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Chauffage, éclairage et hygiène au foyer aux 19e et 20e siècles

Par Marie-Claude Letarte, Louise Pothier, Michel Harnois et Annick Poussart

Famille nombreuse ou suite de domestiques, voilà autant de paires de bras qui pouvaient participer aux travaux de la maison. Et pour cause! Vers 1800, pour chauffer la maison, il fallait disposer d'un bon poêle et... de muscles vigoureux pour fendre et transporter le bois : s'éclairer à la chandelle exigeait qu'on mouche régulièrement la mèche pour raviver la flamme. Et pour les nombreuses corvées, il fallait généralement aller chercher l'eau au puits ou à la citerne.

La chaleur, la lumière et l'eau s'obtenaient donc au prix de grands efforts. Mais cette époque du confort artisanal tirait à sa fin. Les effets de l'industrialisation naissante allaient bientôt se faire sentir jusque dans la maison...

L'eau et l'intimité

Monnayée par le porteur d'eau, transportée par les femmes ou les enfants, l'eau ne coulait pas à flot dans la maison. Chose certaine, les soins du corps n'en avaient pas le monopole! Les ablutions demeuraient entourées d'interdits et de croyances diverses. Le degré d'hygiène se mesurait plutôt à la « qualité » des odeurs. Les fosses d'aisances étaient installées hors des maisons, les odeurs du corps emprisonnées dans l'enveloppe du vêtement. Chez les plus aisés, elles étaient masquées par des parfums abondants.

Une fois le mois, une fois la semaine... Le bain commence à faire partie des habitudes de la bourgeoisie vers 1800. Or, les bains intégraux suscitent beaucoup de méfiance. Le contact prolongé du corps avec l'eau, surtout l'eau chaude, est jugé menaçant parce qu'il fragilise les organes et ouvre les pores de la peau.

Aussi, à la baignoire préfère-t-on souvent le simple bain de pieds ou la chaise-bidet, réservée aux femmes. On trouve communément, chez les bourgeois comme chez les moins nantis, le broc et le bassin pour les ablutions quotidiennes.

Douce lumière et progrès du luminaire

Tout le confort du monde dans un rayon de lumière... Au 19e siècle, l'éclairage était un outil de socialisation. L'unique chandelle dans la cuisine de l'habitant, les quelques lampes à l'huile qui illuminaient le salon bourgeois : partout, la lumière réunissait les membres de la famille.

Il n'était pas rare de voir des parents exiger d'un gendre, en guise de rente viagère, quelques livres de chandelles par année. La présence de la lumière dans le logis a été une source de préoccupation perpétuelle tout au long de ce siècle. Les recherches ont porté principalement sur le choix du combustible et l'efficacité des modes d'éclairage.

Les chandelles de suif, faites de gras animal, et les lampes à huile de baleine ou de phoque présentaient certains défauts. On pouvait moucher une chandelle de suif jusqu'à 40 fois en une soirée! Les odeurs âcres produites par la combustion des corps gras appelaient, à elles seules, un changement de combustible. Ces deux types d'éclairage sont disparus vers le milieu du 19e siècle.

Puis, la chandelle stéarique (faite de suif raffiné), la mèche de coton tressé et le kérosène (un dérivé du pétrole) font leur apparition. La lumière se fait plus généreuse, et dans les foyers s'installent la paix de l'esprit et... celle du nez!

Froid dehors, chaud dedans

Septembre venu, lutter contre le froid devenait la première préoccupation de la maisonnée. Les Canadiens anglais sont longtemps restés fidèles à l'âtre, avec ses flammes offertes à l'œil et ses bûches savamment disposées. Or, le poêle à bois était quatre fois plus efficace que le feu ouvert de l'âtre! Avec sa chaleur irradiante, et parfois même suffocante, il a gagné la faveur des Canadiens français assez tôt au 18e siècle.

À compter des années 1800, quand tous se sont ralliés à l'efficacité incomparable du poêle, la maison elle-même fut transformée. Grâce au tuyau, la diffusion de la chaleur a permis de compartimenter les espaces du logis.

La maison standardisée et des réseaux bien installés
La maison telle qu'on la connaît depuis les années 1950, avec prises de courant dans chaque pièce, salle de bain complète et chauffage central, demeure un legs de l'époque victorienne, le 19e siècle ayant servi d'incubateur aux progrès du 20e siècle.

La plupart des innovations domestiques sont apparues à l'ère industrielle. On mécanise les outils de travail à l'usine? Pourquoi ne pas en faire autant dans la cuisine! On rationalise les tâches de l'ouvrier? Appliquons ces principes à la ménagère! À Montréal et dans les villes nord-américaines, on veut libérer la maîtresse de maison des lourdes tâches domestiques. Le confort, c'était l'efficacité au quotidien!

Cuisinière au gaz, salle de bain équipée, éclairage électrique. Ces nouveautés s'installent grâce à l'arrivée de trois services publics : l'aqueduc, le gaz et l'électricité. Du coup, maisons et villes se transforment. Le confort devient collectif et abordable.

Mais, en donnant naissance aux quartiers ouvriers, l'industrialisation a également provoqué la dégradation des conditions de vie en milieu urbain avec, pour conséquence, l'insalubrité et le surpeuplement des logis. Il n'en fallait pas davantage pour amener au front un nouvel ordre de « missionnaires » : les hygiénistes.

S'appuyant à la fois sur l'observation empirique, de maison en maison, et sur la science qui avait permis les découvertes de Pasteur sur le mode de transmission des maladies par les bactéries, des comités d'experts rédigent des règlements d'hygiène publique. On doit filtrer et purifier l'eau potable, doter les habitations d'une plomberie approuvée et désinfecter chacune des pièces.

Le service d'aqueduc, tel qu'on le connaît maintenant, est inauguré à Montréal en 1856. Dès 1918, l'eau filtrée et chlorée approvisionne la majorité des habitations. Le gaz constitue quant à lui le premier mode d'éclairage sans mèche de l'histoire. Cette source d'énergie devient populaire à partir de 1860, que ce soit pour s'éclairer, pour cuisiner, ou se chauffer. Enfin, l'électricité, propre et polyvalente, s'impose dans la maison vers 1900, pour ne plus en ressortir.

À la conquête de la ménagère

Réseaux organisés, sources d'énergie à portée de la main, la maison se modernise. Grâce à l'arrivée d'une panoplie d'objets, la ménagère découvre une nouvelle dimension du confort. Le moteur électrique mis au point par Nikola Tesla en 1899 saura-t-il faire économiser de l'énergie? Peu à peu, le rêve américain s'installe...

À compter de 1920, toutes les tâches domestiques sont « revisitées ». Plus question de sortir les tapis pour les battre au grand air trois ou quatre fois l'an, l'aspirateur électrique s'en charge chaque semaine. Grâce à la mécanisation, les tâches de la ménagère se simplifient mais simultanément, elles se multiplient!

Source : Textes de l'exposition « Chaud, propre et confortable : deux siècles de technologie domestique »
Musée McCord, 1998-1999

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