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Fonds de la famille Perrault (P539)

Extrait du livre des visiteurs du Club de la Petite Malbaie (détail), 1935. Don de Châteauguay Perrault et Valérie Migneault Perrault, Fonds Famille Perrault P539, M999.54.35 © Musée McCord

Poésie, pastiche et... pêche !

« Elle passa; j'aurais dû, sans doute,
Lancer la mouche en son chemin;
Mais je voulais mettre en déroute
Cet imbécile maringouin.

Elle tira; j'aurais dû, peut-être,
Tendre la ligne, de tout mon être;
Mais j'allumais distraitement
Ma cigarette, à ce moment.

Elle mordait; j'aurais dû, sans soute,
Tirer très fort sur l'hameçon
Mais, de vous le dire, il m'en coûte,
Je remontais mon pantalon.

Elle partit : je devrais, peut-être
Ne plus l'attendre et la vouloir;
Mais la truite, qui veut me connaître,
Reviendra bien me dire bonsoir. »


C'est un intéressant pastiche que signe en 1935 Simone de Varennes, épouse du sous-ministre de la Colonisation Louis-Arthur Richard, dans le livre des visiteurs du Club de la Petite Malbaie. Cette oeuvre littéraire dresse le récit comique d'une sortie de pêche, au cours de laquelle un protagoniste dissipé rate toutes les occasions d'attraper la truite. Il s'agit en fait d'un exercice de style fort réussi qui imite avec justesse la prose structurée du poème Il passa (1896), de l'auteure et diplomate franco-roumaine Hélène Vacaresco (1864-1947). Dans cette version originale, les « j'aurais dû » sont aussi lourds de regrets, mais renvoient toutefois au passage d'un amour éphémère.

Si l'on retrouve parmi les anecdotes d'amateurs de plein air cette référence admirative à l'oeuvre de Vacaresco - poétesse contemporaine de Victor Hugo et lauréate de l'Académie française -, c'est que le camp de Joseph-Édouard Perrault et Madeleine Richard, situé dans le parc des Laurentides (aujourd'hui la réserve faunique des Laurentides), n'est pas que l'apanage des « sportsmen ». Le couple compte parmi ses visiteurs de nombreux politiciens, hommes d'affaires, artistes et militants influents du début du 20e siècle, tels que Louis-Alexandre Taschereau, Antonia David, Thérèse Casgrain, Clarence A. Gagnon, ou encore Jean-Baptiste-Beaudry Leman.

Les différents témoignages consignés dans ce registre prennent des formes aussi variées que le sont ses signataires. Leur enthousiasme et leur émerveillement face à la dense forêt boréale et aux immenses lacs qui les entourent en demeurent toutefois les fils conducteurs.


P539 Fonds Famille Perrault. - 1876-[avant 1957], surtout 1900-1946. - 6 cm de documents textuels. - 1060 photographies.

Notice biographique

Né à L'Assomption, du mariage d'Édouard Perrault et d'Émilie Mathurin dit Harbour, JOSEPH STANISLAS PERRAULT (1846-1907) étudie au Collège de L'Assomption et à l'Université Laval. Reçu au Barreau du Québec en 1870, il pratique le droit à Québec, puis à La Malbaie. Candidat conservateur défait dans Charlevoix à l'élection partielle de 1878, il est élu député fédéral l'année suivante et siège à Ottawa jusqu'en 1881.

En 1873, il épouse Louisa Brault (1845-1899), avec qui il a cinq fils : Joseph-Édouard, Gustave, Rodolphe (1879-1935), Antonio, et Lorenzo (1884-1941).

Né à La Malbaie, JOSEPH-ÉDOUARD PERRAULT (1874-1948) étudie au Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, au Séminaire de Québec et à l'Université Laval. Admis au Barreau du Québec en 1898, il s'installe à Arthabaska pour exercer sa profession d'avocat, d'abord seul, puis avec son frère Gustave. Il occupe aussi, au sein de cette municipalité, les postes de commissaire d'école, de président de la commission scolaire et d'échevin. Entre-temps, il est élu procureur de la couronne, bâtonnier d'Arthabaska et bâtonnier du Barreau du Québec, en plus d'être membre du comité de direction de plusieurs compagnies et corporations. En 1916, il fait le saut en politique provinciale et remporte une première de six victoires consécutives en tant que député libéral pour le comté d'Arthabaska. Réélu en 1919, 1923, 1927, 1931 et 1935 sous les gouvernements Gouin et Taschereau, il devient ministre de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries de 1919 à 1929, ministre de la Voirie de 1929 à 1936, ministre des Mines de 1930 à 1936, ministre de la Colonisation de 1935 à 1936, puis procureur général en 1936. Sous son administration, l'Abitibi et le Témiscamingue s'agrandissent et le nord-ouest minier commence à se développer. Las de la politique, il retourne en 1940 à l'exercice de sa profession, à Montréal.

En 1908, il épouse Madeleine Richard, avec qui il a deux enfants : Richard (1909-1921) et Thérèse (1912-1917).

Née à Winnipeg, MADELEINE RICHARD (1887-1975) est la fille de Joseph-Auguste Richard, industriel, et d'Albertine Rivard. Par sa mère, elle est la nièce de l'avocat, écrivain, juge et linguiste québécois Adjutor Rivard. Elle étudie chez les Dames de Sacré-Coeur, à Montréal, et complète son éducation en Europe où elle demeure pendant trois ans. Elle habite Arthabaska, avec son époux Joseph-Édouard Perrault et s'engage activement dans plusieurs oeuvres de charité et d'assistance publique, particulièrement durant les deux guerres mondiales. Désireuse de préserver la mémoire de sir Wilfrid Laurier, elle s'occupe également d'ériger en centre d'histoire la maison qu'il a fait construire dans la municipalité et inaugure en 1929 le Musée Laurier, consacré à l'ancien premier ministre canadien.

Né à La Malbaie, GUSTAVE PERRAULT (1876-1957) fait ses études au Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, au Petit Séminaire de Québec et à l'Université Laval. En 1900, il est admis au Barreau, puis exerce la profession d'avocat à Roberval avant de s'installer à Arthabaska avec son frère Joseph-Édouard. Au sein de cette municipalité, il est président de la commission scolaire, échevin et bâtonnier du Barreau. Au cours des années 1920, il est nommé magistrat pour le district de Québec, puis juge et juge en chef de la Cour des sessions de la paix à Montréal.

En 1907, il épouse Hélène Gagnon (1881-1973), fille de Joseph Gagnon, marchand, et d'Anna Tremblay. Le couple a un fils dénommé Châteauguay.

Né à La Malbaie, ANTONIO PERRAULT (1880-1955) est avocat, docteur en droit et auteur. Avant d'être admis au Barreau en 1906, il étudie au vieux Séminaire de Québec et à l'Université Laval. Il exerce sa profession à Montréal, où il s'associe entre autres à sir Lomer Gouin, Rodolphe Lemieux et Maxime Raymond. Professeur de droit commercial et de droit maritime à l'Université de Montréal, Antonio est également conseiller juridique au journal Le Devoir et compte parmi les fondateurs de La Revue du Barreau.

En 1909, il épouse Marguerite Mousseau (1884-1936), fille de Joseph-Alfred Mousseau, premier ministre du Québec de 1882 à 1884, et de Hersélie Desrosiers. Le couple a quatre enfants : Odile (1910-1982), Jacques (1912-1957), Ghislaine (1914-1976) et Francine (1918-1932). En 1934, il constitue avec son fils Jacques le cabinet Perrault et Perrault.

Né à Arthabaska, CHÂTEAUGUAY PERRAULT (1909-2000) fait ses études à l'Université de Montréal et à l'Université Harvard. Admis dans la pratique du droit en 1934, il fonde l'année suivante son propre bureau à Montréal avec ses associés Albert Lagnado, Rock Pinard et Antoine-Bernard Bissonnette. À partir des années 1940, il enseigne à l'Université McGill, puis à l'Université de Montréal. Il est également chef du contentieux du Québec pour la Compagnie des chemins de fer nationaux jusqu'en 1968, année de sa nomination comme juge à la Cour supérieure, poste qu'il occupe jusqu'à sa retraite en 1984.

Il épouse en 1946 Valérie Migneault (1914-2003), fille d'Arthur Migneault et de Béatrice Boyer. Le couple a cinq enfants : Thérèse, Anne, Dominique, Alix et Nicolas.

Portée et contenu

Ce fonds porte sur les activités de loisirs et de détente pratiquées par les Perrault, en famille ou entre amis, dans la première moitié du 20e siècle. Bien qu'il témoigne d'un mode de vie alors réservé aux classes sociales aisées, l'ensemble dresse également le portrait d'une industrie naissante du tourisme et du divertissement au Québec.

Il contient une brochure traitant de la conservation de la faune ainsi qu'un livre d'or des visiteurs du Club de la Petite Malbaie, qui rassemble les signatures, souvenirs et poèmes des vacanciers ayant séjourné au camp de pêche de Joseph-Édouard Perrault et de Madeleine Richard. Situé sur des terres du domaine de l'État - louées dès 1931 au ministère de la Colonisation, Chasse et Pêcheries -, le chalet de ce « club » est construit aux abords du Petit lac Malbaie (aujourd'hui lac à la Cruche), entre Baie-Saint-Paul et Saguenay. Il accueille de 1932 à 1947 de nombreux visiteurs, qui décrivent dans ce livre leurs activités quotidiennes : la vie au chalet, les excursions réalisées, ainsi, bien sûr, que les prises capturées. Le document évoque notamment les préoccupations de certains membres du groupe, touchés par l'absence de ceux qui sont partis combattre au front, durant la Seconde Guerre mondiale. On trouve parmi les signataires, en plus de la famille élargie, des noms issus du monde politique, culturel, associatif, économique et industriel, tels que Louis-Arthur Richard, Joseph-Napoléon Francoeur, Wilfrid Girouard, Hector Authier, Louis-Alexandre Taschereau, Atanase David et son épouse Antonia, Thérèse Forget Casgrain, Télesphore-Damien Bouchard, Frédéric-Auguste Béique, Edmond Turcotte, Ralph-Albert Benoît, Louis-Joseph-Adjutor Amyot, Jacques De Gaspé Beaubien, le Vicomte Roger de Roumefort et son épouse Madeleine, et Jean-Baptiste-Beaudry Leman. Le livre des visiteurs rend aussi hommage à la beauté de la forêt boréale et à sa faune diversifiée par le biais de magnifiques dessins, parfois drôles et souvent très élaborés. Deux croquis, exécutés et signés par les peintres Clarence A. Gagnon et Robert Wakeham Pilot lors de leur séjour au camp, figurent par ailleurs au nombre de ces illustrations.

Outre son intérêt pour la pêche et la villégiature, la famille Perrault cultive également un amour pour les arts et notamment pour la musique, comme le démontre la partition musicale et les programmes de spectacles conservés dans le fonds. Ayant probablement appartenu à Hélène Gagnon, l'épouse de Gustave Perrault, ces documents témoignent d'une certaine culture populaire, à la fois urbaine et moderne, propre au Québec. Ils ont été produits dans le cadre de prestations offertes vers 1930 au théâtre Capitol et au Palace Theatre, tous deux situés rue Sainte-Catherine Ouest, à Montréal. Parmi ces compositions, jouées lors d'une série de représentations intitulées « Canadian Folk Songs Old and New », mentionnons par exemple les chansons En roulant ma boule, roulant, À la claire fontaine, ainsi qu'Un Canadien errant.

S'ajoutent à cet ensemble plusieurs photographies des membres de la famille, réunies dans trois albums par Gustave et Châteauguay Perrault de 1900 à 1938. Promenades en voiture, passages au chalet, parties de pêche ou de chasse, baignades, randonnées pédestres et prestations musicales y sont répertoriés par le biais de snapshots qui racontent les jours heureux. Ils montrent essentiellement leurs séjours et vacances dans divers endroits du Québec, comme Chicoutimi, Arthabaska, Percé, Baie-Saint-Paul et Montréal. Des clichés pris au Club de la Petite Malbaie comptent d'ailleurs parmi le lot. Le fonds contient également quelques portraits de studio de Joseph-Édouard Perrault et de Madeleine Richard.

Variante du titre : Anciennement connu sous le nom de Fonds Dominique Perrault.

Source du titre : Basé sur les créateurs du fonds.

Source immédiate d'acquisition : Le fonds a été offert au Musée McCord par Châteauguay Perrault et Valérie Migneault en 1999.

Langue des documents : Les documents sont en français et en anglais.

Documents connexes :

BAnQ Vieux-Montréal : Fonds Familles Laurendeau et Perrault (CLG2)

Université de Montréal - Bibliothèque des livres rares et collections spéciales : Joseph-Édouard Perrault et Madeleine Richard partageaient une passion pour les éditions de luxe et les belles reliures. La collection donnée en 1975 comporte environ 4 000 documents couvrant les domaines de la littérature, de l'histoire, des biographies et de l'art.

Note générale : Châteauguay Perrault et Valérie Migneault ont aussi fait don de plusieurs costumes, objets et oeuvres d'art au Musée McCord. On compte parmi ceux-ci une palette de peintre ayant appartenu à Marc-Aurèle de Foy Suzor-Côté (M999.54.1), ainsi que des peintures de Henry Richard S. Bunnett (M999.54.2-29) et des estampes de William Henry Bartlett (M999.54.69.1-13).


Le fonds est divisé selon les séries suivantes :

Dernière mise à jour : 6 juin 2018