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L'indépendantisme québécois

Par Mathieu Noël, sous la supervision de Dominique Marquis, Laboratoire d'histoire et de patrimoine de Montréal, Université du Québec à Montréal


La question nationale du Québec a longtemps fait l'objet de débats. En effet, depuis l'avènement de la Confédération, en 1867, l'avenir politique du Québec et sa place au sein du Canada suscitent de nombreuses discussions, les nationalistes canadiens-français et canadiens-anglais n'ayant pas la même vision du Canada. Des projets d'indépendance émergent à certains moments, mais il faut toutefois attendre les années 1960 pour que cette idée quitte la sphère restreinte des milieux intellectuels.


L'indépendantisme rejoint le milieu populaire

Le premier groupe contemporain à prôner l'indépendance du Québec est l'Alliance laurentienne, fondée en 1957 par Raymond Barbeau (1930-1992). Ce groupe est influencé par les écrits du juriste Wilfrid Morin, un indépendantiste marginal des années 1930. Les membres de l'organisation souhaitent la création d'un nouvel État, la Laurentie, située sur les rives du Saint-Laurent.

Toutefois, la première véritable formation à mettre la question de l'indépendance à l'avant-scène médiatique est le Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN). Fondé en 1960 par une trentaine de militants, dont André d'Allemagne (1929-2001) et Marcel Chaput (1918-1991), ce groupe devient, en 1964, un parti politique présidé par Pierre Bourgault (1934-2003). Le RIN milite pour un Québec indépendant et social-démocrate. Pour y arriver, les rinistes travaillent sur le terrain : ils organisent des conférences publiques et des manifestations, ils distribuent des tracts, ils vont à la rencontre des gens et ils ne rejettent pas les gestes de désobéissance civile. Aux élections provinciales de 1966, le RIN présente 73 candidats. Aucun n'est élu, mais le parti récolte néanmoins 5,55 % du vote populaire.


Les organisations indépendantistes des années 1960

Le RIN constitue le noyau du mouvement indépendantiste des années 1960. C'est autour de ce parti que gravitent la majorité des organisations indépendantistes de cette décennie, dont la plupart ne sont pas constituées en parti politique, notamment l'Action socialiste pour l'indépendance du Québec (1960), le Comité de libération nationale (1962), le Réseau de résistance (1962) et le Parti républicain du Québec (1962). À droite, un autre parti politique milite en faveur de l'indépendance, le Ralliement national (RN) de Gilles Grégoire (1926-2006). Le RN récolte 3,2 % du vote populaire aux élections de 1966. Néanmoins, le plus connu des groupes de cette période demeure le Front de libération du Québec (FLQ). Formée en 1963 par Raymond Villeneuve (né en 1943), Gabriel Hudon (né en 1942) et Georges Schoeters (né en 1930), cette organisation se distingue par son recours à la violence. Composées majoritairement de jeunes, les cellules felquistes s'attaquent aux symboles britanniques et canadiens tels que bâtiments militaires et monuments commémoratifs; elles placent des bombes et font des braquages. Ce sont toutefois les événements d'Octobre 1970 qui font la triste réputation du mouvement, quand le diplomate britannique James Richard Cross (né en 1921) et le ministre libéral Pierre Laporte (1921-1970) sont enlevés par deux cellules. L'assassinat de Laporte par la cellule Chénier mène à une condamnation unanime de l'organisation clandestine tant par le grand public que par le mouvement indépendantiste, ce qui conduit à la disparition complète du FLQ en 1973.


L'unité du mouvement indépendantiste

La formation du Mouvement souveraineté-association (MSA), en 1967, par René Lévesque (1922-1987) favorise la diffusion plus large de l'idée d'indépendance parmi la population et lui permet de s'imposer sur la scène politique. Le RN et le RIN avaient déjà présenté quelques candidats aux élections, mais sans réel succès. L'arrivée du très populaire René Lévesque, l'un des principaux ministres du cabinet libéral de Jean Lesage, dans les cercles indépendantistes, rassure les nationalistes plus modérés. Le MSA propose l'indépendance politique du Québec suivie d'une association économique avec le reste du Canada. En octobre 1968, le MSA et le RN s'unissent pour former le Parti Québécois (PQ), tandis que le RIN, n'ayant pas réussi à s'entendre avec les deux autres partis indépendantistes, met fin à ses activités. La majorité des membres du RIN joindront par la suite les rangs du Parti Québécois. C'est une période d'unité qui débute pour le mouvement indépendantiste.


Le référendum de 1980

Après avoir fait élire quelques députés indépendantistes en 1970 et 1973, le Parti Québécois prend la tête du gouvernement pour la première fois le 15 novembre 1976 et promet de tenir un référendum sur la question nationale. Plusieurs Anglo-Québécois réagissent mal à l'arrivée du gouvernement péquiste, particulièrement après l'adoption de la Charte de la langue française, en 1977. Certains anglophones craignent que l'élection de 1976 ne soit la première étape vers la création d'un Québec indépendant et unilingue francophone. C'est dans ce contexte, associé à une activité économique plus forte à Toronto qu'à Montréal, que certaines entreprises telles que Cadbury et Sun Life décident de déménager leur siège administratif en Ontario et qu'un certain nombre d'anglophones quittent le Québec pour s'établir à Toronto ou ailleurs au Canada. Puis, le 20 mai 1980 est tenu un référendum par lequel le gouvernement demande l'autorisation aux Québécois de négocier la souveraineté-association avec le reste du Canada. Il oppose le camp du oui, constitué du Parti Québécois de René Lévesque, et le camp du non, regroupement de fédéralistes mené par Claude Ryan (1925-2004), chef du Parti libéral du Québec, et Jean Chrétien (né en 1934), du Parti libéral du Canada, alors ministre de la Justice au gouvernement fédéral. C'est finalement le non qui l'emporte avec 59,6 % des voix; l'option est majoritaire tant du côté des anglophones que des francophones.


Les débats constitutionnels

Après la victoire du camp du non, le premier ministre du Canada, Pierre-Elliott Trudeau (1919-2000), annonce une réforme de la Confédération canadienne pour mettre fin aux conflits entre les deux nations. Pour les fédéralistes, c'est la chance de miner sérieusement l'option indépendantiste, qui demeure populaire malgré tout dans la population québécoise. Toutefois, les débats constitutionnels auront plutôt l'effet d'augmenter le clivage entre nationalistes québécois et canadiens. René Lévesque, premier ministre du Québec, est absent au moment où les dirigeants des autres provinces s'entendent sur le processus de rapatriement et d'amendement de la constitution au cours d'une discussion qui a lieu pendant la nuit, que certains désigneront par la suite comme « la nuit des longs couteaux ». Le Québec ne signera donc pas la nouvelle constitution canadienne. Par la suite, deux projets de réforme qui permettraient au Québec d'adhérer à la constitution canadienne, l'Accord du Lac-Meech (1987) et l'Accord de Charlottetown (1992), se soldent par des échecs. C'est dans ce climat de crise, et à la suite de l'échec de la ratification de l'Accord du Lac-Meech qu'est fondé le Bloc québécois (BQ) en 1990. Parti fédéral formé à la base de députés libéraux et conservateurs démissionnaires et désillusionnés du fédéralisme, le Bloc québécois est dirigé par Lucien Bouchard (né en 1938). Depuis, le Bloc québécois a fait élire plusieurs députés indépendantistes à Ottawa. Il a même formé l'opposition officielle aux élections de 1993 où il a remporté 54 sièges.


Le référendum de 1995

Le BQ travaille souvent en collaboration avec le Parti Québécois. Cette alliance est évidente en 1995, au moment du deuxième référendum sur la souveraineté du Québec. Tirant la leçon du précédent référendum et afin de constituer un camp du oui plus solide, Jacques Parizeau (né en 1930) et Lucien Bouchard, respectivement chefs du PQ et du BQ, s'allient à Mario Dumont (né en 1970) de l'Action démocratique du Québec. Le camp du non, pour sa part, est principalement mené par le groupe Option Canada. Cette fois, les indépendantistes demandent une indépendance complète, sans association. La lutte est très serrée et le camp du non l'emporte, mais avec une faible majorité de 50,6 %.


La situation actuelle

Depuis 1995, quelques groupes indépendantistes plus radicaux sont apparus, dont le Mouvement de libération nationale du Québec (1995) et le Réseau de résistance du Québécois (2007). Ces groupes demeurent néanmoins marginaux et ne sont pas des partis politiques. La majorité des indépendantistes, soit environ 40 % de la population québécoise, préfèrent encore s'associer à des formations politiques reconnues comme le Parti Québécois et le Bloc québécois.


Références :

Dickinson, John A. et Brian Young. Brève histoire socio-économique du Québec, Sillery, Septentrion, 2003, 452 p.

Fournier, Louis. Le FLQ, histoire d'un mouvement clandestin, Outremont, Lanctôt, 1998, 533 p.

Gougeon, Gilles. Histoire du nationalisme québécois, entrevue avec sept spécialistes, Montréal, VLB éditeur, 1993, 171 p.

Labrecque, Jean-Claude. Le R.I.N. [enregistrement vidéo], 1 casette VHS, 78 minutes, Montréal, Télé-Québec, 2002.

Linteau, Paul-André et coll. Histoire du Québec contemporain, tome II, Montréal, Boréal Express, 1986.

Rodin, Ronald. Histoire du Québec anglophone, Montréal, Institut québécois de recherche sur la culture, 1986, 332 p.

Séguin, Maurice. L'idée d'indépendance au Québec, genèse et historique, Montréal, Boréal Express, 1977, 66 p.

 

 

 

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