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Introduction

Politiciens québécois d'origine irlandaise : 1768-2009
Par Sylvain Rondeau, sous la direction de Paul-André Linteau, professeur au département d'histoire de l'UQÀM

(version du 29 août 2009)



Depuis Guy Carleton, gouverneur de la « Province of Quebec » de 1768 à 1778, plusieurs hommes politiques d'origine irlandaise ont marqué l'histoire du Québec. Que ce soit au niveau municipal, provincial ou fédéral, les Irlandais contribuent à la construction du Québec moderne.

Maires irlandais de Montréal

William Workman, riche homme d'affaires et philanthrope, devient le premier maire d'origine irlandaise de Montréal, en 1868. S'étant illustré dans les domaines immobilier, financier et commercial, cet Irlandais protestant est aussi président de la Société Saint Patrick, puis de la Irish Protestant Benevolent Society de Montréal. Il trace un chemin vers la mairie que plusieurs Montréalais d'origine irlandaise suivent à la fin du 19e et au début du 20e siècle. En effet, quelques années plus tard, le médecin et hygiéniste William Hingston occupe ce poste à son tour. Défenseur de la vaccination et de la salubrité, il lutte afin d'améliorer les conditions d'hygiène à Montréal, notamment lors de l'épidémie de variole de 1885.

Trois autres maires d'origine irlandaise ont dirigé Montréal. Fils d'un riche exportateur de viande, James McShane, député provincial et fédéral, est élu à la mairie en 1891 et 1892. À l'époque, une même personne peut à la fois être député et obtenir un mandat municipal. Membre du cabinet Mercier, il passe toutefois davantage à l'histoire pour avoir été forcé par la cour de rendre ses insignes de maire de Montréal après s'être barricadé dans l'Hôtel de Ville, refusant d'admettre sa défaite par 156 voix devant Alphonse Desjardins en 1893. Trois ans plus tard, en 1896, le financier et homme d'affaires Richard Wilson est élu maire de Montréal. Il est réélu en 1897.
Le dernier Irlandais d'origine à avoir été élu maire de Montréal est James John Guerin en 1910. Député provincial de 1895 à 1904, il n'est maire de Montréal que pendant un mandat de deux ans, puis il retourne à la pratique et à l'enseignement de la médecine. En 1925, il est élu député fédéral de Sainte-Anne, poste qu'il occupe jusqu'en 1930.

Faire de la politique au Québec

En politique provinciale, plusieurs Québécois d'origine irlandaise laissent leur trace. Parmi ceux-ci, certains deviennent chefs de parti ou même premier ministre. Le premier premier ministre québécois d'origine irlandaise est Edmund James Flynn, élu député pour la première fois à l'Assemblée législative du Québec en 1878 sous la bannière libérale. Un an plus tard, il traverse la chambre et devient membre du Parti conservateur. Succédant à Louis-Olivier Taillon comme chef de ce parti, il devient le dixième premier ministre du Québec en 1896, quoiqu'il perde les élections générales de 1897.

Le second premier ministre d'origine irlandaise établit une véritable dynastie familiale. En effet, Daniel Johnson père, puis ses deux fils, Pierre-Marc et Daniel fils, dirigent respectivement la province en 1966-1968, 1985 et 1994. Fier nationaliste, Johnson père passe à l'histoire avec son slogan « Égalité ou indépendance » lors de la campagne électorale de 1966. Le mandat de ce chef de l'Union nationale se termine abruptement par son décès en 1968. Ministre du gouvernement du Parti québécois de René Lévesque, Pierre-Marc Johnson prend la tête de ce parti et devient premier ministre du Québec le 3 octobre 1985. Il perd toutefois les élections au profit des libéraux de Robert Bourassa quelques mois plus tard. Quant au dernier Johnson, membre du Parti libéral, il est membre du cabinet Bourassa, et succède à ce dernier comme chef du parti et premier ministre le 11 janvier 1994, mais son gouvernement est défait par les péquistes de Jacques Parizeau le 26 septembre de la même année.


Né d'une mère irlando-québécoise, Jean Charest est élu premier ministre du Québec en 2003. D'abord député et ministre conservateur sur la scène fédérale, il abandonne la direction du Parti conservateur canadien pour faire le saut en politique provinciale en 1997. Chef de l'opposition officielle en 1998, il remporte les élections générales de 2003, 2007 et 2008.

Outre les premiers ministres, plusieurs membres de l'Assemblée nationale d'origine irlandaise contribuent à l'essor du Québec moderne. Parmi ceux-ci figure Claude Ryan. Journaliste et politicien né en 1925, Ryan s'illustre comme l'un des grands journalistes et intellectuels québécois. Chef du parti libéral en 1978 et chef de l'opposition officielle à l'Assemblée nationale du Québec de 1979 à 1982, il est un ministre important du cabinet de Robert Bourassa de 1989 à 1994, date à laquelle il prend sa retraite de la vie politique.

Scène fédérale

Thomas D'Arcy McGee contribua significativement à l'histoire du Canada. L'un de ses pères fondateurs, cet homme de lettres et poète assiste en 1864 à la Conférence de Charlottetown qui mènera à la création de la fédération canadienne. Sa mort violente, aux mains de radicaux partisans de l'indépendance irlandaise, les Féniens, provoque une grande émotion, et des milliers de personnes assistent à ses funérailles.

Parmi les autres Canadiens d'origine irlandaise à marquer l'histoire sur la scène fédérale figurent plusieurs Québécois. Parmi ceux-ci, trois ont été premier ministre du pays. En effet, Louis Saint-Laurent (de 1948 à 1957), Brian Mulroney (de 1984 à 1993) et Paul Martin (de 2003 à 2006) sont tous trois d'ascendance irlandaise. Brian Mulroney est particulièrement proche du président des États-Unis d'Amérique de l'époque, Ronald Reagan, lui aussi d'origine irlandaise. Ce rapprochement est représenté comme la shamrock alliance (l'alliance du trèfle, faisant référence à l'un des symboles des Irlandais), et ces deux hommes sont les maîtres d'oeuvre de l'établissement de l'accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis, qui devient par la suite l'ALÉNA (Accord de libre-échange nord-américain).

Que ce soit au niveau municipal, provincial ou fédéral, plusieurs Québécois d'origine irlandaise ont donc contribué à faire du Québec la société moderne et pluraliste qu'elle est devenue et participent encore à son épanouissement.