Mots-clés :
 
 Inclure images des partenaires







Les Inuits du Nunavik

Par Ludger Müller-Wille

Nunavik, le « grand territoire » en inuktitut (langue des Inuits), est le nom moderne de la terre ancestrale des Inuits du Québec. Le territoire terrestre du Nunavik s'étend sur environ 500 000 kilomètres carrés, soit un tiers du territoire du Québec. Cette région, qui se distingue par ses aspects socio-économiques et culturels, inclut également des îles au large des côtes auparavant occupées par les Inuits qui y pratiquent encore la chasse, la pêche et la chasse au phoque - activités toujours importantes.

Les Inuits

Les Inuits (mot qui signifie « les Gens », de « inu » [être humain] et « it » [beaucoup]) sont les autochtones du Canada arctique, qui comprend les pointes septentrionales de la péninsule Québec-Labrador, région dont les zones côtières étaient déjà occupées il y a 4 000 ans par leurs ancêtres. Les populations préhistoriques étaient composées de chasseurs qui pêchaient et tuaient les mammifères marins (phoques, morses et baleines) sur la côte et dans les îles et pénétraient également à l'intérieur des terres en quête de poissons, de caribous ou d'oiseaux. Extrêmement mobiles, ils vivaient selon les saisons sous des tentes de peaux, des abris de neige ou des habitations semi-souterraines.

La vie communautaire se limitait à quelques petits groupes apparentés. À l'intérieur des terres et au sud, le long de la côte de Tasiujarjuaq (baie d'Hudson), les Inuits rencontraient les peuples parlant l'algonquien (Cris, Naskapis ou Innus). Dans deux villages, Chisasibi (Mailasikkut) et Whapmagoostui (Kuujjuaraapik/Grande Baleine), les deux communautés culturelles vivaient côte à côte. Les Inuits du Nunavik sont divisés linguistiquement entre ceux qui parlent le dialecte de la côte ouest de Tasiujarjuaq et ceux qui parlent le dialecte du nord et de l'est de Nuvummiut Tarranga, dialecte lui-même géographiquement proche de celui de la côte du Labrador.

La naissance du Nunavik

La région du Nunavik a tout d'abord été occupée et colonisée par les ancêtres préhistoriques des Inuits, qui campaient surtout sur les côtes de façon saisonnière, pêchant et chassant les mammifères terrestres et marins. La vague d'institutions euro-canadiennes dans cette région (postes de fourrures, missions, écoles et bureaux administratifs) provoqua le déplacement des Inuits qui se sont concentrés graduellement dans les lieux qui constituent les quatorze agglomérations actuelles de la côte du Nunavik.

En 1610, Henry Hudson et son équipage, premiers explorateurs européens à pénétrer dans cette région, rencontrèrent des Inuits dans les îles et sur la côte du Nuvummiut Tariunga (détroit d'Hudson). Les explorations ultérieures -- après 1750 -- de la Compagnie de la Baie d'Hudson, les missionnaires moraves actifs à compter du début des années 1800 et les expéditions scientifiques canadiennes entre les années 1880 et 1900 contribuèrent ensuite à faire connaître les territoires inuits.

Depuis lors, le Nunavik a été intégré petit à petit aux systèmes socio-économiques, politiques et administratifs du Canada et du Québec. Ce processus a toutefois été accéléré par l'implantation de bases militaires dans les années 1940 et 1950 et, depuis les années 1960, par l'exploitation des ressources minières et hydro-électriques et la création de structures administratives. La plupart des Inuits du Nunavik ont renoncé à leurs titres aborigènes et à leurs droits sur leurs terres ancestrales lorsqu'ils ont négocié et signé la Convention de la Baie James et du Nord québécois en 1975. Cet accord était la condition préalable aux premières étapes d'un projet hydro-électrique colossal. De nos jours, la région lutte pour obtenir son autonomie gouvernementale afin de répondre aux besoins et aux exigences futurs d'une population qui connaît une croissance rapide.

L'environnement physique

Le Nunavik est constellé de nombreux lacs et rivières qui s'écoulent dans l'Ungava (baie d'Ungava) et Tasiujarjuaq (baie d'Hudson). Ces cours d'eau offrent un accès vers l'intérieur des terres où les Inuits utilisent des ressources renouvelables. Depuis les années 1950, la faille du Labrador, dépression géologique riche en minéraux s'étendant de l'ouest d'Ungava au cœur de la péninsule, connaît une importante croissance socio-économique. Toutefois, l'extraction minière a cessé au début des années 1980 dans la région de Schefferville.

La toundra claire couvre les parties septentrionales de cette zone et des espèces d'arbres nordiques (épinettes, mélèzes et pins) poussent au sud. Une ligne d'arbres, zone limitrophe courant entre ces deux types de végétation, relie Tasiujaq (lac Guillaume-Delisle) à l'ouest, à Ungava, au nord-est. La plus grande partie de cette région est caractérisée par un permafrost continu ou intermittent.

La masse terrestre continentale et l'océan Atlantique à l'est influent sur le climat. Les hivers sont longs, froids et plutôt secs; les étés sont frais, brefs et pluvieux. Des orages éclatent fréquemment au printemps et à l'automne, saisons où les conditions sont variables. Le thermomètre descend jusqu'à -40oC en janvier; en juillet, il oscille entre +10o et +20oC. Chaque année compte environ vingt-cinq jours sans gel. La neige peut tomber d'octobre à juin et la couche de neige atteindre deux mètres. De novembre à juin, la côte est habituellement prise dans les glaces et la période de navigation est donc assez brève. Les sites les plus au nord profitent de longues journées d'été (20 à 22 heures de clarté par jour en juin) et de courtes journées d'hiver (5 heures en décembre).

Aujourd'hui, le Nunavik conserve l'empreinte d'une culture inuite vivante qui allie les valeurs traditionnelles et le patrimoine aux réalisations de l'ère moderne.

Source : Catalogue de l'exposition Aux couleurs de la terre. Héritage culturel des premières nations
Musée McCord, 1992

Voir le sommaire 

Voir tous les artefacts (98)