Mots-clés :
 
 Inclure images des partenaires







Le costume Inuit et sa confection

Par Betty Issenman et Catherine Rankin

Lorsque les anthropologues et les archéologues parlent des Inuit, ils désignent tous les individus parlant une langue de la famille esquimau-aléoute. Ces quelque 136 000 personnes [en 1997] vivent au nord de la limite de la forêt, dans quatre des pays qui encerclent le pôle Nord : le Groenland, le Canada, les États-Unis (avec l'Alaska) et l'Union soviétique sur la mer de Béring. Les frontières politiques sont une création relativement récente dans ces régions.

Les ressemblances du vêtement

Sur les quelque 6 000 kilomètres du territoire circumpolaire, le costume inuit était remarquablement uniforme dans sa composition. Il consistait en une veste, un pantalon, des mitaines et des bottes. Le caribou, le phoque et les oiseaux marins étaient les principales sources de matériaux pour ces vêtements légers cousus avec du fil de tendon.

Les vêtements étaient coupés en fonction du rôle de qui les portait. Les vestes de femme avaient un amaut (poche à enfant) et deux pointes en avant et en arrière. Les vestes d'homme avaient des épaules très amples pour leur faciliter la chasse. Mais elles n'avaient pas les deux longs pans frontal et dorsal des vestes de femme, même si, dans certaines régions, elles avaient une queue, ou du moins étaient longues en arrière.

En hiver, deux vestes et deux pantalons étaient portés l'un par-dessus l'autre. Le poil du vêtement de dessous était tourné vers l'intérieur, contre le corps, tandis que le poil du vêtement de dessus était tourné vers l'extérieur. Cette double épaisseur était un moyen très efficace de régulariser la température et l'humidité du corps. Au printemps et en été, une seule couche de vêtements était portée, et ces vêtements étaient coupés suivant les mêmes principes.

La chasse et les matières premières

Le refroidissement du climat constaté entre 1600 et 1850 de notre ère (période dite « petit âge de glace ») a contraint les Inuit à mettre au point un système de chasse double : sur le littoral et à l'intérieur des terres. Ils passaient leurs hivers sur la banquise côtière à chasser le phoque, qu'ils transperçaient d'un coup de lance ou de harpon lorsque l'animal faisait surface dans son trou de respiration. Au printemps, ils traquaient et harponnaient les phoques allongés sur la glace du rivage. L'été et le début de l'automne étaient passés à l'intérieur des terres à chasser le caribou et à pêcher les poissons d'eau douce.

Les caribous tués vers la fin de l'été, lorsque leur fourrure est plus légère, constituaient la principale source de matériaux pour la confection des vêtements. Les peaux de caribous tués à la fin de l'automne, plus lourdes, étaient destinées à la literie et aux tentes. La peau des pattes servait à fabriquer des harnais de chien, des mitaines et des bottes d'hiver. Le fil de tendon provenait des fibres tendineuses prélevées le long de la colonne vertébrale de l'animal.

Le phoque, et notamment le phoque annelé, fournissait des peaux pour l'habillement et, jusqu'à récemment, pour le commerce. Sa peau est légère et imperméable, ce qui la rend idéale pour les tenues d'été. Les Inuit portaient des bottes et des mitaines en peau de phoque en toute saison; au printemps et en été, ils portaient un pantalon et une veste en peau de phoque, en une seule épaisseur. Dans certaines régions, des peaux d'oiseaux, de poissons et d'autres animaux entraient également dans la confection des vêtements.

Des herbes et de la mousse séchée étaient placées à l'intérieur du bas, sous le pied, pour absorber la transpiration, et au fond de l'amaut (poche à enfant) en guise de couche.

Rien n'était perdu. Les membranes d'intestin de phoque et de morse servaient à faire des vêtements de pluie. Les dents et les griffes des animaux étaient transformées en amulettes et en ornements et fixées aux vêtements. Des pendentifs et des objets utilitaires étaient sculptés dans les défenses de morse et de narval.

La préparation des peaux et les instruments de couture

L'automne qui suivait la chasse au caribou était la saison de plus grande activité pour les femmes. Le costume d'hiver à double épaisseur exigeait de longues heures de préparation des peaux et de couture. Avant d'être transformées en vêtements, les peaux devaient être séchées, grattées et assouplies. Il fallait trois cents heures de travail pour traiter les vingt-sept peaux de caribou nécessaires à l'habillement d'une famille de cinq personnes. Les peaux devaient être préparées rapidement pour pouvoir être cousues avant la longue noirceur de l'hiver et ainsi assurer que les vêtements soient prêts avant les grands froids.

Les instruments de couture traditionnels étaient l'ulu, l'aiguille, l'alêne, le dé, le porte-dé et l'étui à aiguilles. Le nécessaire à couture comprenait également des fibres de tendon pas encore transformées en fil et des retailles de fourrure destinées aux réparations. Tout cela était gardé dans un sac en peau de huard ou en fourrure, dans un panier ou dans une trousse en peau.

La parure individuelle

Les hommes et les femmes portaient des boucles d'oreilles, des colliers et des bracelets en ivoire, en cuivre, en stéatite, en coquillages, en arêtes de poissons ou en petits os de mammifères. Les femmes portaient également des ornements de chevelure qui se présentaient sous la forme de pendentifs, de plaques d'ivoire, de rouleaux à cheveux et de perles. Il existait des serre-tête ou bandeaux faits de morceaux de peaux arrangés avec recherche, et auxquels étaient parfois suspendues des dents de caribou ou des perles.

Les labrets étaient portés dans l'ouest de l'Arctique. À la puberté, une ou plusieurs petites fentes étaient pratiquées dans la lèvre inférieure des garçons, et l'on y insérait des chevilles de pierre ou d'os appelées labrets. La forme de ces derniers variait suivant l'âge et la région.

Les chaussures et les accessoires

Pendant les mois froids et secs de l'hiver, les chasseurs peuvent porter jusqu'à cinq couches de peau de caribou ou de phoque sur les pieds : bas, chaussettes, bottes et chaussons extérieurs. Au printemps et en été, saisons humides, on portait des bottes en peau de phoque épilée.

Les accessoires du costume inuit étaient fonctionnels, décoratifs et symboliques. L'accessoire le plus polyvalent dans l'Arctique canadien était une simple lanière de peau épilée utilisée comme ceinture ou comme bandoulière. Dans l'Arctique québécois, des pendentifs en os ou en ivoire étaient suspendus aux pans de la veste. Ils formaient une frange décorative qui lestait le vêtement et l'empêchait de se retrousser. Dans la plupart des régions, des franges composées d'étroites lanières de peau de caribou garnissaient le bas de la veste. Dans tout l'Arctique, des amulettes étaient accrochées aux vêtements. Les Inuit croyaient qu'elles les protégeaient contre les forces surnaturelles et qu'elles les aidaient à la chasse.

Source : Catalogue de l'exposition Ivalu. Traditions du vêtement inuit
Musée McCord, 1988

RÉFÉRENCES

Brody, Hugh. Living Arctic: Hunters of the Canadian North, Vancouver/Toronto, Douglas and McIntyre, 1987.

Driscoll, Bernadette. « Pretending to be Caribou », The Spirit Sings : Artistic Traditions of Canada's First Peoples, Toronto, McClelland and Stewart et Glenbow Museum, 1987, p. 169-200.

Issenman, Betty Kobayashi. Sinews of Survival. The Living Legacy of Inuit Clothing, Vancouver, UBC, 1997.

Issenman, Betty. « Sources for the Study of Inuit Clothing. », monographie non publiée, Montréal, 1984.

Issenman, Betty. « Inuit Skin Clothing: Construction and Motifs. », Études/Inuit/Studies, vol. 9, no 2, 1985, p.101-116.

Oakes, Jill. Factors Influencing Kamik Production in Arctic Bay, Northwest Territories, Dossier no 107 du Service canadien d'ethnologie, coll. Mercure, Ottawa, Musée nationaux du Canada, 1987.

Oakes, Jill. Inuit Annuraagit: Our Clothes. Catalogue d'exposition, Eskimo Point : Inuit Silattunrsarvingat, 1987 et dans Inuktitut, no 66, printemps 1987.

Oakes, Jill. « Northern Charms: Amulets on Clothing », Inuktitut, no 66, printemps 1987.

Oakes, Jill. « Keeping Warm Wasn't the Only Consideration: The Arctic Environment, the Winds of Fashion, and New Influences Have Shaped the Evolution of Inuit Clothing Styles », Caribou News, vol. 7, no 3, octobre 1987.

Oakes, Jill. « History, Construction, and Symbolism in Inuit Beading », Canadian Home Economics Journal, printemps 1988.

Oakes, Jill. « Inuit Clothing and Technology. », rapport annuel de l'Association of Canadian Universities for Northern Studies, Ottawa, Department of Indian Affairs and Northern Development (Canada), 1988.

Oakes, Jill. « Inuit Clothing, a Living Heritage », rapport annuel de l'Association of Canadian Universities for Northern Studies, Ottawa, Department of Indian Affairs and Northern Development (Canada), 1988.

Oakes, Jill. « Regional Variations in Skin Clothing. », actes de la conférence de l'Association of Canadian Universities for Northern Studies, Ottawa, Department of Indian Affairs and Northern Development (Canada), 1988.

Oakes, Jill et S. Karetak. « Arctic Jewels: The Traditional Inuit Amauti. », Northwest Explorer, vol. 6, no 2, 1987.

Voir le sommaire 

Voir tous les artefacts (174)