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Cartes de Saint-Valentin du 19e et du 20e siècle

Par Pamela Miller

La Saint-Valentin est issue d'un ensemble de traditions, dont les traditions romaine et chrétienne. Chaque année à la même période, les Romains célébraient la fête des lupercales (rite de fécondité). Désirant supprimer les rituels païens, les premiers chrétiens substituèrent aux célébrations romaines des journées dédiées aux saints. Saint Valentin ayant été martyrisé la veille des lupercales, son nom fut associé à un festival printanier célébrant le choix d'un amoureux. Plus tard, la poésie fit référence à ce jour comme celui où les oiseaux choisissaient leur compagnon.

Les valentins sous toutes leurs formes

En Europe, les rituels amoureux associés à la Saint-Valentin comprenaient entre autres l'échange d'objets, tels des gants, des bas et de petites sculptures. Plus tard, on s'échangea des feuilles de papier décorées pour l'occasion et sur lesquelles des messages poétiques étaient écrits à la main.

En Angleterre et en France, vers la fin du dix-huitième siècle, le papier à écrire avait été remplacé par des feuilles à motifs gravés et imprimés complexes. En Angleterre, le premier valentin imprimé fut publié en 1797. Des feuilles doubles décorées pour l'occasion étaient imprimées spécialement pour la Saint-Valentin.

C'est à peu près à cette époque que le papier et les cartes gaufrés devinrent populaires. Le procédé de gaufrage consistait à presser le papier contre une matrice gravée. C'est par hasard que le Britannique Joseph Addenbrooke a découvert qu'en limant la partie en relief de la section gaufrée, il pouvait produire un effet de dentelle. Le papier dentelle anglais ne tarda pas à être reconnu mondialement. À l'époque victorienne, aucun ornement n'était considéré comme excessif : les motifs simples sur une feuille de papier avaient fait place à des créations avec dentelle, soie, velours, plumes et coquillages. La variété était infinie.

Initialement, l'usage des enveloppes n'était pas très répandu puisque leur poids entraînait une augmentation du tarif postal. Les feuilles étaient donc plutôt simplement pliées et l'on inscrivait le nom et l'adresse sur la partie extérieure. Dans les années 1840, la réduction des frais d'affranchissement amena une augmentation marquée de la correspondance par courrier postal. Les enveloppes furent introduites sur le marché et la Saint-Valentin devint plus populaire que jamais.

Une industrie florissante

Les valentins n'étaient pas réservés exclusivement aux amoureux. On se les échangeait également entre amis, relations, et parfois même entre ennemis! La vente de valentins constituait une entreprise lucrative pour les imprimeurs et les graveurs, et l'innovation était la clé du succès. Dans les années 1870, certaines firmes pouvaient compter des centaines de travailleurs affectés à la production des valentins. Il semble que les valentins n'aient commencé à être réellement produits au Canada qu'à la fin du dix-neuvième siècle, mais les papeteries locales en annonçaient la vente dans les journaux.

Les valentins étaient vendus à tous les prix : on pouvait se les procurer pour quelques sous ou pour quelques centaines de dollars. Dans les années 1860, avec la popularité grandissante de la carte de Noël (à peu près de la dimension d'une carte à jouer), et l'amélioration des techniques d'impression couleur bon marché, la vogue des valentins très ornés commença à disparaître. Dans les années 1880, les goûts en matière de valentins devinrent beaucoup plus sobres.

Des éditeurs comme Marcus Ward & Co. de Belfast et de Londres se mirent à produire des cartes de Saint-Valentin chromolithographiées d'un goût plus simple, illustrées par les artistes Kate Greenaway (1846-1901) et Walter Crane (1845-1915). Les éditeurs anglais et américains faisaient imprimer la plus grande partie de leurs valentins en Allemagne.
À la fin du dix-neuvième siècle, l'engouement pour la collection de cartes postales illustrées entraîna la création d'un nouveau type de valentin - le valentin carte postale, dont les plus réussis provenaient des firmes allemandes.

La popularité des valentins s'accrût avec l'augmentation du nombre de gens instruits, l'établissement d'un système postal uniforme, des techniques d'impression plus perfectionnées et la disponibilité de papier bon marché. Moins populaires en Europe après la Première Guerre mondiale, les cartes de Saint-Valentin demeurèrent très en vogue aux États-Unis et au Canada. Ayant pratiquement disparu dans plusieurs pays européens, la fête de la Saint-Valentin connaît actuellement un regain de popularité.

Source : Textes de l'exposition Avec amour, du McCord
Musée McCord, 1993

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