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La presse illustrée

Par Marie-Hélène Vendette, sous la supervision de Dominique Marquis PhD, Laboratoire d'histoire et de patrimoine de Montréal, UQÀM

La transformation de la presse

Les médias de masse, comme les journaux électroniques ou imprimés, sont aujourd'hui omniprésents dans notre société. Ils jouent un rôle de premier plan dans la vie quotidienne, en tant que rouage de l'information. Pourtant, il y a un peu plus d'un siècle, ils étaient absents de la majorité des foyers canadiens.

Au début du 19e siècle, les journaux sont considérés comme un bien de luxe et s'adressent à une minorité de gens instruits, tels que les membres du clergé, les avocats ou les médecins. Ils sont imprimés sur une feuille pliée en quatre et sont tirés à quelques centaines d'exemplaires. Ils tiennent lieu d'organes de débats d'idées et sont tous financés soit par des partis politiques, des Églises ou des groupes qui utilisent la presse pour faire valoir leur opinion. L'économie et la politique sont les sujets quasi exclusifs de ces périodiques. En 1877, on dénombre 510 journaux imprimés au Canada.

Au tournant du 20e siècle, une transformation fondamentale de la presse s'amorce. Bien qu'ils n'abandonnent pas complètement les débats politiques, les journaux se tournent davantage vers une actualité nationale et étrangère. Ils offrent des informations plus variées à leurs lecteurs, incluant les sports et les faits divers. Les nouvelles et les comptes rendus souvent sensationnalistes trouvent leur place à travers ce journalisme nouveau.

La production de journaux explose au cours de cette période. Plusieurs facteurs expliquent cette croissance. L'introduction de nouveaux procédés de composition (linotypie) et d'impression (presse rotative) permet aux éditeurs de produire plus aisément des journaux beaucoup plus volumineux. Ces innovations technologiques rendent aussi possible la publication de plusieurs milliers de copies de journaux sur une base quotidienne.

La transmission des nouvelles étant désormais facilitée par le développement des techniques de communication (par exemple l'invention du télégraphe en 1840) et la distribution étant mieux assurée grâce aux progrès des transports (notamment l'apparition du chemin de fer au Canada en 1836), les imprimeurs peuvent accroître le tirage et la fréquence de parution des journaux. Avec le recul de l'analphabétisme, le public susceptible de s'intéresser aux journaux fait aussi un bond en avant. Les éditeurs doivent cependant s'adapter aux goûts de ces nouveaux lecteurs et offrir des journaux qui répondent mieux à leurs besoins.

Un autre facteur essentiel ayant contribué à l'avènement de la presse d'information est lié au développement économique et au besoin des producteurs industriels et manufacturiers de faire connaître leurs produits. Ces derniers souhaitent rejoindre une majorité de gens à travers une publicité plus massive. Les journaux deviennent ainsi le média tout désigné.

L'illustration de presse : de la gravure à la photographie

L'illustration vient égayer, sur une base plus régulière, les pages de ces journaux dits « populaires ». Avant la décennie 1870, l'ajout d'images dans les quotidiens canadiens s'avère une entreprise complexe. Les coûts et la rareté de la main-d'œuvre spécialisée n'encouragent pas les éditeurs à illustrer leur production. Souvent, ces derniers préfèrent recourir aux gravures américaines ou européennes, plutôt que d'en commander à des artistes locaux.

L'année 1869 marque un tournant décisif dans l'histoire de l'illustration de presse. C'est en effet à cette date que le Canadian Illustrated News (1869-1883) publie pour la première fois au Canada, et de surcroît dans sa première édition, une image « captée » à travers la lentille de l'appareil photographique. Il s'agit d'un portrait du prince de Galles, réalisé d'après une photographie de William Notman (1826-1891). Ce nouveau procédé photomécanique, appelé la leggotypie, permet de reproduire très rapidement et à moindre coût des images photographiques ou autres.

La naissance de la photographie de presse produit une onde de choc dans le monde de l'illustration. Les dessinateurs manifestent tout d'abord une vive opposition envers ce nouveau média. Ils affirment que leur art sert mieux le journalisme puisque l'illustrateur peut imaginer ce qu'il n'a pas vu, alors que la photographie ne peut pas être prise dans toutes les situations. Ainsi, la photographie est d'abord utilisée pour des portraits réalisés en studio, pour lesquels la nécessité de fidélité au modèle s'impose.

Deux hebdomadaires se distinguent tout particulièrement par leur recours à l'illustration. Il s'agit du Canadian Illustrated News (1869-1883)et de son pendant francophone, L'Opinion publique (1870-1883). Tous deux innovent par l'abondance de leurs illustrations. S'apparentant davantage au magazine qu'au journal, ces deux hebdomadaires comportent en moyenne 40 % d'images, c'est-à-dire sept pages sur seize pour le Canadian Illustrated News et trois pages sur huit pour L'Opinion publique.

Bien que distincts dans l'essentiel de leur contenu, ces deux périodiques publient en grande partie les mêmes illustrations. Entre 1869 et 1883, ils mettent à la disposition des lecteurs près de 15 000 images représentant des personnes, des lieux, des monuments, des scènes de la vie quotidienne, des évènements de l'actualité canadienne et étrangère. Ils proposent aussi à la clientèle féminine de nombreuses gravures de mode. Le Canadian Illustrated News et L'Opinion publique ont marqué l'évolution des journaux canadiens en ouvrant la voie à la presse illustrée.

L'image et l'actualité

L'illustration de l'actualité fait son apparition dans la presse quotidienne à partir des années 1890. Les faits divers, tels que les accidents de chemin de fer ou les incendies, sont abondamment illustrés. Le dessinateur imagine ce qu'a pu être la scène d'un crime, allant même jusqu'à représenter le meurtrier et sa victime. Des gravures accompagnent ainsi les reportages à caractère sensationnaliste, rehaussant l'intérêt du journal.

De son côté, la photographie d'actualité se développe progressivement et s'impose définitivement au cours des années 1920. Avant cette période, les limites techniques et la faible sensibilité des films à la lumière font qu'il est difficile de saisir la spontanéité du moment. L'équipement photographique étant plus léger à partir des premières décennies du 20e siècle, il devient possible de croquer les événements sur le vif. Les journalistes se munissent alors d'un appareil photo. Certains d'entre eux touchent même une prime pour chaque photographie rehaussant leur reportage. L'illustration de l'actualité, à travers la gravure ou la photographie, permet d'attirer et de soutenir l'attention des lecteurs. Nul besoin de savoir lire parfaitement pour comprendre les nouvelles lorsque celles-ci sont accompagnées d'images explicites.

La caricature constitue aussi un outil puissant qui permet aux médias écrits de transmettre rapidement des idées précises. Humoristique et souvent satirique, elle favorise la compréhension d'un message qui se veut souvent une critique envers les autorités religieuses ou politiques.

John Henry Walker (1831-1899) est considéré comme l'un des pionniers de la caricature au Canada. À partir de 1850, il publie régulièrement ses dessins humoristiques dans différents périodiques, dont le Punch in Canada, journal qu'il fonde à Toronto en 1849. Au Québec, l'art de la caricature politique prend son envol grâce à Jean-Baptiste Côté (1832-1907) et son journal humoristique La Scie, publié à partir de 1863. Quelques années plus tard, Hector Berthelot (1842-1895) lance Le Canard, hebdomadaire satirique qui remporte un vif succès dès sa parution en 1877. Tout au long de leur existence, le Canadian Illustrated News et L'Opinion publique sont aussi égayés par des caricatures réalisées, entre autres, par Edward Jump (1832-1883) et Octave-Henri Julien (1852-1908).

Les caricaturistes s'attaquent à un sujet en le tournant en dérision. Ils proposent une critique, parfois timide, parfois très incisive, du discours social et politique. Durant les guerres ou les moments de conflits, il n'est pas rare de voir les caricatures devenir des outils de propagande. Certaines représentations satiriques transcendent les époques et marquent profondément une situation ou un personnage. John Wilson Bengough (1851-1923), par exemple, a réalisé des caricatures de John A. MacDonald (1815-1891) qui ont relégué au second plan presque tous les portraits officiels du premier ministre canadien.

Ainsi, en appui au propos éditorial et à travers l'ironie, la propagande ou le sensationnalisme, l'illustration contribue à la popularité et à l'influence des périodiques. Influence que les autorités ont fréquemment tenté de contrôler au cours de l'histoire, à travers la censure ou l'interdit.

RÉFÉRENCES

Sources imprimées :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN. La Presse québécoise des origines à nos jours, vol. II et III, Québec, Presses de l'Université Laval, 1975 et 1977.

BONVILLE de, Jean. La Presse québécoise de 1884 à 1914 : genèse d'un média de masse, Québec, Presses de l'Université Laval, 1988, 416 p.

DISTAD, Merrill. « Les journaux et les magazines » dans Histoire du livre et de l'imprimé au Canada : de 1840 à 1918, vol. II, sous la direction de P. Fleming, Y. Lamonde et F. A. Black, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, 2005, p. 309-319.

HARDY, Dominic. « La presse satirique illustrée » dans Histoire du livre et de l'imprimé au Canada : de 1840 à 1918, vol. II, sous la dir. de P. Fleming, Y. Lamonde et F. A. Black, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, 2005, p. 326-330.

Sources en ligne :

BOIVIN, Aurélien. « Berthelot, Hector », Dictionnaire biographique du Canada, [en ligne].
[http://www.biographi.ca/FR/ShowBio.asp?BioId=40092&query=Berthelot] (page consultée le 3 juillet 2007).

COOK, Ramsay. « Bengough, John Wilson», Dictionnaire biographique du Canada, [en ligne].
[http://www.biographi.ca/FR/ShowBio.asp?BioId=42029&query=Bengough] (page consultée le 3 juillet 2007).

GUILBAULT, Nicole. « Julien, Henri », Dictionnaire biographique du Canada, [en ligne].
[http://www.biographi.ca/FR/ShowBio.asp?BioId=40938&query=Julien] (page consultée le 3 juillet 2007).

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