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Lire dans la rue - 1re partie

Par Marie-Hélène Vendette, sous la supervision de Dominique Marquis PhD, Laboratoire d'histoire et de patrimoine de Montréal, UQÀM

Lire pour s'orienter : l'enseigne

Au Canada, les enseignes apparaissent avec l'établissement des colons au 17e siècle. Avec la formation progressive des villages et des villes, les habitants exerçant un métier veulent annoncer le service qu'ils offrent aux passants. Ainsi, graduellement, des enseignes de forgerons, de barbiers, de cabaretiers ou d'aubergistes sont fixées bien en vue sur les bâtiments.

Moyen de communication non verbal, l'enseigne informe de l'identité d'un propriétaire, de l'exercice d'une profession et de la nature d'un établissement, sans obligatoirement recourir à l'écriture. Puisque au cours des 17e et 18e siècles, la majorité de la population ne sait pas lire, les enseignes utilisent davantage l'image et le symbole comme langage. Elles puisent à même l'histoire, la géographie, le folklore, les croyances religieuses ou l'humour pour illustrer leur propos.

Au 19e siècle, l'apport pictural fait graduellement place au contenu écrit. Les lettres s'agrandissent et les mots sont plus nombreux. Au Québec, à partir de 1830, les enseignes sont majoritairement rédigées en anglais, considéré comme la langue des affaires. C'est ainsi que nombre de commerçants francophones adoptent l'enseigne anglaise. Cette pratique subsiste jusque dans les années 1970, lorsque des mesures sont prises pour faire du français la langue obligatoire de l'affichage public, avec l'adoption de la Charte de la langue française (1977), plus connue sous le nom de « Loi 101 ».

Les enseignes informent évidemment sur la nature du commerce désigné, mais permettent aussi de s'orienter dans l'espace. En effet, certaines enseignes marquent le paysage urbain au point de devenir le principal repère visuel d'un quartier. Tel était le cas du magasin Dupuis Frères, situé à l'angle des rues Sainte-Catherine et Berri. La boule noire qui figurait sur sa devanture est devenue un repère si important que certains commerçants l'utilisaient même comme indication géographique dans leurs publicités. On pouvait donc lire dans les journaux que tel ou tel magasin se situait à côté de « l'enseigne de la boule noire ». Ainsi, pour s'orienter dans un lieu, les enseignes supplantent parfois les noms de rues, pourtant intégrés à l'environnement urbain depuis longtemps.

Lire pour s'orienter : l'odonyme

Au début de la colonie, les rues, souvent de modestes chemins, n'ont pas encore de noms officiels et sont désignées par des expressions locales. Elles sont entre autres nommées selon les établissements qui s'y trouvent (ex. rue de l'Église), les dévotions populaires (ex. rue Sainte-Anne) et la géographie (ex. rue de la Montagne).

Au cours du 18e siècle, l'usage des odonymes, c'est-à-dire des noms de rue, se répand de plus en plus. De nombreuses désignations spontanées sont officiellement adoptées. Certaines rues reçoivent une appellation nouvelle afin d'éviter la confusion créée par l'utilisation d'un même nom. Par exemple, dans la ville de Québec, on trouve deux « rue Notre-Dame » et deux « rue du Parloir ». Des appellations honorifiques sont aussi données (ex. rue Papineau, avenue De Lorimier, etc.). Cette pratique a pour but de rendre hommage à un personnage ayant marqué l'histoire du pays ou d'une localité.

Aujourd'hui encore, les odonymes sont sujets à changements. Au Québec, par exemple, la Commission de toponymie est l'organisme responsable de la gestion des noms de rues et de lieux. Elle a établi un processus officiel qui permet de soumettre différentes propositions quant aux odonymes. Ainsi, certaines rues reçoivent des appellations nouvelles qui honorent la mémoire d'un contemporain décédé.

Au Québec, une nouvelle pratique s'est instaurée au cours des dernières années. Les odonymes sont non seulement inscrits sur les panneaux, mais aussi expliqués par une phrase décrivant l'apport du personnage évoqué. Dans la ville de Québec, ces renseignements sont indiqués sous le nom de la rue. Ainsi, en quelques mots, le passant peut savoir qui étaient, par exemple, Jacques Cartier, le comte de Frontenac ou Wilfrid Laurier. Ainsi, la lecture pour se repérer dans un lieu permet aussi d'apprendre.

Lire pour s'informer

Au Canada, il faut attendre la fin du 19e siècle pour que plus de la moitié de la population sache lire. Malgré cette majorité, le taux d'alphabétisation demeure très inégal entre les habitants. Ainsi, lorsque les autorités souhaitent communiquer avec les citoyens, elles ne peuvent se limiter à l'affichage d'un avis. Depuis les débuts de la colonie, elles doivent recourir au crieur public.

Tout comme le curé qui fait les annonces concernant la vie paroissiale après la messe, le crieur public recueille les avis, les ordonnances et les proclamations pour en faire une lecture à voix haute, sur la place publique. Ainsi, les informations importantes à l'organisation de la vie de la population d'un village ou d'une agglomération urbaine sont non seulement affichées, mais aussi diffusées grâce à la voix humaine.

À l'exemple du crieur public, le crieur de journaux revêt un rôle de diffuseur de l'information. Dans les villes de la fin du 19e siècle, de nombreux garçons exercent ce métier. Ils annoncent les grands titres afin d'encourager la vente de la presse imprimée. Souvent très jeunes, ces petits vendeurs travaillent dans des conditions difficiles. Obligés de demeurer à l'extérieur jusqu'à une heure tardive, ils ne peuvent fréquenter régulièrement l'école et sont peu protégés par la législation. Au Québec, par exemple, les différentes lois promulguées à la fin du 19e siècle pour favoriser la présence en classe des enfants excluent les crieurs de journaux. Ainsi, il faut attendre 1919 pour qu'une loi distincte soit adoptée afin d'interdire l'exercice de ce métier avant l'âge de 16 ans.

Au 19e siècle, un autre point d'information fait partie du paysage urbain. Il s'agit du kiosque à journaux. En place au coin des rues depuis l'expansion de la presse, à partir des années 1870, le kiosque à journaux permet aux citoyens de prendre connaissance des nouvelles grâce aux différents périodiques proposés.

Avec l'arrivée progressive dans les foyers canadiens des médias de masse, comme la radio (1920), la télévision (1952) et Internet (1995), les moyens de diffusion de l'information ont changé radicalement. À l'instar des crieurs publics qui ont disparu vers la fin du 19e siècle, les crieurs de journaux ont graduellement cessé leurs activités dans les années 1950. S'il existe encore des kiosques à journaux dans quelques villes canadiennes, ils ont disparu du paysage montréalais au cours des années 1970.

Malgré ces transformations, la lecture dans les lieux publics se poursuit encore aujourd'hui. Il suffit de prendre les transports en commun ou de se promener dans les parcs pour constater que la lecture continue de faire des adeptes. Journaux, livres et brochures, tout se lit et en tout lieu!

RÉFÉRENCES

Sources imprimées :

CHOKO, Marc H. L'affiche au Québec : des origines à nos jours, Montréal, Les éditions de l'Homme, 2001, 287 p.

DUPONT, Jean-Claude et Luc DUPONT. Les enseignes au Québec, Québec, Les éditions GID, 2000, 110 p.

Sources en ligne :

COMMISSION DE TOPONYMIE DU QUÉBEC. Topos sur le Web. Noms et lieux du Québec, [en ligne].
[http://www.toponymie.gouv.qc.ca/ct/accueil.html] (page consulté le 09/08/07).

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