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Introduction

Vie associative des Montréalais d'origine irlandaise aux XIXe et XXe siècles

Sylvain Rondeau, sous la direction de Paul-André Linteau, professeur au département d'histoire de l'UQÀM (Version du 29 août 2009).

La communauté irlandaise de Montréal est très diverse. Loin de former un bloc homogène, elle est une mosaïque de personnes appartenant à des confessions religieuses, des classes sociales et des affiliations politiques différentes. Toutefois, ces personnes font preuve, tout au long du 19e et du 20e siècle, d'un esprit communautaire fort et dynamique qui aide à maintenir leur identité collective.

Une communauté plurielle

Provenant de la même île, les membres de la communauté irlandaise de Montréal appartiennent à des confessions religieuses ou à des groupes socioculturels différents. Contrairement à ce qui se passe ailleurs au Canada, la communauté irlandaise du Québec est en majorité catholique. Toutefois, qu'ils soient catholiques, méthodistes, anglicans ou presbytériens, les Irlandais de Montréal demeurent fiers de leur origine. Ils célèbrent même côte à côte leurs racines lors du défilé annuel de la Saint-Patrick.

Cette solidarité est mise en brèche à différents moments de l'histoire canadienne. Par exemple, lors des Rébellions de 1837 et 1838, la communauté est divisée, certains appuyant les Patriotes alors que d'autres soutiennent les autorités britanniques. Ces divisions peuvent même parfois mener à la violence, comme c'est le cas lors de la venue d'un ancien catholique italien converti au protestantisme, Alessandro Gavazzi, en 1853. Attaquant son ancienne religion dans ses discours, il est adulé par de nombreux protestants, mais détesté par plusieurs catholiques. Des émeutes éclatent lors de conférences tenues par Gavazzi à Québec et Montréal. Celle de Montréal entraîne même la mort d'une dizaine de personnes.

Un autre événement illustre la division au sein de la communauté : la mort de Thomas D'Arcy McGee en 1868. Farouche opposant des Féniens, McGee est assassiné par des sympathisants montréalais de ce mouvement. Les Féniens luttent pour l'indépendance irlandaise. Certains partisans américains veulent envahir le Canada et le tenir en otage afin de forcer la Grande-Bretagne à reconnaître cette indépendance. Toutefois, ce mouvement connaît l'échec lors de raids dirigés contre le Canada entre 1866 et 1871.

Une communauté qui se soutient

Parfois agitée par des moments de division, la communauté d'origine irlandaise fait preuve, dès les débuts de sa présence à Montréal, d'un esprit de solidarité. La Saint Patrick Society, fondée en 1834, fait la promotion de l'identité irlandaise et aide les Irlandais nécessiteux. Toutefois, l'affiliation religieuse prenant de plus en plus de place dans l'arène publique, les protestants quittent cette organisation pour fonder la Irish Protestant Benevolent Society en 1856. Cette dernière, tout comme la précédente, défend l'identité irlandaise, tout en apportant de l'aide aux nécessiteux issus de la communauté irlandaise et protestante de Montréal. Parmi les causes soutenues par ces deux sociétés figurent les orphelins, les familles démunies et la promotion de la tempérance (lutte contre l'ivrognerie et l'alcoolisme).

Une identité qui rassemble

Différents lieux et événements offrent l'occasion aux membres de la communauté irlandaise de se rassembler et de célébrer leurs origines. Que ce soit lors de bals, de concerts, d'événements mondains (pique-niques, souscriptions, etc.) ou d'activités sportives, les Irlandais de Montréal aiment se regrouper et célébrer. La communauté irlandaise va même jusqu'à fonder sa propre équipe de crosse et de hockey, les Shamrocks, qui remportent la coupe Stanley en 1899 et en 1900. Toutefois, l'un des lieux de rassemblement les plus emblématiques de la communauté irlandaise demeure le pub. Parmi les nombreux pubs irlandais à voir le jour à Montréal, le plus fameux est sans doute la Joe Beefs' Tavern. Fondée par Charles McKiernan en 1868, cette taverne sert aussi de maison de refuge pour nécessiteux. Homme coloré, ce vétéran de la guerre de Crimée appuie plusieurs mouvements de grèves et devient un champion de la classe ouvrière. Des milliers de personnes appartenant à toutes les couches de la société assistent à ses funérailles en 1889, ce qui témoigne de la grande estime des Montréalais pour ce citoyen hors du commun.


Symboles, identité et institutions

Peu importe l'affiliation religieuse, les Montréalais d'origine irlandaise reconnaissent différents symboles représentant leur pays d'origine, qu'il s'agisse du trèfle, de la harpe, du vert, de la croix celtique ou des farfadets. Ces symboles sont omniprésents dans l'iconographie des institutions et organisations reliées à la communauté irlandaise de Montréal.
Les églises et les écoles jouent un rôle important dans la transmission de l'héritage culturel irlandais. Par exemple, catholiques irlandais de Montréal s'illustrent par leur dynamisme. Abritant initialement deux paroisses irlandaises (Saint-Patrick, fondée en 1847, et Sainte-Anne, d'abord desserte en 1854, puis paroisse en 1880), l'évêché de Montréal en compte plusieurs dizaines cent ans plus tard. Membres du clergé et laïcs se mobilisent pour la construction de centres communautaires ou d'asiles pour orphelins et nécessiteux. Plusieurs s'impliquent aussi au sein d'organisations catholiques faisant la promotion de la charité, de la tempérance et de l'identité irlandaise1. Finalement, la Commission des écoles catholiques de Montréal ouvre des classes bilingues puis anglaises afin de répondre aux besoins de la communauté irlandaise. Cette dernière se mobilisera plus tard dans l'établissement d'institutions d'enseignement lui étant propres comme l'école Sainte-Anne, l'académie Sainte-Anne, le Catholic High School et le Collège Loyola.

L'événement annuel célébrant l'héritage culturel irlandais à Montréal est sans contredit le défilé de la Saint-Patrick. Tenu depuis 1834, c'est en fait l'un des plus importants en Amérique du Nord. Il doitsa longévité, entre autres, aux rapports cordiaux entre Irlandais d'origine catholique et protestante qui assurent la tenue de l'événement, alors que la division religieuse ailleurs en Amérique du Nord nuit souvent à la tenue d'événements similaires.
La communauté irlandaise de Montréal est riche de par sa diversité, ses institutions et sa contribution à l'histoire québécoise. D'ailleurs, plusieurs traditions irlandaises (musique, danses folkloriques, pubs, etc.) ont influencé la culture québécoise. Par exemple, des centaines de milliers de Montréalais de toutes origines aiment assister au défilé de la Saint-Patrick du 17 mars, ce qui en fait le deuxième défilé en importance à se tenir à Montréal après celui de la Fête nationale du 24 juin.