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Photographies de Benjamin Baltzly (1835-1883) réalisées lors d'une expédition en Colombie-Britannique en 1871

Par Stanley G. Triggs

(c) Avec l'aimable autorisation du Musée des beaux-arts de l'Ontario

Benjamin Baltzly (1865-1883) travailla pour le photographe J. G. Parks pendant près d'un an avant d'ouvrir en 1868 son propre studio, qui fut malheureusement la proie d'un incendie. Trois semaines après ce malencontreux épisode, il se joignit au personnel du studio Notman. En juin de l'année suivante, Notman le désignait pour accompagner l'équipe de la Geological Survey. Vraisemblablement, le choix de Notman se basait avant tout sur la compétence de Baltzly en tant que photographe, mais également sur son expérience de la ferme et de l'armée. Baltzly avait prouvé qu'il possédait l'endurance nécessaire pour mener à bien ce projet. [...]

Dès le départ, les membres de cette expédition connurent des ennuis à cause d'un manque de planification. Ils ne quittèrent pas Montréal avant le 26 juin; ils manquèrent la correspondance avec le vapeur à San Francisco et durent faire appel à d'autres moyens de transport, le vapeur local et la diligence. Après leur arrivée à Victoria, ils eurent de la difficulté à se procurer le matériel de camping nécessaire et subirent un autre retard de 15 jours. Le 27 juillet, à leur arrivée à Yale, qui se trouve à la sortie du canyon du fleuve Fraser, à 120 milles environ de New Westminster, ils ne purent trouver aucun moyen de transport et durent prendre à pied la Caribou Road vers l'amont du canyon du fleuve Fraser. Arrivés à Kamloops, ils mirent deux semaines à recruter hommes et chevaux pour l'équipée dans les régions sauvages de la rivière North Thompson, véritable objectif de ces explorateurs. Le groupe comprenait maintenant le géologue Alfred Selwyn, le photographe Benjamin Baltzly, l'assistant photographe John Hammond, le porteur John Peterson, l'assistant porteur Philip Jago (un indien) (sic), le guide Abraham LaRue (un autochtone) (sic), le cuisinier James Dean et l'abatteur et assistant général Donald McPhail.

Les frustrations et les épreuves subies jusque-là n'étaient rien comparativement à celles qui les attendaient au cours de l'expédition de trois mois en terrain accidenté dans les montagnes. La pluie, la neige et une mauvaise visibilité furent de tout le voyage. Les sentiers praticables que l'on attendait n'existaient pas. Les longues attentes pour le déblaiement, les détours et le piteux état des chevaux privés d'une nourriture adéquate entravèrent leur avance à un point tel que Selwyn dut renoncer à gagner Jasper House et à passer par Edmonton sur le chemin du retour. Selwyn et ses hommes n'étaient encore qu'à Leather Pass (Yellowhead) le 21 octobre et, en plus, à court de vivres; ils décidèrent donc de faire marche arrière et de revenir à Kamloops, situé, croyaient-ils, à 267 milles au sud. Le retour fut aussi éprouvant que l'aller. Des quinze chevaux qu'ils avaient au départ, plusieurs étaient morts et les autres trop faibles pour poursuivre le voyage; ils durent les abandonner. Revenus à la rivière North Thompson, près du lac Albreda, ils y établirent leur campement pendant quatre jours, le temps de fabriquer des pirogues avec l'aide des guides indiens (sic).

Le 2 novembre, ils s'embarquèrent sur quatre pirogues et même s'ils progressaient rapidement dans la descente de cette rivière au cours rapide, ils n'étaient pas au bout de leurs peines. Le canot qui transportait les négatifs de 8 x 10 pouces de Baltzly chavira dans les rapides de la Upper Murchison. Heureusement, la boîte qui les contenait se logea dans le banc de nage du canot. Ils les firent sécher sur un feu de camp et les trouvèrent en parfaite condition. Ils rencontrèrent de nouvelles difficultés dans les rapides de la Lower Murchison : un canot disparut sous la glace et un autre, trop lourd pour le portage sur une falaise escarpée, dut être abandonnée.

Avec pour seules embarcations deux petits canots, ils durent abandonner dans une cache les bagages non essentiels, y compris l'équipement photographique. Ils chargèrent les provisions essentielles dans les canots et les confièrent respectivement aux deux indiens (sic), LaRue et Philip, et aux deux indiens (sic) faisant partie de l'équipe du Canadien Pacifique. Les autres membres du groupe durent marcher, souvent dans la neige jusqu'aux genoux. Heureusement, à la rivière Clearwater, ils purent se procurer un bateau et faire le reste du voyage sans trop de problèmes, si l'on oublie les portages, les douches froides dans la rivière et les vêtements détrempés par la neige humide et la pluie battante. Ils atteignirent Kamloops le 17 novembre, et Montréal le 26 décembre, empruntant la même route qu'à l'aller, soit en passant par Victoria et par San Francisco.

La double tâche assignée à Baltzly avait été ardue à tout point de vue. Étant donné l'intérêt croissant pour l'Ouest, que la ruée vers l'or, la Confédération et la promesse d'une ligne de chemin de fer directe avaient attisé, William Notman espérait obtenir une série de photos captivantes pour laquelle il y aurait un vaste marché. Le géologue Selwyn, quant à lui, désirait compiler des données précises sur le sol et les formations géologiques de ce territoire.

La vente des photos démarra très bien. Durant la semaine passée à Victoria sur le chemin du retour, Baltzly en vendit pour 400 dollars, une somme représentant plus de deux tiers des frais de Notman en salaire [pour lui et son assistant] durant les six mois de l'expédition.

Les exigences de Selwyn furent entièrement satisfaites. À preuve, il soumit la série complète des photos dans son rapport au secrétaire d'État. Il était manifestement satisfait de ces images, ne recherchant pas de toute évidence une documentation purement froide et scientifique. Il avait la plus haute estime pour les rendus exacts d'une scène esthétiquement agréable qui montre en même temps les particularités géographiques importantes.

Source : William Notman. L'empreinte d'un studio
Musée des beaux-arts de l'Ontario et Coach House Press, Toronto, 1986, p. 53-56.

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