Mots-clés :
 
 Inclure images des partenaires







La mode masculine, du 17e au 19e siècle

Par Gail Cariou, Cynthia Cooper, Eileen Stack

Dans la société occidentale, les termes « homme » et « mode » sont habituellement considérés mutuellement incompatibles. Les tabous entourant l'intérêt des hommes pour les vêtements, apparus au 19e siècle, nous ont rendus aveugles à l'enthousiasme persistant des hommes pour l'élégance vestimentaire. Malgré le malaise sporadique que suscite la notion d'« homme à la page » au sein de la société, les hommes ont persévéré dans leur quête d'une image de bon goût.

Masculinité -- La garde-robe de l'homme idéal

Depuis les trois derniers siècles, l'image de l'homme viril a changé radicalement, passant de l'aristocrate oisif au chef d'entreprise artisan de sa propre réussite. Chaque génération a eu sa propre définition de l'idéal masculin, et de la façon précise dont cet homme désirable devait se vêtir.

Depuis sa création à la fin des années 1600, l'habit est devenu un élément essentiel de la garde-robe masculine. Avec chaque incarnation de l'idéal masculin, l'habit fut également redéfini pour répondre aux nouvelles notions de virilité.

Production -- La fabrication du « look »

Le tailleur, l'ouvrier d'usine, le marchand et l'épouse dévouée ont tous contribué à créer l'homme idéal.

Au fil des siècles, ce sont les maîtresses de maison qui, traditionnellement, confectionnaient les vêtements des hommes de la famille, pas seulement par nécessité économique, mais comme preuve tangible de leur dévouement envers la famille, de leur expression artistique et de leurs talents à l'aiguille.

Mais au 19e siècle, le tailleur est considéré comme l'autorité suprême en matière de mode, adaptant les styles dernier cri à l'individualité de son client, prenant ses mensurations avec précision, cousant avec adresse et soignant la vanité masculine.

Dès le 20e siècle, le prêt-à-porter domine la garde-robe masculine. Les machines à coudre, les tailles standardisées et les techniques de production en série transforment en industrie la fabrication à petite échelle de vêtements masculins et minent l'autorité du tailleur particulier. Les magasins à rayons, les boutiques spécialisées et les catalogues de vente par correspondance permettent aux hommes d'avoir accès n'importe où à du prêt-à-porter à la mode et abordable.

La vanité faite... homme?

Les hommes ont toujours utilisé la mode pour attirer l'attention et satisfaire leur vanité. Les femmes ne sont pas les seules à se tourner vers le vêtement pour mettre en valeur, parer et modifier leurs corps. Si les diktats sociaux du 19e siècle relèguent l'intérêt pour l'habillement au royaume des femmes, les hommes continuent néanmoins à s'adonner activement au jeu de la mode.

Toutefois, les normes sociales ont pendant longtemps exigé des hommes qu'ils équilibrent soigneusement leur intérêt pour la mode. Un trop grand souci de la mode et de son apparence physique peut être considéré non seulement comme un signe de vanité, mais également comme un manque de virilité, alors qu'un désintéressement presque total est tout aussi condamnable.

Un peu de pudeur, s.v.p.!

La mode ne suit pas toujours un cours tranquille. Si la vanité peut inciter les hommes à dévoiler leurs corps, les notions changeantes de pudeur, de vulgarité et de sexualité soulèvent depuis longtemps des débats sur les parties et la superficie du corps qu'il est convenable de montrer en public. Notamment, depuis les deux derniers siècles, la braguette et le maillot de bain ont tous deux alimenté les débats.

Les nouveaux styles attirant l'attention sur des parties du corps auparavant cachées étaient souvent condamnés pour des motifs de moralité. En revanche, des arguments créatifs vantant les mérites pratiques ou salutaires des nouveaux styles vestimentaires étaient souvent invoqués à la défense des innovations controversées en matière de mode. Les nouveaux tissus et les nouvelles technologies ont parfois accéléré le processus d'acceptation des styles dernier cri.

Convenances -- Veston et cravate obligatoires

Les conventions du comportement social dictent les règles de l'habillement - règles qui à leur tour déterminent ce qui constitue une tenue appropriée, en quelle occasion la porter et par qui elle doit être portée. Certaines des règles les plus tenaces sont celles qui renforcent le rang social, et ces règles évoluent de façon à maintenir l'appartenance à un « club » social.

Au cours du 19e siècle, alors qu'il devient plus difficile de se fier aux styles des vêtements pour hommes pour connaître la position sociale, des règles complexes concernant « quoi porter et quand le porter » deviennent de plus en plus importantes pour maintenir l'exclusivité sociale. Ces règles établissent aussi ce qu'il est convenable de porter en public et en privé. Certaines règles, comme celle qui, au 19e siècle, impose le port du chapeau en toute occasion, encouragent le conformisme et transcendent l'âge, la richesse et la classe sociale.

Vêtements sport -- Du terrain de jeu à la salle du conseil

Le vêtement sport a joué un rôle important dans l'évolution de la mode masculine, empruntant et contribuant aux grands courants des styles vestimentaires. Les innovations esthétiques et pratiques qui ont marqué la création des vêtements sport ont souvent été adaptées aux vêtements ordinaires, et le confort décontracté du vêtement athlétique a suscité à maintes reprises l'abandon de vêtements plus habillés, tombés en désuétude. Créés au 18e siècle spécialement pour les courses de chevaux et la chasse au renard, l'habit à queue, la redingote et le haut-de-forme, par exemple, ont jeté les bases de la mode masculine du 19e siècle.

Historiquement, l'attrait du vêtement sport repose largement sur son association aux activités de loisir pratiquées par l'élite. Encore aujourd'hui, il indique que celui qui le porte a la chance de posséder temps, argent et talent - des attributs propres à la célébrité sportive. Quand on lui ajoute des rayures de couleurs et des badges aux significations bien particulières, le vêtement sport est également synonyme d'appartenance à un groupe, de statut et d'identité.

Fraternité -- Les copains d'abord

Les uniformes et les tenues de cérémonie jouent un double rôle. Non seulement représentent-ils ce qu'il y a de plus évident en matière de codes vestimentaires, préservant les distinctions sociales et renforçant la hiérarchie et l'appartenance à un groupe, mais certains offrent également aux hommes des occasions, socialement sanctionnées, de se présenter en public dans des tenues du tout dernier cri.

Certains uniformes très élaborés n'ont pratiquement pas changé depuis des centaines d'années, n'accordant que quelques concessions mineures aux circonstances contemporaines. En revanche, certains vêtements ordinaires aucunement destinés à faire office d'« uniformes » sont devenus si communs qu'ils remplissent la même fonction : témoigner d'une affiliation et d'un statut.

Qui porte la culotte?

Dans la culture occidentale, le pantalon est la pièce de vêtement qui définit la « masculinité ». Si les femmes peuvent porter le pantalon depuis les cinquante dernières années, des tabous sociaux tenaces au sein de notre culture découragent les hommes de porter des jupes ou autres pièces de vêtement susceptibles de mettre en doute leur virilité.

Mais y a-t-il quelque chose de profondément « mâle » dans le pantalon ou d'autres vêtements que nous associons aux hommes? L'histoire du costume pour enfants, la constance avec laquelle les hommes et les femmes ont consciencieusement pigé dans la garde-robe de l'un et l'autre et les occasions socialement sanctionnées de déroger aux conventions vestimentaires, toutes contribuent à démontrer que nos idées concernant ce qui est convenable de porter pour les hommes et les femmes ne sont rien de plus que des constructions sociales. Si le vêtement sert toujours à distinguer les sexes, son pouvoir a été constamment remis en question.

Les vêtements masculins, tout comme ceux des femmes, se plient aux cycles de la mode qui reflètent des environnements culturel, économique et politique en mutation, et des concepts de la masculinité et de la féminité en constante évolution. À l'instar des femmes, les hommes utilisent le vêtement pour se mettre en valeur ou pour s'identifier à leurs pairs. Et comme les femmes, les hommes suivent les règles tacites du jeu de la mode.

Source : Textes de l'exposition Lui : la mode au masculin
Musée McCord, 2002-2003

Voir le sommaire 

Voir tous les artefacts (109)