La Première Guerre mondiale

Par Sean Mills, sous la direction de Brian Young, Université McGill


En 1914, la guerre est subitement déclenchée en Europe, et les Canadiens croient d'abord que le conflit sera de courte durée. À titre de colonie britannique, le Canada est tenu de participer à l'effort de guerre impérial en vertu de la déclaration de guerre britannique. Impatients de s'enrôler, des jeunes hommes, la plupart des nouveaux immigrants originaires de la Grande-Bretagne, remplissent bientôt les rues des grandes villes du pays. Malgré une organisation boiteuse et des instructions confuses, 31 000 hommes et 8 000 chevaux sont envoyés en Europe. Au Canada anglais, les citoyens patriotiques créent des campagnes de recrutement massives et, au nom du patriotisme impérial, évincent les Allemands et les Autrichiens de la fonction publique et font pression pour que la ville de Berlin, en Ontario, soit rebaptisée Kitchener.

L'effort de guerre du Canada

Mais c'est la faible participation canadienne-française à la guerre, cependant, qui préoccupe l'opinion canadienne-anglaise et qui rallume les vieilles hostilités. Seulement 13 000 des quelque 620 000 recrues du Corps expéditionnaire canadien (CEC) sont de langue française, et s'ils étaient au départ sympathiques à la cause des alliés, l'appui des Canadiens français à la guerre s'estompe au fur et à mesure que le conflit progresse. Commandé par des officiers britanniques dont les ordres sont donnés en anglais, le CEC ne donne pas aux Canadiens français l'impression d'être les bienvenus. De leur côté, les Canadiens français ne ressentent pas le besoin particulier d'aller défendre les intérêts de l'Empire britannique.

La Loi du service militaire

En mai 1917, avec la Loi du service militaire, le premier ministre Robert Borden impose la conscription pour les hommes célibataires âgés de 20 à 35 ans. Si de nombreux fermiers et agriculteurs au Canada anglais sont en défaveur de la Loi, l'opposition la plus forte vient du Québec. Ayant besoin d'un nouveau mandat pour mettre son projet en oeuvre, Borden, avec un gouvernement de coalition formé de conservateurs et de libéraux dissidents, déclenche une élection. Pour s'assurer de la victoire, Borden étend le droit de vote aux membres masculins et féminins du CEC, ainsi qu'aux épouses, aux mères et aux sœurs des soldats. En outre, les immigrants naturalisés après 1902 perdent le droit de vote. Les résultats divisés de l'élection reflètent l'état de polarisation du pays : si le parti unioniste remporte 153 sièges, les libéraux balaient le Québec, se faisant élire dans 62 des 65 circonscriptions.

La crise de la conscription

Son mandat en poche, Borden autorise la conscription, et pour la première fois dans l'histoire, le gouvernement du Québec discute de la possibilité d'une sécession. La tension monte encore lorsqu'en mars 1918, de violentes manifestations anti-conscription à Québec se transforment en émeutes. Lorsque la police de Québec refuse d'intervenir et de disperser les foules, le gouvernement fédéral dépêche des troupes qui ouvrent le feu, tuant quatre civils. Si les conséquences militaires de la conscription sont négligeables, et que seulement 24 000 conscrits ont réellement participé à des combats en France, les effets fractionnels de la crise de la conscription se feront sentir longtemps dans l'avenir.

Le contrecoup de la guerre

Lorsque la Grande Guerre prend fin en novembre 1918, il est clair que le Canada a profondément changé. Six cent mille Canadiens ont participé au conflit, et 60 661 y ont perdu la vie. Beaucoup de ceux qui sont revenus ont souffert de blessures physiques ou psychologiques. En raison de son grand sacrifice à l'effort de guerre, le Canada renforce son profil sur la scène internationale. Représenté dans la délégation britannique lors de la conférence sur la paix de Paris, le Canada, affichant une partie de son indépendance nouvellement acquise, signe pour la première fois dans son histoire un traité multilatéral international. En 1918, le gouvernement d'union, s'appuyant sur les réformes de la Loi des élections en temps de guerre, étend le droit de vote aux femmes aux élections fédérales, et dans les années 1920, la plupart des gouvernements provinciaux avaient emboîté le pas et accordé également aux femmes le droit de voter aux élections. Le Québec fait cependant exception, et l'influence conservatrice refuse le droit de vote aux femmes jusqu'en 1940.

RÉFÉRENCES

Conrad, Margaret et Alvin Finkel. History of the Canadian Peoples: Beginnings to 1867 vol. 1 et 2, 3e éd., Addison Wesley Longman, Toronto, 2002, p. 209.

Voir le sommaire 

Voir tous les artefacts (129)