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Sous le ciel de la métropole : les places publiques de Montréal

Par Maude Desjardins, sous la direction de Nicole Vallières


Les places publiques de Montréal constituent à la fois des endroits de détente, des points de rassemblements populaires, des lieux de commémoration, de même que des sites de prédilection pour accueillir les personnes célèbres et les dignitaires en visite dans la métropole. Historiquement, les termes « square » et « place » sont les plus utilisés pour désigner les espaces publics ouverts situés au coeur de la ville. Ils sont soit aménagés en jardins clôturés ou entourés de constructions. Les lieux publics les plus populaires représentent souvent des endroits où s'élèvent des édifices prestigieux, manifestation des activités économiques et sociales d'une époque.

À l'origine, Montréal occupe une superficie limitée. À partir de 1687, la ville entoure de fortifications le secteur de l'actuel Vieux-Montréal. Ce périmètre est distinct des agglomérations qui se situent à l'extérieur des murs, que l'on appelle les faubourgs. Au fur et à mesure que le territoire urbain s'étend, ces municipalités vont engendrer certains des quartiers contemporains de Montréal. La démolition des remparts, entre 1801 et 1817, permet la libération d'espaces urbains qui seront, entre autres, aménagés en lieux publics. Depuis, le nombre de places publiques, petites et grandes, ne cesse de croître dans les différents quartiers de la ville, au grand plaisir de ses habitants. La place d'Armes, le square Viger et le square Dominion comptent parmi les plus remarquables places publiques de l'histoire de la métropole.

La place d'Armes

La place d'Armes, dont l'origine remonte à 1729, constitue l'une des plus anciennes places publiques de Montréal. Située entre les rues Notre-Dame et Saint-Jacques dans le Vieux-Montréal, elle représentait, dans ses années les plus glorieuses, le coeur du centre-ville. Le premier édifice construit expressément pour abriter une banque y élit domicile dès 1819 : c'est la Banque de Montréal, première banque canadienne à obtenir une charte. Par la suite, d'autres établissements bancaires et entreprises prestigieuses se succéderont aux alentours, emblèmes du succès des affaires dans la métropole. La superbe église Notre-Dame, un repère parmi les nombreuses transformations de la place, domine l'endroit depuis 1843. À l'époque où le tramway constitue le principal moyen de transport des Montréalais, les lignes du réseau convergent vers la place d'Armes, ce qui lui confère un dynamisme certain. Une statue en l'honneur du fondateur Paul de Chomedey de Maisonneuve est dévoilée sur la place en 1895 pour célébrer le 250e anniversaire de la ville. Encore aujourd'hui, le monument au sieur de Maisonneuve constitue le point de rassemblement privilégié lors des fêtes commémoratives annuelles de la fondation de Montréal.

Le square Viger

Bien que le square Viger n'ait plus les dimensions ni le prestige qui le caractérisaient à l'origine, les Montréalais peuvent encore profiter de cet îlot de fraîcheur situé à l'angle des rues Viger et Berri. Les premiers terrains du square Viger sont cédés à la ville en 1818 par la veuve de Denis Viger, parent du premier maire de Montréal, et par Louis-Joseph Papineau, le chef de la rébellion des patriotes de 1837. D'autres donateurs se joignent à eux en 1844 et l'endroit abrite jusqu'en 1857 un marché destiné au commerce des bestiaux et du foin. Les terrains sont par la suite aménagés en jardins publics à la demande des donatrices Marie-Charlotte et Louise Lacroix et ils sont officiellement inaugurés comme tels par le maire en 1860.

Le square Viger devient, à son apogée, une place huppée parmi les plus fréquentées de Montréal. Son kiosque à musique et ses célèbres serres inspirées des structures de métal du Crystal Palace de Hyde Park à Londres en constituent des pôles d'attraction. L'orchestre du réputé musicien montréalais Ernest Lavigne s'y installe de 1885 à 1889 et les jardins demeurent longtemps le seul endroit public à Montréal où l'on peut entendre de la musique. Un monument est érigé à la mémoire du Dr Jean-Olivier Chénier, patriote mort au combat pendant la rébellion. L'inauguration en 1898 du Château Viger et de la gare, oeuvres de la Compagnie de chemin de fer Canadien Pacifique, ainsi que l'établissement de l'École des Hautes Études Commerciales en 1910, attestent du renom de ce jardin champêtre. À l'image des autres squares montréalais de la seconde moitié du 19e siècle, la popularité du square est liée au développement du commerce, comme en témoignent les résidences cossues qui l'entouraient avant son déclin au profit du square Dominion.

Le square Dominion

Lieu névralgique de l'histoire montréalaise, le square Dominion est bordé par la rue Peel, entre les rues De La Gauchetière et Sainte-Catherine. Nous le connaissons aujourd'hui sous un nom différent : sa portion sud a été rebaptisée place du Canada en 1966 tandis que la portion nord se nomme square Dorchester depuis 1987. Ce changement de toponymie est récent comparativement à son histoire, qui débute vers la fin du 18e siècle.

En 1795, des raisons de santé publique incitent l'administration de la cité à bannir les inhumations à l'intérieur des limites de la ville fortifiée. Peu après, la fabrique de la paroisse Notre-Dame de Montréal implante au faubourg Saint-Antoine un nouveau cimetière sur le site du futur square. Montréal entame alors une période de grande expansion et le cimetière se retrouve de nouveau en zone urbaine. Dès 1855, la fabrique ferme le cimetière Saint-Antoine au profit du cimetière Notre-Dame-des-Neiges situé sur le mont Royal. L'utilisation des terres de l'ancien cimetière catholique à des fins de développement immobilier est freinée par la Sanitary Association de Montréal. Ce regroupement craint que l'excavation du terrain ne ravive le fléau du choléra. En effet, le cimetière avait accueilli les dépouilles des victimes de l'épidémie de 1832. On décide donc de l'aménager en espace public, un fait accompli en 1880.

Si le square est parsemé de monuments commémorant le lien de la ville avec l'Empire britannique, la présence canadienne-française y est pour sa part assurée par Monseigneur Bourget qui y fait construire la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, une réplique réduite de Saint-Pierre de Rome. Le square témoigne, vers la fin du 19e siècle, du déplacement du centre des affaires vers ce nouveau secteur, au nord de la vieille ville. La renommée de l'hôtel Windsor, inauguré en 1878 à l'ouest du square sur la rue Peel, attire des personnalités aussi remarquables que le premier ministre britannique Winston Churchill et l'actrice Sarah Bernhardt. Les éphémères Palais de glace construits en face de ce célèbre hôtel lors du Carnaval d'hiver annuel attirent des foules nombreuses. Celui du carnaval de 1889 est le plus majestueux et sa tour s'élève à plus de 33 mètres! Cette même année, l'histoire du square Dominion est marquée par la construction de la gare Windsor par la Compagnie de chemin de fer Canadien Pacifique, qui y établit son siège social. Le Dominion Square Building, bâti en 1930, demeure pendant longtemps le plus grand complexe de commerces et de bureaux du Canada. Voyant le paysage urbain ceinturant ce square au coeur du centre-ville se développer en hauteur, la Ville adopte en 1950 une loi interdisant la construction de gratte-ciel dépassant le mont Royal.

Conclusion

Les places publiques de Montréal prennent, selon les époques et les styles, la forme d'un jardin de détente ou d'un haut lieu des affaires. Au fil du temps, ces endroits voient se succéder nombre d'églises, d'édifices et d'entreprises qui feront la notoriété de Montréal. Du sieur de Maisonneuve aux patriotes, en passant par les grandes figures de l'Empire britannique, chaque square honore des personnalités marquantes, le liant irrémédiablement à l'histoire de la ville. Lieux de rassemblement et de flânerie, les espaces publics sont en outre de véritables témoins de l'histoire des Montréalais.

Bibliographie

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Sites Internet

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