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Les écossais à Montréal au 19e siècle

Par Pierre Wilson, Heather McNabb et Annick Poussart

Au 19e siècle, qu'ils quittent les Highlands ou les Lowlands avec le reste du clan, avec leurs parents et enfants ou avec un coffre pour tout compagnon, tous les émigrants écossais partagent le même rêve : améliorer leurs conditions de vie.

La traite des fourrures : des partenariats profitables

Sous la Conquête, le lucratif trafic de fourrures qu'avait interrompu la guerre reprend de plus belle. Et c'est avec des Écossais que les coureurs des bois, désormais appelés voyageurs, s'associent en un partenariat mutuellement profitable. Les Écossais, habiles commerçants et hommes de loi, n'hésitent pas à affronter les étendues sauvages pour s'approvisionner en fourrures, mais surtout, ils savent comment ouvrir les portes des vastes marchés de l'Empire britannique. Quant aux voyageurs, leur connaissance du terrain est à rendre jaloux les castors eux-mêmes. Cette importante traite des fourrures vaudra à Montréal ce que le commerce du tabac apportera à Glasgow à la fin du 18e siècle : de colossales réserves financières, qui serviront de carburant à la révolution industrielle.

Dès 1780, des Écossais de Montréal désireux de contrer le monopole de la traite des fourrures détenu par la Compagnie de la Baie d'Hudson (CBH) fondent la Compagnie du Nord-Ouest (CNO). Employant les voyageurs canadiens, qui pénètrent profondément le territoire pour aller rejoindre la clientèle chez elle, la CNO s'empare bientôt des deux tiers du marché. La CBH n'apprécie guère... Après des années d'affrontements plus ou moins violents sur le terrain, les compagnies fusionneront en 1821.

Plusieurs Écossais passent l'hiver au poste de traite, longs séjours qui créent des occasions d'échanges... de toutes natures. Certains hommes vont ainsi se marier à la mode du pays -- une jolie façon de dire qu'ils vivent en concubinage avec une Amérindienne. Ces mariages mixtes devinrent si courants qu'un nouveau groupe se forma ainsi peu à peu, les Métis. Ces derniers, avantagés par leur double culture, ont longtemps été recherchés par les marchands de traite en tant que voyageurs, interprètes, guides et commis.

Success stories ... à l'écossaise

Au 19e siècle, le Canada offre des possibilités d'avancement social et d'accès à la propriété que la mère patrie ne peut leur offrir... Ainsi, aux premières lignes d'une industrialisation canadienne en plein essor se trouve une nouvelle génération d'immigrants écossais qui a choisi de s'établir à Montréal, alors la métropole canadienne et un carrefour continental majeur.

Les Écossais venus s'installer ici disposent généralement d'un niveau de formation supérieur à celui des autres habitants. Très vite, leur conscience aiguë de l'importance d'être éduqué va les placer à la tête du développement des institutions anglophones. Ainsi, dans le Montréal du 19e siècle, le commerce et l'industrie génèrent des fortunes personnelles dont la collectivité bénéficie ensuite grâce à des gestes philanthropiques posés dans diverses sphères, telle l'éducation. À leur tour, les activités commerciales et industrielles tirent profit des progrès scientifiques issus des institutions à travers la recherche et le partage des connaissances. À titre d'exemple, l'Université McGill, fondée par des Écossais, reçoit des dons généreux de la communauté écossaise de Montréal et engage des architectes écossais pour concevoir ses bâtiments.

Sous l'impulsion des Écossais, de vastes manufactures de brique rouge pousseront comme des champignons le long du canal de Lachine et près des quais. Forts d'une éducation solide, d'un sens des affaires redoutable, de contacts clés dans les réseaux financiers et politiques, et surtout, d'un désir de réussir que leur religion, loin d'interdire, encourage, ces hommes d'origine souvent modeste vont édifier empires et fortunes. Ne pensons qu'à certains Écossais de Montréal qui se trouvent à la tête des compagnies des deux grands chemins de fer devant relier les Canadiens d'un océan à l'autre, l'ICR (Intercontinental Railway) et le CPR (Canadian Pacific Railway).

Des dizaines d'associations et d'institutions

Les Montréalais d'origine écossaise ont fondé au cours des années leurs propres institutions :

  • Le Beaver Club : Pour être membre de cette institution fondée en 1785, il faut avoir participé à un voyage de traite et avoir passé au moins un hiver à l'un des comptoirs des pays d'en haut, comme on appelle alors l'Ouest et le Nord-Ouest du Canada.
  • Le Royal Montreal Curling Club : Le premier club de curling en Amérique du Nord, fondé en 1807.
  • Le Montreal General Hospital : L'hôpital est créé en 1822. L'équipe de médecins de l'hôpital fait pression auprès des administrateurs afin que soit créée une école de médecine sur le modèle de celle de l'Université d'Édimbourg. L'année suivante, la Montreal Medical Institution ouvre ses portes. Une entente sera alors conclue avec les autorités de l'Université McGill, qui n'existe encore que sur papier, afin que cette école en devienne la première faculté.
  • La St. Andrew's Society of Montreal : La St. Andrew's Society of Montreal, créée en 1835 par des Écossais d'allégeance tory, fournit assistance et conseils aux Écossais d'origine, voire des bourses de perfectionnement et d'étude, et organise des rencontres et des célébrations traditionnelles.
  • La Caledonian Society of Montreal : Créée en 1855 par la St. Andrew's Society afin d'encourager et de promouvoir les jeux, les sports, l'histoire, la poésie et les chansons de l'Écosse, ainsi que d'autres activités sociales comme le concert annuel de l'Halloween.
  • Le Black Watch of Canada : Face à la menace potentielle des régiments féniens (régiments formés d'anciens combattants de la guerre de Sécession et constitués d'Irlandais qui luttent pour libérer l'Irlande), plusieurs hommes d'affaires influents de Montréal, Écossais d'origine, réagissent en formant en 1862 le 5th Battalion Royal Light Infantry, qui deviendra le Black Watch (Royal Highland Regiment) of Canada.
  • Le Royal Montreal Golf Club : Le premier club de golf - un sport d'origine écossaise - en Amérique a été fondé le 4 novembre 1873 dans la métropole du Canada, là où résident les barons du commerce, dont plusieurs Écossais de naissance ou de descendance.

Source : Textes de l'exposition Les Écossais. Des Montréalais pure laine
Musée McCord, 2003-2004

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