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Fonds des Seigneurs de Rouville (P107)

Extrait du bail d'une sucrerie louée à Théophile Racicot par Thomas Edmund Campbell (détail), 11 mars 1846. Don de M. John L. Russell, Fonds des Seigneurs de Rouville P107, M22089.4 © Musée McCord

Après l'effort, une gourmandise

«[Thomas Edmund Campbell, Ecuier, Seigneur et propriétaire de la Seigneurie de Rouville] a reconnu par ces présentes volontairement fait bail à loyer [...] d'une Sucrerie de cent cinquante érables située sur son terrain [...] à Théophile Racicot menuisier, cultivateur, résident à St-Hilaire [...] pour par lui le dit preneur ne faire à chacun des dits érables, qu'une seule entaille soit avec une hache ou ciseau, que la dite entaille aura deux pouces de long et un pouce de large, et ne mettra qu'une seule coulisse sans causer aucuns dommages quelconques [sic] aux dits érables [...].»


Si bon nombre de Québécois et de touristes aiment se « sucrer le bec » chaque printemps à la cabane, en famille ou entre amis, le bail consenti par le seigneur de Rouville à Théophile Racicot montre que la récolte de l'eau d'érable et la production du sirop ne sont pas que plaisir. Les Européens, qui ont été conquis dès leur arrivée au Canada par le goût de l'or blond, ont rapidement emprunté les techniques amérindiennes pour recueillir et transformer la sève des érables. Depuis, les méthodes n'ont cessé d'évoluer. Pour contenir l'eau, chaudières et chalumeaux sont passés du bois au métal, puis à la tubulure. Pour la transporter, les raquettes ont peu à peu cédé la place aux chevaux, avant qu'ils ne soient eux-mêmes remplacés par les véhicules motorisés. Pour sa cuisson, le chaudron en métal a quant à lui été troqué contre l'évaporateur.

Bien que les traditions anciennes soient toujours de mise pour bon nombre d'acériculteurs, la récolte et la production relèvent aujourd'hui davantage de procédés industriels. La gestion d'une érablière n'en demande pas moins de travail qui mérite certes, finalement, une douce récompense...


P107 Fonds Seigneurs de Rouville. - 1695-[ca 1963], surtout 1822-1860. - 25 cm de documents textuels. - 1 photographie. - 1 document cartographique.

Notice biographique

Né à Trois-Rivières, JOSEPH-FRANÇOIS HERTEL DE LA FRESNIÈRE (1642-1722) est officier, interprète et commandant. Il épouse en 1664, à Montréal, Marguerite de Thavenet (1646-1708), avec qui il a 15 enfants. Il cumule au cours des années les exploits militaires et partage de nombreux faits d'armes avec ses fils, qu'il initie à ses tactiques de guerre. Sa bravoure et ses états de service sont reconnus par le gouverneur Louis de Buade de Frontenac et lui valent d'être anobli en 1716. De son mariage, Joseph-François hérite en 1694 de la seigneurie de Chambly, qu'il morcelle ensuite en faveur de quelques-uns de ses fils.

Né à Trois-Rivières, JEAN-BAPTISTE HERTEL DE ROUVILLE (1668-1722) est le troisième fils de Joseph-François Hertel de la Fresnière et Marguerite de Thavenet. Comme d'autres membres de sa famille, il commence tôt à porter les armes et devient enseigne, lieutenant, capitaine à l'île Royale (Île du Cap-Breton), commandant de Port-Dauphin (Englishtown, NS), puis chevalier de Saint-Louis. En considération des services rendus pour la défense de la colonie, Jean-Baptiste obtient le 18 janvier 1694 du gouverneur Frontenac et de l'intendant Bochart de Champigny une seigneurie attenante à celle de son père. La seigneurie à laquelle il donne son nom, mais qu'il n'habitera jamais, est traversée par la rivière des Hurons (Vallée du Richelieu) et bornée par la seigneurie de Chambly à l'ouest, par celle de Saint-Charles-d'Yamaska à l'est et par celle de Saint-Hyacinthe au sud; son territoire couvre les actuelles municipalités de Mont-Saint-Hilaire incluant la montagne, d'Otterburn Park et de Saint-Jean-Baptiste.

En 1698, il épouse Jeanne Dubois qui décède moins de deux ans suivant leur mariage. En 1708, il s'unit à Marie-Anne Baudouin (1685-1745), fille aînée du médecin Gervais Baudouin. Devenue veuve, cette dernière rend foi et hommage en 1724 au gouverneur pour la seigneurie de Rouville qu'elle partage avec ses enfants.

JEAN-BAPTISTE-FRANÇOIS HERTEL DE ROUVILLE (1709-1773) est le fils de Jean-Baptiste Hertel de Rouville et Marie-Anne Baudouin. Il fait comme son père une carrière militaire et est nommé commandant du fort de Chambly, puis chevalier de Saint-Louis en 1762. Il épouse en 1733, à Montréal, Marie-Anne Legras (1696-1776), fille du marchand tanneur Jean Legras et de Geneviève Mallet. Ayant peu de temps à consacrer à la seigneurie, sa femme devient sa procuratrice et dirige les affaires de la famille. Le couple a trois filles qui décèdent en bas âges. Sans héritier direct, Jean-Baptiste-François vend en 1772 sa part de la seigneurie de Rouville et tous ses droits successifs à son frère René-Ovide.

Né à Port-Toulouse (Saint-Pierre, NS), RENÉ-OVIDE HERTEL DE ROUVILLE (1720-1792) est le fils de Jean-Baptiste Hertel de Rouville et Marie-Anne Baudouin. Contrairement à son père et à ses frères, il privilégie l'étude du droit plutôt qu'une carrière militaire. En 1741, il épouse Louise-Catherine André de Leigne (1709-1766), fille de Pierre André de Leigne et de Claude Fredin. Établi à Trois-Rivières, le couple a cinq enfants.

Il devient lieutenant général civil et criminel (juge) à l'âge de 24 ans, puis assume la direction des forges du Saint-Maurice dès 1750. Après le décès de sa première épouse, il se remarie à Montréal en 1767, avec Charlotte-Gabrielle Jarret de Verchères (1735-1808), veuve de Pierre-Marie-Joseph Raimbault de Saint-Blaint. Sous le Régime anglais, il est nommé grand voyer du district de Montréal en 1765, puis gardien de la paix et commissaire pour le district de Montréal en 1775, au mécontentement de ses compatriotes. Lorsque les rebelles américains abandonnent Montréal en 1776, René-Ovide est réintégré dans ses fonctions de magistrat, à titre de juge de la Cour des plaids communs. À sa mort, à Montréal, la seigneurie de Rouville revient à son fils Jean-Baptiste-Melchior.

Né à Trois-Rivières, JEAN-BAPTISTE-MELCHIOR HERTEL DE ROUVILLE (1748-1817) est le fils de René-Ovide Hertel de Rouville et Louise-Catherine André de Leigne. Officier dans l'armée et dans la milice, il défend la Couronne britannique lors de l'invasion du Canada par les troupes américaines en 1775. Nommé juge de paix pour le district de Montréal en 1783, il épouse l'année suivante Marie-Anne Hervieux (1750?-1819), fille de Jean-Baptiste Hervieux, négociant montréalais. Le couple a au moins huit enfants.

Propriétaire d'une demi-lieue dans la seigneurie de Chambly, Jean-Baptiste-Melchior reçoit de son père une avance d'hoirie comprenant une demi-lieue à Chambly avec un moulin à farine et il acquiert une autre demi-lieue au même endroit. Il s'y établit en 1789 et obtient une commission de colonel de milice l'année suivante. Par droit d'aînesse, il hérite en 1792 de la moitié de la seigneurie de Rouville et une partie de celle de Chambly. Partisan du Régime anglais, à l'instar de son père, il devient la même année député au premier parlement et, en 1812, conseiller législatif. Il reçoit aussi le commandement du 2e bataillon de milice de Chambly. En 1813, il est nommé juge de paix des districts de Québec, de Montréal et de Trois-Rivières. Inhumé à Chambly, il lègue par testament la seigneurie de Rouville, dont il a acquis l'autre moitié en 1797, et sa part de la seigneurie de Chambly à son fils Jean-Baptiste-René.

Né à Montréal, JEAN-BAPTISTE-RENÉ HERTEL DE ROUVILLE (1789-1859) est le fils de Jean-Baptiste-Melchior Hertel de Rouville et Marie-Anne Hervieux. Il embrasse la carrière militaire et devient officier de milice; il participe notamment à la bataille de Châteauguay en 1813 aux côtés de Charles-Michel d'Irumberry de Salaberry, époux de sa soeur Marie-Anne-Julie Hertel de Rouville. En 1815, il est promu lieutenant-colonel du bataillon de Chambly et en prend le commandement en 1816. La même année, il épouse Anne Charlotte de Labroquerie (Boucher de La Broquerie) (1796-1852), avec qui il a au moins cinq enfants.

Jean-Baptiste-René hérite de la seigneurie de Rouville et d'une partie de celle de Chambly, en vertu du testament laissé par son père en 1814. Celui-ci stipule toutefois qu'il ne prendra possession des biens qu'au moment du décès de sa mère, qui survient le 25 janvier 1819. Il devient le premier seigneur de sa famille à élire domicile dans la seigneurie de Rouville. La construction de son manoir à Saint-Hilaire débute dès 1819 et, environ deux ans plus tard, il entreprend de dresser son papier terrier. Élu membre de l'Assemblée législative de Québec à l'âge de 35 ans, il fait ensuite partie du Conseil législatif entre 1837 et 1838. En proie à de nombreuses critiques, notamment concernant sa loyauté durant la rébellion des Patriotes, la réputation de Jean-Baptiste-René se trouve affectée au cours des années qui suivent. Malade et financièrement instable, il quitte son manoir et confie la vente de sa seigneurie de Rouville à son gendre, le docteur Jean-Baptiste Brousseau. Celui-ci conclut la transaction le 16 avril 1844 au profit de l'officier et homme politique Thomas Edmund Campbell. Il décède à Boucherville.

Né à Londres, THOMAS EDMUND CAMPBELL (1811-1872) arrive au Canada en 1837 après avoir servi dans l'armée britannique et est rapidement promu commandant suivant les insurrections de 1837-1838, puis colonel quelques années plus tard. En 1841, il épouse Henriette-Julie Juchereau Duchesnay (1813-1873), fille du seigneur Michel-Louis Juchereau Duchesnay et de Charlotte-Hermione-Louise-Catherine d'Irumberry de Salaberry. Trois ans après, il fait l'acquisition de la seigneurie de Rouville et s'installe, en 1846, à Saint-Hilaire où il se consacre à l'exploitation de son domaine. Il élève, entre autres, le barrage du lac Hertel, reconstruit le moulin seigneurial, favorise l'industrie hydraulique et bâtit la première école de la région. De 1847 à 1849, il occupe les fonctions de secrétaire civil du gouverneur du Canada et de surintendant des Affaires indiennes. De 1858 à 1861, il est élu député de Rouville et devient également administrateur de la Banque de Montréal et de la Compagnie du Grand Tronc. Il décède à Saint-Hilaire.

Suivant la mort de Thomas Edmund Campbell, la seigneurie passe entre les mains de l'aîné, EDMUND ALEXANDER CHARLES CAMPBELL (1843-1902), qui la cède ensuite à ses frères en 1884. Ces derniers font rapidement face à des problèmes financiers qui les mènent à morceler la seigneurie en 1892. La montagne est vendue en 1908 et la ferme subit le même sort en 1942. Le manoir reste quant à lui la propriété de la famille Campbell jusqu'en 1955, date du décès de Mabel Allen, épouse de feu Colin Campbell et fille de sir Hugh Allan.

Portée et contenu

Ce fonds porte sur l'histoire des seigneurs de Rouville et sur leur gestion des domaines de Rouville et de Chambly, principalement de la fin du 17e siècle jusqu'à l'abolition du régime seigneurial au milieu du 19e siècle. Il témoigne de l'administration des censives, de la perception de revenus féodaux et de la construction des moulins à farine mis à la disposition des censitaires.

On y trouve un brevet de 1695 et trois copies certifiant l'obtention par Jean-Baptiste Hertel de Rouville de sa seigneurie, par le gouverneur Frontenac et l'intendant Champigny. Plusieurs actes de concession et de vente, des procès-verbaux d'arpentage, un plan daté de 1844, des terriers ainsi que des reconnaissances (aussi nommées « titre nouvel ») nous informent quant à eux sur l'attribution des terres de la seigneurie de Rouville, leur état et les revenus qu'elles génèrent.

La photocopie d'un livre de comptes, vraisemblablement rédigé par Jean-Baptiste-Melchior Hertel de Rouville au début du 19e siècle, dresse le bilan des dépenses et gains perçus par la seigneurie de Rouville, en plus de quelques poèmes, d'une recette médicinale et de notes personnelles sur ses ancêtres. Une estimation des rentes du domaine de Rouville, un bail à loyer pour une sucrerie située sur les terres de Thomas Edmund Campbell à Saint-Hilaire, ainsi que des listes d'habitants du domaine de Chambly témoignent aussi de la gestion comptable des seigneuries.

Le fonds comprend par ailleurs des contrats d'association concernant les moulins seigneuriaux de Chambly et de Rouville. Le premier, daté de 1705, est signé par Joseph-François Hertel de la Fresnière et le gouverneur de Montréal Claude de Ramezay, tandis que le second, daté de 1745, est signé par Marie-Anne Legras et Louise de Ramezay. Des actes juridictionnels révèlent également le litige opposant les seigneurs de Rouville à Charlotte Denys de La Ronde, veuve de Claude de Ramezay, concernant l'exploitation du moulin situé sur la rivière des Hurons et la réclamation de rentes seigneuriales impayées. Des livres de comptes rédigés par Joseph Rousseau de 1848 à 1860 et J. Lahaise de 1888 à 1896 nous renseignent aussi sur les types et quantités de grains moulus et vendus sur la seigneurie de Rouville.

L'ensemble est complété par un texte tapuscrit retraçant l'histoire et la généalogie des seigneurs de Rouville par Armand Cardinal, accompagné d'une photographie de l'auteur et des propriétaires du manoir Rouville-Campbell vers 1963.

Variantes du titre : Anciennement connu sous les noms de Fonds de Rouville et Fonds de la seigneurie de Rouville.

Source du titre propre : Titre basé sur les créateurs du fonds.

État de conservation : Plusieurs documents sont endommagés et fragiles.

Source immédiate d'acquisition : La majorité des documents ont été offerts en 1963 par M. John L. Russell, mais l'ensemble du fonds a été constitué par le biais de différentes donations entre 1917 et 2005.

Langue des documents : Les documents sont en français.

Instruments de recherche : Liste des documents à la pièce disponible.

Documents connexes :

BAnQ - Vieux-Montréal : Fonds seigneurie de Rouville-Campbell (P265)

Société d'histoire de la seigneurie de Chambly : Collection Paroisse Saint-Mathias-sur-Richelieu (P061)

Note générale : La collection Peintures, estampes et dessins du Musée McCord rassemble plusieurs portraits des seigneurs de Rouville, peints aux 18e et 19e siècles.


Le fonds est divisé selon les séries, sous-séries et dossiers suivants :

  • P107/A Généalogie

  • P107/B Domaine de Rouville
    • P107/B1 Censives
    • P107/B2 Dépenses et revenus féodaux
    • P107/B3 Moulin seigneurial
      • P107/B3,1 Contrat d'association
      • P107/B3,2 Livres de comptes
        • M22089.1 Livre des recettes pour les grains et les moutures vendus. - 1848-1852. - 1 document textuel ; 33 × 21 cm.
        • Document numérisé
        • Portée et contenu : Livre des recettes du moulin, consignées par Joseph Rousseau, pour les grains de 1848 à 1852 et pour les moutures de 1848 à 1850. Il nous renseigne sur les types et quantités de grains moulus et vendus, soit le blé, le maïs, l'orge, le sarrasin, l'avoine et le gabourage (mélange de plusieurs grains qu'on donnait aux animaux). On y trouve la date d'achat, le nom des clients et leur lieu de résidence. Le document contient aussi quelques remarques concernant par exemple l'arrêt du moulin pour des réparations.

          Source du titre : Basé sur le titre du document.

          Langue des documents : Le document est en français.


  • P107/C Domaine de Chambly

  • P107/D Photographie

 

Dernière mise à jour: 5 juin 2018