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La Carte postale

Par Marie-Hélène Vendette, sous la supervision de Dominique Marquis PhD, Laboratoire d'histoire et de patrimoine de Montréal, UQÀM

Les origines et l'évolution de la carte postale

Avec la commercialisation du timbre-poste, en Angleterre, en 1840, les échanges par correspondance se multiplient à un rythme important. Les systèmes postaux des différents pays européens se développent et sont uniformisés pour répondre aux besoins grandissants des utilisateurs. Les progrès techniques reliés aux transports (l'apparition du chemin de fer au Canada en 1836) et aux communications (l'invention du télégraphe en 1840) permettent d'améliorer les services offerts.

Dans cette recherche d'une plus grande rapidité des correspondances, l'Autrichien Emmanuel Hermann met au point un moyen d'expédier les messages à découvert, c'est-à-dire sans la protection d'une enveloppe cachetée. La première carte postale est ainsi mise en circulation le 1er octobre 1869, à Vienne. Cette invention se répand à une vitesse fulgurante dans toute l'Europe et au-delà de l'Atlantique. En 1871, le Canada devient la première nation du continent américain à adopter ce mode de communication. Il est suivi, deux ans plus tard, par les États-Unis.

Les premières cartes postales sont dites « administratives », c'est-à-dire qu'elles sont émises exclusivement par les autorités gouvernementales et visent à faciliter les activités commerciales. Elles servent à confirmer un rendez-vous, convoquer une assemblée générale, etc. Elles se présentent alors sous la forme d'un petit carton rectangulaire de 9 cm sur 14 cm, sans illustration, et sur lequel figure un timbre imprimé à l'avance. L'État canadien conserve le monopole des cartes postales jusqu'en 1897. À cette date, il rend ce moyen de communication accessible à tous.

Dès lors, le nombre d'éditeurs et d'imprimeurs de cartes postales croît à un rythme important. Ces derniers mettent en vente, pour quelques sous, des cartes arborant bientôt des illustrations de toutes sortes aux sujets variés. Moyen de communication de masse, la carte postale est adoptée par toutes les classes de la société. Sa popularité repose essentiellement sur sa dimension visuelle; elle permet non seulement de décrire, mais surtout de « montrer » un environnement au destinataire.

Les années 1904-1918 marquent l'apogée de la carte postale au Canada. À ce moment, elle acquiert son aspect définitif, c'est-à-dire que le recto est rempli par la seule illustration, alors qu'auparavant, l'espace d'écriture s'y trouvait aussi. Créée à l'origine pour satisfaire un besoin de correspondance rapide, celle que l'on surnomme « la petite reine des postes » devient un moyen de communication moderne, embelli par des visées artistiques. Alors que 27 000 cartes sont postées par les Canadiens au tout début du siècle, elles sont au nombre de 60 000 000 13 ans plus tard.

L'illustration de la carte postale

La première carte postale illustrée est émise aux États-Unis en 1893, à l'occasion de l'Exposition universelle de Chicago. Au Canada, l'illustration ne fait son apparition que cinq ans plus tard, en 1898. Dessins de campagnes ou de villes, de monuments historiques ou de scènes folkloriques, l'image devient la norme. Certains illustrateurs québécois qui oeuvrent dans le domaine de la presse illustrée voient d'ailleurs leurs créations reproduites sur des cartes postales. Citons à titre d'exemple Octave-Henri Julien (1852-1908), Edmond-Joseph Massicotte (1875-1929), Jacques Gagnier (1918-1978) et Simone Hudon (1905-1984).

À partir de 1906, la photographie fait son apparition dans l'univers de la carte postale. Les procédés photomécaniques de reproduction d'images, développés à partir de 1869, permettent, tout comme pour la presse et les magazines, de reproduire des photographies et des illustrations d'une qualité supérieure, à moindre coût. Ainsi, aux illustrations reproduites s'ajoutent au début du 20e siècle les « vues photographiques ».

La popularité de la carte postale affichant une illustration, et notamment une photographie, entraîne cependant quelques inconvénients. En effet, un problème auquel sont confrontés photographes et illustrateurs du début du 20e siècle concerne les droits d'auteurs. Ces artistes assistent fréquemment au pillage de leurs oeuvres originales par les producteurs de cartes postales, sans qu'aucune redevance ne leur soit versée.

Tourisme et carte postale

La carte postale est le témoin privilégié de l'époque dans laquelle elle s'inscrit. Elle illustre les goûts et les tendances de chaque période en matière de mode, de loisirs et surtout de voyages. En effet, l'essor de la carte postale est tributaire du phénomène touristique auquel elle se rattache. Elle sert d'intermédiaire, d'outil industriel de promotion. En se l'appropriant, le touriste a l'impression d'emporter avec lui une part du lieu visité.

À partir du milieu du 19e siècle, la multiplication des liaisons maritimes et ferroviaires propulse l'Est du Canada sur la voie du tourisme et de la villégiature. Dès lors, les gens se déplacent davantage et de plus en plus loin. Au Québec, par exemple, les nombreuses cartes postales témoignent de la popularité des destinations estivales que sont Beauport, Kamouraska ou Sainte-Pétronille sur l'île d'Orléans, et des stations balnéaires telles Cacouna, Métis-sur-Mer ou Memphrémagog. Elles attestent aussi de l'intérêt des visiteurs pour la nature sauvage des Laurentides, des Cantons-de-l'Est ou de la Mauricie.

L'essor du tourisme est aussi fortement lié à la fréquentation des lieux de pèlerinage. Que ce soit Sainte-Anne-de-Beaupré, Notre-Dame-du-Cap ou l'Oratoire Saint-Joseph, l'entreprise de la carte postale tire profit de la ferveur religieuse. L'importance du nombre de documents imprimés dans le sillage des lieux saints exprime cette dévotion religieuse caractéristique de l'avant-Révolution tranquille au Québec.

Les orientations thématiques de la carte postale québécoise
La carte postale produite au Québec est généralement de type photographique et met en valeur un monument urbain ou un paysage rural. Les scènes pittoresques représentant la nature sauvage ou des paysages d'hiver sont largement reproduites. La « série canadienne » incarne un autre sujet de prédilection des cartes postales québécoises. Il s'agit d'une collection illustrant les métiers traditionnels et les coutumes populaires. Bûcherons, trappeurs et hockeyeurs y occupent une place de choix!

Les évènements commémoratifs et les catastrophes font fréquemment l'objet d'éditions limitées. Les Fêtes du tricentenaire de Québec (1908) et le Congrès eucharistique de Montréal (1910) constituent les premiers évènements populaires immortalisées par la carte postale. Les inondations, les déraillements de trains ou les glissements de terrains sont très prisés des acheteurs et des collectionneurs. Durant les deux guerres mondiales, les cartes postales représentant des bases militaires et des soldats prêts au combat sont utilisées pour mousser l'esprit patriotique des Québécois. Finalement, les sports et les loisirs, les reproductions de peintures, les modèles féminins et l'architecture sont d'autres thèmes présents dans l'univers de la carte postale québécoise.

De nos jours, les cartes postales anciennes sont encore très recherchées des collectionneurs. Les chercheurs y recourent, quant à eux, pour tracer le portrait des générations précédentes qui s'exprime à travers les illustrations reproduites et les messages transmis. Ainsi, « la petite reine des postes » révèle quelques facettes des goûts et des mentalités de nos prédécesseurs.


RÉFÉRENCES

Sources imprimées :

BAZINET, Michel. Montréal vu à travers la carte postale ancienne (1871-1940), Montréal, édition privée, 1991, 192 p.

KYROU, Ado. L'âge d'or de la carte postale, Paris, Éditions André Balland, 1966, 178 p.

POITRAS, Jacques. La carte postale québécoise. Une aventure photographique, Québec, Éditions Broquet, 1990, 206 p.

POITRAS, Jacques. Les dessus et les dessous de la carte postale, Montréal, Musée d'art de Saint-Laurent, 1986, 50 p.

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