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L'époque « Art déco» (années 1920 et 1930)

Par Jacqueline Beaudoin Ross

Style : l'« angularité » des années vingt et l'« aérodynamisme » des années trente

Chose étonnante, le terme « Art Déco », qui fait pourtant référence à un mouvement d'arts décoratifs né à Paris vers 1910, ne fut adopté que dans les années soixante. Puisant à des sources extraordinairement diversifiées, l'Art Déco englobe une variété de styles hautement individuels, généralement caractérisés par la simplification et la stylisation. C'est en 1925, lors de la très importante Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels de Paris, que le mouvement a fait son entrée sur la scène internationale. Il s'est ensuite propagé dans toute l'Europe et l'Amérique du Nord, où il a reçu l'appellation d'Art moderne. Peu après, l'Art Déco en est venu à faire partie intégrante du tout nouveau mode de vie associé au vingtième siècle.

À Montréal, il était possible de se procurer des meubles de style Art moderne ou Art Déco dès 1926, année qui a suivi la grande exposition parisienne. Avant longtemps, en plus d'importer des objets Art Déco de l'étranger, les grands magasins à rayons comme Eaton ont commencé à offrir à leur clientèle des articles de fabrication montréalaise un peu plus conservateurs que ceux en provenance de la France. Vers 1930, aux États-Unis comme au Canada, la ligne angulaire des années vingt avait été largement remplacée par le style aérodynamique (streamline) des années trente. Mais comme Art Déco et éclectisme vont de pair, il n'est pas étonnant que le style curviligne et aérodynamique ait parfois été associé à la géométrie angulaire des années vingt.

Les années vingt : la femme qui ose...

À Montréal, comme dans d'autres villes du monde occidental, l'euphorie qui a suivi la Première Guerre mondiale a coïncidé avec le développement d'une société urbaine, un boom économique et un besoin de consommation grandissant. De plus en plus de femmes faisaient leur entrée sur le marché du travail et étudiaient à l'université, et celles-ci avaient enfin obtenu le droit de vote à l'échelle nationale.

Pour bon nombre d'entre elles, cette nouvelle liberté trouvait son expression dans des danses folles, dans le rythme syncopé du jazz ou dans d'autres divertissements excitants et à la mode. La vie, souvent frivole et rapide, semblait à son meilleur : tout était possible! Jouissant de leur libération, plusieurs femmes ont commencé à se maquiller, à couper leurs cheveux à la garçonne, à raccourcir leurs jupes, à boire des cocktails et à fumer la cigarette. Au Canada - et ailleurs -, on appelait les plus délurées de ces Nouvelles Femmes des « flappers ».

À Montréal dans les années vingt, nombreux étaient les événements mondains où une élégante tenue de soirée était de rigueur. Vers 1925, en raison, notamment, du rythme trépidant de la vie que traduisaient bien les danses énergiques comme le charleston et le shimmy, on jugea plus pratique de raccourcir les robes du soir. La nouvelle robe du soir affichait désormais une coupe simple et ample : habituellement dépourvue de manches et souvent à taille basse ou inexistante, elle ressemblait à une sorte de tunique. En général, cependant, les robes étaient abondamment ornées de perles et de paillettes. Mais à la suite du krach de 1929, un autre changement majeur est survenu : le nombre et le faste des soirées ont diminué de façon radicale, et les jupes ont de nouveau balayé le sol, comme pour symboliser la chute de l'économie.

Les années trente : création de la « Femme nouvelle »

Durant les années trente, le grand écran exerçait toujours autant de fascination, et la vue des vedettes de cinéma enveloppées dans de somptueuses toilettes contribuait à faire durer ce goût pour les mondanités. Les gens ordinaires rêvaient de « glamour », de sensualité et d'élégance comme l'incarnait la robe du soir si présente dans l'univers magique du cinéma. On a redévoilé les courbes naturelles du corps féminin, tandis que la chevelure s'est allongée, devenant plus ondulée, plus féminine.

Le maquillage et le parfum, qui avaient d'abord fait un retour osé dans les années vingt, étaient maintenant tout à fait dans le ton. Assez répandue en Occident jusqu'au dix-huitième siècle, la pratique du maquillage était ensuite tombée en désuétude, sauf chez les actrices et les « belles de nuit »!

La robe du soir présentait une coupe plus complexe épousant les courbes du corps. Plusieurs des robes de cette époque étaient coupées en biais, pour assurer un ajustement étroit, et si elles étaient plus sobres que celles que portaient les « flappers » quelques années auparavant, elles avaient souvent des découpes complexes et étaient réalisées dans des tissus riches et inusités.

Paysage urbain et intérieurs modernes

Si les Montréalais eux-mêmes, comme tous les Occidentaux, se sont empressés d'adopter les plus récentes tendances en matière de mode, le paysage urbain qui les entourait demeurait somme toute plutôt conservateur. Montréal possède relativement peu d'architecture à grande échelle dans le pur style Art Déco. Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne les immenses gratte-ciel, quintessence de l'architecture Art Déco.

Avec l'accroissement de la population urbaine, le retour des troupes après la Première Guerre et les conditions économiques de plus en plus difficiles, l'intérieur domestique des années vingt est devenu à la fois plus petit et plus simple. Au départ, les Canadiens ont opposé une résistance au modernisme. Petit à petit, cependant, si peu étaient assez audacieux ou fortunés pour choisir un décor résolument moderne, plusieurs se sont familiarisés avec le nouveau style en introduisant des objets Art Déco dans leurs foyers, généralement décorés dans l'un des anciens styles revenus à la mode.

Le sombre paysage économique des années trente allié à la production accrue d'objets ménagers de qualité médiocre et à une féroce concurrence commerciale ont placé le designer industriel dans une position clé pour vendre les produits et revitaliser l'économie. Afin d'augmenter les ventes, les designers industriels ont inventé le concept du « modèle dépassé », lançant sur le marché un nouveau design aérodynamique ou une nouvelle couleur afin qu'un appareil - disons un réfrigérateur - devienne « démodé » simplement en raison de son aspect extérieur.


Aujourd'hui, l'Art Déco nous apparaît non seulement comme le symbole d'un style, mais également comme celui du style de vie trépidant qui a émergé dans le sillage de la Première Guerre mondiale. S'il est vrai que ce style de vie extravagant n'était pas à la portée de toutes les bourses son impact fut cependant énorme. Pour certains, cela voulait dire oser raccourcir un ourlet ou danser le charleston; pour d'autres, plus fortunés, cela signifiait de s'abandonner à la passion de voler ou, pour les plus prosaïques, de moderniser sa cuisine. Mais déjà, le style aérodynamique (streamline) caractéristique de l'Art Déco était devenu synonyme de tout ce qui était moderne et excitant.

Source : Catalogue de l'exposition Délires Déco. Un art déco de vivre
Musée McCord, 1995

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