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Sous le ciel de la métropole : les parcs de Montréal

Par Maude Desjardins, sous la direction de Nicole Vallières


Dans nos sociétés contemporaines, il semble si naturel de valoriser la conservation et l'accessibilité des espaces verts en milieu urbain que l'expression « développement durable » représente désormais un lieu commun. Une brève incursion dans l'histoire de de quelques grands parcs de Montréal démontre que les résidents de la métropole ont toujours manifesté le désir de jouir d'espaces aérés, gratuits et accessibles, en plein coeur de la ville.

Pourquoi des parcs?

À la fin du 19e siècle, l'une des conséquences de l'industrialisation est de rendre la nature moins facilement accessible. La densité croissante de la population a notamment pour effet d'éroder les espaces libres disponibles, engendrant ainsi une redéfinition des frontières physiques et sociales des espaces-temps qui ponctuent l'existence : lieux de vie, de travail et de loisir sont désormais distincts. C'est dans ce climat de changement culturel, où le concept de « services publics » s'étend au domaine des loisirs, que le développement des espaces verts de Montréal s'intensifie.

Le mouvement « City Beautiful »

L'élite anglo-saxonne de Montréal contribue fortement au développement économique de la fin du 19e siècle. Le paysage montréalais, particulièrement les parcs, est grandement marqué par le style esthétique de cette élite et par certaines tendances américaines. Les grands parcs de Montréal sont donc nés de la double influence des jardins anglais, pittoresques et romantiques, et de celle des courants urbanistiques nord-américains, dont le mouvement « City Beautiful » fondé à Chicago à la fin du 19e siècle. Ce courant prône l'assainissement urbain par la création d'espaces aérés, d'édifices publics et de grands boulevards. Destiné à améliorer la fonctionnalité, à rehausser le prestige et à faire mousser l'économie d'une ville, ce mouvement comporte également une visée sociale : l'élite qui l'a fondé est d'avis qu'un ennoblissement physique du paysage assainira conséquemment les moeurs. Entamé en 1873, l'aménagement du parc du Mont-Royal et de sa grande avenue du Parc représente une manifestation toute montréalaise de l'application des principes du mouvement City Beautiful.

C'est sous l'influence de divers mouvements sociaux de réforme urbaine que les Montréalais sont devenus aussi friands de leurs coins de verdure. Plusieurs associations montréalaises, notamment la Ligue du progrès civique de Montréal créée en 1909, proposent des projets d'embellissement de la ville qui se situent dans la foulée de City Beautiful. Différentes actions sont également menées par un regroupement féminin fondé en 1904, la Ladies' Parks and Playgrounds Association, dont les pressions conduiront à l'aménagement de terrains de jeux pour enfants dans les parcs montréalais. Élaboré vers 1910, le vaste plan de travaux publics de la ville de Maisonneuve s'inspire de City Beautiful : un hôtel de ville, les bains et l'avenue Morgan, le boulevard Pie-IX ainsi qu'un grand parc font partie du projet.

Trois grands parcs montréalais

Dans les années 1870, Montréal se dote de trois parcs de grande envergure, soit le mont Royal, l'Île-Sainte-Hélène et le parc La Fontaine. Le premier est assurément le plus connu, étant l'emblème de la ville et l'oeuvre du très prestigieux architecte du Central Park de New York, Frederick Law Olmstead. L'aménagement des deux autres parcs sera assuré par la nouvelle Commission des parcs et traverses créée en 1875.

Que serait Montréal sans le parc La Fontaine, si cher à la population? Difficile de penser que ce lieu a jadis vu des animaux paître sur l'étendue de verdure qui rappelait sans doute à James Logan sa terre natale. Cet immigrant écossais, boulanger de métier, achète l'emplacement et y exploite sa ferme avant de céder les terres à sa descendance. En 1845, une partie d'entre elles sont vendues au gouvernement britannique qui les transforme en terrain d'entraînement militaire. À la suite du départ de la garnison impériale de la ville, le lieu est loué en 1875 par le conseil municipal : c'est la naissance du parc Logan. Son aménagement est à l'image de la dualité culturelle du Montréal de l'époque : à l'est prédomine le style français avec ses allées linéaires bordées d'arbres imposants et sa pelouse en motifs géométriques, tandis qu'autour de l'étang, le dénivelé et l'ambiance naturelle rappellent le romantisme des jardins anglais. En 1889, le parc fournit en fleurs tous les squares de la ville lorsqu'on y déplace les célèbres serres du square Viger. Douze ans plus tard, il est rebaptisé parc La Fontaine en l'honneur de Louis-Hippolyte La Fontaine, et le tout premier défilé de la Saint-Jean-Baptiste le traverse. Au gré de ses transformations, on attend à la file indienne pour se promener en chaloupe sur l'étang, on visite le zoo miniature, nommé « Jardin des Merveilles », ou on se prélasse aux abords de la célèbre fontaine multicolore, inaugurée en 1929.

Tout comme le parc La Fontaine, l'île Sainte-Hélène sert, entre 1818 et 1870, de camp d'entraînement militaire britannique. Découverte par Samuel de Champlain en 1661, elle est baptisée en l'honneur de son épouse, Hélène Boullé. La Ville obtient la permission du gouvernement fédéral d'en faire un parc en 1874 et s'en porte acquéreur en 1908. D'abord desservie par un traversier faisant la navette tous les quarts d'heure la fin de semaine, l'île est propice aux pique-niques dominicaux organisés par des particuliers ou les nombreuses associations de Montréal. Le pont Jacques-Cartier, inauguré en 1930, rehausse la visibilité de l'île et fait en sorte qu'une planification urbanistique s'impose. C'est Frederick G. Todd, le concepteur de ville Mont-Royal, qui imagine son aménagement. Ses projets d'agrandissement permettent l'annexion des îles Ronde et Verte où l'on peut profiter des plages ou s'amuser au terrain de jeu. Une trentaine d'années plus tard, en 1967, l'Île-Sainte-Hélène est choisie pour accueillir un grand événement, l'Exposition universelle Terre des hommes qui attire plus de 50 millions de visiteurs. Sa voisine, l'île Notre-Dame, est créée de main d'homme expressément pour la tenue de l'événement. L'Expo 67 obtient un immense succès et c'est en l'honneur du maire de cette époque que le parc de l'Île-Saint-Hélène est rebaptisé, en 1999, parc Jean-Drapeau.

Conclusion

Les Montréalais ont toujours été amoureux de leurs grands espaces verts. Dès l'apparition des premiers parcs, ils ont fait pression dans le but d'en protéger l'aspect naturel et surtout le caractère public. En témoignent le soulèvement populaire de 1903 contre le passage du tramway sur le mont Royal, de même que la création d'organismes contemporains comme Les amis de la montagne. Lieux convoités par nombre d'investisseurs, les parcs doivent leur survie aux citoyens montréalais qui ont à coeur de conserver intacts ces trésors qu'ils se sont appropriés.

Bibliographie

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Sites Internet

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