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Le pont Victoria de Montréal, au 19e siècle

Par Stanley Triggs, Brian Young, Conrad Graham et Gilles Lauzon

Symbole de l'industrialisation à Montréal au dix-neuvième siècle, salué à l'époque comme la huitième merveille du monde, le pont Victoria a joué un rôle essentiel dans l'essor de la ville et du pays. C'est encore aujourd'hui l'un des repères de Montréal et un élément vital de son système de transport.

Montréal, une île

Le site de Montréal est un site naturel situé à l'extrémité de la partie navigable du fleuve Saint-Laurent. Les rapides de Lachine et les courants impétueux bloquent la route des navires en provenance d'outre-mer et ceux qui remontent le fleuve. L'insularité de Montréal accentue les problèmes de transport de la ville, qui s'aggravent en outre chaque hiver lorsque le fleuve gèle. La navigation est alors paralysée et les activités économiques urbaines très réduites.
Cette situation avantage toutefois le trafic local, pour lequel la surface gelée se transforme en route.

Avant l'arrivée du chemin de fer, l'île de Montréal dépend des cours d'eau avoisinants pour accéder à son riche hinterland, en amont, et aux villes et cités du Haut-Canada. Dans les années 1840, les canaux qui longent la rivière Richelieu, la rivière des Outaouais et le fleuve Saint-Laurent constituent un réseau bien au point.

Compliqué et lent, le transport terrestre sert surtout à expédier les marchandises légères destinées à une population locale ou à approvisionner des villages éloignés, situés à une certaine distance des principales voies d'eau, comme ceux des Cantons de l'Est. Il faut trois journées de diligence pour faire Sherbrooke-Montréal.

Le rail est vite reconnu comme étant le seul système de transport offrant un maximum de flexibilité et d'efficacité.

La naissance du chemin de fer

Avant le Grand Tronc, la caractéristique des quelques courtes voies ferrées canadiennes est de suppléer au trafic fluvial. La première voie ferrée est celle de la Champlain et du Saint-Laurent (1836). D'une longueur de vingt-neuf kilomètres, elle sert de « portage » entre Saint-Jean-sur-Richelieu et La Prairie, sur le Saint-Laurent.

S'il est évident que Montréal et les deux provinces du Haut et du Bas-Canada doivent bénéficier d'un système ferroviaire plus étendu, incluant un port maritime libre de glaces, le premier à faire pression en ce sens est un homme d'affaires de Portland, John Alfred Poor, en 1844.

Propriétaires, marchands et fermiers des Cantons de l'Est harcèlent les hommes politiques de pétitions exigeant un meilleur accès à leur région. Le plus actif d'entre eux est Alexander Tilloch Galt. Les efforts combinés de Poor et de Galt mènent rapidement à la création, en 1845, de la Compagnie du chemin à lisses du Saint-Laurent et de l'Atlantique.

En 1852, toute la ligne est louée à la nouvelle Compagnie du Grand Tronc dont la charte prévoit la construction du pont Victoria et le prolongement de la ligne vers l'ouest, jusqu'à Toronto.

Promoteurs et défenseurs des chemins de fer

Plusieurs personnes ont joué un rôle important dans la concrétisation du projet de construction du pont Victoria :

  • John Young, figure dominante du commerce montréalais, soutient dès 1846 le projet d'un pont reliant Montréal à la rive sud, et par là d'une voie ferrée qui rejoindrait en toutes saisons le port maritime de Portland (Maine). En 1851, son entrée en politique lui permet de promouvoir son rêve.
  • George-Étienne Cartier est l'un des hommes politiques les plus influents à faire campagne pour obtenir le soutien du gouvernement et des subventions pour les grandes lignes de chemins de fer. Il est en 1852 directeur provisoire de la Compagnie du Grand Tronc avant d'en être nommé conseiller juridique pour le Canada.
  • Tout comme Cartier et Young, John A. MacDonald pense que la prospérité passe par les chemins de fer. Il consacrera sa vie à cette idée.
  • Banquier et journaliste, Francis Hincks commence à défendre activement les chemins de fer lorsqu'il devient co-premier ministre de la Province Unie du Canada.

Les ingénieurs

Puisque l'on ne parvient pas, au Canada, à recueillir suffisamment de capital pour construire cette voir ferrée pourtant essentielle, les promoteurs se tournent vers l'Angleterre. En février 1852 Francis Hincks, alors co-premier ministre de la province du Canada, confie aux entrepreneurs de chemins de fer bien connus Peto, Brassey and Betts le soin de construire la ligne du Grand Tronc et le pont Victoria.

Pour l'érection du pont, la firme fait appel à James Hodges, ingénieur réputé, alors à la retraite. Hodges est responsable non seulement de la construction du pont Victoria mais de celle de tous les ponts, bâtiments, assiettes de chaussées et voies ferrées entre Montréal et Toronto.

Robert Stephenson, dont le nom attire les investisseurs, et Alexander McKenzie Ross, ingénieur résident de la compagnie, sont les deux ingénieurs qui ont conçu le pont.

La construction

La construction du pont Victoria débute le 24 mai 1854. Le pont, qui couvre environ trois kilomètres d'une rive à l'autre, est la plus grande entreprise du genre à cette époque. En raison de sa taille exceptionnelle et des difficultés que rencontrent les entrepreneurs chargés de sa construction, au-dessus d'un fleuve Saint-Laurent gelé, il est salué comme la « huitième merveille du monde ».

Pas moins de 2 000 ouvriers sont affectés à un moment donné à sa construction, chiffre qui exclue les 450 tailleurs de pierre des carrières de Pointe-Claire, près de Montréal, et de Isle La Motte (Vermont), et les 500 marins des deux remorqueurs à vapeur et des soixante-quatorze barges. La majorité des ouvriers et des entrepreneurs sont embauchés sur place, à mesure que les travaux avancent, bien que les entrepreneurs soient venus avec des équipes d'ouvriers spécialisés originaires de toutes les régions des îles britanniques.

En 1858, William Notman est chargé par l'ingénieur James Hodges de photographier toutes les étapes de la construction du pont Victoria.

L'inauguration

Le pont Victoria est officiellement inauguré le 25 août 1860 par le prince de Galles et futur roi Édouard VII. Cette première visite royale officielle en Amérique du Nord britannique crée une grande excitation. Des festivités - les plus importantes jamais organisées au Canada - sont prévues à Saint John's, à Halifax, à Saint John, à Charlottetown, à Québec, Montréal et Ottawa, à Toronto et à Hamilton, sans oublier plusieurs villes américaines faisant partie de l'itinéraire du prince. À Montréal, celui-ci est accueilli au quai Bonsecours, où un pavillon a été érigé en son honneur, et la procession royale passe sous les arcs de triomphe qui embellissent les rues de la ville. Suit alors une semaine de réjouissances, incluant une revue militaire, des concerts, des régates, des bals et des excursions exceptionnelles.

Source : Textes de l'exposition Le pont Victoria. Un lien vital
Musée McCord, 1992

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