègrent au marché du travail, la couture à la maison perd du terrain. Au 20e siècle, les femmes cousent toujours pour les hommes, mais elles peuvent être couturières aussi bien dans une manufacture qu'à la maison.

Quoi:

Le point berlinois, utilisé pour ce gilet, est une broderie à fils de laine comptés sur un canevas.

Où:

Le point berlinois provient d'Allemagne.

Quand:

Le point berlinois a été adopté au début du 19e siècle pour remplacer des points de broderie plus difficiles et il est resté en vogue tout au long du siècle. Ce gilet date du milieu du siècle.

Qui:

Ce gilet, offert en cadeau à sir George Simpson, est attribué à lady Jane Franklin, femme de l'explorateur de l'Arctique, sir John Franklin.

II-149897
© Musée McCord
Photographie
Équipe de hockey de l'Université McGill, Montréal, QC, 1904
Wm. Notman & Son
1904, 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
20 x 25 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
II-149897
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Les tenues de sport ont joué un rôle important dans l'évolution de la mode masculine. Il est fréquent que des vêtements conçus à l'origine pour le sport envahissent la mode grand public et se transforment ensuite en tenues plus officielles.

Au 19e siècle, l'activité athlétique et les sports d'équipe organisés sont surtout réservés aux riches. L'association qui s'est faite alors avec l'argent et le statut social a contribué à l'augmentation du prestige accordé aux tenues sportives.

Les couleurs fortes, le confort et le style tout-aller des tenues de sport sont récupérés dans les vêtements ordinaires. Le maillot sportif, par exemple, est à l'origine porté par les membres des équipes de hockey ou les passionnés de tennis. À partir du moment où il devient un chandail confortable, décontracté, porté dans les activités quotidiennes, il perd peu à peu son association avec le sport.

References
« McGill University History » [on line]
http://www.athletics.mcgill.ca/articles, cliquer sur History, ensuite sur McGill University History (repéré le 10 juin 2003).

Quoi:

Il est facile de reconnaître dans les maillots sportifs du 19e siècle le pull-over moderne.

Où:

Jusqu'à l'ouverture de patinoires intérieures, le hockey se joue à l'extérieur. On croit que le premier match de hockey intérieur a eu lieu à Montréal.

Quand:

Cette photographie de l'équipe de hockey de McGill a été prise en 1904. L'équipe figure aussi dans la première photographie connue de joueurs de hockey en uniforme, prise en 1881.

Qui:

La première équipe de hockey de l'Université McGill a été mise sur pied en 1877. Les étudiants de McGill sont reconnus pour leur participation à la popularisation de ce sport.

M20939
© Musée McCord
Robe de garçon
Vers 1860, 19e siècle
67.2 cm
M20939
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Avant le 20e siècle, la différence entre l'habillement des garçons et des filles importe peujusqu'à l'âge de cinq ou six ans; ainsi, les jeunes garçons des familles aisées portent souvent des robes semblables à celles de leurs soeurs. Seules des garnitures plus simples et une casquette au lieu d'un bonnet permettent de distinguer les vêtements des garçons et ceux des filles.

La mode unisexe pour enfants, qui nous paraît très féminine, dure jusqu'au 20e siècle malgré le peu d'enthousiasme démontré par les garçons. Dans les années 1880, pendant une brève période, le costume Fauntleroy en velours garni de dentelles, porté lors d'occasions spéciales, constitue la dernière manifestation de la mode des vêtements féminisants pour les jeunes garçons.

L'évolution de la notion d'enfance et de développement sexuel, au début du siècle, amène l'abandon des vêtements de type féminin pour les garçons, au profit du pantalon long, du bleu et des versions réduites de vêtements pour hommes.

Quoi:

Cette robe en soie a probablement appartenu à un garçon, comme en témoignent sa simplicité relative et ses garnitures discrètes. Elle devait être portée sur des jupons.

Où:

Les garçons ne portent plus de robes quand ils ont l'âge de pénétrer dans l'univers public, généralement quand ils commencent l'école.

Quand:

Le style et le matériau de cette robe permettent de la dater des années 1860.

Qui:

C'est probablement un garçon de moins de cinq ou six ans qui a porté cette robe.

M977.44.2.1-2
© Musée McCord
Tailleur
Vers 1900, 19e siècle ou 20e siècle
Don de Miss Winnifred Marler
M977.44.2.1-2
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

À la fin du 19e siècle, les tabous concernant le port de vêtements masculins par les femmes tendent à disparaître. Malgré les interdits sociaux, celles-ci s'inspirent volontiers de la mode pour hommes, en reconnaissance de l'attrait de ces vêtements et du pouvoir qu'ils représentent. Toutefois, les influences masculines sont parfois tellement éloignées que leur origine est difficile à retracer. Dans les années 1890, les tailleurs--les ensembles veste et jupe comme celui-ci, modelés sur la version masculine et confectionnés par des tailleurs -- sont très à la mode. Pour les nombreuses femmes faisant pour la première fois leur entrée sur le marché du travail, le tailleur, confortable, pratique et élégant, est un symbole d'indépendance.

Comme les habits d'équitation, le tailleur est généralement en laine et présente des détails visiblement masculins, même s'il est ajusté comme un vêtement féminin. Il se porte avec un chemisier, inspiré de la chemise pour homme, et une cravate en ruban ; l'allusion aux vêtements masculins est on ne peut plus évidente.

Quoi:

Ce costume pour dame, confectionné selon les normes du vêtement masculin, est néanmoins conforme à la silhouette féminine à la mode à la fin du 19e siècle.

Où:

Les tailleurs ne conviennent pas qu'au travail. Les femmes élégantes adoptent le style masculin dans leurs tenues de ville.

Quand:

Mlle Winifred Marler a porté ce costume sur mesure en 1898, l'année où elle a fait ses débuts.

Qui:

Ce costume a été fait par le célèbre atelier de confection Saint-Pierre, de Montréal, « Ladies and Gentlemen's Tailor » (Tailleur pour dames et gentlemen), pour Mlle Winnifred Marler.

II-111063.1
© Musée McCord
Photographie
E. Klingis, Montréal, QC, 1895
Wm. Notman & Son
1895, 19e siècle
Sels d'argent
17 x 12 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
II-111063.1
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Malgré l'opinion courante à la fin du 19e siècle selon laquelle les hommes sont indifférents à la mode (ou du moins, devraient l'être), nous possédons de nombreuses preuves du contraire. Et malgré leur détachement apparent, les hommes s'immortalisent (de même que leurs garde-robes) dans des tableaux et des photographies. Quand ils s'habillent pour le peintre ou le photographe, les hommes choisissent leurs plus beaux atours, nous laissant parfois penser que certains portraits ne constituent pas tant un souvenir de l'homme lui-même que celui d'un chapeau ou d'une cravate préférés. Le choix qu'un homme fait de son costume, la façon désinvolte dont il place son chapeau ou l'attention qu'il porte à ses accessoires, à sa toilette ou à la pilosité de son visage sont révélateurs de l'importance qu'il accorde à la mode.

Qui a dit que les hommes ne se soucient pas de la mode ?

Quoi:

De son canotier à sa chaîne de montre et sa cravate soigneusement placés, M. Klingis est indéniablement élégant. Son pantalon au pli bien marqué est encore une nouveauté dans les années 1890.

Où:

La photographie de M. Klingis a été prise dans le studio de William Notman, photographe de l'élite montréalaise.

Quand:

La photographie de M. Klingis a été prise en 1895.

Qui:

Les hommes de tous les milieux se sont faits photographier au 19e siècle, après la baisse des prix des photographies.

Conclusion:

Les pressions sociales exercées sur les hommes à la fin du 19e siècle pour les dissuader de s'intéresser à la mode s'opposent à l'opinion selon laquelle la mode n'est pas destinée aux hommes en dépit de l'attrait qu'elle représente pour eux.

Malgré une indifférence apparente, non seulement les hommes s'occupent de mode, mais quand ils peuvent se le permettre, ils en profitent. Ils contournent la censure en s'autorisant en public de discrètes touches mode. En privé, ils peuvent porter des couleurs et des tissus considérés comme inconvenants en public.

Les styles et les tendances de la mode masculine qui émergent à la fin du 19e siècle n'ont pas disparu. Les habits modernes ressemblent beaucoup au complet adopté par les jeunes hommes des années 1890. Les vêtements tout-aller pour hommes modelés sur les tenues sportives de la fin du 19e siècle sont devenus tellement familiers qu'ils ont perdu toute association avec leur sport d'origine.

Ces influences de la fin du 19e siècle sur la mode masculine ont toujours cours. Qu'en est-il des tensions qui ont teinté les relations entre les hommes et la mode ?


Bibliographie



A New York Clubman, Hints about Men's Dress, New York, D. Appleton and Co., 1888.

Borrett, George Tuthill, Letters from Canada and the Colonies, Londres, J. E. Adlard, 1865.

Martine, Arthur, Martine's Hand-Book of Etiquette, and Guide to True Politeness, New York, Dick and Fitzgerald, 1866.

Sites Web

Borio, Gene, «Tobacco Timeline: The Nineteenth Century-The Age of the Cigar» [en ligne].
http://www.tobacco.org (repéré le 9 juin 2003).

Bland, John, «Edward Maxwell Biography» [en ligne].
http://blackader.library.mcgill.ca/cac/Maxwells/edbio2.htm (repéré le 9 juin 2003).

Humphry, Mme Madge, Manners for Men, Londres, James Bowden, 1897 [en ligne].
http://www.bibliomania.com/2/1/324/2401/frameset.html (repéré le 9 juin 2003).

«McGill University First Hockey Team 1881» [photographie] [en ligne].
http://www.birthplaceofhockey.com/origin/pic-mcgill.html (repéré le 9 juin 2003).

«McGill University History» [en ligne].
http://www.athletics.mcgill.ca/articles (cliquer sur History, puis sur McGill University History) (repéré le 9 juin 2003).

«William Bell Malloch» [en ligne].
http://www.archives.mcgill.ca/resources/guide/vol2_3/gen08.htm#MALLOCH,%20WILLIAM%20BELL (repéré le 9 juin 2003).


© Musée McCord Museum