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Le perlage chez les Iroquois

Par le Musée McCord d'histoire canadienne,
le Castellani Art Museum de l'Université Niagara, New York, en collaboration avec le Kanien'kehaka Onkwawén:na Raotitiohkwa, Kahnawà:ke, les artisans de la communauté de Tuscarora de l'État de New York et le Musée royal de l'Ontario, Toronto.

Au cours de la longue histoire des Iroquois, les perles ont toujours été un moyen d'exprimer des convictions spirituelles essentielles, de marquer des valeurs politiques et de préserver des souvenirs personnels et une mémoire collective. Au fil du temps, la matière, les formes, les tailles et les couleurs des perles n'ont jamais cessé d'évoluer. Pareilles modifications sont souvent le signe de mutations sociales et politiques -- par exemple l'arrivée des peuples européens en Iroquoisie au 17e siècle. Cependant cet afflux, ainsi que les bouleversements qui ont suivi, s'est accompagné d'une remarquable activité culturelle et artistique.

Les origines

Au 15e siècle, les ancêtres des Iroquois vivent dans des villages principalement situés dans l'État de New York et dans les actuelles provinces de l'Ontario et du Québec. Les premiers Iroquois attachent beaucoup de prix à certaines matières naturelles (coquillages blancs, cristal de quartz et cuivre), associant à leurs couleurs et à leurs qualités réfléchissantes les pouvoirs de la vie et de la sagesse.

Les Européens qui arrivent au début du 17e siècle fondent des colonies autour des villages iroquois. Les Français s'installent dans l'est du Canada, les Hollandais et les Anglais dans l'actuel État de New York. Au début du commerce des fourrures, le rôle crucial des Iroquois leur permet d'obtenir des haches en fer, des chaudrons en cuivre, des tissus, des perles de verre et des aiguilles en acier. Les perles de verre, brillantes et translucides, sont rapidement incorporées aux systèmes de croyances iroquois et deviennent un produit de base dans les échanges de cadeaux scellant les alliances et les traités.

Les Iroquois adaptent les matières européennes à la fabrication de leurs costumes et à leurs accessoires vestimentaires, remplaçant la peau par le tissu, les piquants de porc-épic par les perles et les motifs peints par les appliques de ruban de soie. Leurs costumes, vibrants et particuliers, étaient un moyen important d'affirmer leur identité et leur souveraineté à une époque où sévissaient les mesures gouvernementales de répression.

La création

Beaucoup d'Iroquois parlent du perlage comme d'une force positive, qui « aide à avancer » quand les temps sont durs. Selon la tradition, les amies et les femmes de la famille se réunissaient chez l'une ou l'autre d'entre elles pour faire du perlage. Aujourd'hui, les artistes iroquois expliquent que, tout jeunes, ils ont appris bien davantage que la couture en écoutant les aînés et en regardant les femmes faire du perlage. On assignait diverses tâches aux enfants trop petits pour participer à ce cercle : triage et ramassage des perles éparpillées au sol, préparation du thé et des collations, etc. Les artisans se souviennent des récits de leurs grands-mères évoquant la façon dont les familles vivaient autrefois.

Commercialisation

Les Iroquois ont offert et vendu de splendides objets artisanaux à des Européens curieux dès la fin du 16e siècle. Vers le milieu 19e siècle, ils se mettent à la production et à la vente à grande échelle d'objets perlés, lorsque leur situation économique se détériore.

Vers les années 1840 apparaissent des services de trains et de bateaux à vapeur à horaires fixes ainsi que des hôtels, des stations touristiques, des guides et des voyages organisés dans des endroits pittoresques du nord-est. Cet essor s'accompagne d'une clientèle saisonnière régulière, avide de souvenirs de voyage. Animés d'un grand esprit d'entreprise, les artisans iroquois et leurs familles font du porte-à-porte, vendent leurs produits dans les gares et les marchés, montent des kiosques dans leurs villages et vont là où se trouvent les touristes, notamment aux chutes du Niagara.

Vers le milieu du 19e siècle, les vendeurs sont bien établis à Kahnawà:ke, l'un des lieux d'arrêt des bateaux et des trains au départ de Montréal. Aucune visite de Montréal n'est complète sans l'expérience exaltante que représente la descente des rapides de Lachine en compagnie de pilotes mohawks. L'achat de souvenirs perlés à l'occasion de cette aventure est incontournable.

En reconnaissance de leur loyauté pendant la révolution américaine, les Tuscaroras obtiennent l'autorisation exclusive de vendre des objets perlés aux chutes du Niagara. Ce droit est toujours honoré. Les artisans tuscaroras participent à une loterie dont les prix sont l'accès aux meilleurs points de vente. Par ailleurs, ce statut privilégié a permis aux Tuscaroras de servir d'intermédiaires dans la vente d'objets perlés fabriqués par d'autres nations iroquoises du début des années 1800 à aujourd'hui.

Il fallait des mois de travail pour produire des objets perlés en quantité suffisante pour le marché touristique. Certains, s'improvisant marchands intermédiaires, voyageaient en Amérique du Nord et à l'étranger avec des malles et des paniers débordants de souvenirs perlés. Les salons régionaux, nationaux et internationaux s'avèrent des lieux particulièrement propices à la vente.

Le traité de Jay garantissait depuis 1794 la libre circulation des autochtones et de leurs biens personnels entre le Canada et les États-Unis. Toutefois, les produits perlés destinés à la vente ne franchiront librement la frontière qu'en 1873, à la suite d'une pétition des Iroquois du Canada adressée à l'État américain. Grâce à leurs voyages locaux et internationaux, les vendeurs et les artistes iroquois acquièrent une expérience cosmopolite.

Au début du 20e siècle, l'âge d'or de la vente d'objets perlés est terminé. Plusieurs facteurs -- nouvelles habitudes touristiques, importation massive de souvenirs fabriqués en série, évolution des styles vestimentaires et des tendances de décoration intérieure -- provoquent le déclin rapide de ce marché. En outre, les consommateurs adoptent l'idée, aujourd'hui désuète, voulant que l'art autochtone montrant certaines influences occidentales de mode soit moins « authentique ». Dans les années 30, pendant la Grande Dépression, les gouvernements canadien et américain subventionnent divers projets culturels et économiques favorisant la survie de l'art autochtone.

Source : Textes de l'exposition À la croisée des chemins : le perlage dans la vie des Iroquois
1999-2000.

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