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Les beaux jours de l'ombrelle, fin du 19e et début du 20e siècle

Par Jacqueline Beaudoin Ross

En plus de protéger du soleil, l'ombrelle, également appelée parasol, fut jadis un accessoire de mode. Dès la Grèce et la Rome antiques, les hommes et les femmes ont utilisé l'ombrelle pour se préserver avec élégance des rayons du soleil. À l'origine, cependant, sa fonction était plus complexe : elle était également un insigne de l'autorité et du rang de ceux qui détenaient le pouvoir.

À la fin du dix-huitième siècle, cet accessoire connaissait une popularité grandissante et figurait souvent dans les gravures de mode qui avaient commencé à faire leur apparition en France. La vogue de l'ombrelle s'est ensuite étendue à l'ensemble du monde occidental.

Au dix-neuvième siècle, l'ombrelle constituait un élément important d'une tenue à la mode. Pour une dame de la haute société, il était de mise d'avoir un teint pâle sans avoir recours, si possible, au maquillage, car cela renforçait l'idéal d'oisiveté et de dépendance par rapport à l'époux. En outre, cela lui permettait de se distinguer de la masse bronzée par le soleil qui travaillait en plein air. Bientôt, l'ombrelle devint un accessoire essentiel des élégantes, un objet flatteur qui se prêtait parfaitement aux caprices de la mode. Les ombrelles épousaient tous les styles, souvent influencés par les silhouettes, les tissus, les ornements et les couleurs alors à la mode, ou par d'autres accessoires comme le sac à main. Leur charme indéniable explique pourquoi elles sont si souvent représentées dans les peintures de cette époque.

Les voiles étaient aussi utilisés pour se protéger du soleil, tout comme les bonnets de soleil dans un contexte plus familier et rural. La disparition de ce type de protection, et plus particulièrement de l'ombrelle, fut provoquée par la fureur du bronzage qui a commencé à la fin des années 1920.

Depuis lors, l'ombrelle n'a jamais retrouvé sa place parmi les accessoires de mode importants. Depuis quelques années cependant, on cherche à nouveau à se protéger du soleil, non pour des raisons de mode, mais plutôt de santé. Mais les moyens pour y parvenir ont changé : des crèmes, des lotions et des produits de maquillage scientifiquement mis au point ont remplacé l'ombrelle, et sont de toute évidence beaucoup plus pratiques et mieux adaptés aux vies actives de la plupart des femmes d'aujourd'hui. Ces produits résultent en un nouveau teint plus clair, renaissance cyclique du teint d'« ivoire » si recherché au siècle dernier.

La fabrication des ombrelles

Lorsque les ombrelles commencèrent à devenir populaires à la fin du dix-huitième siècle, elles étaient fabriquées et vendues en France par le boursier, qui fabriquait également des parapluies ainsi qu'une grande variété d'articles, dont des culottes de peau. Après 1808, certains fabricants se consacrèrent uniquement à la fabrication d'ombrelles. Si l'on en sait que très peu sur les débuts de la fabrication des ombrelles en Grande-Bretagne, il semble probable que seuls les ateliers spécialisés en assuraient la production.

Pour fabriquer une ombrelle, on commençait d'abord par assembler la carcasse des baleines et des rayons pour ensuite la fixer au manche et à la poignée. Dans les ateliers spécialisés, cette tâche était accomplie par un service particulier. La couverture était fabriquée séparément, quoique souvent dans le même établissement. À l'aide d'un patron, on découpait les pans de la couverture dans le tissu qui était plié de façon que la taille de l'ombrelle puisse être effectuée en une seule opération. Les pans étaient ensuite assemblés et cousus solidement à la carcasse. Autant que nous sachions, se sont des femmes qui s'acquittaient de cette tâche au dix-neuvième siècle.

À la fin du dix-huitième siècle et tout au long du dix-neuvième, un nombre incroyable de brevets ont été délivrés en Angleterre et en France pour des ombrelles et des parapluies. La mise au point en Angleterre d'une baleine plus solide fut l'objet d'un grand nombre de ces brevets. Les premières baleines d'ombrelles étaient en jonc ou en fanon de baleine, celles de cuivre n'ayant fait leur apparition que dans les années 1830. L'acier commença à être utilisé en 1840 avec l'invention, par Henry Holland, des baleines tubulaires en acier trempé. Mais cette innovation fut éclipsée par le travail du Britannique Samuel Fox qui inventa une baleine d'acier massif en 1847, suivie en 1852 de baleines en forme de U en sections, vendues sous le nom commercial de « Paragon », et dont la publicité disait qu'elles étaient les plus résistantes de l'époque. On continua à perfectionner la baleine de l'ombrelle au cours des décennies suivantes.

L'invention de la machine à coudre dans les années 1860 - événement d'une importance capitale - a mené à l'industrialisation et à la production en série de nombreux accessoires de mode, dont les ombrelles. En conséquence, le prix des ombrelles a chuté et cet accessoire élégant devint de plus en plus à la portée de toutes les bourses.

L'ombrelle à Montréal

Les ombrelles étaient offertes dans les boutiques de Montréal dès le début du dix-neuvième siècle, sinon plus tôt, et nous savons que les Montréalais suivaient de près la mode européenne grâce aux journaux et aux magazines de mode importés. Les ombrelles furent d'abord importées, principalement de Grande-Bretagne avec laquelle les liens commerciaux étaient solidement établis depuis la chute du régime français en 1763.

Cependant, bien que l'on pût trouver des ombrelles importées, il existait déjà des fabricants d'ombrelles à Montréal dans les années 1840. Nous savons par exemple qu'un certain P. McIver, fabricant d'ombrelles, tenait commerce rue de la Gauchetière en 1847 et qu'il demeura en affaires jusqu'en 1869. On retrouve dans le Montreal Directory de Mackay de 1852-1853 les noms de sept fabricants de parapluies et d'ombrelles. À compter de cette période, la présence de l'ombrelle à Montréal, tant importée que de fabrication locale, est amplement documentée.

Source : Textes de l'exposition Les beaux jours de l'ombrelle
Musée McCord, 1994

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