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Caricatures (1900-1950)

Par Karine Rousseau et Christian Vachon

Au cours de la première moitié du 20e siècle, les périodiques canadiens publient davantage de « dessins d'humeur » (des illustrations humoristiques ne traitant pas de politique) que de caricatures politiques. De petites bandes dessinées s'y retrouvent aussi fréquemment.

La caricature, miroir de l'actualité

La période de 1900 à 1950 est marquée par une multitude d'événements et de changements majeurs sur le plan politique, et les caricatures issues de cette époque en sont le reflet. Parmi les grands événements qui marquent cette période, mentionnons la guerre des Boers (1899-1902) en Afrique du Sud, la Première (1914-1918) et la Deuxième Guerre mondiale (1939-1945) ainsi que la guerre froide (1947-1953). Chacune des batailles, des victoires et des défaites sont illustrées en caricatures. Ainsi, la défaite des troupes canadiennes lors des batailles de Hong Kong (1941) et de Dieppe (1942), ainsi que le succès de la campagne en Italie (1943-1945) et en France (1944-1945) font l'objet de caricatures. De même, les répercussions de ces conflits majeurs, telles que la conscription, l'inflation, l'augmentation des taxes que nécessite l'effort de guerre, sont également dépeintes à travers les dessins des caricaturistes.

Parallèlement, la politique et les politiciens du pays, les conditions ouvrières, les syndicats, le travail des enfants ou l'assurance-chômage constituent aussi des thèmes privilégiés par les caricaturistes. L'immigration, la question de la langue française, des droits des francophones et les relations entre le Canada et les États-Unis sont également des sujets récurrents.

Une génération de caricaturistes

Durant les périodes de guerres et d'entre-deux-guerres, certains caricaturistes, notamment des francophones, publient des caricatures extrêmement virulentes, s'attaquant au clergé ou à l'élite politique. En contrepartie, il arrive que d'importants journaux ou magazines exercent une certaine censure sur les caricatures qu'ils publient ou que les caricaturistes s'autocensurent.

Entre 1900 et 1950, plusieurs caricaturistes travaillent pour de grands journaux canadiens. Bob Chambers (1905-1996) publie ses caricatures dans le Halifax Chronicle Herald, Arch Dale (1882-1962) est au service du Winnipeg Free Press, John Collins (né en 1917) travaille à Montréal pour The Gazette, Arthur George Racey (1870-1941) pour le Montreal Star (pendant 40 ans), alors que Frank Duggan (1904-1987) travaille pour le Montreal Herald. Robert Lapalme (1908-1997) publie ses caricatures dans Le Droit d'Ottawa, L'Événement, Le Journal, L'Action catholique et La Patrie à Québec, Le Canada et Le Devoir à Montréal. Owen Staples (1866-1949) (alias Rostap) est caricaturiste au Evening Telegram de Toronto. Des caricatures de la plupart de ces artistes se retrouvent aujourd'hui dans les collections du Musée McCord.

Analyser et interpréter une caricature

Pour comprendre et être en mesure d'apprécier une caricature politique ancienne, il faut d'abord replacer l'événement dans son contexte politique global. Une caricature ancienne à l'extérieur de son contexte devient plus difficile à interpréter. La caricature est généralement publiée dans un périodique aux côtés des nouvelles du jour ou de la semaine. Une première observation de la caricature peut rapidement fournir des indices, mais selon la subtilité de la caricature, ce sont vraiment la connaissance de l'événement et l'accès aux informations contextuelles qui contribuent à la décoder et à en faire une pleine interprétation.

Plusieurs mécanismes ou stratégies sont utilisés par le caricaturiste pour faire passer son message. Il peut s'agir de l'analogie, de l'exagération, de la distorsion de la réalité ou encore de l'allusion à des personnages (mythiques, littéraires, etc.). Les mots peuvent aussi être porteurs de sens, comme plusieurs des caricatures contiennent à la fois des éléments visuels et textuels. Il peut s'agir de titres, de dialogues, de légendes, d'explications ou de commentaires. Enfin, les signes, les symboles, les stéréotypes, les dimensions, les nuances de teintes sont également des éléments à observer dans les caricatures. Par exemple, certains objets, animaux ou individus peuvent représenter une nation. Des stéréotypes, tels que l'homme d'affaires gras et arrogant et le travailleur maigrichon, peuvent être utilisés fréquemment. Les dimensions peuvent symboliser le pouvoir et le statut social et l'utilisation du noir pour colorer certains personnages peut sous-entendre qu'il s'agit de personnes mauvaises ou malveillantes.

Il est également important d'identifier les biais possibles du caricaturiste, qui peuvent influencer son œuvre. Il faut se demander, par exemple, si les préférences, la religion, l'appartenance ethnique, le statut économique, le sexe, les influences historiques, les valeurs personnelles et le statut matrimonial de l'auteur viennent teinter sa caricature. Une fois tous ces éléments repérés et analysés, la caricature devrait vous être dévoilée!

 

RÉFÉRENCES

Desbarats, Peter et Terry Mosher. The Hecklers. A History of Canadian Political Cartooning and a Cartoonists' History of Canada, Toronto, McClelland and Stewart, National Film Board of Canada, 1979.

Hou, Charles et Cynthia Hou. « Great Canadian Political Cartoons. 1820-1914 », Vancouver, Moody's Lookout Press, 1997.

Hou, Charles et Cynthia Hou. « Great Canadian Political Cartoons. 1915-1945 », Vancouver, Moody's Lookout Press, 2002.

Hou, Charles et Cynthia Hou. The Art of Decoding Political Cartoons. A Teacher's Guide, Vancouver, Moody's Lookout Press, 1998.

« Caricature politique », L'Encyclopédie canadienne, [en ligne]. [http://thecanadianencyclopedia.com/index.cfm?PgNm=TCE&Params=F1ARTF0001442] (page consultée le 9 août 2006).

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