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Introduction

Communauté irlandaise et industrialisation à Montréal : 1840-1920

Par Sylvain Rondeau, sous la direction de Paul-André Linteau, professeur au département d'histoire de l'UQÀM. (Version du 29 août 2009)

En 1840, Montréal est une petite ville commerçante. À la fin de la Première Guerre mondiale, la ville est complètement transformée. Elle est un grand centre urbain, industriel, commercial et financier. Durant cette période, plusieurs personnes d'origine irlandaise contribuent à faire de Montréal la métropole du Canada.

L'immense majorité des Irlandais établis au Québec arrivent au cours de la première moitié du 19e siècle. Que ce soit à titre d'ouvriers participant à la construction de grandes infrastructures ou à titre de commerçants et d'industriels, les membres de la communauté jouent un rôle important dans le développement économique de Montréal et du Québec.

Des ouvriers qui laissent leur marque


Comme beaucoup d'autres immigrants non qualifiés à leur arrivée à Montréal, plusieurs ouvriers irlandais trouvent du travail comme débardeurs et manoeuvres au port. D'autres sont embauchés dans les grands chantiers. Ainsi, les Irlando-Montréalais forment le principal groupe d'ouvriers ayant participé à la construction du canal de Lachine, inauguré en 1825, puis à son agrandissement entre 1843 et 1848, et une seconde fois en 1875. De plus, ils contribuent à la construction du pont Victoria (inauguré en 1860), reliant l'île de Montréal au réseau ferroviaire nord-américain.
La vie d'ouvrier n'est pas de tout repos. Les salaires sont faibles, l'embauche est irrégulière et les lieux de travail sont parfois très dangereux. N'ayant aucun recours, les accidentés du travail et leur famille sont laissés à eux-mêmes. Les heures de travail dépassent souvent les 10 heures par jour et ce, six jours sur sept. Travaillant dans de telles conditions, des ouvriers organisent en 1843 l'une des premières grèves au Canada afin de tenter d'améliorer leurs conditions de travail, sans grand succès. De plus, les logis de la classe ouvrière sont de piètre qualité. Mal éclairés, mal aérés, mal isolés et insalubres, ils favorisent maladies et infections. Il faudra attendre le début du 20e siècle avant que ne s'améliore de façon notable la qualité de vie de la classe ouvrière.



Hommes d'affaires prospères


Tout au long de la Révolution industrielle, plusieurs Montréalais d'origine irlandaise s'illustrent à titre de membres de l'élite bourgeoise canadienne. Alors que certains, comme la famille McCord, font fortune dans le domaine immobilier, d'autres doivent leur réussite au commerce ou à l'industrie.

Né en 1833, William Clendinneng (1833-1907) devient l'un des grands industriels de la ville grâce à sa fonderie, l'une des plus importantes au Canada. Il laisse aussi sa marque comme philanthrope, aidant au financement d'un asile pour défavorisés et luttant contre la cruauté envers les animaux.

William Workman (1807-1878), associé de John Frothingham (1788-1870) dès 1836, figure parmi les plus grands grossistes en quincaillerie au Canada dans les années 1840. Il est aussi président de la City Bank et promoteur immobilier à Sainte-Cunégonde. Curieusement, ce protestant est l'allié des catholiques. Leur soutien en 1868 l'aide à devenir maire de Montréal, et il est réélu en 1869 et 1870. Le maire Workman est aussi admiré pour sa philanthropie à titre de président de la Société Saint-Patrick, puis de la Irish Protestant Benevolent Society.

Un autre homme d'affaires d'origine irlandaise s'illustrant sur la scène manufacturière est Charles Gurd. Né en Irlande en 1842, il devient chimiste et pharmacien en 1865, après une formation à l'Université McGill. Les produits de sa compagnie spécialisée dans les boissons gazeuses, fondée en 1868, gagnent en popularité à la fin du 19e siècle. Philanthrope, il s'implique auprès de l'Hôpital général de Montréal, de la Protestant Hospital for the Insane et de la Mutual Association for the Blind.

Toutefois, de tous les hommes d'affaires d'origine irlandaise, Herbert Samuel Holt (1856-1941) est sans doute le plus prospère. Arrivant d'Irlande à l'âge de 19 ans, cet ingénieur de formation va devenir l'homme le plus riche du Canada. Président de la Banque Royale (1907-1934), il en fait la plus importante au pays. Industriel infatigable, il dirige des papetières, des compagnies d'électricité et nombre d'autres entreprises. Pendant la dépression des années 1930, la fortune de Holt lui permet de maintenir un luxueux train de vie dans sa résidence du Mille carré doré.

En examinant l'origine de ces riches bourgeois, une constante saute aux yeux : ils sont tous protestants. En effet, rares sont les Irlandais catholiques s'illustrant dans le monde des affaires autant que James McShane, maire de Montréal de 1891 à 1893 et important exportateur de viande. Tout comme leurs coreligionnaires francophones, il semble que les catholiques d'origine irlandaise s'illustrent davantage au sein de la petite bourgeoisie d'affaires (petit négoce, épiceries, etc.) et des professions libérales (avocats, médecins, notaires). Quant aux Montréalais d'origine irlando-protestante, ayant davantage d'affinités avec les communautés d'origine anglaise et écossaise, ils semblent disposer de contacts et de ressources pouvant les aider à prospérer au sein de l'élite économique canadienne.


Une contribution non négligeable


Les Montréalais d'origine irlandaise ont grandement contribué au développement industriel et économique de leur ville. Les infrastructures, commerces et industries qu'ils mirent sur pied ont fait de Montréal une des plaques tournantes de l'économie nord-américaine pendant près d'un siècle.