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Le hockey à Montréal depuis le 19e siècle

Par Michel Vigneault et Annick Poussart

Les origines du hockey

La crosse
Bien avant l'arrivée des Européens en Nouvelle-France, les tribus amérindiennes se livrent à des jeux rituels pour obtenir des esprits une pluie nourricière ou la guérison d'un malade. L'un de ces jeux sera rebaptisé « Lacrosse » (sic) par les Jésuites, à cause de la ressemblance du bâton avec la crosse d'un évêque.

Entre 1859 et 1867 - en pleine fièvre nationaliste - un dentiste montréalais, le Dr W. George Beers, fait campagne pour que la crosse, plutôt que le cricket britannique, devienne le sport national canadien. S'inspirant du jeu amérindien, il définit des règlements auxquels le hockey empruntera la présence de buts (deux poteaux distants de 2,4 mètres) et de gardiens de but.

Le patinage
Depuis des millénaires, les lames de patins glissent sur les surfaces glacées des pays nordiques. Ce furent d'abord des os taillés que les Vikings attachaient à leurs bottes. Puis, les lames de bois donnèrent des ailes aux pieds des Hollandais. Les lames de fer firent ensuite connaître aux Britanniques et aux Français les plaisirs du patinage.
Au 17e siècle, des colons français introduisent les patins à Montréal, sans se douter qu'ils préparent ainsi la naissance d'un sport pour virtuoses sur glace.

Bandy, shinny et hurling
Autres ancêtres du hockey, bandy, shinny et hurling sont importés au Canada vers 1840 par des soldats britanniques. Des versions hivernales sont alors créées, jeux dont la pratique, non réglementée, demeure mal connue. Au fil des ans, les Montréalais d'origine britannique, irlandaise et française jouent côte à côte sur le fleuve, sans se mêler toutefois, semble-t-il.

Le rugby
La légende veut que vers 1830, le jeune Thomas Brown, élève à la Rugby Public School, ait « inventé » le rugby en transportant par erreur le ballon de... soccer dans ses mains. Vrai ou faux? Mystère. Ce qui est certain, toutefois, c'est que le rugby - un sport de contact - a légué au hockey sa robustesse, ainsi que la présence d'une zone à l'arrière du but; l'interdiction de faire une passe avant; ses premiers joueurs, les membres de l'équipe de rugby de McGill.

La première « vraie » partie

Au soir du 3 mars 1875, sur la patinoire Victoria de Montréal, deux équipes de neuf joueurs s'affrontent pour la première fois en public. Tous ces fils de l'élite montréalaise ont étudié, étudient ou étudieront à l'Université McGill. Aucun ne réalise qu'il participe à ce que les historiens du hockey considèrent aujourd'hui comme la première partie de hockey sur glace.

Le premier tournoi

C'est dans le cadre du Carnaval de Montréal, et sur le fleuve, que s'affrontent pour la première fois des équipes de villes différentes : Montréal, Ottawa et Québec. La Coupe du Carnaval va au vainqueur. D'une durée d'une semaine, ce carnaval est organisé par et pour l'élite : l'horaire est incompatible avec celui des ouvriers. Trois éditions auront lieu. Successeur du Carnaval et instrument d'identité dans un Canada tout neuf, le Championnat du Dominion, en 1886, donnera lieu cette fois à une saison complète de rencontres. Les Crystals de Montréal en seront les vainqueurs.

Les premières patinoires

1862-1937 : Le Victoria Skating Rink

Voisine de l'hôtel Windsor, la patinoire Victoria brille dans l'histoire du hockey :

  • Ses dimensions (60,9 x 25.9 mètres) fixeront la norme des patinoires nord-américaines.
  • C'est là que se joue, le 3 mars 1875, la première partie publique. Le fait de jouer sur une surface ainsi restreinte plutôt que sur de vastes espaces extérieurs influence aussi le jeu : la balle est remplacée par un bloc de bois et le nombre de joueurs diminue.
  • C'est là que les MAAA et Ottawa s'affrontent pour la première finale de la coupe Stanley.
  • C'est là que sont aménagées les premières « loges corporatives » (un balcon, comme au théâtre).

1898-1918 : Le Westmount Arena
Première patinoire construite spécifiquement pour le hockey - et pour remplacer une Victoria vieillissante - l'Aréna de Westmount accueille 5 000 spectateurs, peut-être même 10 000. Sa bande, haute de quatre pieds (celle de Victoria ne mesure qu'un pied), est ponctuée de colonnes heureusement rembourrées.

Les premières équipes

McGill : la première équipe organisée
En 1875, des étudiants de McGill disputent la première partie de hockey. En 1877, ils forment la plus ancienne équipe de hockey encore active. En 1881, ils posent sur la plus ancienne photo connue d'une équipe de hockey, revêtus de leur chandail de rugby. En 1883, ils gagnent la première Coupe du Carnaval. En 1887, ils participent à la fondation de la première ligue universitaire. L'histoire du hockey, c'est d'abord celle d'étudiants s'amusant sur la patinoire de l'Université McGill.

Les autres équipes montréalaises :

  • Les Victorias : Équipe de gens d'origine écossaise (1880-1931)
  • Les MAAA : Équipe de gens d'origine britannique (1885-1931)
  • Les Shamrocks : Équipe de gens d'origine irlandaise (1891-1917)
  • Le National : Première équipe de francophones, formée d'anciens étudiants du Mont-Saint-Louis (1895-1925)
  • Le Montagnard : Équipe d'anciens étudiants du Collège Sainte-Marie, auparavant raquetteurs (1898-1907)

1900. Les femmes aussi jouent au hockey. Pour les bonnes œuvres.

Une première équipe féminine de hockey se forme au tournant du siècle. Émancipation? Non. Si l'on permet à ces dames de jouer sur la glace, c'est afin de ramasser des fonds pour les soldats combattant en Afrique du Sud dans la guerre des Boers (1899-1901). Évidemment, on joue en robe longue. Montrer ses chevilles serait des plus inconvenants pour des chrétiennes.

Source : Textes de l'exposition Montréal, tout est hockey
Musée McCord, 1996

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