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Nouvelle-France (1600-1763)

Par Caroline Masse

La Nouvelle-France occupe un territoire qui varie au fil du temps, mais l'établissement se fait d'abord dans la vallée du fleuve Saint-Laurent. Au moment où son territoire est le plus vaste, au début du 18e siècle, la Nouvelle-France comprend également la baie d'Hudson, le Labrador, Terre-Neuve, l'Acadie, la région des Grands Lacs et la Louisiane.

Le commerce de la fourrure

Au cours des 17e et 18e siècles, le commerce de la fourrure en Nouvelle-France représente jusqu'à 70 % de ses exportations commerciales. Ce commerce est le monopole de compagnies qui se réservent le droit d'exportation du castor et qui prélèvent une taxe sur les fourrures. Ce commerce est fondé sur le troc ou la traite des fourrures avec les Amérindiens. Le troc est un échange de marchandises. Ainsi, les Amérindiens n'échangent par leurs fourrures contre de l'argent, mais contre d'autres marchandises.

Au 17e siècle, le commerce des fourrures se fait surtout lors de grandes foires printanières, en particulier à Montréal où les Amérindiens viennent en grand nombre échanger leurs fourrures. À la fin du 17e siècle, ce type de rencontre disparaît. Le gouvernement français exige maintenant que les traiteurs achètent un permis, appelé congé de traite, qui réglemente les déplacements dans les territoires de l'ouest. C'est alors que certains Canadiens deviennent des coureurs des bois et qu'ils s'enfoncent profondément dans le territoire à la rencontre des Amérindiens.

Les Amérindiens échangent les fourrures contre des fusils, de la poudre à fusil, de l'eau-de-vie, du tabac, des chaudrons, des couvertures de laine, des outils. Ils sont également friands de produits européens : vêtements, briquets, aiguilles à coudre. En plus du castor, fourrure la plus prisée et qui sert à faire du feutre pour les chapeaux, les Amérindiens apportent de nombreuses sortes de peaux. Chacune d'elles a une valeur bien déterminée que l'on calcule en plue. Un plue est une belle peau de castor adulte et sert d'étalon monétaire.

Un régime seigneurial

Au Canada, sous le régime français, le système de colonisation et de peuplement préconisé par la France est le régime seigneurial. Le représentant du roi de France, habituellement l'intendant de la colonie, concède à des seigneurs des parcelles de territoire appelées seigneuries. Le seigneur est un propriétaire terrien qui doit à son tour exploiter sa terre en la concédant à des censitaires.

Le censitaire est celui qui est soumis au paiement du cens, une redevance annuelle (payée en argent, en nature ou en services) due au seigneur. Le seigneur se réserve cependant une partie de la seigneurie à titre de domaine personnel pour y construire son manoir. Être seigneur ne signifie pas posséder un titre de noblesse. Les seigneurs sont issus de différentes classes sociales; ils peuvent être fonctionnaires administratifs, officiers militaires ou civils, marchands, membres d'une communauté religieuse ou même colons.

Le censitaire exploite sa terre pour la cultiver, mais il s'agit la plupart du temps d'une agriculture qui le fait tout juste vivre. Il suffit qu'une mauvaise récolte survienne ou qu'une guerre l'oblige à quitter sa terre sans pouvoir ensemencer ou récolter pour qu'il ne puisse plus acquitter ses redevances.

L'exploitation des terres ne constitue habituellement qu'une partie des activités de la classe seigneuriale. Bien souvent, le seigneur est un militaire qui vit aussi de la traite des fourrures et du commerce ou qui s'acquitte d'une office civile au gouvernement. Parmi les devoirs qui lui incombent, le seigneur doit construire un moulin pour moudre le blé de ses censitaires. Le censitaire y moud son blé et paye au seigneur le quatorzième du grain battu comme redevances.

Il y a très peu de routes carrossables au Canada au 17e siècle. Il n'existe que les routes des villes et les chemins que doivent défricher et entretenir les censitaires devant leur terre, et il faut attendre l'année 1735 pour que le chemin du Roy, entre Québec et Montréal, sur la rive nord, soit définitivement terminé. Il n'y a pas de chemin qui parcourt l'arrière-pays. Les routes et les autoroutes de l'époque, ce sont les cours d'eau, le fleuve, les lacs et les rivières : le Saint-Laurent et ses affluents, le Saguenay, l'Outaouais, le Saint-Maurice, le Richelieu, le lac Champlain et le bassin des Grands Lacs qui permet d'atteindre la vallée de l'Ohio.

Le quotidien

Les seigneurs et les riches bourgeois du Canada apprécient les fins tissus des drapiers français offerts dans les comptoirs de vente. Le coton des Indes, le damas d'or, le velours, les dentelles des Flandres et d'Angleterre, les étoffes de soie et le satin sont très populaires de même que la lingerie. On imite de près les modes de la cour de France.

L'habitant fabrique lui-même ses vêtements de travail en lin, en chanvre ou en laine rude qu'il double ensuite de cuir ou de fourrure pour qu'ils soient plus chauds. Le nouvel arrivant adapte ses vêtements à son pays d'adoption et modifie ses habits d'hiver qui deviennent peu à peu plus « canadiens » : gants d'orignaux, justaucorps de cuir d'ours ou de caribou.

Le mobilier de fonction est fabriqué par les artisans locaux. Mais les meubles de style et de grand luxe sont importés d'Europe avec la vaisselle, les glaces, les horloges et les tissus. Les inventaires de cette époque font mention de nombreux meubles de style Louis XV, de bergères, de commodes, de canapés et de tables de jeu qu'on attend impatiemment à chaque arrivée de bateaux français, au printemps. Au cours du 18e siècle, ces meubles européens sont cependant de plus en plus imités par les menuisiers canadiens qui fournissent une production locale à moindre coût.

Vers les plaines d'Abraham

Dans l'armée française, les officiers sont ceux qui exercent le commandement. Au 18e siècle, ces commissions sont vénales, c'est-à-dire qu'elles s'achètent. Font exception les Compagnies franches de la Marine française où les grades s'obtiennent au mérite ou par influence.

Certains objets sont essentiels au trousseau de l'officier. La corne de poudre gravée, les pistolets et le gobelet à boire sont d'un usage quotidien. D'autres sont de nature plus symbolique ou honorifique. En plus des ornements qui indiquent son grade dans l'armée, l'officier porte sur lui un signe distinctif, un hausse-col en forme de croissant métallique.

De 1754 à 1760, la Nouvelle-France est déchirée par la cinquième guerre franco-anglaise de son histoire. Plusieurs batailles jalonnent ces années. Si au début, les Français remportent plusieurs victoires, après 1758, les défaites se succèdent jusqu'à la bataille des plaines d'Abraham qui aboutit à la capitulation de la colonie à Montréal en septembre 1760. Les Canadiens vivent alors sous un régime de transition, le régime militaire, jusqu'à la signature du traité de Paris le 10 février 1763.

Source : Textes de l'exposition Marguerite Volant. Passion, histoire et fiction
Musée McCord, 1996-1998.

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