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Fonds de la famille Guerin (P610)

Extrait du journal de voyage de Thomas Guerin (1818?-1887) (détail), 1860. Don de Mlle Carroll Guerin, Fonds Famille Guerin P610, M2002.84.5.1 © Musée McCord

Embarquement imminent et adieux déchirants

« La dernière demi-heure passée avec ma famille avant mon départ a été terrible. D'ailleurs, l'émotion était palpable bien avant cela. Vers deux heures de l'après-midi, alors que nous étions en train de dîner, ma fille s'est mise à pleurer, réalisant soudain que nous n'allions plus manger ensemble pendant très longtemps. Cela m'a touché, d'autant plus que mon plus jeune fils, Neddy, a commencé à la réprimander : "Pleu (pleure) pas Bellell", lui a-t-il lancé. Ma femme aussi s'est mise à pleurer et, là encore, Neddy l'a sermonnée en lui disant "Pleu (pleure) pas Maman". Je ne pouvais plus contenir mes larmes, et Neddy les a détectées immédiatement. Il m'a alors supplié "Pleu (pleure) pas Papa, pleu (pleure) pas Papa". [...]

J'étais bouleversé par les réprimandes que nous faisait cet enfant, alors à peine âgé de deux ans, un mois et quelques jours. [...] Mich, quant à lui, n'avait pas l'air trop ému, du moins jusqu'à ce qu'il termine de s'occuper du petit. Après cela, il s'est dirigé vers la fenêtre, a caché son visage dans ses mains et s'est mis à éclater en sanglots. J'ai alors pris mes enfants dans mes bras, en commençant par ma fille, puis les autres, dans l'ordre, puis Julia et, enfin, ma chère femme. »

 

Né en Irlande vers 1818, Thomas Guerin immigre à Montréal en 1844. Il est ingénieur civil et sa profession l'amène à voyager autour du monde. Le 3 décembre 1860, alors qu'il s'apprête à quitter son épouse et leurs quatre enfants pour un séjour de travail en Australie, il décrit dans son journal, les moments déchirants entourant les adieux familiaux.

Le trajet à l'aller prendra à lui seul 87 jours. On comprend ainsi que la séparation sera longue et en fait, elle durera quatre ans. À cette époque, il n'est d'ailleurs pas rare que des voyages d'affaires ou de plaisance s'échelonnent sur plusieurs années. La lenteur des déplacements maritimes et des modes de communications, juxtaposée à la fragilité de la vie, rend un tel voyage difficile. Aux yeux des proches et des enfants tout particulièrement, ces longues absences symbolisent une éternité.


P610 Fonds Famille Guerin. - 1780-1961. - 121 cm de documents textuels. - 840 photographies. - 8 documents cartographiques.

Notice biographique

À la suite des guerres de Religion qui ravagent la France, certains membres de la famille Guerin (Gueren), de confession huguenote (protestante), s'expatrient vers l'Irlande. En 1843, l'un d'eux, du nom de THOMAS GUERIN I (1818?-1887), choisit de venir s'établir à Montréal. Il épouse en 1848 MARY MAGUIRE (1822?-1906), une Montréalaise, d'ascendance irlandaise avec qui il a cinq enfants : Mary Ellen (Bellelle), Michael, James John Edmund (Jas ou Jemmy), Edmund William Patrick (Neddy) et John Maguire (Jack).

Thomas Guerin travaille d'abord comme professeur, puis arpenteur avant de devenir ingénieur civil en 1847. Bien qu'il ait été admis au barreau en 1852, il ne pratique pas le droit. Au cours de sa carrière d'ingénieur, il exécute de nombreux projets au Canada, mais aussi à l'étranger, notamment en Californie et en Australie.

MARY ELLEN (Bellelle) GUERIN (1849-1929) est une écrivaine et poète ainsi que la première présidente du Catholic Women's Club (1917) et de la fédération nationale qui s'en suit, la Ligue des femmes catholiques du Canada (1920). Enfant, quand ses parents résident temporairement à Ottawa, Bellelle est pensionnaire à la Congrégation de Notre-Dame à Montréal. Elle demeure célibataire, mais prend en charge les enfants de son frère James John Edmund lorsque celui-ci se retrouve veuf.

MICHAEL GUERIN (1852-?) est un agent immobilier. Il demeure célibataire.

JAMES JOHN EDMUND GUERIN (1856-1932) est médecin, politicien et homme d'affaires. Il fait son cours classique au collège de Montréal et obtient un diplôme de médecine de l'Université McGill. Il réalise un séjour d'études en Angleterre au Royal College of Physicians, avant de revenir enseigner la médecine à l'Université de Montréal. James s'intéresse à la politique et il est élu député provincial pour Montréal-Centre de 1895 à 1904, puis député fédéral pour Montréal-Saint-Anne de 1925 à 1930. Il s'inscrit également dans la vie publique comme trentième maire de Montréal de 1910 à 1912. En ce qui a trait au milieu des affaires, il est aussi vice-président de la Standard Gold Mines Limited. Il épouse Mary Carroll O'Brien (1864-1888) en 1883 avec qui il a deux enfants : Thomas et Mary Carroll.

EDMUND WILLIAM PATRICK GUERIN (1858-1934) est diplômé en droit de l'Université McGill. Il se spécialise dans les causes criminelles et devient avocat de la couronne, avant d'être nommé juge en 1907. Il tente aussi une percée en politique et se présente dans la circonscription de Montréal-Centre en 1891, mais il n'est pas élu. Il sert également comme officier au sein du régiment des Victoria Rifles. Edmund épouse en premières noces Mary Evans en 1895, mais celle-ci décède en 1902. Il contracte un deuxième mariage avec Mary Catherine Sexton (1881-1913) en 1904. Aucun enfant n'est issu de ces deux unions.

JOHN MAGUIRE (Jack) GUERIN (1868?-1936?) demeure célibataire.

THOMAS GUERIN II (1886-1963) est le fils aîné du docteur James John Edmund Guerin. Il épouse à East Hampton, dans l'État de New York, le 18 août 1928, ALICE CUDDIHY (1900-1984), fille de Robert J. Cuddihy, rédacteur du Literary Digest et du Standard Dictionary. Le couple s'installe à Montréal, puis à Mont-Saint-Hilaire. Ils ont deux enfants : Alice Theresa (1932-1986) et Mary Carroll (n. 1936).

Thomas Guerin obtient un doctorat ès arts de l'Université de Montréal en 1948. Il enseigne l'anglais dans cette même institution, de 1952 à 1955. Il occupe aussi le poste de consul pour différents pays à Montréal, dont l'Autriche (1930-1938), la Grèce et le Monténégro. Comme homme d'affaires, il devient directeur et contrôleur de la Siscoe Gold Mines, de la Siscoe Metal Ltd et de l'Harricana & Gatineau Telephone Company. Il est aussi membre de la Commission des écoles catholiques de Montréal de 1953 à 1961.

De plus, Thomas oeuvre en politique et est fortement impliqué dans la sphère militaire. Homme de lettres et écrivain, il publie plusieurs ouvrages au cours de sa vie, notamment des études sur la généalogie familiale. Au terme de sa carrière, il reçoit plusieurs titres honorifiques et il fonde l'ordre souverain et militaire de Malte au Canada, dont il est président de 1957 à 1961.

Thomas Guerin s'éteint à Montréal, le 6 janvier 1963, à l'âge de 76 ans. Il est inhumé dans le cimetière Notre-Dame-des-Neiges, le 9 janvier 1963.

Portée et contenu

Le fonds de la famille Guerin porte sur trois générations de cette famille d'origine d'abord française, puis irlandaise, qui immigre à Montréal au courant de la première moitié du 19e siècle.

On y trouve entre autres de l'information sur Thomas Guerin I, le premier membre de la famille à avoir émigré au Québec. Les documents portent sur sa vie privée, de même que sur ses activités comme ingénieur civil au Canada et à l'étranger. Le fonds contient notamment des journaux personnels et de voyage, ainsi que des cartes et plans, concernant des travaux sur des voies ferrées et des ponts. De nombreuses lettres témoignent aussi des relations très tendres qu'il entretient avec son épouse Mary, sa fille Mary Ellen (Bellelle) et ses quatre fils Michael, James, Edmund et John.

L'ensemble révèle également les activités de ses enfants. Un journal illustré documente de manière détaillée le voyage d'Edmund et de sa future épouse Mary Catherine en Europe entre 1903 et 1904. Quant aux dossiers sur James et sa conjointe Mary Carroll, ils contiennent des certificats d'actions, de la correspondance et un cahier d'autographes. Deux textes littéraires viennent d'autre part témoigner de la carrière d'auteur de leur soeur Bellelle.

De plus, une large portion du fonds nous renseigne sur les activités de Thomas Guerin II et de son épouse Alice. On y retrouve des documents relatifs à leur mariage, à leurs voyages et à leurs relations sociales. Plusieurs archives attestent de ses occupations en tant que consul et membre de l'Ordre souverain de Malte, dont des certificats, des lettres et divers formulaires. Une grande quantité de notes de recherche témoignent également de ses intérêts pour la généalogie familiale.

Le fonds contient en outre de nombreuses photographies, soit des clichés amateurs ou des portraits de studios tels Notman, Rice, Ira Hill's Studio (New York), Query Frères ou Archambault. On y retrouve un album ayant appartenu à James Guerin et d'autres à Alice Cuddihy.

Source du titre : Basé sur les créateurs du fonds.

État de conservation : La reliure de certains cahiers est fragile.

Source immédiate d'acquisition : Le fonds a été constitué par le biais de donations effectuées par Mlle Carroll Guerin en 2002 et 2006.

Langue des documents : Les documents sont en anglais

Note générale : D'autres objets liés à la famille Guerin sont conservés au sein des collections Arts décoratifs et Costume, mode et textiles du Musée McCord.


Le fonds est divisé selon les séries, sous-séries et dossiers suivants :

  • P610/A Thomas Guerin I
    • P610/A1 Biographie et généalogie
    • P610/A2 Vie privée
      • P610/A2,1 Journaux de voyage
        • M2002.84.5.1 Journal de voyage de Thomas Guerin. - 1860. - 1 document textuel ; 34,5 x 21,5 cm.
        • Document numérisé
        • Portée et contenu : Ce document fait montre du périple de 87 jours qu'entreprend Thomas Guerin, en partance de Montréal jusqu'à Melbourne en Australie, en 1860. C'est dans le cadre de son travail d'ingénieur qu'il quitte sa famille pour quatre longues années. Le journal témoigne d'ailleurs des adieux déchirants qui précèdent son départ. Il y relate aussi le quotidien à bord du navire le James Bayley de la compagnie Fisher, Ricard and Co., les gens qu'il rencontre, ses activités et ses réflexions. Il dresse par ailleurs le portrait du capitaine Bartlett Smith Mayo qu'il dépeint comme un personnage rustre et profiteur.

          Langue des documents : Le document est en anglais.

      • P610/A2,2 Journaux personnels
      • P610/A2,3 Cahiers de notes
    • P610/A3 Profession d'ingénieur
    • P610/A4 Correspondance

  • P610/B Mary Maguire Guerin

  • P610/C Mary Ellen Guerin

  • P610/D Michael Guerin

  • P610/E Dr James John Edmund Guerin

  • P610/F Edmund William Patrick Guerin
    • P610/F1 Biographie et généalogie
    • P610/F2 Vie privée. - 1903-1904. - 4 cm de documents textuels.
    • Documents numérisés
    • Portée et contenu : Cette sous-série porte sur le voyage de plaisance qu'entreprennent Edmund William Patrick Guerin, Mary Catherine Sexton et une dénommée Miss Davies, possiblement une amie de Mary, chargée de surveiller les deux futurs époux, qui se marier nt d'ailleurs au terme de ce voyage en 1904. Le périple débute précisément le 29 juin 1903 et se termine près d'un an plus tard, le 27 avril 1904. Le récit est rédigé par Mary, dans une première version manuscrite, puis dans une seconde tapuscrite dans laquelle y sont apposées des images. En compagnie de celui qu'elle nomme « Mr. Guerin », Mary et Miss Davies, qui sont d'origine américaine, visitent d'abord les villes de Montréal et Québec, avant d'entreprendre la traversée vers l'Europe. Parmi les pays parcourus, on note l'Écosse, l'Angleterre, la Belgique, la Suisse, l'Italie et la France. Mary raconte en détail son quotidien, les attraits touristiques et les gens rencontrés.

      Langue des documents : Les documents sont en anglais.

    • P610/F3 Finances et avoirs
    • P610/F4 Correspondance

  • P610/G Mary Carroll O'Brien Guerin

  • P610/H Thomas Guerin II et Alice Cuddihy Guerin

  • P610/I Documents non attribués

  • P610/J Photographies

 

Dernière mise à jour : 5 juin 2018