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Fonds Maurice-Régis Blondeau (P098)

Extrait du livre comptable de Maurice-Régis Blondeau (1734-1809) (détail), 1777-1787. Don de David Ross McCord, Fonds Maurice-Régis Blondeau P098, M13027 © Musée McCord

En partance pour les « Pays-d'en-Haut »

« Mons.r J. B.te Cadot...........Dt [Débiteur?]

Pour Equipement de B.te Parisien Guide
4 au [aunes?] de cotton a 5 [livres?]...20 [livres?] 9 au toile russie a 3 [livres?]...27 [livres?]
1 couverte de 3 pts [points] - 12 [livres?] 1 pre [paire] de mitasse....4 [livres?] 10 [schillings?]
1 pre grande culotte..... »

En ce mois de mai 1780, une expédition de traite vers les « Pays-d'en-Haut » se prépare depuis Montréal. L'organisateur n'est nul autre que Jean-Baptiste Cadot, trafiquant de fourrures expérimenté, dont l'auteur Louis Fréchette a fait le héros de son poème Le drapeau fantôme. Si l'on ignore la destination finale de cette expédition, il est probable qu'il s'agisse de l'un des postes stratégiquement établis autour des Grands Lacs, comme Grand Portage ou Fort Michilimakinac. Les marchandises qui y sont apportées serviront à l'approvisionnement du poste de traite et comme biens d'échange auprès des trappeurs autochtones. Les pelleteries obtenues lors de ces échanges seront rapportées vers Montréal l'automne suivant.

En tant que guide, l'engagé Baptiste Parisien devra diriger, tant sur les routes navigables que lors des portages, une équipée qui comptera également un « gouvernail » et trois « seconds », des titres qui réfèrent à l'emplacement des pagayeurs dans le canot. Deux « hivernants » - qui, contrairement aux autres membres de l'équipage, ne rentreront pas au bercail pour l'hiver - complètent la liste des engagés.

Voilà un des nombreux épisodes d'une histoire complexe et fascinante, celle de la traite des fourrures, qui peut être reconstitué à partir du livre comptable de Maurice-Régis Blondeau, marchand de fourrures de Montréal. Bien que le point de vue qu'il offre soit celui d'un entrepreneur eurocanadien, ce document constitue un témoin remarquable de cette grande entreprise économique, politique, sociale et culturelle.


P098 Fonds Maurice-Régis Blondeau. - 1777-1787. - 4 cm de documents textuels.

Notice biographique

Né à Montréal, Maurice-Régis Blondeau (1734-1809) est le fils de Jean-Baptiste Blondeau (1700-1787) et de Marie Geneviève Lefebvre Angers (1713-1787). La famille Blondeau est établie en Nouvelle-France depuis le milieu du 17e siècle et compte plusieurs marchands de fourrures. Jean-Baptiste Blondeau, père de Maurice-Régis, se spécialise dans la traite au « Pays des Illinois » (territoire de colonisation française situé dans la vallée du Mississippi et recoupant les états actuels de l'Illinois et du Missouri). De 1757 à 1767, Maurice-Régis prend part, probablement comme « engagé » (travailleur salarié engagé par contrat, le plus souvent comme pagayeur), à des expéditions de traite au fort Saint-Frédéric (New York), au fort Dauphin et au fort La Reine (Manitoba), à Michilimakinac (Michigan) et à Grand Portage (Minnesota).

De retour à Montréal, Maurice-Régis Blondeau épouse, en 1767, Marie Josephe Le Pellé Lahaye (1736?-1809). Il repart aussitôt pour les « Pays-d'en-Haut » (région des Grands Lacs) et les territoires plus à l'ouest, aujourd'hui recoupés par le Manitoba et la Saskatchewan, vers lesquels il mène plusieurs expéditions de traite. Montréal constitue toutefois le centre administratif de cette activité commerciale. Au cours de la décennie 1770, il y acquiert deux maisons (dont une qui compte un entrepôt) sur la rue Saint-Paul, une autre rue Saint-François, puis une dernière rue de l'Hôpital.

À partir de 1774, Maurice-Régis Blondeau mène ses entreprises de traite dans la région du lac Supérieur en association avec d'autres marchands, dont Jean Baptiste Amable Adhémar, James McGill, Isaac Todd, ainsi que Benjamin et Joseph Frobisher. Il se joint, peu de temps après, à la Compagnie du Nord-Ouest (CNO). Cette coalition de marchands de fourrures montréalais est fondée en 1779, à la suite de la découverte, par le trafiquant Peter Pond, d'un territoire de piégeage particulièrement riche dans la région du lac Athabasca (au nord de la Saskatchewan). Elle a pour objectif d'unir les efforts et ressources des commerçants de fourrures de Montréal, affectés par les coûts grandissants de l'exploitation du Nord-Ouest et par la concurrence à laquelle ils se livrent entre eux. La CNO a également pour objectifs de contrecarrer le monopole de la Compagnie de la Baie d'Hudson et de faire pression sur le gouvernement colonial pour qu'il limite la réglementation de la traite. La compagnie compte des hommes d'affaires influents tels que Simon McTavish, Isaac Todd, James McGill et les frères Benjamin, Joseph et Thomas Frobisher. Dirigée depuis Montréal, elle établit de nombreux postes de traite dans le nord des Plaines et dans la région subarctique. Le succès que connaît l'entreprise, au cours de ses quelque 42 années d'existence, repose en grande partie sur ses pratiques commerciales « proactives ». Ainsi les marchands de la CNO pénètrent plus profondément à l'intérieur des terres, le long des principales voies navigables, et vont eux-mêmes à la rencontre des trappeurs autochtones, rouage indispensable de l'entreprise de traite. Avec ceux-ci s'établit un véritable système d'échanges économiques et culturels.

Au cours des années qui suivent, Maurice-Régis Blondeau s'associe avec John Grant, Gabriel Cotté et Jean-Baptiste Cadot dans le cadre d'entreprises de traite autour des Grands Lacs. Il est également l'un des membres fondateurs du Beaver Club de Montréal, en 1785. Ce club, formé exclusivement de marchands impliqués dans la traite des fourrures dans les « Pays-d'en-Haut », est étroitement associé aux activités de la CNO. Il sera définitivement dissous en 1827.

En parallèle avec ses activités commerciales, Maurice-Régis Blondeau s'implique dans la vie politique, judiciaire et militaire de Montréal et de la colonie. Il milite notamment au sein du mouvement réformiste pour que soit adoptée une constitution sur le modèle anglais, 1785, et au sein de l'Association loyale de Montréal, en 1794. Il prend part à l'administration des biens des Jésuites, dans la seigneurie de Prairie-de-la-Madeleine puis à Montréal. Il est également juge de paix à Montréal, de 1795 à 1799, et officier au sein du 1er bataillon de milice de la ville de Montréal, entre 1791 et 1802.

Maurice-Régis Blondeau décède à Montréal en 1809.

Portée et contenu

Le fonds Maurice-Régis Blondeau porte sur les activités commerciales de ce dernier, en particulier sur la traite des fourrures dans la région des Grands Lacs. Les postes de Grand Portage et de Michilimakinac y sont notamment mentionnés. Il documente l'équipement des expéditions de traite, l'approvisionnement des postes, l'équipement et les conditions salariales de certains des participants engagés (guides, « gouvernails », « devants », « seconds », « milieux » ou « hivernants »), ainsi que les marchandises échangées lors de ces expéditions. Il témoigne aussi des partenariats qu'a formés Blondeau avec certains commerçants tels qu'Alexis Lahaye, Gabriel Cotté et, surtout, Jean-Baptiste Cadot.

De par son association avec des acteurs clés de la traite des fourrures, une activité économique de première importance à la fin du 18e siècle, et de par la richesse et la précision des informations qu'il renferme, ce fonds constitue un témoin remarquable du développement économique, social et culturel du Canada. Il témoigne par ailleurs du rôle central qu'occupait Montréal dans l'opération de vastes réseaux de traite dans les régions nord-ouest. Il révèle également le rôle, généralement peu mis de l'avant par l'Histoire, de la bourgeoisie marchande francophone dans la formation de la Compagnie du Nord-Ouest.

Le fonds contient un livre comptable tenu à Montréal entre les années 1777 et 1787. Ce document consigne les livraisons de fournitures visant à équiper les expéditions et les postes de traite des Grands Lacs, les types et quantités de fourrures obtenues lors de ces expéditions, ainsi que les acheteurs de ces pelleteries. Parmi les collaborateurs de Maurice-Régis Blondeau dont les noms figurent le plus fréquemment dans ce document sont Alexander Henry, Jean-Baptiste Adhémar, Joseph Perinault, Alexis Lahaye et Gabriel Cotté.

La dernière partie du livre comptable témoigne de la collaboration de Maurice-Régis Blondeau avec Jean-Baptiste Cadot, dont il a soutenu les entreprises de traite dans les Grands Lacs. Cette collaboration semble avoir été particulièrement active pendant les années 1780 à 1787.

Quelques-unes des transactions qui y sont consignées paraissent avoir été effectuées en dehors du cadre de la traite de fourrures. C'est le cas, entre autres, de transactions impliquant madame Macdonald.

Source du titre : Titre basé sur le créateur du fonds.

État de conservation : La couverture et quelques pages du livre comptable sont détachées. Des pages ont également été découpées et retirées.

Source immédiate d'acquisition : Acquis par David Ross McCord en 1930.

Langue des documents : Le document est en français.

Documents connexes :

BAnQ (Québec) : Fonds Ministère des Terres et Forêts (E21)

BAnQ (Vieux-Montréal) : Collection Compagnie du Nord-Ouest (P255) et Fonds Procédures en matières non contentieuses. District judiciaire de Montréal (CP601)

BAC : Fonds North West Company (R7904-0-1-E; anciennement MG19-B1)

Groupe de documents reliés : La collection Archives textuelles du Musée McCord conserve des archives d'individus, de familles et d'organisations dont les activités sont en lien avec celles de Maurice-Régis Blondeau. On y trouve entre autres les fonds de Simon McTavish (P102), de James McGill Desrivières (P733), de la famille McGillivray (P100) et du Beaver Club (P305), ainsi que les collections de la Compagnie du Nord-Ouest (C104) et de la Compagnie de la Baie d'Hudson (C099). Le récit d'Alexander Mackenzie Voyages from Montreal, on the River St. Laurence, through the continent of North America, to the frozen and Pacific oceans. (M2006.73.5) est également conservé dans la collection de livres rares.


Ce fonds comprend le document suivant :

  • M13027 Livre comptable de Maurice-Régis Blondeau. - 1777-1787. - 1 document textuel ; 38 x 25,5 cm.

  • Document numérisé : Partie 1 - Partie 2

 

Dernière mise à jour : 30 août 2017