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Les Haïdas de la côte du Nord-Ouest

Par l'équipe de conservation de Moira McCaffrey, Directrice, Recherche et expositions, Musée McCord; Guislaine Lemay, Adjointe à la conservation; et Robert Davidson, Conservateur invité

Sur leur île luxuriante au large de la côte du Nord-Ouest, Haida Gwaii, sur le territoire de l'actuelle Colombie- Britannique, les Haïdas ont créé un univers d'une expression artistique exceptionnelle - un univers qui leur a permis de survivre à leur quasi-disparition à la fin du 19e siècle.

Par le passé, tout comme aujourd'hui, l'activité artistique chez les Haïdas était ouverte aux hommes et aux femmes. Leur production artistique était d'une variété étonnante : coffres sculptés et peints, masques vivants, paniers finement tressés, chants et danses complexes, motifs de tatouage raffinés, mâts totémiques imposants. Les œuvres d'art haïdas de la collection du Musée McCord reflètent les goûts d'un seul collectionneur, le réputé géologue canadien George Mercer Dawson (1849-1901). Comme il s'agit essentiellement d'objets sculptés et peints, ils ont sans doute été fabriqués par des artistes masculins.

La vie et l'art dans Haida Gwaii

Thuyas majestueux, paysages marins spectaculaires et ressources naturelles riches et diversifiées font de Haida Gwaii un lieu exceptionnel. Selon les recherches archéologiques, l'arrivée des premiers peuples sur la côte du Nord-Ouest remonte à quelque 12 000 ans, soit à la fin de la dernière glaciation. Il y a 5 000 ans, les ancêtres haïdas organisaient des récoltes saisonnières de saumon et de flétan, chassaient les mammifères marins et terrestres et remplissaient leurs paniers de plantes comestibles. Les palourdes et les moules, disponibles en abondance, étaient cuites à la vapeur et consommées à longueur d'année.

Dans ce milieu naturel fécond, la culture des Haïdas a atteint un haut degré de sophistication et de complexité, se distinguant par une population grandissante, une surabondance de nourriture et une grande importance accordée à la richesse et au statut. Avec l'établissement de villages permanents, il était désormais possible d'entreposer en toute sécurité la nourriture, les outils et les objets de luxe, et les artisans spécialisés pouvaient se consacrer davantage à la création artistique. Bien que les objets en bois sculptés et peints n'aient pas survécu au-delà de quelques centaines d'années, la découverte d'objets gravés faits d'andouillers et d'os datant d'il y a 2 500 ans prouve qu'il existait déjà à cette époque un vocabulaire artistique distinctif.

Les Européens

L'explorateur espagnol Juan Pérez sera le premier Européen à apercevoir Haida Gwaii en 1774, suivi du navigateur britannique James Cook en 1778. Peu de temps après, les marchands d'Europe et d'Amérique commencent à échanger des vêtements, des perles de verre et des couteaux en acier contre des peaux de loutre de mer et toutes sortes de produits haïdas, comme des pirogues, des bols et des cuillères sculptés et des boîtes de rangement peintes. Suite au contact avec ces étrangers, les Haïdas contractent la maladie de la variole pour la première fois en 1791. Mais l'épidémie la plus meurtrière aura lieu en 1862, lorsque des voyageurs de retour de Victoria ramèneront la maladie dans Haida Gwaii. En deux ans, la population déclinera à un point tel que des villages entiers seront abandonnés, forçant les survivants à se regrouper à Masset et à Skidegate.

Art cérémoniel

La société haïda traditionnelle était hautement structurée, reflétant l'accès - à différents degrés - aux ressources et au pouvoir, ainsi que les croyances religieuses complexes entourant les royaumes animal et spirituel. Les Haïdas étaient divisés en deux groupes sociaux ou moitiés, appelés Corbeaux et Aigles, dont chacun comprenait un certain nombre de lignages. Les mariages avaient lieu entre les Corbeaux et les Aigles, et les enfants devenaient membres de la moitié de leur mère.

Les villages hivernaux permanents pouvaient compter jusqu'à 40 immenses maisons en planches de cèdre disposées en rangées le long du rivage, chacune pouvant abriter de 25 à 40 membres d'une famille. Dirigé par le chef du plus haut rang, le village était une unité politiquement indépendante, basée sur des territoires appartenant au lignage.

Chaque lignage donnait à ses membres le droit à un éventail de ressources économiques, comme des lieux de pêche, des zones de chasse ou de cueillette et des sites d'habitation. Cependant, la richesse qui donnait l'élan à la production artistique et qui en établissait le contexte provenait essentiellement de biens intangibles hérités des ancêtres, comme les droits à des danses, des chants, des noms, des masques et des objets de parure, ainsi qu'à des emblèmes et autres symboles d'identification, mis en évidence dans les créations sculptées et peintes des artistes.

Potlatch

Le potlatch est un grand festin cérémoniel organisé par une famille puissante à l'occasion d'une naissance, d'un décès, de l'attribution d'un nom, de la nomination d'un nouveau chef ou de l'érection d'un mât totémique. Les hôtes y gagnent du prestige et légitiment leur statut social en distribuant des présents et en affichant des emblèmes symbolisant leurs droits hérités. Les danses font partie intégrante des potlatchs, des festins et autres cérémonies. Dans de telles occasions, l'art est intégré aux chants, aux danses et à des reconstitutions dramatiques des expériences vécues par les ancêtres. Le masque, qui prend vie lorsqu'il est animé par les mouvements d'un danseur doué - spécialement devant un feu - constitue une façon de recréer le passé de manière dramatique. Si les danses sont délibérément conçues pour impressionner, le but de leur exécution est de valider l'histoire ancienne et les prérogatives de la famille du propriétaire du masque.

L'art, hier et aujourd'hui

Entre 1885 et 1951, le gouvernement canadien a déclaré le potlatch illégal, mettant ainsi en péril la survie des croyances et de l'art traditionnel haïdas. Mais les Haïdas ont persévéré, et les dernières décennies ont été marquées par le déploiement d'une nouvelle énergie culturelle et créatrice. Les artistes haïdas contemporains explorent sans cesse le langage ancestral de leur art, à la fois le fondement de nouvelles créations, et le vocabulaire servant à l'écriture des histoires futures de leur peuple.

 

Source : Exposition L'art haïda : les voies d'une langue ancienne, 2006

RÉFÉRENCES

Berlo, Janet C. et Ruth B. Phillips. Native North American Art, Oxford, Oxford University Press, 1998.

Davidson, Robert et Ulli Steltzer. Eagle Transforming: The Art Of Robert Davidson, Vancouver, Douglas & McIntyre; Seattle, University of Washington Press, 1994.

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MacNair, Peter, Robert Joseph et Bruce Grenville. Down from the Shimmering Sky: Masks of the Northwest Coast, Vancouver, Douglas & McIntyre; Seattle, University of Washington Press; Vancouver, Vancouver Art Gallery, 1998.

Suttles, Wayne (sous la dir. de). Northwest Coast, vol. 7 de Handbook of North American Indians, Washington, Smithsonian Institution, 1990.

Vaughan, Thomas et Bill Holm. Soft Gold: The Fur Trade and Cultural Exchange on the Northwest Coast of America, 2e édition, Portland (Oregon), Oregon Historical Society Press, 1990. Publié pour la première fois en 1982.

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