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Les vêtements d'hiver au Québec, au 19e siècle

Par Jacqueline Beaudoin Ross

L'hiver est sans doute la saison qui caractérise le mieux le Québec. Et s'il est vrai que cette saison a un charme indéniable, il n'en demeure pas moins qu'elle exige le port de vêtements chauds pour se protéger du froid tout en demeurant à l'aise. Au XIXe siècle, gens des campagnes et des villes ont adapté leur tenue pour affronter les rigueurs du climat. Au fil du siècle et des modes, des variantes sont apparues aussi bien dans les matériaux utilisés que dans les types de vêtements confectionnés. Le plus coloré de ces vêtements demeure probablement le manteau-couverture à capuchon ou capot. À la campagne, il arrivait même parfois qu'on le porte à l'intérieur pour se réchauffer dans les maisons mal isolées!

Porté à l'origine par les Amérindiens qui le confectionnent à partir de couvertures obtenues grâce au troc, le capot est ensuite adopté par les militaires puis, au XIXe siècle, par les civils. Mais ce n'est qu'au milieu du siècle qu'il obtient la faveur générale des bourgeois de la ville qui adoptent ce vêtement mode pour leurs loisirs à l'extérieur, comme les balades en traîneau, ou pour les sports de plein air, comme la luge et la raquette. Les citadines le portent également, mais uniquement pour les sports. Quant aux femmes de la campagne, elles ne le portent jamais.

Traditionnellement de couleur blanche, le vêtement existe aussi en d'autres teintes et est enjolivé par une ou deux rayures de couleurs situées près de l'ourlet ou à d'autres endroits judicieusement choisis. Chaud, léger et apportant une touche de gaieté dans un paysage enneigé, ce vêtement d'hiver jouit d'une grande popularité.

La chaude laine de nos moutons

Beaucoup plus populaire auprès des paysans est le capot en « étoffe du pays ». Souvent muni d'un capuchon, il est fait de lourde laine tissée à la main habituellement de couleur naturelle grise. Le modèle gris est infiniment plus pratique comme vêtement de tous les jours que le manteau-couverture blanc. Il est d'ailleurs considéré comme le vêtement d'extérieur typique du paysan québécois. Une tuque de laine, souvent rouge ou bleue, et des bottes « sauvages » (bottes de type mocassin fabriquées en peaux d'animaux de la ferme), portées avec d'épais bas de laine, complètent la tenue hivernale spéciale des messieurs. L'on se coiffe parfois de chapeaux de fourrure. D'ailleurs, la fourrure sert également à confectionner des capots, mais ils sont beaucoup plus rares.

Il est aussi courant d'affronter l'hiver en portant une cape à capuchon de même que des « souliers sauvages », chaussures identiques pour les femmes comme pour les hommes. Le grand manchon de fourrure n'est pas un accessoire largement utilisé en région rurale. Au milieu du siècle, un lourd châle tissé à la main remplace la cape. Souvent tissés par des mains expertes, ces châles sont une source de fierté pour leurs propriétaires.

À la campagne, femmes et hommes se gardent au chaud à l'intérieur en privilégiant des vêtements faits de laine filée à la main plutôt que d'étoffes plus légères. Pour des raisons d'ordre pratique, ces vêtements sont habituellement de couleurs sombres ou neutres. Les femmes portent des jupons et des jupes légèrement raccourcis; les jupes sont parfois enjolivées de rayures de couleurs vives près de l'ourlet. Du début au milieu du XIXe siècle, on complète cette tenue par un vêtement semblable à une veste alors qu'au cours des dernières décennies, c'est une blouse qui termine l'ensemble.

Tenues de gens de ville

En hiver, les femmes de la bourgeoisie citadine portent quelques vêtements de laine, surtout lorsqu'elles vont à la campagne. En pareilles occasions, pour plus d'aisance et de confort, les femmes prennent l'habitude, au milieu du siècle, de raccourcir de quelques centimètres leurs jupes longues. L'on porte également, selon les circonstances, de la soie et du velours. Au début du siècle, la cape à capuchon jouit d'une grande popularité auprès des bourgeoises en milieu urbain. Souvent de couleur rouge, la cape est parfois bordée de fourrure et elle peut même être doublée de fourrure. Selon les goûts personnels ou le style en vogue au cours d'une année donnée, les capes, les manteaux courts ou longs en laine sont portés jusqu'à la fin du siècle.

Au Québec comme en Europe, les manteaux de fourrure comme nous les connaissons aujourd'hui n'apparaissent qu'au milieu du XIXe siècle. Durant les années 1860, le phoque est une fourrure très populaire, comme en témoignent de nombreux portraits photographiques réalisés par William Notman, de Montréal, où des modèles féminins sont représentés dans une scène d'hiver. Sont également très en vogue les toques en fourrure de phoque.[...] Pour être davantage au chaud et se protéger les oreilles, l'on accompagne parfois la toque d'un « nuage », foulard tricoté lâchement, souvent de laine blanche. Un petit manchon en peau de phoque ayant la forme d'un baril complète souvent le costume.

Durant la dernière partie du siècle, les vestes de fourrure deviennent à la mode. Les hommes portent aussi des pelisses ainsi que des manteaux et des calots de fourrure. Les gants doublés de fourrure font partie de la tenue féminine et masculine. À la ville comme à la campagne, pour se protéger du froid lors d'une balade en traîneau, l'on se couvre d'une peau d'ours ou de bison. Des bas extrêmement épais sont enfilés par-dessus les chaussures, et les pieds, dans le fond du traîneau, peuvent être glissés dans une sorte de manchon appelé manchon de pieds. Ainsi protégé, l'on pouvait apprécier en tout confort la majesté du paysage hivernal.

Pour les Québécois du XIXe siècle, il était encore plus important que pour nous de porter de chauds vêtements d'extérieur puisque à cette époque, les moyens de transport chauffés n'existaient pas. Pour être sûr d'avoir une tenue suffisamment chaude pour passer de longs moments à l'extérieur, il fallait consacrer beaucoup de temps à la confection des vêtements, à moins d'accepter de débourser beaucoup d'argent pour se les offrir. Certes, les habitants de la campagne et les bourgeois de la ville portaient des vêtements très différents, mais il en est un que tous ont adopté : le pittoresque et coloré manteau-couverture, vêtement plein de charme et indémodable, encore porté de nos jours.

Source : Extrait de l'article « Les hivers emmaillotés du XIXe siècle »
Continuité, numéro 63, hiver 1995, p. 31-32

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