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Fonds Jérémie Tremblay et Mariette Bergeron (P757)

Extrait d'une lettre de Jérémie Tremblay à Mariette Bergeron (détail), 1952. Don de Mariette Bergeron et Jérémie Tremblay, Fonds Jérémie Tremblay et Mariette Bergeron P757, M2013.53.1.1.1-4 © Musée McCord

La vocation d'un pharmacien

« La Pharmacie, Marie, n'est pas un commerce, mais une profession [raturé] qui demande un esprit et une probité qu'on ne peut demander pour toutes. Si elle n'était qu'un commerce de thérapeutiques (sans dénigrer ce genre de vie très noble), il ne vaudrait pas la peine de faire d'aussi longues études. »


La décision de Jérémie Tremblay d'abandonner ses études en chirurgie dentaire au profit d'une formation en pharmacie provoque une véritable commotion dans son entourage. Celui-ci est peu habitué au changement, comme le souligne en toute franchise Mariette Bergeron, son amoureuse demeurée à Arvida. La nouvelle de cette réorientation est suffisamment inattendue et bouleversante pour que l'étudiant de l'Université de Montréal sente le besoin de s'expliquer auprès d'elle.

S'il est dicté par une vocation sincère, comme en témoigne cette lettre, ce choix présente également des avantages économiques, tel que le soulignera plus tard Jérémie dans ses mémoires. Celui-ci devant financer lui-même des études universitaires coûteuses, la possibilité de travailler comme étudiant dans une pharmacie de Montréal constitue alors un élément incitatif non négligeable. La pharmacie n'en demeure pas moins une authentique passion chez ce jeune homme ambitieux, au caractère affirmé. Il y consacrera plus de cinquante années de sa vie.

Véritable chronique d'une relation amoureuse enflammée, le fonds Jérémie Tremblay et Mariette Bergeron compte plus de 700 lettres. Écrites pour la plupart pendant les années précédant leur mariage, alors que Jérémie étudie à Montréal et que Mariette travaille au Saguenay, elles témoignent de la détermination du couple à combler la distance géographique. Ces documents nous offrent une incursion exceptionnelle dans le quotidien et l'intimité de deux jeunes adultes, dans le Québec des années 1950.


P757 Fonds Jérémie Tremblay et Mariette Bergeron. - 1930-2016. - 131 cm de documents textuels. - 166 documents iconographiques. - 1 objet.

Notice biographique

Jérémie Tremblay est né le 6 janvier 1930, à Hébertville (Lac-Saint-Jean). Il est le fils de Marie-Louise Bouchard et de Joseph-Cléophas Tremblay, voyageur de commerce. Mariette Bergeron est quant à elle née le 16 avril 1931, à Jonquière (Saguenay). Elle est la fille de Marie-Anna Bouliane et de Paul-Émile Bergeron, épicier.

En 1943, la famille de Jérémie s'installe à Jonquière, au 344, rue Saint-François, à quelques rues de la résidence familiale des Bergeron. À cette époque, les deux jeunes gens se consacrent à leurs études. Mariette est inscrite à l'École normale, où elle suit le cours complémentaire, puis le cours supérieur. Elle obtient son brevet en 1948 et est embauchée la même année comme enseignante, dans une école primaire d'Arvida. Elle a alors 17 ans. Pendant cette même période, Jérémie suit le cours classique au Séminaire de Chicoutimi, où il obtient son diplôme en 1952.

C'est à l'occasion des fiançailles du frère de Jérémie, célébrées en avril 1950, que la mère de ce dernier lui suggère d'inviter la fille de Paul-Émile Bergeron pour l'accompagner. À partir de cette première rencontre, Mariette et Jérémie se voient tous les dimanches lorsque Jérémie rentre de Chicoutimi. Après une brève période d'incertitude, au cours de laquelle sont considérées des vocations religieuses, les deux amoureux décident d'envisager un avenir commun.

En 1950, Mariette, alors âgée de 19 ans, est promue directrice d'une petite école primaire d'Arvida. Elle assume les fonctions de directrice et d'enseignante dans deux autres établissements d'enseignement jusqu'en 1956. En septembre 1952, Jérémie est inscrit à l'Université de Montréal en chirurgie dentaire, mais abandonne rapidement cette vocation au profit de la pharmacie. Pendant la majeure partie de ses études à Montréal, Jérémie réside dans une maison de chambres située dans Outremont et travaille à temps partiel à la pharmacie Messier, située à l'angle des rues Mont-Royal et De Lorimier. Pendant les quatre années que durent les études de Jérémie, lui et Mariette se voient à l'occasion de quelques fins de semaine et pendant les périodes de vacances. C'est donc principalement par voie épistolaire que le couple se fréquente. Leur mariage est célébré le 11 juin 1956, six jours après la fin des études de Jérémie. Mariette doit alors démissionner de son poste de directrice.

De 1956 à 1960, Jérémie pratique le métier de pharmacien à Jonquière. Le couple a deux enfants : Louis-Michel (1957-) et Jean-Pascal (1959-). Jérémie ayant décidé de faire des études supérieures en pharmacie à l'Université de Montréal, la famille s'installe à Montréal en 1960. Dès 1961, Mariette entreprend également, à temps partiel, des études à l'Université de Montréal, où elle obtient un baccalauréat ès arts en 1967. Les six années au cours desquelles elle joue le rôle de femme au foyer le jour et d'étudiante le soir sont ponctuées des naissances de deux autres enfants : Stéphane (1962-) et Roseline (1963-). En septembre 1964, Jérémie, qui vient d'obtenir un doctorat en biochimie pharmacodynamique et clinique, est embauché comme professeur adjoint à l'Université de Montréal. Il devient professeur agrégé en 1967, puis est nommé doyen de la Faculté de pharmacie de 1968 à 1970.

En 1971, Jérémie prend une année sabbatique et part pour Londres, où il réalise un stage au département de biochimie de la Faculté de médecine du St. Mary's Medical School, University of London. C'est en 1983 qu'il met fin à sa carrière universitaire. Il demeure toutefois actif, notamment comme conseiller auprès de compagnies pharmaceutiques. Mariette, pour sa part, est professeure à temps plein au collège Sophie-Barat d'Ahuntsic puis, à partir de 1979, assume des postes de direction dans plusieurs établissements d'enseignement de Montréal jusqu'à sa retraite, en 1991. Les années qui suivent sont ponctuées de voyages et de divers accomplissements personnels et professionnels.

Portée et contenu

Ce fonds documente la relation épistolaire qu'ont entretenue Mariette Bergeron et Jérémie Tremblay, de l'année de leur rencontre en 1950 à celle de leur mariage en 1956. Il contient la correspondance complète des deux amoureux, soit quelque 700 lettres remplies de maints détails sur leurs activités quotidiennes, mais également sur les préoccupations, aspirations et valeurs qui guident leurs vies respectives. Il offre, de fait, un portrait particulièrement vivant de la vie quotidienne, de l'intimité et des moeurs amoureuses au sein de la classe moyenne du Québec des années 1950. L'histoire d'amour qui se développe à travers ces écrits semble peu ordinaire, pleine de passion et d'ouverture sur l'identité de l'autre. Les échanges sont candides et très personnels. S'ils sont teintés d'une grande piété et trahissent l'environnement plutôt conservateur dans lequel chacun évolue, on y perçoit également une vision moderne du rôle de l'homme et de la femme dans la société québécoise. Le style est soigné, parfois même élégant, traduisant une aisance pour l'écriture chez deux jeunes gens instruits et cultivés.

La correspondance écrite entre 1952 et 1956 l'est sur une base parfois quotidienne. Alors que Mariette Bergeron travaille comme directrice d'école à Arvida et que Jérémie Tremblay poursuit des études à l'Université de Montréal, les écrits témoignent de la difficulté avec laquelle ils vivent cet éloignement et des efforts déployés à entretenir leur sentiment amoureux, mais également de l'affirmation de leurs vocations respectives.

Le fonds contient aussi la correspondance entretenue au cours du séjour de Jérémie Tremblay à Londres, en 1971. Les 87 lettres écrites lors de ces dix mois d'éloignement et de compromis permettent de suivre, sur une base hebdomadaire, le dialogue entre les deux époux.

Le fonds contient par ailleurs un album photographique comprenant 163 tirages originaux, datés de 1930 à 1964. Ces photos accompagnent la correspondance du couple, témoignant de la jeunesse de l'un et de l'autre, puis de leur fréquentation, de leur mariage et de la naissance de leurs enfants.

Source du titre : Basé sur les créateurs du fonds.

Source immédiate d'acquisition : Le Fonds Jérémie Tremblay et Mariette Bergeron a été offert au Musée McCord par le couple en trois versements effectués en 2013, 2015 et 2017.

Classement : Le cadre de classification produit en 2017 tient compte de la structure initiale du fonds, où la correspondance reçue par Jérémie Tremblay était séparée de celle reçue par Mariette Bergeron.

Langue des documents : Les documents sont en français.


Ce fonds est divisé selon les séries, sous-séries et dossiers suivants :

  • P757/A Jérémie Tremblay
    • P757/A1 Biographie
    • P757/A2 Lettres à Mariette Bergeron
      • P757/A2,1 Correspondance - 1950
      • P757/A2,2 Correspondance - 1951
      • P757/A2,3 Correspondance - 1952. - Mai 1952-Décembre 1952. - 4 cm de documents textuels. - 1 objet.
      • Documents numérisés
      • Portée et contenu : Ce dossier, constitué de 33 lettres adressées par Jérémie Tremblay à Mariette Bergeron, documente la relation épistolaire entre le jeune étudiant et sa future femme, de mai à décembre 1952. Les premières missives, espacées dans le temps (5 mai et 6 août 1952), sont envoyées de Jonquière. Les deux jeunes gens ont l'occasion, pendant cette période, de se fréquenter lors de veillées les dimanches soir, alors que Jérémie termine cette année-là son cours classique à Chicoutimi. Le rythme de leur correspondance s'accélère à partir de septembre, moment auquel le jeune homme se voit contraint de s'éloigner de son amie pour poursuivre à Montréal ses études en chirurgie dentaire.

        Jérémie Tremblay rend compte dans ses écrits des activités et des rencontres qui ponctuent sa vie étudiante. Il y partage ses impressions sur les cours qu'il suit à l'Université de Montréal, sur l'atmosphère solennelle qui règne dans l'hémicycle lorsque le professeur fait son entrée et sur la foule bigarrée qu'il croise le midi à la cantine de l'université. Il entretient Mariette de ses collègues et amis, dont plusieurs sont des anciens du séminaire de Chicoutimi, et lui expose, alors que s'achève son premier trimestre, ses doutes quant à sa vocation qui l'amèneront à réorienter ses études en pharmacie. La correspondance nous renseigne en outre sur la vie sociale du jeune homme - caractérisée à la fois par l'omniprésence du clergé et la découverte d'une certaine liberté.

        Ce dernier profite en effet de la richesse culturelle de la métropole qu'il découvre au gré de ses sorties. Il fréquente entre autres les nombreux théâtres de la ville (cinéma Alouette, cinéma Saint-Denis, théâtre Saint-Henri) et assiste à la pièce Au soir du 16 janvier, présentée par « la troupe du Nouveau Monde » au Gesù, et aux opéras Rigoletto et L'Elisir d'Amore, au Her Majesty's Theatre. Les pérégrinations du jeune homme, qui aime se balader sur « la grande Sainte-Catherine », le mènent un samedi soir en compagnie d'un ami devant le forum, alors que s'y dispute une rencontre amicale entre les Canadiens et les Royaux. « [...] On n'avait jamais vu jouer Maurice Richard, alors... », écrira-t-il à Mariette. Il va jusqu'à s'aventurer un soir au « Casino Bellevue », où sa pudeur s'en trouve, selon ses dires, quelque peu malmenée.

        Les lettres de Jérémie témoignent, enfin, de la force de son sentiment amoureux envers Mariette et de la difficulté avec laquelle il vit leur séparation. Bien qu'il manifeste, en général, une grande confiance, soutenue sans doute par la sincérité de ses propres sentiments et par sa fervente piété, certains passages trahissent les inquiétudes que suscite inévitablement l'éloignement. Sans lui faire de reproche, et prenant la chose avec philosophie, il confie à la jeune femme ce qu'il ressent à l'idée de la voir courtisée en son absence par d'autres prétendants. On le voit à plusieurs reprises se priver lui-même de fréquenter les danses et les soirées qui risqueraient de le mettre en contact avec d'autres jeunes femmes : « [...] danser avec une autre que toi dans mes bras, loin de toi, cela me donnerait trop l'impression que je suis infidèle, et je ne veux pas d'impression de ce genre. »

        Source du titre : Basé sur le contenu du dossier.

        Collation : Contient 1 mouchoir en tissu.

        Langue des documents : Les documents sont en français.

        Note générale : Une des lettres est incomplète.

      • P757/A2,4 Correspondance - 1953
      • P757/A2,5 Correspondance - 1954
      • P757/A2,6 Correspondance - 1955
      • P757/A2,7 Correspondance - 1956
      • P757/A2,8 Correspondance - 1971
    • P757/A3 Récit


  • P757/B Mariette Bergeron
    • P757/B1 Biographie
    • P757/B2 Lettres à Jérémie Tremblay
      • P757/B2,1 Correspondance - 1950
      • P757/B2,2 Correspondance - 1951
      • P757/B2,3 Correspondance - 1952. - Avril 1952-Décembre 1952. - 3 cm de documents textuels.
      • Documents numérisés
      • Portée et contenu : Les 28 lettres qui constituent ce dossier ont été envoyées par Mariette Bergeron à son futur mari, Jérémie Tremblay, d'avril à décembre 1952. Ce dernier, qu'elle fréquente alors depuis deux ans, quitte la région du Saguenay cette année-là afin d'entreprendre à Montréal des études en chirurgie dentaire. Véritable témoignage d'un sentiment amoureux partagé qui persiste malgré l'éloignement, la correspondance laisse aussi entrevoir les aspirations et les préoccupations d'une jeune femme à l'orée de la vingtaine au début des années 1950, et dont la confiance se trouve parfois ébranlée par les affres de la séparation.

        Les mots d'amour et les réflexions sur un possible avenir commun y côtoient les récits de la vie quotidienne que Mariette partage entre son travail dans une école d'Arvida et ses activités sociales, surtout constituées de visites familiales et amicales. On y apprend que la jeune femme se plaît à suivre le feuilleton radiophonique Métropole de Robert Choquette et fréquente à l'occasion les concerts des Jeunesses musicales et le cinéma, où elle assiste à la projection du film Passion immortelle, portant sur la vie du musicien Robert Schumann, et au combat de boxe qui oppose Jersey Joe Walcott à Rocky Marciano. Très pieuse, elle consacre toutefois une grande part de son temps libre aux assemblées du Tiers-Ordre et aux Congrégations mariales, où elle donne entre autres une causerie sur la Sainte Vierge en novembre 1952.

        Son travail et ses activités la gardent occupée, mais ne l'empêchent pas de vivre cet éloignement avec difficulté. Les lettres de Mariette expriment la joie sans cesse renouvelée qu'elle ressent à la réception d'une missive de son aimé, malheureusement assombrie par la mélancolie et le sentiment de solitude qui semblent constamment l'accompagner. Elles laissent transparaître la confiance que la jeune femme s'efforce de préserver, parfois mise à mal par des membres de son entourage convaincus qu'elle perd tristement sa jeunesse à se languir de la sorte. Le fil de la correspondance nous montre également que cette dernière tend à limiter ses activités sociales, dans lesquelles elle trouve peu de plaisir, et qu'elle s'astreint à une vie sage, loin des mondanités. Elle se réjouit que Jérémie en fasse de même, et le félicite par exemple de sa participation aux « réunions Lacordaire » (les Cercles Lacordaire, aujourd'hui Sobriété du Canada), qui prônent la sobriété et l'abstinence. L'ensemble laisse transparaître la grande piété qui guide la vie de la jeune femme et par laquelle elle donne un sens à cette période de renoncement, qu'elle conçoit comme un sacrifice au nom d'un bonheur ultérieur. À plusieurs reprises, elle livre ses réflexions sur la question du mariage et des fréquentations amoureuses qui le précèdent, qu'elle envisage dans une perspective chrétienne. Sa pensée sur le sujet est alimentée par des lectures qu'elle partage à son ami de cœur, dont l'ouvrage L'art d'aimer du spécialiste de la doctrine sociale de l'Église catholique, Marcel Clément. Ses écrits révèlent en outre l'émoi que provoque chez elle la nouvelle du changement de vocation de son amoureux qui décide, après quelques mois, de réorienter ses études vers la pharmacie, ce qu'elle perçoit comme une décision subite et un changement déstabilisant.

        Source du titre : Basé sur le contenu du dossier.

        Langue des documents : Les documents sont en français.

      • P757/B2,4 Correspondance - 1953
      • P757/B2,5 Correspondance - 1954
      • P757/B2,6 Correspondance - 1955
      • P757/B2,7 Correspondance - 1956
      • P757/B2,8 Correspondance - 1971


  • P757/C Photographies

 

Dernière mise à jour : 29 mars 2019