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Les chemins de fer au Canada, de 1830 à 1918

Par Ève Préfontaine

D'origine européenne, le chemin de fer fait son apparition dans les mines d'Angleterre au début du 17e siècle. Grâce à la vapeur, importante source d'énergie du 19e siècle, le train, jusqu'alors primitif, entre dans une nouvelle ère. Marquant l'avènement du transport et du commerce modernes, le développement des chemins de fer se trouve ainsi au cœur de la croissance et de l'unification du Canada.

L'ère du charbon et de la vapeur

La construction des chemins de fer crée une demande importante pour le bois, de même que pour le charbon, le mazout, le fer, l'acier, les locomotives et le matériel roulant. Stimulant l'industrie lourde, les chemins de fer contribuent à l'essor de l'ingénierie, requérant en plus la construction de ponts et de tunnels.

L'expansion des chemins de fer au Canada

Dans les années 1820, un chemin de fer à câble, actionné par une chaudière à vapeur, sert déjà à hisser les pierres servant à la construction de la citadelle de Québec. À la même époque, la construction du canal Rideau, à Ottawa, nécessite aussi l'utilisation d'un chemin de fer. Cependant, la construction des lignes ferroviaires débute principalement au Bas-Canada, puis au Haut-Canada, à partir des années 1840.

Quelques exemples

En 1836, le Canada inaugure son premier chemin de fer. Le Champlain and Saint Lawrence Railroad relie les villes de La Prairie et de Saint-Jean-sur-Richelieu au Québec. Dans les Maritimes, le premier chemin de fer est l'Albion Mines Railway inauguré en 1839, qui assure le transport du charbon des mines au quai de chargement (environ 9,5 km de distance), dans le comté de Pictou, en Nouvelle-Écosse.

Avant la Confédération, le projet le plus ambitieux demeure celui de la construction de la ligne du Grand Tronc (le Grand Trunk Railway of Canada). Concentré en Ontario et au Québec, il s'agit, en 1867, du plus long chemin de fer au monde. Afin de relier Montréal à Portland, aux États-Unis, et de lui garantir un accès à la mer à longueur d'année (même en hiver), la compagnie du Grand Tronc fait construire le pont Victoria. Exploit technique remarquable inauguré par le prince de Galles en 1860, ce pont tubulaire enjambe le fleuve Saint-Laurent. De nombreuses autres voies sont également construites au Québec et en Ontario.

Quant à l'Intercolonial Railway, cette ligne est construite pour satisfaire à une condition requise pour l'adhésion de deux provinces à la Confédération. On prévoit faire de cette ligne, terminée en 1876, un chemin de fer national. Reliant notamment les villes de Halifax et Truro en Nouvelle-Écosse, de Saint-Jean et Shédiac au Nouveau-Brunswick, et de Rivière-du-Loup et Sainte-Flavie au Québec, où elle rejoint le Grand Tronc, elle ne s'avère finalement pas rentable.

Il en va tout autrement du chemin de fer transcontinental du Canadien Pacifique (Canadian Pacifique Railway) qui influence grandement l'avenir du pays. La construction, qui débute en 1875, se fera essentiellement entre 1881 et 1885. S'étendant de Saint-Jean (N.-B.) à la Colombie-Britannique, cette ligne concrétise enfin le rêve d'unifier le Canada d'un océan à l'autre. Fondée grâce au Canadien Pacifique (CP), la ville de Vancouver devient aussi le principal port du littoral ouest canadien.

Enfin, une troisième vague de construction de chemins de fer a lieu entre 1896 et 1914. En 1919, la société d'État des Chemins de fer nationaux du Canada (aujourd'hui le Canadien National [CN]) est constituée. Ce réseau comprend 50 000 km de voies ferrées au Canada et aux États-Unis. Le CN sera privatisé en 1995.

Une importance économique

Au 19e siècle, les compagnies de chemin de fer et les banques détiennent une large part de pouvoir au pays. Depuis 1863 et jusqu'à la création en 1935 de la Banque du Canada (propriété exclusive du Canada), la Banque de Montréal joue le rôle de banquier du gouvernement. Elle finance de façon importante la construction des chemins de fer. Des membres de l'élite canado-écossaise, notamment Donald A. Smith (futur Lord Strathcona), George Stephen (Lord Mount Stephen) et sir Sandford Fleming jouent un rôle considérable dans l'élaboration et la gestion du CP.

Si les chemins de fer assurent le transport des personnes et des marchandises d'un bout à l'autre du pays, ils permettent aussi plusieurs échanges économiques avec les États-Unis, l'Orient et l'Europe. Indissociables de l'industrialisation, ils rapprochent les marchés, en ouvrent de nouveaux, stimulent l'industrie et créent de l'emploi.

À titre d'exemple, le CP réalise des bénéfices financiers dès ses débuts, grâce au commerce du thé et de la soie venant d'Asie. Il tire aussi d'importants revenus de ses transactions foncières, des hôtels, des bateaux et des services télégraphiques installés le long de ses voies ferrées.

Une importance historique

Conjuguée à la protection des industries canadiennes, l'expansion des chemins de fer s'avère un puissant moteur de la Confédération canadienne. Ainsi, l'adhésion du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse à la Confédération, en 1867, est conditionnelle à la construction de l'Intercolonial Railway. Quant à elle, la Colombie-Britannique accepte d'adhérer à la Confédération en 1871, avec la promesse qu'un chemin de fer transcontinental sera construit. Par ailleurs, l'Île-du-Prince-Édouard entre dans la Confédération en 1873, afin que soit épongée sa dette causée par la construction... d'un chemin de fer!

Des événements marquants

Le scandale du Pacifique
Après les élections fédérales de 1872, sir Hugh Allan, financier et magnat du transport maritime, obtient le contrat de construction du CP. Cependant, il est soupçonné d'avoir donné une grosse somme d'argent au parti de John A. Macdonald pendant les élections. La situation tourne au scandale lorsqu'elle est dénoncée en 1873 et le gouvernement de Macdonald est forcé de démissionner. La Colombie-Britannique, entrée dans la Confédération en 1871 à condition que ne soit construit le chemin de fer, est mécontente de voir le projet compromis par les événements et menace même de demander son annexion aux États-Unis. Lorsque Macdonald revient au pouvoir en 1878, la construction du CP débute véritablement. Allan n'obtiendra finalement aucun contrat.

Le rôle du chemin de fer dans la colonisation des Prairies

Grâce à l'adoption d'une politique de tarifs douaniers visant à protéger les fabricants canadiens, la Politique nationale de Macdonald (1878), la construction d'un chemin de fer reliant l'Est et l'Ouest du pays permet l'installation de colons dans les Prairies. Ces derniers achètent les biens manufacturés du Canada-Est en plus d'y vendre leurs produits agricoles. Le chemin de fer, et en particulier le CP, participe ainsi au développement des régions et favorise la naissance de plusieurs villes. Après la construction du CP, Winnipeg devient la porte de l'Ouest et accueille des centaines d'immigrants.

Une influence sur la ville

Le chemin de fer renforce l'emprise des villes, en particulier Halifax, Saint-Jean, Montréal, Toronto, Winnipeg et Vancouver, sur leur arrière-pays. Il façonne aussi le paysage urbain. À Montréal, par exemple, les ateliers ferroviaires de la Pointe-Saint-Charles, pour le Grand Tronc, et les usines Angus, pour le CP, occupent des espaces importants. Enfin, l'installation de voies, de gares et d'hôtels crée aussi des pôles d'activités importants, attirant à leur tour industries et commerces.

 

RÉFÉRENCES

Sources imprimées

Linteau, Paul-André (sous la dir. de). Histoire générale du Canada, Montréal, Boréal Express, 1990 (1987), 694 p.

Careless, James Maurice Stockford. Canada: A Celebration of our Heritage, Mississauga, Ontario, Heritage Publishing House, 1997, p. 99.

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Lavallée, Omer. Van Horne's Road, Streetsville (Ontario), Railfare Enterprises Limited, 1990 (1974), 304 p.

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Sources en ligne

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Morrison, William, R. « Sur les rails du rêve national », Musée McCord d'histoire canadienne, Circuit thématique, [en ligne]. [http://www.mccord-museum.qc.ca/fr/clefs/dossiers/GE_P2_4_FR] (page consultée le 10 juillet 2006).

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