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La Révolution tranquille

Par Mathieu Pigeon, sous la supervision de Dominique Marquis, directrice de stage, Université du Québec à Montréal


La Révolution tranquille

L'expression « Révolution tranquille » désigne une période charnière de l'histoire du Québec, pendant laquelle la société se transforme profondément et les valeurs d'une grande partie de la population sont bouleversées. À l'origine, le terme s'applique à la période 1960 à 1966, soit les six années au pouvoir du Parti libéral du Québec de Jean Lesage (1912-1980). On peut toutefois considérer que la Révolution tranquille s'étend jusqu'aux débuts des années 1970, alors que sont mises en place des mesures qui s'inscrivent dans la foulée du mot d'ordre « Maîtres chez nous ».


Des signes précurseurs

Cependant, l'arrivée au pouvoir du Parti libéral ne peut être considérée comme une rupture totale avec l'époque précédente. Certains signes de changement sont visibles dès l'après-guerre (1945-1960). Divers groupes remettent alors en question certaines des valeurs traditionnelles de la société québécoise. En 1948, le manifeste Refus global porte une critique sévère contre la société canadienne-française de l'époque. L'année suivante, quelques membres influents de l'Église catholique, dont Mgr Charbonneau (1892-1959), prennent position en faveur des travailleurs dans la grève d'Asbestos. Dans un certain sens, même l'adoption, en 1954, d'un impôt provincial sur le revenu par le premier ministre Maurice Duplessis (1890-1959) constitue une mesure progressiste digne des objectifs de la Révolution tranquille. On peut ajouter à cette liste l'émeute du Forum de Montréal, en 1955, signe précurseur d'une révolte des Canadiens français envers l'establishment anglophone qui entretient leur statut d'infériorité dans une société où ils sont majoritaires.


Un nouveau rôle pour l'État

Entre 1944 et 1959, Maurice Duplessis maintient le rôle traditionnel de l'État. Il gère personnellement les dossiers de la province et accorde peu d'autonomie à ses ministres. Le laisser-faire de Duplessis laisse le développement économique du Québec entre les mains des compagnies étrangères. Le domaine social est laissé à l'Église et on compte sur les organismes de charité pour aider les personnes dans le besoin. À cette époque, les Canadiens français sont généralement exclus des lieux de pouvoir économique de la province.

Après son élection, en 1960, le Parti libéral du Québec de Jean Lesage entreprend de réformer le Québec, ce que réclamaient les adversaires de Duplessis. L'une des priorités du nouveau gouvernement est de mettre en place les éléments nécessaires à l'émancipation sociale et économique des Canadiens français. Le slogan « Maître chez nous » décrit parfaitement cette volonté. Pour Lesage et son équipe, l'État est le meilleur outil dont disposent les Canadiens français pour atteindre cet objectif. Le Québec, suivant l'exemple du gouvernement fédéral, adopte les principes de l'État-providence et prend des mesures plus radicales encore. Dans son nouveau rôle, l'État québécois encadre mieux l'économie par la promulgation de certaines lois et la création de leviers financiers, et prend en charge le domaine social. L'objectif est d'atténuer les inégalités sociales et de bâtir une société plus juste où tous bénéficient des mêmes droits. Les gouvernements qui succéderont à celui de Jean Lesage ne remettront pas ces principes en question et poursuivront la modernisation du Québec.


De grandes réalisations

Le nouveau rôle de l'État mène à la création de nombreux ministères et sociétés d'État au cours des années 1960 et 1970. Cette expansion considérable de la taille de l'État pousse le gouvernement à se doter d'une fonction publique importante en nombre et compétente. La mise sur pied du ministère de l'Éducation (1964) et le passage à un système de santé universel (1971) figurent parmi les grandes avancées sociales de l'époque. La nationalisation complète de l'hydroélectricité (1964) est aussi bénéfique à plusieurs égards. Elle permet à de nombreux ingénieurs et cadres francophones de faire rayonner leur savoir-faire en plus de faire profiter l'État de nouveaux revenus. La mise en place de sociétés d'État comme la Société générale de financement (1961) et la Caisse de dépôt et placement (1965) symbolise la réussite économique du Québec.


Essor de la classe moyenne francophone

Durant la Révolution tranquille, les syndicats, profitant d'un climat politique plus favorable, réalisent des gains notables. En 1964, le gouvernement Lesage adopte un nouveau Code du travail, qui accorde notamment le droit de grève dans le secteur public. Cette mesure est importante, car l'État est devenu le principal employeur de la province à la fin des années 1960. De plus, la situation économique prospère des années 1960 et du début des années 1970 permet au gouvernement d'acquiescer à plusieurs revendications des syndicats. Toutes ces avancées sociales et économiques donnent naissance à une nouvelle classe moyenne francophone qui peut désormais espérer occuper des postes clés dans la société.


De nouvelles valeurs

La fin de l'époque duplessiste entraîne la remise en question des valeurs traditionnelles qui, jusque-là, définissaient le rôle de la religion, de la famille et des femmes. La place centrale de l'État dans la vie des Canadiens français les pousse à s'identifier désormais en tant que Québécois. Cette nouvelle identité québécoise remplace peu à peu le nationalisme canadien-français traditionnel. Le nouveau nationalisme s'inspire des idées de réforme qui sont les piliers de la Révolution tranquille et ne repose plus sur la religion catholique qui, autrefois, fondait l'identité canadienne-française. La notion de territoire prend un nouveau sens et tous les habitants du Québec, peu importe leur langue ou leur origine ethnique, sont intégrés dans cette définition de la nation.

Les baby-boomers, nés entre 1945 et 1960 dans les conditions prospères de l'après-guerre, constituent une partie importante de la population dans les années 1960. La volonté ferme du gouvernement de réformer le système d'éducation fait de ces jeunes les premiers bénéficiaires d'une éducation moderne. Les nouvelles valeurs de la société québécoise les rejoignent particulièrement, puisqu'elles font partie de leur éducation. Le milieu culturel québécois, qui produit une culture dynamique, est également porteur de ces valeurs. Les baby-boomers et les artistes deviennent des acteurs sociaux importants à l'époque de la Révolution tranquille. Ils n'hésitent pas à joindre les rangs des groupes et partis politiques nationalistes comme le Parti Québécois de René Lévesque, qui voit le jour en 1968.


Ouverture sur le monde

Au cours de la Révolution tranquille, le Québec sortira de son isolement et s'ouvrira sur le monde. Cette ouverture a commencé dès les années 1950 avec l'arrivée de la télévision, qui pénètre rapidement dans les foyers québécois. Le contenu diffusé, de juridiction fédérale, échappe au contrôle de Duplessis et présente des idées nouvelles. Des émissions d'affaires publiques comme Point de mire, animée par René Lévesque, alors journaliste, font connaître les grands enjeux nationaux et internationaux aux Canadiens français. La culture étrangère, qui se répand au Québec grâce à la télévision, à la radio et à la presse, rejoint particulièrement les jeunes. Pendant l'été 1967, Montréal accueille Expo 67. Cette exposition universelle aura aussi un impact considérable : elle révèle le Québec au monde et fait découvrir le monde aux Québécois. Le Québec s'affirme sur la scène internationale, entre autres en jouant un rôle actif dans la francophonie, et établit des relations diplomatiques avec des États comme la France, qui devient un allié privilégié.


Remises en question

Les traces de la Révolution tranquille sont encore bien visibles aujourd'hui. Cette période a transformé radicalement le visage du Québec. Cependant, le contexte économique plus difficile des années 1970 et la récession des années 1980 marquent la fin de cette période. Depuis, les bases de la Révolution tranquille sont fréquemment remises en question et on note une certaine amertume quant au legs des générations précédentes et au fardeau économique laissé par plus de 40 ans d'État-providence.


Bibliographie

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Université de Sherbrooke, Bilan du siècle, http://www.bilan.usherb.ca/
site Web visité le entre le 29 septembre 2008 et le 6 octobre 2008

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