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Photographies composites, 19e et début du 20e siècle

Par Stanley Triggs

Au milieu du 19e siècle, à l'époque des émulsions lentes et des longs temps de pose, il est inévitable que certains bougent pendant les séances de photographie réunissant plusieurs personnes, que d'autres aient une expression peu engageante ou que d'autres encore soient partiellement cachés par ceux qui se trouvent devant eux. Les photographes qui réalisent des photographies composites cherchent à pallier ces problèmes tout en offrant à leurs clients des photos plus naturelles.

Pourquoi produire des composites?

Les limites techniques de la photographie ne permettent guère de photographier un groupe de trois ou quatre cents personnes sur le mont Royal, en costume de raquetteurs, de fournir, de transporter et de placer les supports devant permettre à tout ce monde de tenir le temps de pose, et de s'attendre en outre à créer une composition dynamique, où chaque participant serait parfaitement au foyer et paraîtrait à son mieux. Cependant, en studio, où l'on peut contrôler les conditions, où chaque personne est photographiée individuellement et dispose d'un support l'empêchant de bouger la tête, on peut garantir un portrait net, une expression plaisante et une bonne attitude. Mais il est même impossible de photographier un petit groupe, telle une famille, à l'intérieur et sur une seule photo. La plupart des familles veulent être photographiées dans leur salon ou dans leur salle de séjour, mais il faut un temps de pose d'au moins une heure pour enregistrer la pièce. On photographie donc d'abord la pièce seule, puis on agrandit le cliché et on ajoute les personnages.

Le collage comporte d'autres avantages. Cette technique commode permet en effet d'inclure tous les membres d'une famille, même les absents. Il suffit par exemple d'écrire au frère ou à la sœur habitant à l'étranger pour lui demander d'envoyer un portrait de tel format le ou la représentant dans telle attitude. Quand le portrait arrive, on le découpe et on l'ajoute à la photo de groupe. Ainsi, rien n'empêche d'inclure à ce genre de photographie le portrait de grands-parents décédés. On se contente de copier une image adéquate les représentant en buste et de la coller. Il n'est bien sûr pas question d'être macabre au point d'inclure une personne décédée dans un groupe. On préfère placer au mur l'image du défunt, entourée d'un cadre peint, derrière le groupe. Les peintres européens utiliseront longtemps cette technique.

La fascination qu'exerce la photographie à l'époque victorienne s'explique par la capacité de l'appareil d'enregistrer avec précision et minutie tous les détails qu'il fixe. Cette fascination se reflète d'ailleurs dans le style choisi par les photographes et dans le genre d'images achetées par le public, qui veut des photos « précises », d'une « netteté parfaite », « naturelles » et « ressemblantes ». L'ajout de la couleur aux photos composites et aux portraits réalisés en studio constitue une autre manifestation du désir de réalisme du public.

Les composites du studio photographique Notman

À notre connaissance, la première photographie composite réalisée par Notman date de 1864. Il s'agit d'une image toute simple, représentant dans un cadre pastoral un frère et une sœur assis sous un arbre touffu. Quelques autres suivront, empreintes de la même simplicité. Ce n'est qu'en 1870, lorsqu'il entreprend le Carnaval de patinage, que Notman étudie sérieusement cette technique. D'avril à août 1870, The Gazette publie plusieurs annonces invitant les Montréalais à aller voir la photo composite ainsi que sa version agrandie et coloriée, exposées au studio. Le 21 mai 1870, le Canadian Illustrated News présente un grand « leggotype » (reproduction en demi-ton inventée par Charles Leggo) de l'image, accompagnée de commentaires enthousiastes.


Encouragé par l'accueil du public et par les ventes nombreuses des copies de formats variés du Carnaval de patinage, Notman décide alors d'inclure à ses services de base la production de photos composites. Au cours des cinq prochaines années seulement, le studio de Montréal produira plusieurs douzaines de photos composites sur des sujets aussi divers que l'armée, la famille, l'école, le théâtre, l'église et les sports, dont la raquette, l'aviron, le camping, le patinage, la crosse, le football et le cricket. Le projet le plus ambitieux de cette première époque demeure l'image composite de 1875, La première assemblée générale de l'Église presbytérienne au Canada, qui rassemble plus de 450 personnes. À dater de là, les photos composites incluant de 300 à 450 portraits, à la composition et à la conception toujours plus poussées, deviennent courantes.

Source : Catalogue Les photographies composites de William Notman
Musée McCord, 1994

RÉFÉRENCES

Gernsheim, Helmut et Alison Gernsheim. The History of Photography, New York, McGraw-Hill Book Co., 1969.


Greenhill, Ralph et Andrew Birrell. Canadian Photography: 1839-1920, Toronto, Coach House Press, 1979.


Hall, Rodger, Gordon Dodds et Stanley G. Triggs, The World of William Notman, Toronto, McClelland & Stewart Inc., 1993.


Harper, Russell et Stanley G. Triggs. Portrait of a Period, Montréal, McGill University Press, 1967.


Triggs, Stanley G. William Notman: The Stamp of a Studio/William Notman : l'empreinte d'un studio, Toronto, Musée des beaux-arts de l'Ontario et Coach House Press, 1985.


Triggs, Stanley G. William Notman's Studio: The Canadian Picture/ Le studio de William Notman. Objectif Canada, Montréal, Musée McCord d'histoire canadienne, 1992.

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